‹ Histoire des ItaliensChapitre 90 sur 150 · BANDITS · texte numérisé non relu

BANDITS

permanentes; dès lors^ son courage, qui ne fit jamais défaut^ ne trouva plus d'occasions nationales pour s'exercer légitimement. Les Italiens figurèrent dans toutes les misérables guerres de cet âge; car on pouvait dire de Tltalie, comme de la Suisse^ qu'elle n'avait point de soldats^ mais en fournissait à tous. Nous en avons nommé beaucoup : nous pourrions ajouter Jean de Médicis, frère naturel du grand-duc^ qui se montra vaillant capitaine dans les guerres de France et de Hongrie; le comte Guido Landi^ qui combattit également dans la Hongrie, publia différents livres, parmi lesquels un voyage à Madère, et mourut dans les prisons de Rome^ on ne sait pourquoi ; Jacques Guazzimani de Ravenne , qui se signala contre les Turcs ^ composa des vers après la paix et recueillit ceux de divers poètes. D'autres déployaient leur valeur au détriment de la société comme bandits; ce roi Marcone^ cet Alphonse Piccolomini, ce Corsietto de Sambuco , issus de grandes familles^ Mancino, Squilletta, Marc Turano et d'autres^ auraient été, un siècle auparavant, recherchés comme capitaines, tandis qu'alors ils se voyaient proscrits comme bandits.

Outre les bandits, si nombreux, les individus chargés de les repousser devenaient également dangereux. Le comte de la Saponara, Napolitain, de la maison Sanseverino, revenait d'Espagne^ en 1602, avec un équipage de simple gentilhomme; les receveurs de l'octroi du Pont Beauvoisin lui enlevèrent deux cent trente cinq ducats sous le prétexte qu'il était défendu de faire sortir de l'argent du royaume, bien qu'il démontrât que cette somme suffisait à peine pour les frais de voyage. En outre, on lui enleva beaucoup de bijoux et deux bracelets de diamants, dont il ne voulut pas qu'on fît mention dans le procès verbal, dans la crainte que ces gardes ne se débarrassent de lui par un assassinat (1).

Les soldats n'étaient plus des citoyens , et pourtant ils ne garantissaient pas la tranquillité des habitants, parce que, mal payés, mal tenus, ils offraient plutôt un ensemble de i)andits organisés (2), méprisant la vie de l'homme et ses souffrances , d'autant plus que les dangers courus leur faisaient traiter avec insolence les gens pacifiques. L'impuissance du peuple , tenu désarmé par politique, inspirait de l'audace aux brigands et aux bravi,

(1) D'OssAT, Lettre cccxix.

(2) Voir une péttlion des Milanais, 1645, à la cour, la Storia arcana, toI. i, p. 68 de MuttineDi, une Course dans les archives vénitiennes par l'auteur, la dépêche du 25 septembre 1618 du résident vénitien à Naples.

BRAYI. SlTPl^llGES. 209

irace commune à tous les pays , même à celui qui faisait observer le plus sévèrement la justice ; en effet y le conseil des Dix^ le 30 décembre 4648^ ordonnait ce qui suit : « Que dans le délai prescrit a de vingt-quatre heures , tous les étrangers appartenant à une « autre juridiction , comme les sujets qui sont^ à titre de bravi , a au service de particuliers , et tous ceux qui n'ont d'autre métier cr ou profession que celle de bravi, sortent de cette ville, et^ « dans deux autres jours, de l'État , sinon les seuls chefs de ce « conseil leur infligeront immédiatement et sans aucune remis* a sion les peines les plus rigoureuses. Ceux qui emploieront cette a sorte de personnes avec ou sans salaire , les tenant ou non dans a leur maison , devront, dans le même temps, être inévitablement a soumis aux lois les plus Isévères , et condamnés en outre à faire « déposer dans la caisse de ce conseil cinq cents ducats ; les agents « qui arrêteront les bravi susdits toucheront, outre les bénéfices «r des armes, les cinq cents ducats, plus les six cents livres de c tâglia (somme qu'on donnait à ceux qui tuaient ou arrêtaient V les bannis, les rebelles, les malfaiteurs) promises sur les a biens du prisonnier, ou qui seront prélevées sur la caisse de ce a conseil, laquelle taglia devra revenir à Taccnsateur ou dénon- « ciateur des coupables , et tout sera tenu secret. Si ceux qui ce entretiennent cette détestable espèce de personnes ou leurdona nent asile sont nobles , outre les peines ci-dessus, ils seront exa dus du grand conseil pendant cinq ans après leur libération. » Le ton de ce décret nous révèle une autre plaie de ce temps, la détestable administration de la justice , déterminée par les lois arbitraires, incertaine dans l'application , diverse selon les personnes, atroce dans les moyens, bizarre dans ses variétés. La torture était toujours employée comme moyen de trouver la vérité, d'expier le crime, de ratifier les dépositions spontanées, et les juges , parfois même le bourreau l'infligeaient arbitrairement; les peines étaient atroces, et la mort, accompagnée d'horribles souffrances, s'appliquait très-fréquemment. Milan nous a laissé des catalogues qui contiennent les châtiments en usage depuis la moitié du quiuzième siècle jusqu'à la moitié du dix-huitième , avec l'indication des crimes, le genre de la peine et des détails de supplices à faire frémir. Dans les premières années, le bourreau n^exécute pas moins de huit individus par mois, et non moins de deux ou trois sur la fin (1). A la date du 2 août 1570, on trouve

(1) J'ai parlé de ces catalogues dans Milan et son territoire, vol. ii, p. 395; il en a été fait mention également dans V Italie musicale, 1855, n^" 31.

mST. DES IT4L. — T. IX. 14

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le supplice. de trois prévftts biuoiliés, assassins de $aint Chples ; après avoir été dégradés, ils eurent les honneurs 4e l'écha^ud tendu de noir et des toipohes allumé^ , puis furent perdus, ,et Ton coupa d'abord la m^in droite àFariûa devapt,la porte de Tarchevéché. Le 19. septembre 1596^: un Ponzio ()esFr^oescbi,<;a|»taine qui avait déserté à Yen^etfii, périt sur, le., gibet et l'on dépeça, son cadavre ; la tête. fut portée à la port^ du Tésin , un lambeau à la porte de Verceil, un autre à la, porte Orientale, et le reste^ avec les entrailles, à Saint^ean.aux Case rotte.

Neus voyons dans qes cataloguas ^ condamnés pour sortilèges, Jac(fue»Guillaumet, Isabelle Acienti , Ann^rMarie Pamolea^ Marguerite Martignopi, Marie Restelli,, Marthe Lomazzi, et, au 4 mars 1616, a Catherine de Médicis, qui ayait éppusé le sénateur Melzo : on dressa ^n éohafaud élevé afin. que chacun, pût voir, puis on la brûla, et ce fut. la première fois qu'on fit un écbafaud* x> Ëotr/ç autres^ on trouve « fait justice d'un certain }l(^rançais Famè^j^hcé sur un char et tenaillé daja^ les rues d^ Miian; .p^^s fut écartelée et décapitée la femme Camillp Sellari, cpmpJicQ^e Famé, lequel tua quelqu'un de sa maison et. le porta sur la place du château ; le corps de la victime fut mis à Saint-Vincent, ^\ Famé étant allé dans cette église avec. 1^ Sellari vil fioula du sang des blessures du mort, et l'on dit : Voilà, ce lui qui Va tué. »

La confrérie de nobles de Sain t'-Jéan au}|; Ca^e ro^^e assistait les condamnés» faisait dire de§ prières pourie salut de leur àme, et avait le privilège d'en délivrer quelques-uns^ Le i% juin 1691 , a Antoine BivoHai dit le Bustofjantp, futcondaa^ ^ êU'e pendu pour avoir tué, la nûit^.d'uo coup .de pist^et^ Jacques Peri^ia) aubergiste de la Cervia,. et iriiç dans 1^ co^sol^toire. Lç seigueur comte de Melgar, gouverneur, qui était préfet de l'école de saint Jean^ prenant en considération le privilège i^oy^l qu!a cette école de pouvoir.délivrer deu>{.coad^9iQé& à mort dans Jies c^ graciablesj, présenta une pétition aUiSénat, et obtiutsa.grâc^;. LeditRivol^a^ tout vêtu de blanc, sortit t^lqrsdu consolatoiri^ et fut conduit prpcâessionnellement àlacpuiç.royale, où étaient S. £. et toute la cour avec des chevaliers et des dame§,.^txlit ;,Çrâcesà Pfeu et à Votre Excellence;, de là,, il se rendit à l'église de, àaipt-Jeaf[i, où se trouvaient six trompet,t€is de la ville qui appelaient, tout le monde pour voir cette cérérnoniç, Des...tapi^.^iepi et^/iei^ tç#ti)iîes,Çkrnaiei?jfc l'église, et f argenterie brillf^it ^ujp T^^t^lg wM ûteatencjr-^ la sainte messe, accompagnée d'une musique solennelle et de chants; puis. Oïl chanta le Je i)eumf et lorsque le recteur de la dite con-

ffém eut adiressé.a^ Jibéra une brève M fi&asû}€SikQS^9X\mdeLbenéS, viv^dOy Rivolta: fui congédié. GoQduit.àLl^ora4Qire\I>aur aatisfairé la curiosjité des. dames, et dea chevaliei?^ qai^'y trouvaient i^ni^ ^ il se régala de biscuits et de précieuses Iiqueurs.de. BaGchu$.^de là, il alla dîner dans la;inaison du syndic de ladite confrérie , et le repas fini^ il fut congédié aVec la paixi du Seigoeuf . »

Ou reste y leaabus de justice étaient communs à tous les pays. Parmi les réformes. que. Campanella proposait à la monarchie espagnole, se trouvait la suivante : «.faire disparaître .cet abus dea juges qui règne plus encore dans les plus grands, et que voici : i>ien..qu'ils.reconnaissent l'innocence duipnévenu.^ Us le condamnent à quelque peiùé légère, pour le diffamer lo^ue la cause s'est répandue au loin ; ce qu'ils foat, disent-ils , pourdonner de Tim-. portance à la cause;, tandis qu'il faiit, au contraire, enleyer tout éclat à la faute (ch. XIUJ» » . ....:.■ . . < .

Le Piémont offrait de fréquents exemples, de justice .détesr. table (1), et surtout de pactes .conclus avec, les coupables pouf les exempter du châtiment. Jacques Rasorio, marchand, accusé d* avoir introduit la peste à Turin , obtint sa grâce au prix de mille, florins. Claude de Seyssel, archevêque de Turin , informait le duc Charles III que George de Romagnano et deux de ses frères^ clercs^ avaient fabriqué. de la fausse monnaie^ mais qu'iLen. avait reçu un don , pour lequel il voudrait bienjeuriaire grâce. Le président Blancardi^ en 1673, après avx)ir dirigé une enquêip passionnée contre GatalanoAlfierl , ae vantait ^'avoir recueil)! assez^dCipreuve^ pour motiver upe condamna|lion , qui procurerait au trésor cent cinquante mille ducatons. £n 1688, la peine de mort et la xx>nfis-t cation furent prononcées contre les faux-sauniers ; Charles Emmanuel II, en 1655, défendait la loterie soùs peine de cinq ans de galères et de. la confiscation* Parfois, onillYrajtie coupable à ses parents pour qu'ils lui donnassent la .nient en^ particulier^ afin d^éviter rinfamie du gibet. Ei?. 171;0,^un. certain BocalanocleCa.-? selle fut tenaillé et pendu poar iavbir fait une; effigie en^cire afin d'amener la mort du roi; en 1718, le chanoine DurjBt suivit le dernier supplice bout* avoir bhérèhé^dés trésors âl^alide d'enchântements; on enferma. dans Je cljâileau d^^ipIç\rî^le;m|irquisRisaïa pour arts magiques, un vannier. qui avait dérobé une hostie afin de l'employer à des sortilég<=>s> un certain FYaitço^s Freylino qui s'accusa lui-même et d'autres de maléfices contre le prince, mais

(i) CiBRARio, Imiitutions de la monarchie, de Savoiet ^0 247,.

219 SUPBBSTÎTrOKS.

avoua, sur le point de mourir, quil avait imaginé tout cda pour obtenir un emploi ; en 1723, le comte André Dupleoz fut décapité à Aoste comme coupable d'avoir, au moyen de maléfices, attenté à la vie de sa femme.

Ces faits nous amènent à parler des victimes des croyances absurdes, populaires et scientifiques. Nous avons déjà mentionoé la terrible bulle de Sixte-Quint, en 1585, contre la géomancie, hydromancie, pyromancie, onomancie, chiromancie, nécromancie, enchantements et sortilèges d'autre nom. Si Ton songe à toutes les erreurs qui naissaient de pareilles superstitions, aux moyens sacrilèges qu'elles faisaient employer, et qui manifestaient au moins l'intention du mal, on trouvera que les pontifes agissaient sagement en les poursuivant avec sévérité ; mais il est facile d*apercevoir quelles conséquences découlaient de ces mêmes prohibitions. Grégoire XV assurait que les maléfices produisaient , outre la mort peut-être, des maladies, des divorces, la stérilité. Clément YIII, en 1598, atteignait à la soixante4roisième année de sa vie et à la septième de son pontificat, deux nombres climatériques , grâce auxquels le peuplesecroyaitmenacé de toutes sortes de maux; ce pape répétait donc qu'il n'avait que soixante-deux ans, attendant que l'influence fût passée. Paul Y apprit d'un astrologue qu'il vivrait peu ; saisi de terreur, il congédia son cuisinier et son maître d'hôtel, s'entourait de mille précautions, n'osait recevoir aucun mémoire de gens inconnus, et voyait partout des embûches et du poison jusqu'à ce qu'il fut guéri par un remède semblable au mal ; en effet, une consultation d'astrologues déclara que le temps de l'influence périlleuse était passé .

La cabale et autres futilités astrologiques dirigeaient les cures des médecins, même les moins esclaves des préjugés; l'astrologie judiciaire l'emportait encore sur Tastronomie, et Tillustre chancelier de France THôpital disait que les mathématiciens et les astrologues dominaient à Rome (1). Paul Taggia, savant modenais^ écrivait à Gualdo de Padoue : « Le mariage continue dans

(I) Impta nam tota dominatur in urbe Mathesis,

Chaldœi volitantque domos atque atria circum : Tempus ab his, certique dies, horœque petuntur, Et fortuna^ salusque honUnum dependet ab astris,*. Quidam animos etiam pariter cum corpore nostro Interitum seniire volunt, unaque resolvi; Et veteris promissa, novœque uberrima legis Vana putant^ ipsum patriis detrudere regnis, Sipossintt Dominum conantur more gigantum*

. ASTROLOGUES ET MÂGItilENS. Si3

la disjonction conjointe , bien que ne cessent pas les oraisons^ les jeûnes^ les aumônes et les exorcismes. Il n'y a de bon que ce qui est confirmé par le nœud et Venchantement^ soit dans le jeune homme ou la jeune fille ; nous pouvons donc compter sur un résultat heureux et très-prochain (1). » Félix Centino d'Ascoli^ qui désirait voir pape son oncle le cardinal^ trama contre les jours d'Urbain YIII au moyen de maléfices ; il forma donc une figure de cire qui, en se fondant, devait consumer la vie du pontife ; son secret ayant été trahi, on lui coupa la téte^ et ses complices furent brûlés ou envoyés aux galères.

Capecelatro , un des meilleurs historiens, d'autant plus qu'il avait exercé diverses fonctions, lorsqu'il commence à décrire le soulèvement de Masaniello, fait la réflexion que ces fléaux ont été amenés par la mauvaise influence des étoiles ou bien par l'éclipsé de soleil, arrivée à midi dans le signe du lion Tété précédent : « ce signe domine Naples, et Paul Cocurullo, célèbre astrologue, a prédit qu'il serait pour cette ville une cause de révolutions et de ruines dont elle souffrirait beaucoup. » Il fait remarquer lui-même que ce soulèvement s'est accompli le dixseptième siècle après Jésus-Ghrist, la dix-septième année après la fameuse peste, dans le dix-septième mois du gouvernement du duc d'Arcos, dans la septième année après 1640, dans le septième mois de l'année, dans le septième jour du mois , dans le septième jour delà semaine, à la septième heure du jour. On dit que les Espagnols, durant ce soulèvement, envoyaient des sorcières pour enchanter les postes ; le peuple arrêta trois vieilles, à l'une desquelles il coupa la tête, et jeta les autres dans une prison afin qu'elles fussent livrées à la torture; on envoya des prêtres pour exorciser ces postes (2).

Catherine de Médicis avait amené en France Cosme Ruggeri , astrologue et magicien, qui devint renommé, dans cette cour, par des horoscopes, des talismans, des philtres pour inspirer de l'amour ou faire mourir. Catherine l'employait peut-être à ces opérations , ou plus probablement le chargeait d'espionner. Accusé

(0 2 Janvier 1610: voir aussi le cb. cxlit.

Parmi les docteurs que choisit Frédéric Borromée pour la bibliothèque ambroisienne était Rusca, qui écrivit De inferno et statu dœmonum ante mundi exilium, libri v, in quibus tartarea cavitas^ cruciamentorum gênera^ ethnicorum de his opinioneSy dçemonumque conditio u^gtie ad magnum ^'tfr dicti diem varia eruditione describuntur ; Milan 1621.

(2) DONZELLI, p. 194.

3A4 iiAinrBL 6iàiTÂN> AicnmwrE.

de conspiration,, il fut mis à la torture et envoyé aux galères ta 157^, puis délivré: Sous Henri IV/ on l'emprisonna' de nouveau parce qù1l avait une %nre en cire de ce roi, et la piquait tous les joiirs; mais les ÎDstançcs de courtisans et de grands seigneurs firéht suspendre lé procès.* Gba<!|ue année > il putiliait <les aima* nacs, fut Tiomifné àbbé de Saint^Mahé, et^ ce qtii est plus 'étrange> historic^raphel Au monrieBit de mourir^ il' ^^èpoùssa lès consola^ lions de la i^eligion, en disant qu'il n'y à point d'autres diables que nos ennemis, lesquels nous tourmeiitetit ici-bas, ni d'autre Dieu que le prince, qui peut nous faire du bien ; onimtna donc •son^ cadavi*e à la voirie (1). . . •

Don Dominique' Manuel Gaétan, comte deRnggero, maréchal de cëmp du duc de Bavière^ général, conseiller, colonel d'un réginient à pied, commandant de Munich, et major général du roi de Prusse, était né à Pietrabianca près de Naples;' il apprit le métier d'orfétre, et fut initié, en i695, à l'aldrimie, probablement par le fameux Lascaris, dont il obtint la.teinture blanche et jaune pouir faire l'argent et l'or, mais en peliite quantité. Suppléant par le charlatanisme à l'iiisuffisancei des r^uUats obtenus, ilannonça qu'il pouvait opérer en grand la transmutation des métaux, et, grâce à des expériences sur' de petites quantités ^ il -obtint dU' crédit^. Après avoir parcouru ritalîé, il fit, durant quatre mois, d'excellentes' affaires à Madrid, d'où l'envoyé de Bavière le décida à se rendre auprès de l'électeur, qui se trouvait aloi*s gouverneur de Bruxelles; il excita l'adnf^iration> iet Maximilien, accordant pleine Confiance à ses promesses magnïfii'iiies, lui donna dés charges et des titres, outre une somme de six mille florihs; mais ayant découvert qefil n'était qd'un imposteur, il le fit jeter dans une forteresse, d'où il parvint à s'échapper au bout de deux ans* En i704, il reparut à Vienne , et réussit avec tant d*habiieté dans quel^Jues opérations , qu'il frappa d'étonnemenî; toute la cour. Léopold lé prit à son service ; mais la mort de cei empereur au* Tait interrompu sa fortUtte/s'il n'avait p^s été employé par l'élec-

(1) La femme de l'amiral Coligny était accusée d'hérésie auprès du duc de Savoie, et de sorcellerie sur la dénonciation d'une possédée. Le cardinal d^Ossat en parle beaucoup dans ses lettres de 1597^ et fait des démareliids pour la sauVer, en montrant que Ton ne doit point avoir fo! an diable, pèi'e du mensonge V et que d*aineurs il ne voudrait pas dénoncer ses propres serviteurs. Sh même temps, il croit s'apercevoir que le duc de Savoie n'aspire qvCk s^em parer des biens de cette femme pour servir de partage à un tas de 'petits louveteaux qui se nourrissent au pié de ces monts, faisant^aHustoii'aux hdmbrèox fils naturels de ce duc. •'*-'' •'« 'ï'^''"'

MANUEL gà^i^in; âighimiste. sis

teur paMîh, auqiielil promit, sabs ouMierrimpéi»âtrifee,dedonneri en six semaines, ôoStante douze mfîUions, sauf à perdre la tête s'il ne tenait pas sa parole. Avant Texpiration du terme, il s'enfuit avec une jeune fille, pour se réfugier à Berlin, où il acquit de la faveur en se disant persécuté par VAutrlche ; le roi Frédéric, après avoir consulte son côfiseil, q«l ne trouva p(Jlnt de motifs pour les repousse*, accepta' ses propositions^ Avec grand appareil de témoins, îî fit qiiélques transrautâftions, 'consfatëes rigoureusement, et promit de fabriquer de la poudre de projection en assez grande quantité pour faire six millions <te thalers ; à' voir le grand nombre de ses dupes, et tes'hbnneurs qu'il obtînt, il faut teroi're que c'était un prestrdigîtàtéùk» très-habilë. CependlWt, Il ne réalisait point la promesse faitfe au roi qui, de son côté, ne lui donnait qu'avec mesure ; enfin Frédéric^ informé de sa* conduite antérieure, le fit enfermer àCuistrin, paisjugèrc«mme»n^ayantpti accomplir sa parole; couvert «d'un halritd'ôripeau U fut pendu à Berlin, le 29 août 1709, à un gibet doré, conime cioupable du crime de lèse-majesté. Frédéric, lïOnteux ou de s^êlre d'abord taîssé tromper, ou de l'avoir, puni trop cruellement, défendit de prononcer le nom de la victime. Lé peuple continuait à se passionner pour les espiègleries des esprits follets, et les douloureuses convulsions des obsédés et des possédés; il cherchait dans le regard malin et Tenchantement les causes des tnaladies étranges^ des tempêtes , des pestes , et en tirait vengeance soit au milieu de soulèvements, soit dans les jugements, surtout k l'occasion d'une épidémie. Les procès pour sortilèges, en devenant plus nombreux, confirmaient davantage la croyance vulgaire> à laquelle ne surent pas se soustraire ni des personnes très-pieùses, comme les cardinaux Borromée, ni même des penseurs. L'inquisition poursuivait moins les^hérésies, désormais bannies de l'Italie, que les opinions erronées et les superstitions, répandues même dans des livres, dont itserait curieux plus qù*utilë d'examiner le contenu (1). Mais, à cette époque principa-

(1) Dans la Brève information sur la manière de traiter les causes du saint office à âfodèné (Mo'dène 1619 ) se tronve un catalogae des livres prohibés, parUculier à ce pays, outre ]«s catalogues généraux.

tJn catalogue d^opuscutes et d*kistorietteé prohibés plus étendu est joint au Saint' Arsenal de la sainte inquisition; Bologne, 1665; la plupart sont des prières et dés histoires dévotes, presque toujours en vers ; ce qui veut dire que Ton combattait plutôt les supérstHlotts, et, dan^ ce but, on prohibait en général << tons les livres qui traitent dé songes ou de leur -explication, v d'astrologie judiciaire et de divination. 'Dans les Règles du saint offke, réimprimées à

lementyOn compila les Arsenaux^ les Pratiquesei les autres guides dans l'exercice de la sainte inquisition, qui, par cette publicité, montrait qu'elle était de bonne foi, et n'agissait pas autrement que les tribunaux ordinaires.

L'industrie manufacturière languit ; celle de luxe, jusqu^alors, avait exporté plus d'objets qu'elle n'en avait demandé à l'étranger. Les draps italiens, bien qu'ils ne fussent plus les seuls, soutenaient la concurrence de ceux de Hollande, de France et d'Angleterre ; Lyon ne faisait pas oublier les étoffes de soie de Bologne et de Florence (i); l'Italie occupait surtout le premier rang dans les beauxarts, l'architecture et l'orfèvrerie; c'était à l'Italie que l'on faisait les commandes, ou bien on appelait au dehors ses artistes, et tous ceux qui voulaient se perfectionner se rendaient en Italie. Ces avantages cessèrent aussi; les produits des manufactures françaises devinrent une mode générale, et beaucoup de bras italiens restèrent inoccupés. Les vins, ou, comme on disait, les bouteilles de France furent recherchées; néanmoins, c'est à des Italiens, mais surtout à des Piéraontais et à des Mantouans que la France doit l'introduction de la fabrication de l'aci^et du cristal.

Bien qu'un antiquaire italien ait écrit qu'on avait trouvé dans les pyramides d'Egypte de la porcelaine de Chine, cet art ne remonte qu'à no ans avant Jésus-Christ ; les Portugais le firent connaître en Europe vers 1518, et François de Médicis se proposa de l'imiter, non sans succès; mais comme art, il se propagea seulement en Saxe dans l'année 1708. Les Italiens continuèrent à fabriquer la belle faïence de Castel Durando. Il parait que les ouvrages en filigrane furent introduits alors, puisque Cellini n'en fait jamais mention, et que Baldinucci écrivait : a A notre époque, « a paru une autre belle invention de travail que Ton appelle de a fii en grain, qui sert à faire des coupes, des pointes et des poia gnéesd'épée... »

Ce siècle fut souvent affligé d'horribles disettes^ fléaux en partie occasionnés par les hommes, bien qu'il faille souvent n'en cher-

Milan en 1688, se trouve encore une liste de livres prohibés, qui contiennent presque toujours des oraisons ou de pieuses légendes.

(1) En France, Henri II fut le premier qui porta des bas de soie, et Ton cessa alors d essuyer le nez avec la manche de Thabit ; NAunà, jugement de tout ce qui a été publié sur Mazarin, Un règlement pour ériger les manufactures en France^ et arrêter le cours des étqf/es de soie, est bizarre ; travail de Laffeoias; Paris 1597. Une paire de bas de soie valait alors en France douze francs, qui équivaudraient à soixante-quatre aujourd'hui.

cher la cause que dans la volonté de Celui qui les envoie. Les bandits, si nombreux^ enlevaient aux campagnards la sécurité nécessaire ; outre les autres peines prononcées contre les rebelles et les bannis, on défendait de cultiver leurs biens; beaucoup d'individus, écrasés par les impôts, abandonnaient leurs champs, qui dès lors restaient en friche : les chasses, que l'on faisait avec un grand nombre de personnes et de chiens ; les prescriptions en vertu desquelles on devait laisser le gibier détruire les fruits de la campagne; la négligence inhérente aux propriétaires eux-mêmes ou bien aux corporations; l'abandon venu de la détresse du maître, à qui manquaient les capitaux pour satisfaire aux besoins' agricoles; Taccumulation des terres au profit des gens de mainmorte, préoccupés exclusivement d'en tirer le nécessaire, étaient des causes évidentes dedépérissement. De nos jours mémfi, on aperçoit les traces des champs et des vignobles abandonnés à cette époque. Dans les chroniques de Mantoue, je trouve que les vignes, en 156i, gelèrent de telle sorte, que le vin se vendit cent livres le char, tandis qu'il ne valait auparavant que de neuf à douze au plus (1). Il restait le capital fixe des terrains fertilisés, des canaux d'irrigation et navigables, transmis par les temps de hberté; mais le capital circulant, nécessaire pour le faire fructifier, était dispersé.

Il faut y joindre ce déluge de règlements sur les denrées alimentaires, qui ordonnaient, par exemple, de conduire toujours les grains vers la cité, et jamais dans un sens contraire; d'y introduire la moitié de la récolte, de ne point accaparer de blé, de n'en pas faire le prix avant qu'il ne fût coupé et battu, de ne pas l'emporter du marché une fois qu'il y avait été conduit, et de marquer les mulets qui le transportaient ; puis venaient des prescriptions inconsidérées sur les meuniers, les vendeurs , les mesureurs, les courtiers; on infligeait une peine très-grave au boulanger qui vendait du pain à un propriétaire, et il était défendu d'avoir dans les maisons privées ni blutoir ni crible. En outre, pendant les disettes, au lieu d'élever le prix des grains pour les attirer, on les tenait au dessous du cours ordinaire, moyen assuré d'aggraver le mal. En un mot, la loi, au lieu de se borner à procurer la sécurité, voulait étendre Son empire partout où l'action du commerce et de l'industrie se faisait sentir ; les gouvernements étrangers et ceux d'Italie, les États pacifiques et guerriers, Rome

(1) Le char mantoaan ordinaire se vendait quarante francs naguère, avant U maladie qui a ruiné les vignes.

oCKiime Turin^ Ploi^nce comme Naples et Milan> suivaient tous la même voie. L^introduction du blé dé Turquie,' qià remplaça utilement l'orge et tant de petits grains, ftit d'un grand secours.

Malgré la répugnance des campagnards à changer leurs habitudes, la culture s'en répandit avec une étonnante rapidité ; mais cette plante nouvelle n'était pas soumise à la dime etàu^ autres contributions perdues dès longtemps sur les autres ; le maître luimême n'en recevait aucune portion^ de manièfe-qne Tagriculteur en profitait seul, et ce n^est que fort tard qu'on trouve dans les contrats l'obligation d'en semer* et d'en donner au propriétaire. Bien plus^ la nouveauté plut' tant que Tt^n négligea le froment. Les règlements de' la république vénitienne ^nous apprennent surtout q^ie Ton convertissait les prairies en terres à mais; le fourrage pour les bestiaux manquait donc^ les champs se détérioraient faute d'engràfe, et il fallait introduire un gTMid nombre d'aniiftaux de boucherie. 'A ta même époque fbt commeneéé ou étendue la culture du 'riz, et l'on prétend que Théodore Trivulce, en 1552, fit les premières expériences dans ses vastes possessions du bas Milanais. La pomme de terre était connue, mais non encore d'un usage populaire.

La population diminua d'une manière sensible; on en tirait des États voisins, ce qui n'est pas une augmentation, mais tkne transposition; on cherchait à l'acôrottre dans les villes par des privilèges, ce qui dépeuplait les campagnes et diminuait les- avantages de la diffusion. Cette tendance absunie se manifesta,- non-seulement dans les prescriptions, relatives aot sùliststànces, mais enoore à l'égard de Tordre des jésuites, qui ne s^établirent pas dans la campagne, comme les bénédictins, les cisterciens, les franciscains, mais dans les cités, où, donnant une éducation étrangère aux arts manuels, ils ne s'occupèrent que dessalasses élevées. Le!» ordres anciens, il est vrai> consacraient leurs soins aux pauvres; maiâ s'ils <lépensaient des trésors de charité dans les. grands' besoins du peuple, ils finirent par dégénérer en se recrutant presque uniquement parmi la plèbe, parce que les ordres nouveaux attiraient à eux les intelligehcés, et que la noblesse' dcmnait du crédit et menfalt aux dignités.

Lorsque Philippe H!, en 1609, expulsa les derniers restes des Maures, beaucoup d^entre eux s'établirent en Italie; mais, de leur côté, les ministres de ce monarque s'efforçaient d'attirer des Italiens dans- l'Espagne dépeuplée, où passèrent, entrO' autres, cinq cents Génois. Les conquêtes des Turcs, à naesure qti'elles

s'étéhdÉlicnt, prbcu!*àient à l'If àlie quelques habîtarits, et de petites colonies vinrent delà Syrie dans le poyautoe de Naples; près de Parenzo sur la côte deTIstrie, Venise recueill(t) en 1687, dix familles albanaises, qui formèrent le villiagé de Pervi, où elles se multiplièrent, en conservant jusqu'à nos jours leurs rites, leuïs usages etleur langue. La piuisisantë famille' àes Slêfanôpoli, qui prétendait descendré des empereurs byfeantirts, fut obligée d'émîgrerde IVÏaîrift; appelée par' lés Oétiois/ elle Rétablit à Paomia, un des lieux les plus agréables dé là Corse, inftià Inculte et dépeuplé. Un grand nombre dé Màïrtottès Itt' suivirent pour se soustraire aux Tuiles; 11 s'eii forma une poptl^iiôn nouvelle, composée d'aristocrates et de plébéiens, fc'^st^à-dlre dés Stefaliopoli et des Maïn6ttes, auxquels la république génoise assigna les territoires de Paomia, de Revida et de Salogna en fief perpétuel. Non contente de faire cbnstrilîrfe^îéfe églises et les maisons, elle fournissait les semences, qu'on devait lui restituer dans six ans : les colons exerceraient le rite grec, mais sef aiértt soumis au' pape; ils jureraient fidélité et payeraient les impôts à la république, qui leur enverrait tous les dëirx ans un recteur. Là, ils ^'adonnèrent à' ragriculture, et bîéni quils fuèsenl d'abord vus de mauvais œil par les voisins, ils flhîrènl: par triompher des répugrfànceè, et conservèrent les usagésdelëûr paysl ■

Les pestes fréquentes exercèrent de grands i^avaèés parmi les -populations. Nous avons parlé de celle <le 1576. Turin l'eut en 1599, et le duc, pour dédommager l4 commune des dépenses qu'elle avait faites, lui accorda un cinquième des successions vacantes fauté dé testaments. Tous les déments de Tordre social souffrirent de celle de 4630. En 4656, la '{ïesle sévit denbiiveau à Gènes, avec le cortège ordinaire d'enchantements et d'empoîsonrtements ; ' 6n ' supposait que l'huile de la lampe de 8aint-Lau refit guëHssait, et raffluence développait le fléau. Etes médecins et dés prêtres vinrent de MarÉfeîlle; le dôgé Sauli resta feriïie à son posté, et beaucoup de nobles dames, parmi lesquelles Laure Pinèlla et Sophie Lomellma, secouraient les malades ; il ne reàta" dans la ville que six- mille habitants, et la compassion deis riches construisit alors VAlbér^o des Pauvres. Les cadavres, triste souvenir à rappeler, furent amoncelés dans de vastes souterrains à l'Âquasola, qui servaient de magasins pour le blé; mais là, ils crevèrent par suite du gonflement, et un ruisseau de matière purùlerite vînt ajouter à ï'horrôur de là ville attrilstée. •^ Oùtirèc^Béau,-l^omnîe àtaît à sottffiîi'dés inondations et des

9Sù AUTEE& ELiAUX.

tremblements de terre, qui se multiplièrent surtout vers la fin du siècle. En 1669, l'Etna dévaste une grande étendue de pays après d'horribles tremblements; à Nicolos, il se forme une crevasse de six pieds^ sur une longueur de douze milles^ et à San Léo huit gouffres, d'où sortit des masses épaisses de fumée ; sur le mont Fusara, un autre abîme vomit un fleuve de lave qui, après avoir dévasté les campagnes d'alentour, se dirige sur Gatane. Alors chacun de prier et de promener les reliques de sainte Agathe ; on regarda comme un miracle que l'onde enflammée, après avoir parcouru quinze milles, se détournât de sa direction pour aller se jeter dans la mer, où elle forma deux montagnes; on calcula que le volcan vomit quinze millions de pieds cubes de matières, et Ton voit encore aujourd'hui les traces de ces horribles rava-

Toute la Romagne, en 1672, fut' agitée par des tremblements de terre, et des églises et des palais s'écroulèrent à Rimini, tuant ou blessant beaucoup d'individus. En 1688, de violentes secousses ruinèrent Bénévent, Cerreto et d'autres villes du royaume, renversant h Naples des édifices remarquables, la coupole de Gesù Nuovo et le portique de l'ancien temple de Castor et PoUux. Au mois de janvier 1693, des tremblements de terre se firent sentir en Sicile ; Messine fut presque entièrement détruite ; mais peu d'individus périrent, parce que la plupart s'étaient réfugiés sous des tentes en plein air. La désolation fut horrible dans l'île entière, bien que nous la supposions exagérée : on dit qu'il périt sous les ruines de Gatane seize mille personnes^ quinze mille à Syracuse, huit à Augusta, où la foudre fit encore sauter la poudrière; Noto, Modica, Paormino, enfin soixante-treize villes furent ruinées, et quelques-unes détruites au point de ne laisser aucun vestige. Les éruptions de l'Etna couvrirent trois milles de tour; la Galabre et Malte souffrirent de graves désastres. Le 8 septembre de l'année suivante^ un nouveau tremblement de terre bouleversa le royaume de Naples, renversa dans la capitale beaucoup de palais, et détruisit entièrement quelques villages dans la terre de Labour ; il en fut de même, outre un grand nombre de victimes, à Capoue^ à Yico, à Ganosa, à Gonza^ h la Gava.

Le Tibre, en 1695, désola Rome, et ce désastre fut suivi d'une épidémie; puis, le Patrimoine de Saint-Pierre éprouva des tremblements de terre, qui détruisent Bagnarée, Celano, Orvieto, Toscanella, Aquapendente; la marche Trévisane fut également bouleversée, et quinze cents maisons s'écroulèrent dansla seule Asolano.

En i698, survinrent d'épouvantables éruptions du Vésuve, dont les cendres couvrirent les toits et les rues jusqu'à un pied d'épaisseur; Torre del Greco et les environs furent dévastés, et soixantemille campagnards se réfugièrent à Naples, alimentés par la charité de Tardievéque Gantelino. Cette même année, la poudrière de Turin sauta, causant d'immenses ravages dans la ville crois* santé; en 1702^ de nouvelles secousses renversèrent fiénévent, avec quelques centaines de victimes^ et il en fut de même à Ariano, Grotta, Mirabelld^ Apice. Dans l'année suivante, nouvelles inondations à Rome, suivies de tremblements de terre ; Norcia, Spolète, Chieti, Monte Leone n'offrirent qu'un amas de ruines, et l'on eut à pleurer la mort de trente mille personnes* Dans la région alpine, Udine, le siècle précédent, avait été renversée par un^ tremblement d^ terre ; vers cette époque, des plaintes commencèrent à s'élever sur l'imprévoyante coupe des bois, qui avait pour conséquence Firruption des torrents et les éboulements. Lç 14 août 1692, le mont Uda, dans le Frioul, se renversa sur le village de Borta, dont il ensevelit les habitants, etobstrua leTagliamento, qui, formant un lac, inonda les campagnes et dévasta ces fertiles environs. Un autre éboulement, en 1618, avait enseveli, près de Chiavenna, le bourg de Piuro, sans épargner la vie d'un seul habitant.

Le récit des fêtes, des banquets, des parades et des chasses alternait avec celui des fléaux, des famines et des pestes ; or, que le luxe accrût en proportion de la misère, c'est ce dont ne s'étonnera point quiconque sait que la richesse consiste dans la diffusion des choses nécessaires et utiles, tandis qu'alors elles se concentraient dans les mains de quelques personnes, qui pouvaient en faire étalage. A Rome, plus qu'ailleurs peut-être , et malgré de nombreux décrets, on déployait un faste excessif; Urbain VU! prohibait les habits indécents, défendait aux femmes de se faire enseigner la musique et le chant par des hommes, et prescrivait aux religieuses de n'avoir d'autres professeurs que leurs compagnes. Le cardinal Mellini, à son retour de sa nonciature d'Espagne, faisait son entrée à Rome avec cinquante quatre carrosses à six chevaux (1). Noris, nommé cardinal^ écrivait : « Je n'occupe et

(1) Correspondance inédite de Mabi lion et de Montfaucon avec ntalie; Paris 1846, tome 210. Parmi les fêtes les plus somptueuses et les plus variées par leurs bizarres distributioDS, sont celles que Venise, en 1587, donna à la réception de quelques princes du Japon, probablement des imposteurs, qui étaien}

93BL' AMUSBHXIITS.

c( ne puis finrriie monter, mai maisoiiy qui ne /peut, suffire (aux « <r viqgt-huit personD(3s qniiorment macour.:J'aiaohetè cinq car-. <x rosseset j*ai huit chermux ; j'ai dépenfiô^amoïi milleéeus' dans^ <r la chapelle, et je vépète souvent avec âénèqot, Vbite^ti animus. a ille mù4icis cfmieatns'i Je n'ai pas de. jainbes; pour Cfûre. ded (( courses, parce que les cardinaux ne peuvent allée à pied dana; (c les rues de Rome : je n*ai pas de mains pour écrira, parce qu'il a y a quelqu'un ah epistoln qui m'assiste ; ni pour boire, puisqu'un d autre individu adest apotionibus. Si je veux m'habiller, je suis a entouré de trois aides de chambre, et je ressemble à une statue â qu'on habille. Le pire, et ce qui est le plus étrange. pour moi,. « c^est que, les quatorze heures sonnées, la journée ne m'apparr. jii lient plus; mais je dois 4'employer soit à donner audience, soit (( à assister aux séances dp 1q congrégation ; aussi^ puia^je dire a avec saint Paul, Vivoegoyjam mn€go{i).if .

On est frappé d'étonnement aux descriptions des solennelles réceptions qu'on voyait à Naples, à Milan, à Palermé; et pourtant, on ne les prodiguait à des matires non. aimés que par condescendance. L'infante Marie d'Autriche, decvemiie l'épouse de l'empereur au. mois d'octobre 1630, se trouvait de passage à Naple^ se dirigeant sur Vienne; elle mit tant d'^xjgences.dans le cérémonial, que les dames comprirent qu'elles seraient exclues la plupart de la fête du palais, parce que l'usage d^'Ëspagne ne permettait qu'aux femmes des maisons régnantes ou auxépousesdés grands d'Espagne, de s'asseoir sur des coussins; toutes les autres s'asseyaient par terre. On eut donc recours à TexpédienVde ne pas faire oosnparaître la reiiie en public, mais sous couvert, c'e^à-diredans une loge fermée par une jalousie : l^s dames prirent place sur ua Parnasse entre des cyclopes et dçs nymphes^ la.Nuii, la Benomr mée et les colonnes d'Hercule; la Npit^tait traînée sur les champa Ëlysées par un char étoile à quatre «hévaux^ une quadrille dq dix-hiiit chevaliers, moitié ea soie couleur ^e chair etigaraie d'argent, moitié en noir, guidaient la danse^ suivie de l'ambassa*^ deur impérial, do connétable et des jeunes gens de laplus.haute noblesse; venait ensuite la <|anise avec les dames. Les fêtes continuèrent quatre mois, ruinant le vice^mi «et la ville. Lorsque l'impératrice partit, elle arriva le premier jour àNoIa, le second

allés v^néref te pape k Rome/ Vftir Sansôtino, VeneHa dUà nobilissima e singo^ure, etc.

(1) Lettre de 1696 'dans la (ïoUeetioD Cièirarum wnetiommadAi Aiaflia*\ bechium, tome I. r .

à AveUina^ le.ti^iùèine.'àfificabella^ le, quatrième, à A^riimo^Ji ^ Bovino et ànFoggta l&s deux jouss suifants, le sepiième. et;, la faiHtième^à Torma^iore et à Serra. Gapriola»; tetEeuvièu^ei et. lô dix/i^nid à Termdietà'iVastOxle onziènaeià LaneiaBO^ ledouj^ièma à Ortûna^ puis à Pescara^ à Atri, à âiuUâopva^ au;i . Grotte^ au port d« Fermo. Elles'annètait pour véoérei^la Sainte Maison^ eit: n^attcigoit Loirette que. l&isifigiième.jour. Dans xbaque lieu, on avait préparé à gcands frais un fegemeat pour la reiae et sa

SUile{i). . : . .. j > , . ;,. ..; ; il . ..

i€e trajet nous montre avec quelle; lenteur ou ^oya^eatt alors. Lé^cardinai Bënlivoglio^.sé reûdanten flrancaconome Dooce, noit tcoi^ jours et détniideFeiraceà Gualtîeriipârle Pô^ deux.de Gualtieri à Crémone -, et presque autant dé Gréflftone» à Pavie ; les letr très, entre Romejet Paris testaient un mois. en route* ...

'Une des ^récréations, était la visite, âux eoonasières* La princesse -de Stigliano et: sa nièce Anne . CaridS:fi avec d'autres^ ayant obtenu du paperautorisatioade visiter celui de dame Regina^ y envoyèrent pour Je* repas. tr(^&:saBgliers^ quii%Ke>^hevrei|il$^ \y douze coqs d'Inde r autant de ôhapooB,. beaucoup, dei macaronis et d^autfés,'pro^i$ions« Nous avons donné aillc^irs^ .le menu d'un dîner qui < dut exigea* plusieurs mois de. préparation^ et; presque le jour entier pounlei servir et le consommer (2). > ,

Ëi)i094 y RanucQioFarnèse^ dans k: mariage de soafils OdoardQ avec Sophie de Neubourg^ sœux: de Timpératrice et d^s reiaes d'Espagne et de Portugal^ déploya un tel f acte que tout le monde en paria. Lorsque le duo de> Parme, en 1700^ tint sur les fonts baptismaux, au nomade l^empereur, un fils de Renaud d E^e,. plus de cent coups di^ canon furent tirés; puis vinrent des illuminations éi des* fétest qui durèrent plusieurs jouc$> et que t^ft mina un splendide carrousel. . .

En 16218, pour célébrer le jour de la naissance de Madame Royale- de Turin> on. représenta Z« vm$$eaudelaià^ciié et la fable d'Arion. A Touverture de la salle. royale> on vit apparaître ail ciel , au milieu d'une musique bruyante^ l^s dieox.propjkoesj dont chacun chantait un court récitaiif, auquel répondait le chqeui*) puis^vinrent les éléments, représentés symboliquentient> l'e^u par un navire, la terre par un théâtre^ 1^ feup£^r l'Etna, Tair par. uae

(1) Guerua et Bugca, journaux napolitains, -

(2) La Lombardie dans le dix-septième siècle, où Ton trouvera d'autres particulariléi» de mœurs.

Iris. Tout à coup le salon se remplit d'eau en guise de mer, et le vaisseau s'avance lentement portant à la proue un riche trône pour la cour; sur les deux flancs se voyaient les armes des pro» vinces soumises au duc de Savoie, et, dans le milieu, une table pour quarante personnes qui , invitées par le dieu de la mer, furent servies somptueusement par des tritons , lesquels portaient les mets sur le dos de monstres marins. Dans le même temps, on représenta sur un écueil la fable d'Arion, œuvre du Bolonais Jean Capponi : la musique fit le prologue; au premier acte, Arion partait de Lesbos, sa patrie ; au seccmd^ on le voyait assis et chantant sur le dos du dauphin ; au troisième, il se trouvait à Gorinthe, où il racontait au roi Périandre ses malheurs, en se faisant reconnaître des marins qui l'avaient trahi ; à la fin, les sirènes formèrent un ballet, invention du duc Charles-Emmanuel (1).

On conservait encore beaucoup des fêtes du moyen âge, sauf à les modifier selon les lieux et le temps. Si le fameux Montecuccoli, dans un tournoi de Modène, tuait le comte Molza, à Gênes on célébrait les Casazse, où les corporations étalaient à Tenvi des manteaux de velours et des broderies d'or si riches , que les rois n'en avaient pas de plus splendides; portant à la main de gros cierges, elles parcouraient les rues processionnellemeut, chaque confrérie précédée d'un crucifix, par la richesse et la beauté duquel toutes cherchaient à se distinguer, comme aussi par la manière de le porter sans broncher au milieu de ces ruelles étroites et à pente rapide. Les processions du vendredi saint, que Ton appelait de VEntierro (enterrement), selon l'usage espagnol, étaient aussi très-solennelles.

Les représentations, en général, étaient préférées au théâtre. La musique, à cette époque, comme nous l'avons déjà dit, se perfectionna sous le double rapport de la théorie et de la pratique, et la passion en devint générale ; mais la musique de salon et d'église était plus en vogue que celle de théâtre, et les sujets des opéras étaient sacrés généralement. Le premier opéra, à Païenne, fut, enl69i, Sainte Rosalie. Le Rachat d'Adam^ ou le Martyre du Christ , de Philippe Orioles, était joué dans toute ritalie. Dans V Impiété de la doctrine arienncy foulée atu; pieds et convaincue par le glorieux martyre de saint Eménegildcj œuvre du capucin Frédéric de Païenne, on voit le saint

(1} Voir Artraga.

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