FRANÇOIS BORRI
temelle^ de secret inviolable, d'obéissance au Christ^ aux anges^ de fervent apostolat de pauvreté; en conséquence^ ils remettaient tout leur avoir à Borri^ qui, par Timposition des mains^ leur communiquait la mission divine. Ses enseignements étaient voilés de mystère et de formules initiatrices; mais^ quand Alexandre YIK fut élu pape^ il dut se réfugier à Milan, où il continua à faire des prosélytes. On doit s'étonner que l'inquisition l'ait laissé prêcher si longtemps; toutefois^ lorsqu'on découvrit qu'il cherchait à soulever contre les Espagnols Milan et l'Italie, pour étendre plus loin les conquêtes, il devint l'objet de poursuites plus rigoureuses. Condamné par contumace au feu et à la confiscation, il s'était enfui à Strasbourg, d'où il put gagner Amsterdam , où il fut bien accueilli comme une victime de l'inquisition ; mais discrédité bientôt, il eut recours à l'astrologie et à l'alchimie pour gagner de l'argent.
Ses doctrines sont déposées dans la Clef du cabinet du chevalier François Borrij grâce à laquelle on voit diverses lettres scientifiques ^ chimiques et très-^curieuses, avec différentes instructions politiques^ et autres choses dignes de curiosité , et beaucoup de secrets très-beaux (Cologne, 1681). Ces lettres sont supposées écrites à des princes, et traitent des secrets du grand art; il obtint de grosses sommes de la reine Christine de Suède afin de fabriquer de Tor, puis de Frédéric IIl de Danemark, pour lequel il écrivit même des instructions politiques. Mais^ à la mort de ce roi, il dut se soustraire par la fuite à la haine de son successeur, et se dirigea par la Moravie sur la Turquie ; arrêté comme complice des trames ourdies alors en Hongrfe, l'empereur le fit livrer au nonce pontifical, qui l'envoya à Rome, où le saint Office lui imposa une publique et solennelle rétractation de ses erreurs, et le jeta dans les fers. L'ambassadeur de France, qu'il avait guéri, obtint qu'il fût transféré au château Saint-Ange, où il eut même un la* boratoire, outre qu'il pouvait sortir quelquefois; il y mourut à Page de soixante-neuf ans. Ses disciples de Milan, a après une longue enquête, convaincus de partager ses hérésies, durent abjurer publiquement, et furent jetés pour, des temps déterminés et facultativement dans les prisons de l'inquisition, avec d'autres pénitences encore et l'obligation de porter, comme signe de leurs fautes, un mantelet jaune sur l'épaule gauche, d C'est ainsi que s'exprime Brusoni (1), qui parle longuement des doctrines de
(1) Histoire d^ltalU; Turin, Zappota, 1680.
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Borri^ v parce cpie véritablement aucun autre hérésiarque n'a publié autant et d'aussi extravagantes folies en matière de foi. t>
Un très-petit nombre d'autresquittèrent l'Italie pour professer des doctrines contraires à TÉglise^ fît, dans rintérieur, il ne resta que les hérétiques des vallées vaudoises. En 1614, on découvrit dans le royaume de Naples une secte ,de mystiques dirigée par soeur Julie de Marco de Sepinp, tertiaire de Saint-François, le père AgneUo Arciero, crucifère^ et le docteur Joseph de Vicari, qui,, sous prétexte de dévotion, s'abandonnaient à des turpitudes. Les pères Théatins avaient signalé ces sectaires ; or, tandis qu'une foule d'individus les tenaient pour des saints, Tévéque de Calvi, comme légat de Finquisition de Rome, commença le procès, au grand scandale.de leurs nombreux partisans et des jésuites qui croyaient à leur vertu; la cause s'engagea donc entre deux ordres puissants, et fut dès lors très-bruyante. Néanmoins, les trois chefs furent condamnés, comme héréiiques, à une prison perpétuelle.
Mais déjà le scepticisme et Tincrédulité se glissaient dans les esprits, et si Terreur répandue par les réformateurs avait été vaincue, les jeunes gens puisaient le doute et Ifindifférence dans Hobbes on Bayle. Magalotti crut- devpir s'oppo^r à jces nouveaux mé^ créants, et il écrivait par mode à un comte athée : ci Vous avez a richesses^ naissance, jeunesse^! force, courage et cortège; vous « vous voyez aimé de votre maître, estimé de vos généraux, a courtisé par les dames. Ajoutez la tabje , le jeu , les réunions^ a les délices, les plaisirs et le bonheur. Grèce à celuirrci ^ lorsque «r vous entrez en campagne, toutes les choses vous réussissent toua jours, parce que vqus faites ioujoure votre devoir^ Sivai» vous n battez en duel, vous en s(»tez toujours avec. Uavaiktage; s'il a s'agit de faire une actioo.d'éclat, vous, êtes toujours ife {«emier « appela; vous allez, vous battez l'ennemi, vous n^evenezet vous a garnissez. d'écharpes toutes les toilettes de&> dames. Voua mus « mettez .-à table en grande eociq)agnie, et la .coov)ersatioa, roule a aussitôt sur la religion.:: vous entendez un brutal en parler avec « peu de respect; un autre^^ qui tranche du libertin, citer aveçidét « rision un pa^sage obscur de l'Écriture; puis,tini8utre ïntfityhni, « celui qui^se .dit philosopherpour^en signaler la .contmdicjlion a avec la corrooipue raison naturelle^ . . • . j -
« Vous riez et applaudissez, et, comme vous aimez tout ,ce qui « peut favoriser les exigences de votre cœur, le;conLen|teinefitpeu a à peu, sans vous en apercevoir, vous tient lieu de persuasion, a En attendant, vous mangez et buvez joyeusement ; vouA'QpiMpz
M 'iH'tibfe ))6iiiPata^ de vin, de concu|>Î3oènôeî:etde vanité ; voua i rentrez chez Vous à deiibc heures après miouit;' pour la inoiiKlre <ir chose vounr levez la canne; ei rabattez sur la tête du page qui «n'accourt pas assez vitef vouÂ^éelarrér^ etido videt qui vient à « votre rencontre alodrdi par 1^ soitinieiU Pacfois^ vouse.blaspbé? (t mez pour faire montfe d'énergie; vqus vous^mette^ au lit.; « pour attirer te sommeil, vous iisei un chapitre du Trai^^ Mâh a logico-politiqueK^yiàM^ Léviathofif vdusdites aussitôt qu'ils oût a raison, et avant de vous* endormjr vous commencez à rêver « qu'Alexandre et Césardevaient être ^.à peu^ pk*è& comme vous, a mais Aon; paâ au-dessus Certainement* Vous donnez jusqu'à et midi ; vous allez à Téglise pour voir le beau monde, et vous af* à fectez surtout t'irrévérencç, parce qu'i^Voiiis àemble; qu'elle re* a lèverôpinlon qu'on a de votre esprU, de «votre getlanlerie, de € votre bravoure. A cet effet seulémeolb, vous vous réjouissez <K qu'il *y ail ilne l'eligion au mondé, afin démontrer avec oâteor a tàtidi) que vous n'en faites aucua caa : tels soilt, les fondements a de vo<*e athéisme^.' iw ' ' ;.. . j ; . , j..;, .^S;,
Quelques méfaits de cette époque ont obtenu uiie célébrité hîa* torique. Un trésorier de Pie V fit si bien qu'il laissa quatre- Vingt mille écus de rente à son fils François Cenoi, lequel abusa de sa^Cbi^* lune pour se plonger dans les pi nasales débaudies. Il évita une condamnation pour vice infâme moyennant une amendé de deux centi^ écus^ et d'a\itres etiCô^e au' pii^ de cinq cent milie.Il haïssait sa femme et ses enfaiftts^ qui l^'labhorraient' à leur tôur^ et cherchaient àobtemr&amiortdupape eïilulf^véliiKit sè^ inffl0iie6;de«ii:ide'8e$ enfantsayant cessé de vivre jilDevouhit rien dépenser pour leurs funérailles, <en disant qu'il attmdraii que tbusifûssent'niorts.pâv^fsMre urië'joyeuse fétè. Il attenta à^rho»aettedeiBéatfiKy'8«'trè9r* jolie fîUë^ qui, après avoir subi des outnigës obscènes .et févpces, recourut au pap.é dont elle fte fut pfditit^ écoutée; le pèné alors redoubla ée sévices et d'obsdéiâtés envefô^^ettetiUé, qqi,pottr $ë mètfte à Télbri ou- se vengei^; s'entendit aved^sesTrèrea^etiB^^ mère pouJE^le faille assassiner. Un amant d^Béatrik. promit de ile'taek^» puis recula malgré ses instances^ 'knais i deux serittteiirs^* lignés par'une forte Somme, cémmirëiÉlle meurtre 'élPSi'dlifutreiiitid^ns le royaume de Nâptés; Arrêtée? et Reconnus com!»e;eaup'abte9, ]e^ Gencî avduèrei^t à la torture/ slans eicoeptetf Béalrix^' qui n^ voulut pas néanmioins dénoncer' les outrages que' son père lutarati fait subir. D'habiles avocats, et surtout IHUustre Farinaccio entrer prirent de la défe&drey sans nier le meurtre toutefois ; le pape Çlé-
S60 isàbbllb ORsmi.
ment VII, qui d'abord s'étonnait qu'il se trouvât quelqu'un pour défendre des parricides, finit par s'intéresser à leur sort. Mais déjà, cette année, un certain Troïlo-Savelli, qui fut envoyé au gibet, s'était souillé d'un meurtre, et les frères Maxim! avaient tué leur belle-mère et pris la fuite ; puis, un de ces derniers, après avoir expérimenté un poison sur son cocher, le fit boire à son frère aîné pour rester chef de maison. Pendant que le procès des Cenci se poursuivait, Paul Santa-Croce assassina sa propre mère pour avoir son héritage. Le pape, aussi épouvanté qu'indigné de tant de crimes, laissa la justice avoir son cours, et Béatrix, sa mère et son frère Jacques subirent la mort ; le plus jeune frère, informé du meurtre et non complice, dut assister sur Téchafaud à leur supplice. Guido Reni avait copié et nous a transmis le portrait de Béatrix, regrettée généralement pour n'avoir pas voulu révéler rhorrible infamie de celui qui avait cessé d'étreson père; son confesseur, en montrant sa tête au public, dit : « Voici une victime de sa beauté. » De pompeuses funérailles et des pleurs répandues sur sa tombe fournirent aux écrivains un thème d'immense compassion, et parfois de blasphèmes audacieux contre le pontife, comme s'il avait résolu cette mort pour engraisser sesBorghèse des richesses de la famille Cenci.
Un grand nombre d'aventures et de procès naquirent de la jalousie. En effet, comme aux temps d'Athènes, la vie domestique n'existait pas encore au moment où l'existence publique dépérissait; ainsi, dans le siècle précédent, nous avons vu les femmes, par génie d'intrigue plus que par fureur de passion, chercher à devenir centre du mouvement social; or, comme il semblait .que les dieux païens fussent revenus pour s'amuser au milieu des hommes, elles se faisaient pardonner leur libertinage par l'élégance , et en mêlant au philtre de la séduction le miel de l'art. Mais alors elles furent renfermées dans les maisons et ne figurent que dans les cérémonies ; puis, comme la vie domestique était attristée par la dure arrogance d'un chef de famille, tyran de ses frères déshérités, et qu'un austère ascétisme se préoccupait de pratiques extérieures plus que du perfectionnement intérieur, on les regardait comme des esclaves prêtes à se révolter, ainsi qu'elles firent quand apparut le déplorable sigisbéisme.
Jacques Salviati, d'une riche maison de Florence alliée aux Médicis, mari de Véronique Gibo, de la famille des princes de Massa, courtisait une bourgeoise du nom de Catherine Canacci. Sa femme, poussée par la jalousie, gagne un beau-fils de Cathe-
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rine^ lequel lui coupe la tête et rapporte à la princesse^ qui la présente à son mari. Le gouvernement poursuivit les assassins^ mais non pas la plus coupable.
Isabelle^ fille de Cosme de Médicis et soupçonnée d'infâmes relations avec son père, épousa Paul Jourdain Orsini^ duc de Bracciano; mais elle continua sa vie galante^ tandis que son mari en faisait autant à Rome. Troilo, frère du duc, s'éprit de sa bellesœur^ et tua de sa main un page à qui elle accordait ses faveurs. Paul, de retour chez lui^ se rapprocha de l'épouse infidèle et, au milieu des embrassements conjugaux, l'étrangla avec un lacet.
Ce même Paul courtisait Victoire Acoramboni^ femme de François Peretti, neveu du pape Sixte; mais tandis qu'il était favo« risé par deux frères, deux soutenaient le cardinal Famèse, l'autre amant sexagénaire. Orsini^ pour se débarrasser du mari jaloux, le tua dans Rome, et voulait épouser la femme sans le moindre retard; mais il en fut empêché par le cardinal de Médicis, qui trouvait ce mariage trop inégal pour un de ses beaux-frères^ et le pape Grégoire lui ordonna d'y renoncer sous peine de rébellion. Après la mort de ce pontife , auquel succéda Sixte, Orsini épousa Victoire, et^ comme il craignait que le pape le punît du meurtre de son neveu, il se réfugia sur le territoire vénitien ; il mourut bientôt subitement à Salô, en faisant son héritière de Victoire, au détriment de Virginio^ qu'il avait eu de sa première femme Isabelle. Les Médicis se disposèrent à faire casser le testament ; mais Lodovico Orsini^ qui servait à la solde de Venise, trouva plus expéditif d'assaillir dans Padoue la maison habitée par Victoire, et de l'égorger avec un de ses beaux-frères. La ville aussitôt prend les armes; les Dix veulent punir ce crime^ et Orsini, qui s'était fortifié dans sa maison avec des bravi, est pris par force et massacré.
Les assassinats et les empoisonnements figureront souvent dans notre récit. Les poisons que Ton distillait alors, comme Vacqua tofanay qui produisait son effet un an après qu'on l'avait bue, acquirent une sinistre renommée; il en fut de même de l'anneau de mort, qui devenait fatal à quiconque le portait, et de la clef que le prince Sovelli donnait à quelqu'un de sa connaissance pour ouvrir un meuble; cette clef avait une pointe imperceptible, qui piquait à peine la main, mais donnait la mort vingt-quatre heures après. La maison de Médicis passait pour avoir ;une redoutable habileté dans l'art de préparer des breuvages mortels. Ferdinand Tacca, fils du sculpteur, ayant transporté en Espagne un cheval en
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bronze, spn œovre^ fut employé, sur la demande du roU par Louis deHafooU'le comte»-ducy pour >faire des pojcsous. L'ambassadeur florentin près de cette cour^ en rendant cooipte de ce lait au grand^duc, ajoutequeTacca. en distilla de deux sortes^ Tune du tabac^ l'auti^, de ràrseoio, el crôât qu'ils devaient servir, contre le duc de Medirnsi-Sidoniav soupiçonné de vouloir se faire roi de PÂndaloirâle^ et contre» d'autres grands personnliges, craints par
le comte-duc (i).i
' En résamé, dans, le siècle précédent, on avait souffert de grands maux extérieurs; dans l'époque actuelle» c'était une décadence intérieure >: alors^ il s'agissait ^ de cautériser et d'amputer; mais à présent le mal atteint les' entrailles , et le principe delà vie est corrompu; finvasion de l'oisiveté^ des subtilités, de l'emphase^ révélée par le mauvais gdût^ lès paniers et les perruques, était le synoplôme de cet état dé^spéré. Une ostentation ampoulée de sentiments non éprouvés, des actes hy'pocri tes, des pas&ion3ëtdes inimitiés ni assouvies ni domptées^ rongeaient un peuple lombé dans la décrépitude au milieu de souffrances sans lutte, de migres dégradantes, et qui, énervant chaque individuf au séln de sa^ famille, n'inspiraient aucune résolution magnanime^ mais une haine impuissante ou une lâche résignation,
Aux anciennes mœurs, empreintes d'une noble familiarité, se substituait un faste insolent; à cette fr«ichfse un peu sauvage qui accompagne les instincts et s'abandonne à l'imagmation, à la conscience, et qui est peut-être nécessaire pour sauvegarder la liberté, succédait un orgueil sans fermeté, une ambition sans vertu publique. Une adulation générale, une inertie sans repos, de l'étalage et du cérémonial dans les actes comme dans la manière d'écrire, dans les constructions comme dans la peinture, des aventures sans gloire^ une religion intolérante et sombre, une administration ignorante, une patience insoucieuse, des études sans progrès, des misères qui n'excitent aucune pitié, tel est le spectacle qu'offre cette époque.
(i) Le .i:9Pport d«cet.ambas6âdeur. nous offre un nouvel exemple de incroyable pénurie d'argent où se trouvait, la cour espagnole. Le grand-duc Ferdinand II, en 1639, ayant fait exécuter par Tacca ce cheval de bronze pour le roi d'Espagne, le fit transporter par mer à Cartiiagène, à ses frais. U plut be^coup au roi et. au corWte'dnc; mais ils n^a valent pas d^argent pour renvoyer à Bnen-Betirf, où il devait être pt«Dé;ila n*en trouvèrent même ' qu*aù moment ,op le grand duc envoya Tordre, aux artistes de revenir. Le comte-duc chargea ce Tacca de faire quatre lions pour les mettre autour ducheva} ; le grandduc lui permit d^acrepter ^ë travail, mais en lui conseillant de se fahré payer 6!^vance.'yoir€ATË,(7orr65j7onefânce, m, b43. . • -
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Éloignés des intérêts sociaux élevés et des idées qui grandissaient dans le reste de l'Europe^ les Italiens, atteints de léthargie au milieu de la brillante activité des autres peuples, ne contribuèrent pas aux conquétesde J2^c|y^îs^icp géi^^rale. Désormais, on n'acquérait de réputation qu'en reniant le caractère italien pour adopter les usages et les pensées de ^étranger. L'homme intérieur disparaît, ou se cache sous les formes extérieures; tout se rapporte au dehorsj et l'on se préoo^ipe de la dévotion plus que de la foi^ de la politesse plus que de Tfaoïinéteté, des convenances sociales plus que de la moralité, du bat pratique et momentané de la vie commune plus que du but idéal et éternel. En conséquence, l'esprit s'éteint;onentassedesrèglesetdes^ai*guménts non pourdéterminer si une action est honnête ou non, mais s'il est ou non permis de la faire; nop pour établifr le droit, mais pour indiquer les moyens de l'exercer, fie même que l'eau dans les jardins, l'art et la vie devaient suivre des canaux artificiels : les combats, les prières, les vêtements , l'amour, le mariage , les prédications, la poésie, tout devait être conforme aux règles ; en un mot, dans toutes ehos^s, le sentiment et l'idée étaient siibordonnés aux artifices de la forme.
Alors, il était permis à une classe d'accumuler sans mesure et sans fruit; alors» on accordait aux gouverneurs un pouvoir indis* eipliné, irrationnel et odieux plus que tyrannique, parce qu'il enlevait toute limite à l'exaction, toute sécurité aux propriétliires; alors, l'autorité, ne se bornant pas à la justice civile et criminellCi se mêlait directement des'iirts et du commerce, de manière qu'elle entravait la justice, et se discréditait elle-même dans l'opinion publique; alors, il y avait Sécurité dans la force, péril dans l'innocence. Le peuple, devenu grossier, était habitué à courber la tête silencieusement et stupidement sous le poids immense de ses maux; un réseau de convenances, plus funestes que TiUquisition et la police, enlaçait les seigneurs ; les vices obscurs de la fainéantise et de la mollesse avaient pris ime grande extension. Ces maux né tr<Mivaient en partie de remède que dans une piété plutôt étendue que profonde, dans le respect pour soi-même et la famille, dans quelque i*ëste de coutumes patrrarcales, qui donnaient encore aux rAaisonâ et à la cité une iiîiportançe qu'on vit disparaîti^é ensuite du milieu des systèmes de la concentration générale.
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