BEAUX-ARTS
Si, malgré cela^ l'Italie conserva son nom et son caractère^ il faut Tattribuer aux traditions, aux ordres municipaux^ à rÉglise, aux artS; à la langue et à la littérature ; si l'on veut étudier l'Italie, non ses maîtres^ c'est dans ces éléments qu'on doit la chercher. Mais, de même que la patrie n'avait pas de liberté à défendre et à acquérir^ ainsi l'art n'avait aucune pensée propre à exprimer, et se mettait à contrefaire matériellement la nature^ ou copiait servilement les travaux antérieurs, substituant l'intelligence à l'inspiration. Le mérite même des maîtres du grand siècle devenait nuisible aux élèves; en effet, à force d'admirer la grâce de Raphaël, le mouvement vigoureux de Tintoret, la magnificence de Paul Yéronèse, la perspective de Corrége, ils pensaient moins à imiter le vrai selon ces artistes qu'à les copier, quelques-uns avec une imitation exacte, d'autres avec une imitation érudite qui exprime l'intelligence et le choix, mais laisse à désirer le génie et la grâce. Appelés à poursuivre et à compléter les travaux de ces grands maîtres, ils en reproduisaient les figures avec une promptitude capricieuse, exagérant leurs défauts et leurs beautés. Les imitateurs de Michel-Ânge faisaient donc des Vénus qui ressemblaient à des Hercules, et ceux de Raphaël transformaient la grâce en mignardise; les Vénitiens et les Lombards voulaient toujours des raccourcis et de vives allures, qu'ils fussent ou non en rap* port avec le sujet. Éblouis surtout par les merveilles périlleuses de Michel-Ange, ils voulaient agrandir le style, estimant tous les autres secs et pauvres ; au lieu d'étudier par quels moyens il était parvenu à ces effets grandioses et à ce relief des figures, ils crurent que tout son mérite consistait dans l'anatomie, et dès lors ils en firent étalage, sans la déduire du vrai toutefois, mais en la façonnant d'après certaines conventions, qu'ils appelaient beau idéal. On ne s'inquiétait plus de la concordance dans l'ensemble, de la correction dans les détails, du fini dans l'exécution ; chacun travaillait à la hâte, appliquant des formules identiques aux situations et aux sujets les plus divers. Si les artistes voulaient faire du nouveau, ils tombaient dans le bizarre ; négligeant le vrai