ARCHITECTES. SCULPTEURS. 26S
pour le coQventionneU ils ne voyaient que trivialité dans un geste naturel, un pli simple : poses maniérées , draperies flottantes même dans des salles fermées, des gestes violents même alors que les sentiments étaient tranquilles, des cuisses et des bras musculeux bien qu'ils répugnassent à Thistoire comme à la dignité^ voilà tout ce qu'ils offrirent désormais. Le plus expéditif était le plus considéré; barbouillant sans modèles, ni esquisse^, ni carton, quelques-uns se vantaient de couvrir en un jour dix brasses de mur; Gambiaso, pour les surpasser, peignit à deux mains.
La sculpture, qui, chez les anciens, avait servi de guide à la peinture, suivit ses traces parmi les modernes , et s'égara avec elle surtout dès qu'elle se^t son auxiliaire pour les décorations; visant à l'effet au moyen de faciles conventions, on rechercha le pittoresque dans les draperies, les mouvements, les accessoires, avec des attitudes forcées, des contorsions, de l'anatomie et d'énormes draperies. Les sculpteurs faisaient consister le premier mérite dans la difficulté, la perfection de l'art dans l'exécution mécanique, et trouvaient la tarière plus admirable que le ciseau. A quelle époque, en effet, les marbres furent-ils travaillés avec plus de fini que par Algardi, Bernini, le Gros? mais on sacrifia au fini le beau sévère et correct; au lieu du sentiment qui respire dans les grossières tentatives des sculpteurs du quatorzième siècle^ on eut des exagérations où l'homme ne se reconnaît plus luimême*
a Les circonstances qui mettent à l'épreuve le génie et le mérite des artistes avaient grandement diminué dans toute l'Italie, » dit l'historien académique de la sculpture ; et pourtant > jamais on ne fit tant de constructions et de travaux , soit pour satisfaire au faste des seigneurs, à la pompeuse dévotion des jésuites , ou bien dans le but de recueilUr cette gloire quand toute autre était interdite; il n'y a pas de ville qui n'offre le spectacle ennuyeux d'églises, de palais, de cours^ de fontaines avec des formes baroques et des conceptions toujours subordonnées à la décoration. Rome poursuivit les travaux du siècle précédent , restaura les anciens , en entreprit de nouveaux : Sainte-Agnès^ Saint-Charles^ Saint- André, Sainte-Marie in Campitelli, la Victoire, les chapelles de Sainte-Marie Majeure, le palais de Latran , Saint-Jean des Florentins, le pont Saint- Ange , la fontaine de la place Novana , les villa Borghèse , Ludovisi , Pamfili , les palais de Monte Cavallo et de Monte Citorio et beaucoup d'autres furent construits et ornés à cette époque. De même que le gothique avait grandi dans les édi-
FONtANA. neiMmi.
fices des franciscains^ ainsi le baroqae se donna carrière an service des jésuites , mauvais goût dont ie Saint-Ignace et le Jésus sont des monuments remarquables. Les églises de la Sicile sont surchargées d'une pareille richesse, facilitée par les nombreuses pierres fines de l'Ile (chap. GLXil).
1543-1007. Nous avons indiqué les grandioses travaux que Dominique Pon« tana de Melide y près Lugano , termina à Rome durant les cinq années du pontificat de Sixte (i); après la mort de ce pape. Clé* ment YIIl, excité parles malveillants, lui enleva son poste d'aiv chitecte pontifical, en exigeant qu'il rendît comptedes sommes par lui employées ; mais le vice-*roi comte Miranda le fit venir à Naples, où il redressa des rues, des palais, la place de Gastelnuovo; dans Farchevéché, il fit les tombeaux de Charles P', de Charles-Martel et de Clémence; en outre, il construisit le palais royal, beaucoup d'autels, entre autres celui de la cathédrale d'Amalfi,et le magnifique sotlocorpo de Saint-Matthieu à Salerne; mais parfois il sacrifiait la correction à la nouveauté. Son frère exécuta dos digues pour contenir le Pô, fournit d'eau beaucoup de villages et de cités , en conduisit de Bracciano au Fontanone de Rome, et de là, à travers le pont Sixte , à l'autre cascade en face de lu rue Julia.
1596.1680. L^s premiers bustes du Napolitain Jean Laurent Bemini furent beaucoup loués pour le goût admirable et la facilité ; les mêmes éloges accueillirent son groupe de Daphné et Apollon ^ qui offre la réunion de toutes les difficultés sans rien de conventionné! ; le marbre ressemble à de la cire (2). Sa Sainte Bibiana, avec la Sainte Cécile de Maderno, la Suzanne de Piammîngoet le Saint Bruno de Houtton sont les meilleures sculptures de ce siècle. Enorgueilli de ses succès, il crut pouvoir s'ouvrir une voie qui ne fût ni l'ancienne ni celle de Michel- Ange ; mais qwoîqu'il'eût Tintelligence de la beauté classique , au point de s'apercevoir que Pasqnin appartenait aux meilleurs temps de Tart , il tomba de plus en plus dans le maniéré. Bien que personne n*ait manié le ciseau mieux que lui , il ne sut ni faire un choix dans les formes<, ni
(t) Il lui présenta un dessin pour PégUse de Montalto, et, comme ce pape ie louait beaucoup, il lui dit : Ce n'est pas moi qui i'ai fait, mais un jeune Romain « qui élait Jérôme Rainaldi », el lui demanda la permission de le lui présenter. Combien d'antres font précisément le contraire !
(2) Urbain Vlil fit une bonne épigramme sur Daphné :
Quisquis amans sequitur fugittvx gaudia/ormx, f'rof^émttnu» implet, baccas seé earpit amara».
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emoblir l'expression, et àonna des attitades affectées; lorsque^ dans un âge très*avancé , îl revit ses premiers essais y il s'écria : « J*ai fait bien peu de progrès dans l'ar^, si dans ma jeunesse je traitais les marbres de cette manière. >» Sa Sainte Thérèse dans réglisedé Rome, érigée parMademo pour la victoire de Lépante, exprime un évanouissement hystérique , rendu plus indécent par l'âge adulte de l'inge. Du reste ^ il visa toujours au pittoresque et au roignard ; piiis, eomme.ison mouveifnent provenait non de Pins* pirations mais de. la réflexion, il tombait dansTaffecté , et faisait desépigrammesen marbre comme en vers. Malgré les lois du style plastique , il sculptait comme on peint ; il hnprimait aux têtes le caractère des peintures contemporaines»
Dans le mausolée d'Urbain VIII, surchargé de loivdes draperies^ un enfant presse d'une manière indécente' le sein gonflé d'une Justice aux fortes mamdles, tandis que la Mort éct*it sur son livre le nom du pontife. Dans celui d'Alexandre VII , on voit la Charité avec le sein comprimé, et le globe terrestre écrasé par une Vérité, dans un état de nudité blessante; un énorme tapis , retombant sur la porte située au-dessou&, est soulevé par la Mort qui présente la clepsydre pour indiquer que la dernière heure a sonné : conceptions sans étude, ni pureté, ni convenance, mais alors très louées. Il excitait l'étonnement , et Texciter devenait en lui un besoin. Urbain VIII, avant d'être pape, lui tenait le miroir pendant qu'il se représentait lui-même dans le David; à son exaltation , il lui dit : a Vous vous félicitez de voir pape Matthieu Barberini ; mais il se croit bien plus heureux que Bernini vive sous son règne. » - En architecture, par son imagination docile et riche, comme par ses ressources inépuisables, il mérita d'être compté parmi les grands maîtres , quoiqu'il affectât la pompe plus que la véritable grandeur. Ayant un beau volume d'eau sur la place d'Espagne, mais sans pouvoir le faire jaillir, il imagina la barcacda (barque) qui, en s'enfonçant, pèse sur le liquide, et le fait sortir par les orifices latéraux ; au contraire , sur la place Barberini , comme iln'avait qu'un seul filet, mais d'un jet fort élevé, il fit un triton qui le souffle par la conque , d'autant plus Iteau qu'il est sans prétention d'élégance. Dans la fontaine de la place Navona, bien que sans unité de conception, l'obélisque, entouré de statues de fleuves, est vraiment grandiose. Innocent X resta deux heures à l'admirer pendant qu'on l'exécutait; il s'en allait en exhortant àlaterminerpromptementetàyconduire les eaux, lorsque tout à coup elles jaillissent avec abondance de toutes parts, et le pape