MÀBBRNO. SAINT-PI£RR
de s'écrier : a Cette sarprise prolonge ma vie de dix ans. » L'extérieur du Noviciat des Jésuites à Monte Cavallo^ sur un espace très- petit, avec une coupole ovale d'une extrême richesse, est le comble du style pittoresque. •
Ce siècle aussi travailla beaucoup à Saint-Pierre du Vatican, qui^ par le changement des pontifes /des artistes et du goût^ manqua de cette unité qui constitue le mérite des œuvres comme de la vie; il ne fut plus Texpression de Dieu et de l'univers qu'il remplit, mais de la grandeur des pontifes. Barozzi de Vignole, qui remplaça Michel- Ange , respecta ses dessins, bien qu'il fût capable de les améliorer; Jacques de la Porta finit de la couvrir. Sixte fit clore en deux ans la voûte de la coupole, et Fontana^ sous Gié<ment VIII, plaça la lanterne.
Restait la nef; mais Paul V, soit qu'il ne voulût pas laisser profaner un morceau du terrain consacré par la tradition , soit que l'église lui parût insuffisante pour les grandes solennités, soit afin qu'aucun temple chrétien n'égalât en grandeur celui qui était le 15561629. premier en dignité , préféra le dessin de Charles Maderno^ stucateur de Bissone; cet architecte avait déjà fourni le plan de divers palais chargés de stucs et révélant un art en décadence. Abandonnant le projet de Michel-Ânge , qui était de jeter hardiment sa coupole dans les airs, Maderno ajouta trois arc>ades au brasoriental de la croix, ce qui la transformait de grecque en latine. L'harmonie des parties fut alors perdue, et cet immense monument parut plus petit qu'il ne l'est réellement; la ^façade élargie n'eut point la sévère beauté du reste de l'édifice, et nous ne disons rien de l'incorrection des formes et des détails ; toutefois, il convenait mieux aux rites, surtout avec la loge d'où le pape bénit Urbi et orbi.
Bernini travailla plus que tout autre à Saint-Pierre; il posa les statues sur les pieds-droits de la coupole , et fit le grand autel haut de vingt-neuf mètres, c'est-à-dire autant que le palais Farnèse^ avec des colonnes torses de onze mètres, comme les avait l'autel . ancien , et un fouillis de franges, de festons, de volutes. Son talent se révèle tout entier dans la cathédrale de Saint>Pierre , masse . rendue encore plus pesante par des cartouches mêlés confusément, et soutenue cependant avec un doigt par les quatre gigantesques docteurs , représentés dans une attitude théâtrale : conception épigrammatique (1).
(1) Charles Maderno entoura la confession de la grande balostrade, à laquelle sont attachées cent douze lampes eo )>ronze doré. Le .Luganais Charles Fon«
SMlIT-PIEltBB. 269
La colonnade de te place est le monument le plus magnifique qu'on ait élevé dans le but seul de faire du beau, et Bernini sut la mettre en harmonie avec la masse énorme de Tédifice et son bizarre frontispice; à cet efTet^ il disposa en quadruple demi-cercle vingt-quatre pilastres carrés et cent quarante colonnes de chaque côté^ de la hauteur de treize mètres et surmontées d'une balustrade avec cent soixante-deux statues : le tout si rigoureusement calculé^ qu'en se plaçant à un foyer de l'ellipse on n'aperçoit qu'une seule rangée. Chargé de faire l'escalier qui, par le vestibule , conduit à la salle royale, Bernini , sans toucher aux murs^ tirade la difficulté un motif très-beau d'effet de perspective; on loue aussi ce mérite dans le Constantin en bas-relief, qui offre ce qu'on imaginait alors de plus parfait pour le héros et le cheval.
Comme Bernini était chargé de donner les commandes , il répandait le mauvais goût^ d'autant plus qu'il y joignait de l'instruction, de Tesprit et de belles manières ; aussi le comblait-on de louanges et de gloire (i). Un dessin convenable pour achever le
tana (1634-1714), élè^e de Bernini, et qui, s'il avait été moins incorrect, aurait pu se signaler dans de magnifiques travaux, tels que Saint-Micliel à Ripa, les greniers publics à Termini, la coupole de la cathédrale de Monteliascone, le modèle de celle de Fulde, fut chargé par Innocent XI de Taire la descripUon de la basilique du Vatican. D'après ses calculs, on y aurait dépensé, jusq'i'en 1694, quarante-six millions huit cent cinquante six mille écus romains, sans compter les modèles, les édifices démolis, les peintures, les ornements, les machines, ni un clocher de Bernini, dont la construction avait coûté cent mille écus, et la démolition douze. Le grand autel absorba vingt-deux millions, cinq cent kilogrammes de bronze, enlevé à la couverture du Panthéon, et cinq cent trente-cinq mille éeus en main d'œuvre ; la chaire coûta cent sept mille écus. Maderno conseillait d'abattre les maisons jusqu'au Tibre, de prolonger jusqu'à Saint-Jacques Scosciacavalli deux portiques terminés par un arc triomphal, et d^ouvrir des rues dans les environs : projet qu'on n*a point encore osé réaliser. Il s'efTorce principalement de disculper Bernini d'avoir affaibli la coupole en creusant les piliers pour faire des niches et des escaliers; il fut prouvé, au contraire, que les architectes primitifs avaient laissé des vides pour sécher les massifs. Les explications ne parurent pas satisfaisantes, et, comme on craignait pour la coupole, de vifs débats s'engagèrent entre les architectes et les mathématiciens, qui fournirent, afin de la consolider, des projets tantôt ingénieux ètrtanlôt ridicules. Le Padouan Jean Poleni donnait d'excellentes raisons pour rassurer les peureux ; toutefois, par condescendance peut-être, il proposa de l'entourer de cinq grands cercles de fer, qui durent plutôt lui nuire, tant il fallut donner de coups de marteau pour les sceller.
(1) Les louanges mêmes sont caractéristiques. Fulvio Testi l'appelle « le Michel-Ange de notre siècle, en peinture comme en sculpture, et qui ne le cède à aucun des anciens dans rexcellence de Part. C'est vraiment un iiômme à rendre fous tes gens, parce qu'il sait beaucoup en littérature, outre qu'il a des bons
•70 BEBimn? A iAS<s.
Louvre n^ayant |aittaSs été. présenté^ LouUXSVfit tleumnlda* &rnini oomrûe f architecte le plus fameux ; bien qu'il eût soixante'^ huit ans , îl se tnit en route ^ et:son.:voyage ne fut qu'une suite de fêtes et de trioniphes. Ferdinand de Mklîcishii prépara lUne entrée solennelle à Florence y uii V^gement au palais, et lui .fournit sa propre litière jusqu'aux limites de l'Itaiie; lé duc de Savoîe ne le traita pas avec moins de courtoisie ; en France , les autorités lui rendaient des honneurs officiels, et les ministres et lés courtisans des honneurs officieux^ parce que le roi le voulait Dernini em* ployait avec les princes le genre d'adulation qui flatte le plus, c'est-à-dire celui qui se drape de franchise. Il reçut là reine Marier- Christine en casaque de sculpteur, et celle-ci la touchant, lui dit : a Elle est plus honorable que lapourpre. » Cette reine ayant loué une de ses statues^ la Vérité, il s'écria : a Vous èteà 1^ première tête couronnée à qui la vérité plaise; d et Christine : « Mais toutes les vérités ne sont pas de marbre. » Faisant le portrait de Louis XIV, il s'écria : Ohl miracle, miracle! un roi si: actif et fcançais.est resté tranquille une heure entière ! Une autre fois , il vint lui re-
mots et des saillies qui traverseht l'âme. Lundi , îl fait jouer one comédie, «m œuvre, oè se trouventdes olioses'à'falre moarir de rire qiilténqoe a fréquenté la cour, parce que chacun, petit t)ii grand, prélat ou clieitolier,y'jou0 son Mie. » Jolm £vei3rn,'>dans les MémaitBS et ./ottmâ^ du voyage qu^il fit alors en Italie, impritné à Londres en 1827^ dit <|ue fiernini donna on opéra^ musique et paroles composées t>ar lui, pour lequel il construisit le théâtre, peignit les décorations, sculpta les statues, invenla les machines. Pour la fontaine du Vatican Jérôme Preti fit ces vers* t
Ondo»a mole ognord'^cque féconda
 piè de| Yaticano il capo esiolle;
L^alto di spunia ,è biancheggiante, e Ton^a ,
Bencliè Relida. si^,. ge^gogliaelbolle. ...
Quasi corona il marmo orna e circonda, , ,. .
Misto a perle, stillaptiargento molle; . ^ ,
Cade un fiumedintorno e l'aria inonda,
£ par clie prc^cellosQ ondeg^i un colle. ,, .
Meravigliadl ^aolop marmle & ipootiy . ..,
< Nuovo Ëncelado santo, innalzae move,
E trae, nuovo Mosè, dapietr^ j fonti.
E mentre è il ciel sereno, il nosfro Giove
Clie i torrenti solterra al cenno ha pronti,
crinnalza, e senza nube i nembi piove.
Voir l'ouvrage : Numismata snmmorum pontificum templï Vùtitani fabricam indicantia, chronologicà qusdem fabrîcœ ndrtatione ac mulfiptici eruditionê explicata. : . à patte Potlippe ^tik^M Societafis Jésus; Home,
BOMOVPflb fH
lever iQsehe veux sur le fronts en disant : a Votre Majesté peut montrer son front à tout lemonde, » et les courtisans aussitôt se coiffèrent à la bemina. Les dames lui ayant demandé quelles étaient les plus belles des Italiennes ou des Françaises, il leur répondit : «r Elles sont également ))elle&, mais les Italiennes ont du sang sous la peau , et les Françaises du lait, b
Son dessin pour le^Louvr^ , malgré boaucpup de défauts , fut agréé; on posa la première pierre avec une grande médaille en or qui porte la façade de l'édifice; mais il ne voulut pas passer l'hiver à Paris, et aussitôït qu'il fut parti, on changea tout à ion. plan ^' soit à cause d^ la tpop grande dépense^ soit par rivalité nationale. U est certain que la préférence donnée au dessin de Claude Perrault Ifi'accusait pas la délicatesse du goût; ce.traduc* teur de Yitruve appelle Bernini médiocre architecte, mais trèsbon sculpteur (1), tandis que les Italiens lui reconnaissent un talent supérieur en architecture , mais faible en peinture et en sculpture. Récompensé magnifiquement^ Bernini revint à Rorne , pour laquelle il se sentait né > et continua <de l'embellir jusqu'à Tâge de quatre-vingt-deux ans, ne sa; reposant qu'en changeant de travail.
François Borromini de Bi$8one,: pendant qu'il s'occupait de sculptprc à Saint- Pierre, connut Bernini, dont il attaquait la renommée par esprit de rivalité. Encore s'il l'efit fait pour le ramener dans la bonne voie et la suivre lui-môme; mais les censeurs se gardent, bien de critiquer les véritables défauts ji et leur but n'est jamais de corriger l'artiste censuré. O^à, le goût du nouveau enfantaitf:des couceptions extravagantes^ et Ton confondait 1^ champ propre aux différents arts ; or, Borromini tomba dans les extrêmes , reniant tout principe d'ordre , ,to.ut système traditionnel, pour obéir uniquement au caprice el faire l'opposé çle ce qui autrefois paraissait être de bon goût. Le3 lignesdroitesfurent bannies; il ne voulait que des lignes ondoyantes et tortueuses en tout sens , des cartouches et des aj3gles saillants; par ce^ seul qu'il combi-
(1) Voltaire, avec Bon inconséquence ordinaire, écrit :
A la voix de Colbert, Bernini vint à Rome :
De Perrault dans le Louvre il admira la main ; — Ahl { dit il) èi Paris renferme dans son sein De si rares talents, un si puissant génie , Fallait-il m*appeller du fond de l'Italie/*
C'était Levait, successeur de Lemereier, qui dirigeait alors les travaux du Louvre; les inlrigues d^une coterie, inspirée par Charles Perrault, détouru^ent le roi d'employer Bernini.
272 LE BAROoms.
nait ou transposait d'une manière bizarre, il se croyait un génie créateur; d'un accessoire ornemental, il formait un soutien , don* nait une apparence légère à ce qui devait offrir une base solide , et substituait le faux à la réalité ; il faisait de Tarchitecture une œuvre de marqueterie, un art d^orfèvre^ une pure décoration, la partie essentielle à ses yeux , car il chargeait les édifices de franges et de découpures. 11 fit un clocher à limaçon^ un autre avec deux côtés convexes et deux concaves ; il reploya en sens inverse la volute ionique; Saint-Charles aux quatre fontaines^ il l'assit sur une figure indéfinissable , et tordit Saint-Jean de Latran. Ce Sénèque et ce Marini de l'architecture fut accablé de décorations et de pensions; mais se voyant blâmé par les bons artistes et Bernini, il tomba dans une humeur si noire qu'il se tua d'un coup d'épée. Le goût du difBcile sans beauté, de l'exagéré sans force, du bizarre sans nouveauté lui survécut et se répandit ; car, trouver insuffisants les moyens simples , par lesquels se sont illustrés les grands maîtres , tel est le caractère essentiel de la corruption. Le baroque , naturalisme difforme et maniérisme de pensée , continuait à confondre le champ de la peinture et de la sculpture au détriment de l'une et de l'autre, qui tombaient dans la monotonie à force de courir après la variété. Les ordres anciens ne purent suffire aux nouvelles fantaisies; les colonnes se tordirent et s'entourèrent de branches de vigne en bronze; ici, elles semblent brisées en deux; là, elles tombent, mais un ange les soutient; ailleurs elles sont surmontées d'architraves roulées comme un cornet , de frontons brisés et tourmentés. Gomme on voulait adapter aux églises d'Italie, élevées et vastes , les classiques façades des temples anciens, bas et étroits, il fallut superposer les ordres. Toutefois, les édifices baroques ont des cours, des escaliers et des salons remarquables , une construction solide , et sont parfois grandioses; car rharmonie de l'ensemble offrait moins d'extravagance que les détails toujours maniérés, ondoyants, qui répugnent aux contrastes rationnels (i).
(1) Honoré Lungiii, dont le plan de Saint-Charles au Corso de Rome est bon et grandiose, fit un grand nombre de dessins. Son fils Martin travailla avec plus de caprice que d*art, et Ton vante son escalier du palais Rnspoli ; bien quMI fût d'un caractère étrange et brutal, il se laissait battre par sa mère, à laquelle il se contentait de dire. — « Ma mère, vous m'avez fait bien portant, et maintenant vous voudriez m*estropier. » Flaminio Ponzio, Jean Fiammingo, Constantin des Servi de Florence, Charles Lombardo d'Are zzo , le Romain Jean-Baptiste Soria, qui fit Saint-Charles des Catinari et la façade de Saint-Grégoire, ont laissé des
LE BÂUQUE. 273
On voulait mettre des statues partout, les grouper, les asseoir sur les corniches, les dresser sur les balustrades, eomme les cent soixante-deux de la colonnade de Saint-Pierre^ les blottir dans les pendentifs des arcades comme aux Procurati'es de Venise; on ne pouvait donc en soigner l'expression^ et il fallait se borner à de faciles inventions. On introduisit avec les géants^ des nains et des caricatures; de petitsanges sans aucune expression touchante sont disposés sur les balustres et les autels^ ou soutiennent une plateforme sur laquelle se dresse la Vierge y comme dans le Bosario des Frari, ou bien portent d'une façon bizarre des symboles , des médaillons^ des draperies. On multiplie les figures symboliques; ainsi, l'on voit sur Tautel de Saint- Ignace à Rome Y Hérésie foulée aux pieds par la Religion, V Impiété par la Foi; il en est de même dans le chœur de Sainte-Madeleine des Pazzi à Florence, rempli de magnificences et d'allégories; outre le squelette^ les figures de femmes'qui représentent le mal jouent un grand rôle dans tous ces symboles. Les artistes ne recherchaient pas le repos propre aux statues , mais l'effet instantané des peintures; si les imitateurs de Michel-Ange couchaient les statues sur les frontons y maintenant on voulait leur donner des attitudes dramatiques, afin d'exprimer, au lieu de l'espérance, la sensation, la douleur^ la surprise^ l'extase , les angoisses du martyre. Or^ comme le ciseau ne pouvait rendre les effets de la couleur, on avait recours à des expédients vulgaires : tantôt le saint parle avec un ange ; tantôt quelqu'un lui tient cérémonieusement un livre, ou la palme, ou la mitre et le pastoral, ou bien encore les instruments de la passion , non pas seulement indiqués , mais les roues^ les grils ^ les épées de grandeur naturelle, et comme ils ne peuvent contenir dans les niches, ils saillissent en dehors. On voit encore figurer d'autres motifs triviaux, la prédication , le sommeil^ qu'il faut prendre pour l'extase, et l'extase jointe parfois au martyre, comme à Gènes dans le Saint Sébastien de Puget, et dans le Saint Barthélémy de David, qui a la poitrine à moitié écorchée , et dont un ange soutient la peau détachée. Ailleurs, outre les crèches, alors à la mode, on
travaux plus on moins défectueux. Les deox façades des églises sur la place du Popolo, et celle de Saint-André de la Yalle, une des meilleures d'alors^ la Tilia Pinciana, la cathédrale de Roncgiione et le palais de l'académie de France sont dus à Charles Rainaldi, Le palais Alfîeri au Jésus révèle Thabileté du Bergamasque Jean Antoine Kossi, qui pourtant ne savait pas dessiner lui-même. La porte fut ajoutée par Mathias de Rossi de Rome, qui succéda à Bernini dans toutes ses charges, et fut même appelé en France.
HIST. nSS ITAL. — T. IX. 18
27t ALOAKDL.<PUltKIHaO.
fait des statues dofit le vâtetnent est dA aa pinceau, comme le MaragiiaDO de Gènes. Cet orgueil dans l'art, cette vie dranuitique et pompeuse faisaient préférer les groupes, qui abondent dans les jardina et [Uns encoi'e dans les sépulcres^ .
Les chapelles de Sixte-Quint et de Paul V i Sainte-Mari&'Hajeure sont des types de ce goAt baroque. Des artistes de mérita très-divers, et quelqnes-uns d'un talent véritable, travaillèrent à la première, bien distribuée ; celle de Paul offre une richesse exubérante, comme tous les travaux commandés par ce pontife, et pour lesquels il prodigua des trésors. Le Milanais Ambroise Buonvicino voulut faire froncer les sourcils par des raccourcis, des traits saillants et des hardiesses de mécanique.
Néanmoins , pour se mettre dans la bonne voie, il leur aurait suffi de ne pas rechercher la difficulté; on raconte que le corps de sainte Cécile ayant été découvert Ji Tranatevere , Étfenne Mftderino, qui fut chargé de le copier exactement, en tira cette œuvre d'une délicatesse si chaste. Il est difficile de croire que la sainte pbt se trouver dans cette attitude ; mais l'artiste la devina, et la simplicité la rendit originale; peut-être aucun travail moderne ne démontre d'une manière plus évidente combien l'on peut toucher les cœurs au moyen seulement des lignes et des contours , sans m^e avoir besoin de l'aide de la physionomie. Parmi la foule nous distinguons le Bolonais Alexandre Algardi, qui ne fut pas te servile imitateur de Bemini >au Vatican, on admire de cet artiste VÂlCila , morceau de cinq blocs réunis, haut de trente-deux palmes et lai^ de dix-huit ; c'est plutôt de la peinture que de la sculpture, avec une infinie variété de reliefs, et dès figures saillantes en faux, d'autres à peine indiquées, ce qui forme un rapprochement vicieux de la vérité et de l'imitation. Ou loue les tombeaux' de Grégoire XIII et d'ÀlexandreVIlI, dus an Milanais Camille Rasconî, bon mais égaré par les exemples; toutefois, ils sont loîii d'égaler les deux anges de la chapelle de 5aînt-%nace au Jésus.
Fiammingo (François de Quesnoy ) eut peu d'égaux dans l'art de reproduire la grftce enfantine et le moelleux des chairs ; rien st plus charmant que ses anges dans les Saints-Ap6tres de pies. Sa Suzanne à Notre-Dame de Lorelte, ^ur la place Traie, offre des plis sobres et une douce expression ; mais dans le iat André du Vatican, il ne s'écarta point des ouvrages de ce nple, qu'on a comparé au palais d'Ëole, à cause des nombreuses iperies qui flottent dans tous les sens. Si l'on nous objecte
LE CÀBRAGSE. Si7B'^
qo'eUeB font niéceesairés dans cette vaiste enceinto, nous oppose^ rons le mausolée du. jpape Rezzonico/^
La peinture élle-méirié, dans les mains d'artistes faciles et matériels, comme Nèbbia, Ricpi/Circignânietleurs pareils^ perdait à Bome le goût dii bon ; à mesure que la force ihttme se perdait^ le fini extérieur se développait. Frédéric Ëarôccio d'U Ain , maniéré mais d'un sentiment vrai dans lès représentations délicates et les mouvements affectueux^ sut^ par une molle et chaude fusion des couleurs à la nianière d'André del Sarto, sortir de la maladroite imitation de Michel-Ange^ Ce peintre et François Vannî, son imitateur, s'en tinrent aux sujets sacrés ; chacun d^eux, de même que Gigoli^ Pastignani et Castello y fut chargé d'un tableau pour le Vatican, avec une large rémunération. La Judith d'Allorî est une des œuvres les plus remarquables et les plus expressives de cesiècle« Barthélémy Schedoni de Modètle est plus qu'un simple imitateur; mais, réduit à la misère par le jeu , il mourut jeune. • Le Bolonais Lo^uis Carracbe, après avoir comparé jes imitateurs isw-ieig. dégénérés avec les grands maîtres , crut qu'il suffisait , pour atteindre à la perfection de l'art, dé fondre ce que tous avaient de meilleur; dès lors il fôlida cette école éclectique; 6û Partisle ne Surpassait jamais son modèle, tandis qu'il ne pleuvait en bien imiter les qualités, dérivant de certaines conditions de temps' et d'esprit. Il inspira l'amour de l'art à ses deux cousins, Augustin et Annibal, enhardissant la lente circonspection de l\in et modérant l'impatience de l'autre» Avec un soin qui semblait un effort pénible aux vieux peintres, ils triomphèrient ; ils ouvrirent chez eux une école de nu, de perspective, d'anatomie, alvee des plâtres et dès gravures ; Guido, Albatti, le Domiriiquin , sèsépiàrant de Càl- Vart; qui avait jusqu'alors tenu lé scepl're à Bologne ,' entrèrent dans cette école, où les trois Carrache enseignaient d'accord et sans intérêt ; ils proposaient des sujets d'histoire et des récompenses, sans obliger à suivre une manière plutôt qu'une autre; eux-mêmes variaient de stylé!^ et, supjiléant au, génie par les souvenirs, faisaient une fusion parJTois assez. beii^eus^^ mais qui visait à l'effet, non à l'expression.
Louis renferma dans un se»ltableau«inq'Oâ six têtes de maîtres divers. Augustin, qui écriirit rtiêmë ses ptoprës leçons (4), prévalut
■il • ^ •
(1) n révèle sa méthode dans le fameux sonnet en Thonneur de Nicoiino de i'Abate, où la poésie ne vaut pas mieux que le précepte :
Chi farsi un buon pittor bVama e desia,