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comme inventeur^ bien qu!il ne soit jamais indépendant. Il gravait à la manière de Cornélius Cort; mais il contournait avec plus de grâce le trait et les cheveux; inférieur à Raymond pour la beauté des contours, il le surpassait par Télégance de l'incision. Sa Cornmunion de saint Jérôme resta comme un chef-d'œuvre, de même que VEcce homo de Louis et le Saint Roch d'Annibal. Ce dernier, dans le palais Farnèse^ ressuscita le paysage , le coloris naturel, le dessin à la fois étudié et hardi, les attitudes convenables ; sur les traces du Titien , il saisit bien les formes plastiques du terrain et des arbres, avec une suave tranquillité, un coloris pur, et dispose en grandes lignes et masses simples ,; mais le meilleur paysagiste de cette école, sans excepter TÂlbani, me paraît être Jean François Grimaldi, dit le Bolonais.
isM-iOfti. Dominique Zampieri, de Bologne, indécis parmi les modèles^ pauvre d^imagination, ne savait pas se contenter de la forme isolée de la pensée ; ayant le sentiment du beau ingénu , il se mêlait au peuple afin d'apprendre « à dessiner les âmes, à colorer la vie». Les passions qu'il voulait exprimer, il les excitait en lui-même en riant^ en pleurant, en devenant furieux. Aux théatins qui le blâmaient de ne pas travailler depuis longtemps à la coupole de Saint- André du Val, il répondit : a Eh ! je suis continuellemen occupé de la peindre en moi-même », parce qu'il voulait d'abord avoir dans son esprit une idée parfaite delà peinture; une fois qu'il avait mis la main à l'œuvre, il la continuait avec une telle ardeur, qu'il ne prenait pas même de nourriture. Jean-Baptiste Agucchi ^ amateur, le protégea contre ses nombreux rivaux , et l'introduisit auprès du cardinal Aldobrandini, qui lui fit peindre le Belvédère. Le cardinal Farnèse le chargea de représenter à Grottaferrata les miracles de saint Nile , étonnants de vérité. Dans sa Communion
Il dtsegno di Rûma abbia alla mano,
La mofiga coirombrar veneziano,
£ il deguo colorir di Lombardia ; Di Michelangiol la terribil Tia,
1\ vero natural di Tizïano,
Di Correggio lo sUl paro e sovrano,
£ di Raffael la vera simmetria ; Del Tibaldi il decoro e il fondamento,
Del dotto Primaticcio Tinventare,
Ë un po' di grazia des carniigianiDO :
Ma senza tanti studj e tanto stento
Si ponga solo Topre ad imitare
Che qui lasciocci il nostro Micolino.
BOMINIOniN. ALBANI. 277
de saint Jérôme ^ qui est restée un des trois meilleurs tableaux de Rome , il surpassa les Carrache par la variété des groupes et la finesse de Texpression (1) ; mais il faut le comparer à la Transfiguration de Raphaël^ qui se trouve en face, pour voir combien le génie de Tétude est loin de la réflexion du génie. Il adaptait bien les physionomies aux caractères, se préoccupait de relever les âmes, et couronnait ses compositions de Gloires fort belles; il aimait à mettre les souffrances terrestres en contraste avec les joies du ciel^ comme dans la Vierge du Rosario. Dans son admirable Sainte Agnès, il affronta le terrible, qui fut adopté par Guido dans le Massacre des Innocents, par Guerchin dans le Martyre de saint Pierre, et par d^autres de cette école.
Le Dominiquin était connu pea favorablement en Italie, tandis que le Poussin répandait en France l'admiration pour son talent. Les Carrache, dont la science contrastait avec sa naïveté^ Tempéchaient d'avoir des commandes , et le mirent dans une telle défiance de lui-même^ qu*il fut plus d'une fois Sur le point de jeter le pinceau, et ne s'aventara souvent que sur les traces des autres. Le Saint Jérôme ne lui fut payé que cinquante écus (2); lorsqu'on le chargea de peindre la coupole de Saint-Janvier à Naples^ avec promesse de cinquante écus pour chaque figure entière, de vingts cinq pour les demi, de douze et demi pour les tétes^ il trouva les artistes de cette ville, surtout Lanfranc et Ribera, conjurés contre lui^ jusqu'à ce qu'il mourut de poison.
Son grand ami et concitoyen^ François Âlbani, aimait aussi vmA699, les sujets nobles et le dessin correct; il adaptait à ses sujets de charmantes scènes champêtres, correspondant aux drames pastoraux d'alors, et, comme eux, empreints d'une sentimentalité conventionnelle. En général, ses accessoires valentmieux
il) Le même sujet avait été traité par le Mantouan Laurent Leonbruno, mort en 1537, rival de Jules Romain et inconnu des biographes contemporains.
(2) Selon les notes qui se conservent à la bibliothèque Ercolani de Bologne, le Guerchin toucha pour VAgar soixante-dix écus une livre huit sous; pour le Saint BrunOf sept cent quatre-vingt-un écua; pour \e Saint Jérôme réveillé parla trompette, deux cent quatre-vingt-quinze écus; pour une Angélique et Médor, trois cent cinquante-un écus; pour les portraits du duc et de la duchesse de Mantoue au naturel, six cent trente écus. Pour TAnnonciation de l'hôpital de Milan, comme le prouvent les archives de cet établissement, il reçut trois mille cent soixante-sept livres milanaises. Le Saint Jérôme fut payé à Corrége quarante-sept sequins par Briséide Cossa, outre la nourriture pour six mois» deux chars de bois, un porc gras et du blé. Le roi du Portugal en offrit quarante mille seqnins; plus tard, le duc de Parme voulut donner on milUon pour que les Français ne l'enlevassent pas, et son offre fat rejetée,
GUIDO aSNI. GARAYAOE.
que la partie historique et le coloris ; il choisissait heureusement ses modèles , savait les eiiuc^lir^ et entendait bien Fallégorie ; il écrivit encore sur son art. Envié de .ses contemporains, il vit sa réputation décliner^ et. mourut oublié.
1575-1042. ËKcelient parmi les éclectiques^ Guido Beoi^ de Bologne > pré^ ferait au coloris limpide et au dessin L'élégaace> la noblesse et les aUi^res d'une vive imagination. Étudiant avec opiniâtreté^ il acceptait les conseils .des gens même les plus médiocres. La beauté et la variété des visages^ il les étudiait dans, la nature non. moins que sur les modèles antiques^ dans les gravures de Durelr comme dans Raphaël ; dans les sujets^ faciles ^ il ne manque pas de conceptions originales, recherche le suave èl; ne dédaigoe point les tons blancs comme lés imitateurs des Carrache. On dit queî'Albani^ ne pouvant le rabaisser, entreprit de le corrompre par le jeu; dès lor&, travaillant avec hâte et négligence, il tomba du noble dans Tidéal et le maniéré, jusqu'au moment où il mourut, pauvre et discrédité» Jacques Cavedone de Sassuolo,. exact dans le dessin, tranquille dans les poses et rexpressiop, vigoureux- dans le coloris , mourut misérable, afQigé par la mort d'un fils. Les excellentes dispositions de François Solimène furent gâtées par ses maîtres ; dans toute TEurope^ il remplit les églises et les cours d'œuvres faciles^^
* avec des formes sans noblesse^ des couleurs exagérées^ une toucbe
maniérée.
509-1009. Étudier toujours les anciens, toujours copier, n'avoir d'autre maître que la nature y et faire consister tout l'art à la copier telle qu'elle est, voilà ce que pensait Michel-Ange Morighi^ qui^ venu de Garavage à Rome comme maçon, se mit à peindre ; révdté par les préceptes arbitraires et l'art sottement scrupuleux, il osa fouler aux pieds les vrais principes et les bonnes traditions. Il pré* tendait que le tableau doit être la copie fidèle de la nature; mais, agité par des passions qui répugnaient à tout frein, il choisit des sujets vulgaires, des lumières tranchées, des ombres qui donnent des lueurs terribles , des situations tragiques, des aventures noc-* turnes, des ruines, des haillons^ des cadavres. Maudissant lestons bleus^et rouges des maniéristes , il badigeonne en noir soa atelier, dans lequel il n'introduit la lumière que par un sou[Hrail élevée de manière qu'il donne à ses modèles des ombres vigoureuses et tranchantes ; ainsi, au relief du modèle, ce que pratiquaient les imitateurs de Michel- Ange, il substitua les contrastes du clairobscur ; .excès contre excès, dont il ne savait pas m$me se garantir dans les tableaux d'église; ...
LE (HJERGHIN. S79
Rude de langage et de manières^ grossièrement vêtu, vagabond, manquant souvent de pain^ envieux, querelleur, un meurtre l'oblige de quitter Rome pour se réfugier à Naples, De cette ville il se rend à Malte, où il est sms en prison pour avoir insulté un cheva^ lier;- il s'échappe, gagne la Sicile y pais des sicaires apostés 1^ blessent, ce qui le force à partir pour Rome. Après avoir débar^ quel il est arrêté par méprise et enfermé ; remis en liberté^ ii ne trouve plus la felouque sur laquelle il était venu ; furieux de ce contre-temps, ilmarcbe le long de la mer jusqu'à ce qu'il arrive à Porta*cole;. mais les rayons brûlants. du soleil lui donnent une fièvre dont il meurt, à Tige de quarante ans. Cette violence sau^ vage en contraste avec la froideur, éclectique , les effets de sa touche vigoureuse^ sa manière, d^éclairer^ qui mettait en relief les figures et leur donnait presque la vie , firent pardonner ses incorrections V sa dureté , sa vulgarité ; il fut considéré comme le chef d^une école naturaliste, en opposition avec celle qu^avaient formée les Carrache^ Mais il ne faut pas s'approcher de la nature avec un orgueilleux méprix dérexpériencé, niTinterroger sans choix, sans un œil exercé, sans la baguette magique au moyen de laquelle la vie se conserve dans l'imitation. / v "^ :
Le Bolonais LioneUaSpada, partisan des Garrache, sepas*^ sionna pour la peinture ; niàis^Guido et les autres le raillaient , et disaient qu'il ferait bicai d'aller.balayer ; il s'enfuit à Rome, admira le Garavage, qu'Une quitta plus, et contracta, avec son esprit que^* relieur^ sa manière hardie et fidèle à la nature , sans oublier son ' coloris exagéré ; il décora le tiiéàtre dé Parme mieux qu'on ne ' l'avait fait jusqu'alors, et travailla mieux à Notre-Dame de Reggiô avec le mélancolique et modéré Tiarini.
Jean François Barbieri^ dit lé Guerchin, de Gento près Bologne, is90'i6C6. corhmença son aplprentissage d'après un tableau de Louis Carrache, dont il varia le sombre ccdoris. ÂRome^ il étudia les grands maîtres; il puisa dans les travaux de Garavage le goût pour les hardis contrastes de lumière et d'ombre, avec la manière de caractériser fortement la réalité; L'artifice du relief le fit surntnnmer le magieien de la peinture; son dessin fut plus solide que celui ." deeet artiste", et's'il n'atteignit point à Téléganceèt à la noblesse, il' pallia sids défauts par - la facilité de son pinceau iné]f)uisàble; enfin^ il tomba dans un fadë^ntitnentalisme.'Bomme pacifique et bon chrétien, il paMonnait les offenses, mérite qui le distinguait encore des autres artistes. . •
~ En effet, Tittén travaillait la dague au oôté ; Giorgione portait