‹ Histoire des ItaliensChapitre 99 sur 150 · LE CALABRAIS. SALYATOR ROSA · texte numérisé non relu

LE CALABRAIS. SALYATOR ROSA

la cuirasse quand* il peignait en public; à Rome, la vie de Baroccio fut altérée par le poison^ qui lui valut cinquante-deux ans de douleurs continuelles; on tendit plusieurs fois. des guet-apens au Dominiquin, qui finit par être tué; Guido dut s'enfuir de Naples, pour échapper aux menaces des artistes de cette ville^ qui réservèrent le même sort au chevalier d'Arpino. Gessi, élevé de Guido, osa se rendre à Naples avec deux élèves afin de peindre la coupole de Saint-Janvier, et ces deux compagnons lui furent enlevés sur une galère^ sans qu'on sût ce qu^lls devinrent. Tempesta fait égorger sa femme, ce qui lui vaut cinq ans de prison; en 4605^ Georges Gozzale fut tué par son propre fils, peintre lui-même^ et ' Augustin Tassi apprit à peindre des marines en ramant sur les galères. Simon Contarini de Pesaro^ doiit le coloris et le dessin se faisaient remarquer par une sage mesure, se croyait grand maître et critiquait sans égard non-seulement TAlbani et Guido, mais Jules Romain et Raphaël; aussi, détesté de ses collègues, il dut changer continuellement de pays, et Ton soupçonna quil était mort empoisonné, comme Elisabeth Sirani, femme peintre, le fut certainement par sa domestique.

1015-99. Matthias Preti, dit le Calabrais, de Taverna, travailla beaucoup à Naples et à Malte avec une grande promptitude et de premier jet; négligeant d'embellir le naturel, il imitait leGuerchin et préférait les sujets tragiques. Devenu chevalier de Malte, il blessa un spadassin protégé par l'empereur ; il fut alors contraint de se réfugier sur les galères de l'ordre, où il frappa mortellement un chevalier, qui l'avait raillé sur son peu de noblesse. Il prend la fuite, arrive longtemps après à Rome, où il désirait terminer les peintures laissées inachevées par le Dominiquin, défie un critique, qu'il blesse gravement, et se réfugie à Naples ; mais, comme une sentinelle lui refuse rentrée, à cause de la peate qui ravageait le pays, il la tue, en désarme une autre, et les magistrats le font jeter en prison. Le vice-roi le sauve, à la condition qu'il peindra les saints patrons sur les huit portes de la cité ; dans sa vieillesse, il devint doux, et ne travailla plus que pour les pauvres.

itiA'iK Le père de Salvator Rosa d'Arenella le détournait de Tart, qui a l'aurait conduit àl'hôpital ; x> en efiTet, orphelin à dix-sept ans , avec une famille nombreuse et mal élevée, toutes les misères vinrent l'assaillir, au point d'altérer sa sensibilité, comme le témoignent ses tableaux ftpi*es et sauvages, où Ton ne trouve jamais le calme et la sérénité,' mais des écueils, des troncs frappés de la foudre, des chênes nus, des aquilons, des torrents, des ruines et des sor-

l'espagnolet. ^ 281

ctères, Démocrite au milieu des ruines^ Prométhée attaché à son rocher, le spectre de Samuel, la conjuration de Catilina. Toujours fantastique, il lui arriva parfois de commencer et de finir un tableau dans un seul jour. Venu à Home, il mit tant de passion à parcourir la ville pour admhrer les chefs-d'œuvre de Tart, qu'il faillit en mourir; mais comment se frayer un chemin au milieu de la foule des peintres, qui se vantaient d'être originaux tandis qu'ils imitaient le Garavage ou les Garrache, travaillant avec une hâte frénétique? Une mascarade, dans laquelle, vêtu en charlatan, il vendit des remèdes facétieux contre les infirmités morales, lui acquit de la réputation, mais plus encore la hardiesse avec laquelle il se moqua sur le théâtre des farces que Bernini faisait représenter au Vatican ; alors on trouve du mérite à ses tableaux, et Salvator les multiplie, attire des élèves et gagne de l'argent qu'il prodigue. 11 va faire étalage de ses triomphes dans sa ville natale, où il a pour rivaux Joseph Ribera, Gorrenzio Bélisaire, Jean-Bâptiste Caracciolo, terrible triumvirat, ennemis entre eux, mais d'accord pour proscrire quiconque faisait ombrage à leur médiocrité.

Ge Bélisaire, Grec de naissance, chassait de Naples à coups de isse-ioso. poignard quiconque était appelé du dehors pour un travail, et fut choisi pour peindre la chapelle de SainWanvier. Ribera fut surnommé l'Ëspagnolet, parce qu'il était néàOallipoli, d'un soldat espagnol; esclave de la nature, il recherchait les couleurs brillantes au point de tomber dans le mauvais goût, et son influence sur l'école napolitaine ne fut pas médiocre. Gâté par l'exemple du duc d'Ossuna, il étalait tout le faste espagnol; il avait un carrosse, une livrée, et sa femme, quand elle sortait, se faisait accompagner d'un écuyer. Un officier vétéran, remplissant les fonc* tions de gentilhomme , lui présentait les pinceaux; lorsqu'il avait peint trois heures dans la matinée, et deux après le dîner, il lui disait : a Seigneur chevalier, c'est assez travaillé; veuillez vous promener un peu ». Le soir, il recevait dans des appartements magnifiques; mais une gaieté naturelle accompagnait cet orgueil, et il aimait à plaisanter, bien qu'il s'offensât facilement. Parmi ses filles, toutes jolies d'ailleurs, l'aînée, Marie-Rose, se distinguait par une rare beauté; mais, dans le soulèvement de Masaniello, don Juan d'Autriche, épris de ses charmes, l'attira dans son palais, puis la conduisit à Palerme ; l'artiste, blessé dans son affection et son orgueil, fut atteint d'un profond désespoir, s'enfuit avec un seul serviteur, et l'on n'entendit plus parler de lui; la jeune fille mourut bientôt de chagrin.

iSd MACHINISTES. IBiALISTES. '

Sftlvaior- Rosa crut lui-même à l'hérOïsme de Màsaifiello^ oe qui Fobligea de quitter son pay$. Orgueilleux, il recherche non l'argent mais la renommée, « peignant pour la gloire au milieu de ses modestes désirs, et faisant des vers par distraction » ; il dénigre sans pitié les autres artistes, qui dès lors deviennent pour' lui une source de tribulations.' ïl était peu versé dans les lef^es; mais son ami Antoine Abati, pauvre et joyeux poôte> lui inspira le désir de composer des satires bilieuses, peu variées, déclamatoires, d*une sauvagerie originale et négligée comme la touche de son j^inceau. Toutefois, il ne faut pas confondre les formes étranges avec Toriginalité, ni là facilité de TimproVisat^ur qui ébauche, avec le génie qui finit. Nous rappellerons néanmoins quMl reproche à ses contemporains les sujets obscènes, les nudités indécentes, les modèles profanes employés pour représenter des saints (i). Le tableau de la Fortune qui prodigue les faveurs, et la satire de la Babylone l'obligèrent à quitter Rome pour se retirer à Florence. Lorsqu'il revint à Rome, la société des Amis des ûrts plaça ses tableaux parmi ceux des anciens; aussi, dans ses 4er- ' nfères anàéès, il goûta les douceurs de la gloire et de la richesse. •

Lesgrandes voûtes deâ églises et des salles, genre inconnu aux anciens, exigeaient des décorationsdifférentçs, qui offraient uil vaste champ à Foriginalité. Jean Lahfrancde Parme, spontané et Vigoureux, mais qui n'est ni savant, ni réfléchi, ni élevé, ne donne aux saintset aux vierges rien de céleste^ excepté Tauréole ; mais, comme il néglige de finir certains détails, il acquiert une' ap^parence de manière large; il se fait remarquer par des contrastés trànfciiés, im-

(1) Queste pittard igûudte e senza spf^lia

Son libri di Uscivia. Hanno i penaelli

Semi, da.cai disonestà germûglia. ... . .

Chè nelle cliiese, ove s'adora e prega, *

Délie donne si 'fanno i ritrattini,

E la magiott dî Dio divien bott^a. . .

£ per farsi tener de' pHt majqscoli

Spogliando i santi^ tuqI moabrar ^le intende

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