‹ Histoire des Italiens, trChapitre 100 sur 176 · FÊTES A VENISE · texte numérisé non relu

FÊTES A VENISE

8i les jrfus grandes pompes se voyaient à Rome et à Florence, Ferrare et Naplcs ne voulaient pas se laisser éclipser. Les carnavals de Venise continuaient i\ être renommés; au spectacle du mariage du doge avec la mer et des autres solennités patriotiqnes, le peuple croyait encore participer à un gouvernement qnile conviait aux fûtes et aux banquets. Lorsque ZiliaDandoIo épousa le doge Laurent Priuli, en \ 557, les sénateurs, après avoir passé sous une série d'arcs de triomphe, se dirigèrent vers la maison de la nouvelle mariée ; aussitôt qu'ils eurent monté l'escalier et mis le pied dans ces appartements décorés avec une grande richesse, l'épouse, vêtue à la ducale, et les épaules couvertes d^un voile blanc de Candie, qui s'attachait au diadème posé sur la télé, vint gracieusement à leur rencontre. Après les salutations et les cérémonies d'usage, ils lui firent prêter le serment qu'elle observerait les prescriptions qui lui étaient imposées; les ayant remerciés, elle donna aux conseillers une bourse de cannetille d^or, puis une autre au grand chancelier.

Aux régates que Ton voyait ensuite dans le canal, accouraient de tous côtés des barques ou des gondoles qui, ornées de damas et de velours, brillaient au loin par l'éclat des dorures et des étoffes. Les arts figuraient dans ces régates, mais avec une telle pompe que les orfèvres comptaient quatorze gondoles; tous ensenible sillonnaient la lagune au son des fifres, au milieu de danses joyeuses, de vivat sous des arcs de triomphe; le bucentaure, qui portait la dogaresse sur un trône, venait le dernier. Lorsque la flottille abordait à la place Saint-Marc, toute décorée d'étofié blanche, les arts descendaient les premiers, les massiers 6t la musique en avant : puis apparaissaient successivement les personnages les plus considérables, suivis de trompettes et de fenunes, parmi lesquelles six épouses, les cheveux tressés d'or et flottants sur les épaules; vingt-une matrones en noir et voilées; les sénateurs, le grand chancelier et les parents du doge; enfin, au nailieu de deux conseillers et d'un grand cortège, la princesse qui, après avoir distribué des paroles gracieuses et renouvelé le serment à Saint-Marc, montait dans les appartements; là, au milieu des salles splendides, elle passait en revue les arts qui , par l'intermédiaire de leurs fermiers, lui offraient chacun des compliments et des dons. Parvenue dans la grande salle, elle al-

if'lche à Florence ; Florence, 1566. Gcognara, Hist,de la sculpture, il, 249, en ^pvlé longuement, en donnant le nom des artistes qui y travaillèrent.

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lait s'asseoir sur le trône ducal ; les grands de TÉtat Tentouraient alors, et des seigneurs, joints à des masques en costumes bizarres^ se promenaient dans la salle.

La nuitvenue^ tout le palais fut éclairé splendidement, et l'on vit apparaître autour de la place trois cent soixante individas avec la même devise, portant chacun un plat d'argent rempli de dragées et de bonbons; ils étaient accompagnés de cent torches portées par des jeunes gens vêtus en soie, et suivis de vingt -cinq gentilshommes avec des massiers et une musique. Après avoir exécuté une ronde au milieu des applaudissements de la multitude^ ils se rendirent au palais^ et furent admis dans le salon, où ils offrirent au cortège et à la princesse les friandises contenues dans les plais d'argent; dans le même temps, on allumait un feu d'artifice. La danse, entremêlée d'un magnifique souper, commençait ensuite, et le bal durait jusqu'au matin; puis les amusements continuaient, et les bouchers faisaient la chasse aux taureaux. Ces réjouissances durèrent plusieurs jours (1).

Lorsque Henri III, fuyant la Pologne, qu'il avait mal gouvernée, pour aller gouverner la France plus mal encore, passa à Venise, la fête qui lui fut donnée en 4574 surpassa toutes les magnificences antérieures. On lui offrit dans Parsenal un déjeuner de fruits confits, dans lequel les fourchettes, les cuillères et les plats étaient en sucre. Il y avait alors sur les chantiers deux cents petites galères, six galéasses et beaucoup de navires de moindre dimension ; dans le temps qu'il mit à visiter ces travaux, une galère fut achevée et gréée. A la fête qu'on lui donna dans la salle du grand conseil, parurent environ deux cents femmes nobles, vêtues de blanc avec de riches parures, et toutes mangèrent dans la salle du scrutin. Les représentations, les mascarades et lamusique,or-

(1) Sansovino. Nous avons la description, faite quarante ans plus tard, du mariage de la Morosini avec le doge Marin Grimani. Lc>s batailles entre les Ni' coloUi et les Casleilaui continuaient, et nous avons, sur celle de 1521, un petit pgëme, dans lequel ou lit ;

Per ccrle risse anrighe de niirani Ogn'aiio se sul far una gran guera De Nicoloti contra Castelani Su poiiti ora de Icgno, ora deplcra.

A dar se vcdc bastuiiae da cani, E chi cazzar in aqua c ciii per tcra Con gambc rote e vlsi miistruzzai, £ quaicun de sla vita anclie cavai.

FÊTES A IHJLAN. 329

ganùéea par André Calmo, amusèrent beaucoup le roi ^ qui visita les beautés et les maisons de campagne des seigneurs; seulement il est à regretter que Ton fit tant de frais pour un homme qui ne le méritait pas (1).

Lorsque Trivulce^ à Milan, épousa Béatrix d'Avalos, le banquet eut lieu comme il suit : après qu'on eut donné de Teau de roses pour laver les mains^ on commença par des pâtés de raisin noir et de sucre, par des gâteaux d'amandes et autres friandises^ toutes dorées; vinrent ensuite de belles asperges, d'autant plus admirées que la saison de ce légume était passée; puis des boules de viande hachées et des foies, des tètes entières de veaux^ avec le cuir doré et argenté ; des chapons et des pigeons avec des saucisses^ du jambon et des pièces de sanglier^ accompagnés i^poioff es délicats; un mouton entier rôti à la sauce de cerises; des tourterelles, des perdrix, des faisans et autres gibiers rôtis, avec une sauce aux olives ; des poulets au sucre aspergés d*eau de roses; un petit cochon entier rôti avec une sauce aigre-douce; un paon rôti, avec une omelette au lait, à la sauge, au sucre; des coings au sucre, des pignons sucrés et des artichauts; d'autres sucreries appétissantes; enfin dix espèces de tourtes et de confitures. Tous les mets, servis dans des plats d'or et d'argent, étaient accompagnés de flambeaux et de trompettes; envoyait même sur ces flambeaux des cages avec tous les oiseaux et quadrupèdes que Ton servait cuits. Le banquet finit, comme à Tordinaire, par des comédiens, des danseurs, des musiciens et des funambules (2). »

Au mois de février 1515, Prosper Colonna, lorsqu'il devint capitaine des gens d'armes du duc de Milan, offrit au duc, aux courtisans et à trente-six damoiselles un magnifique banquet, suivi d'un bal, sous un vestibule en bois peint et doré, de grande et mystérieuse beauté, dit Prato, qui poursuit : « Les hommes et les femmes étaient à des tables distinctes, avec une si grande variété de mets qu'il fallut quatre heures pour les servir. Chacun avait un faisan entier, une perdrix, un paon et autre chose, ^aque mets était accompagné d'un objet en sucre doré qui lui ressemblait entièrement ; les poissons abondaient. Trois fois la

(0 L'inscription, que l'on voit encore sur le devant de l'escalier des Géants, avec de beaux ornements de Vittoria, dit : Magnificentissimo post homlnum mC" ^oriwn apparatu , alque alacri Italiœ prope universœ , sitorum principum prœ" *^rum concursu. Ces fêtes ont été décrites par Mutinelii, Annali urbani, p. 148.

(2) MoBIGl, Noblesse de Milan, 353.

3J0 >(JUVBLLES COMMODITÉS.

nappe fut levée ot remise^ avec tant d'ornements de parfumiet de reuillagc, que TArabio en aurait rougi. Le repas terminé, il vint un jeune homme qui^ se disant joaillier^ étala beaucoup de colliers, de bracelets et autres bijoux ; les damoiselles, émerveillées, se mirent h regarder de si belles choses, et demamlaienl le prix de Tune et de Tautre, jusqu'au moment où parut le seigneur Colonna^ qui intervint dans le marché; feignant alors d'acheter tous les bijoux, il les donna à ces damoiselles, de manièri qu'aucune ne partit sans emporter un cadeau qui valait fingi écus d'or et parfois trente. On dit qu'il fit cela uniquement itii do pouvoir^ sans mériter le blâme d'infamie^ offrir de sa maii des présents à la femme qu'il aimait. Dans la matinée du lende main^ il envoya à toutes une corbeille argentée contenant ai déjeuner, et le duc reçut vingt-cinq charges du gibier qui lui rea tait (1). »

Nous devons faire observer de nouveau qu'un luxe si splen dide n'était point accompagné de ces commodités qui rendent I vie confortable ; néanmoins on en avait introduit un grand nom bre. A Sainte-Marie-Majeure, à Florence, on lisait sur un tonn beau : Ici repose Salvino d^Armato de Florence ^ inventeur ié lunettes; Dieu lui pardonne nés 'péchés. Anna D. MCCCXVllI D'autres attribuent cette invention au Pisan Alexandre deSpins mort en 43i3, qui peut-être ne fit que divulguer cet art, d'abor tenu secret ; car, dans le Traité du gouvernement de la familh par le Florentin Sandro de Pipozzo, en 1299, on lit déjà : « J a me trouve tellement accablé d'années, que je ne pourrai» ï a lire ni écrire sans dos verres appelés lunettes, découverts n a cemment pour la commodité des pauvres vieillards, lorsqu et leur vue s'affaiblit. » Dans un sermon que le fameux frère J^ rôme de Rivalla prêchait k Florence en 1305, il disait : «Il n' a pas encore vingt ans qu'on a trouvé l'art de faire des lunettes. J'ai vu moi-même celui qui a fait les lunettes, et je lui ai parlé.

Dondi, dont la famille conserve le titre d^Orologio, fit, à Pi doue, la première horloge h placer dans une tour; puis on vit Milan celles de Saint-Eustorge en 4 306, et de Saint-Gotliard c 1335. Wallirifj'ford, en 1328, en avait placé une à Londres, ci dès ce inoiiKiiit, les liorioi^'es s(; ré|)aii(iir(:iit. A Florence, ^ i t\\ 2, (( on mit au palais des Seigneurs une horloge nouvelle qv à partir des calendes de février 1512, sonna douze heure?

(I) Archives liijlortqttes, \), 325.

NOUVEIXKS COMMODITÉS. 331

comme^ avant, elle sonnait depuis une jusqu'à vingt-quatre heures, durée embrassant le jour et la nuit^ on Ta réduite à dooie heures^ qui partagent le jour et la nuit par moitié, selon le mouvement diurne, d (Cambi.) Les horloges de poche se répandirent également; elles venaient de FAUemagne^ et, de leur forme, on les appelait œufs de Nuremberg.

Lés rues s'amélioraient aussi, et quelques-unes portaient des écriteaux indicateurs; mais les voyages et les promenades se faisaient à cheval ou bien en chaises à porteurs, jusqu'au moment où les carrosses devinrent plus communs. Dans quelques*uns, la caisse était suspendue au moyen de sangles pour diminuer les cahots; mais il n'y avait ni vasistas ni glaces, et Pon était tout au plus protégé par des rideaux^ tandis que les dorures, les peintures et les sculptures les rendaient très-dispendieux. Au milieu de nos facilités modernes^ il est curieux de lire comment lord Russell, chargé de payer au connétable de Bourbon les subsides de Henri VIII, dut, de Gènes àChambéry, porter l'argent à dos de mulet dans des ballots et des sacs, dans lesquels il faiwit croire que se trouvaient des chiffons et des légumes à Tendre.

De Ghambéry, il écrivit à ce roi que le duc de Savoie, « en

prince n(ri>le et généreux , » avait daigné permettre que l'on

transportftt l'argent à Turin « sur ses propres mulets pour être

placé dans le coffre-fort de la maison royale, où sont les orne-

nientsde sa chapelle; sur chaque compartiment de ce coffre est

^rit le contenu , afin que personne ne suppose qu'il y a autre

^ose (1). » Ce fut du moyen de cet ariifice que put voyager en

^urité le subside qui devait fomenter la guerre en France. Le

ordinal Bibiena reproche à Julien de Médicis, qui était à Turin,

^ ne pas donner de ses nouvelles au pape : a Ne vous excu-

^ pas, ajoute-t-il, en disant qu'à cause de l'éloignement du

wu^ous n'avez pas su coomient adresser vos lettres^ parce qu'à

^^es ou à Plaisance on peut à toute heure envoyer un ex-

Pi*ès (2). » L'Italie eut des postes avant les autres pays ; le ser-

^*ce, fait par des courriers à cheval, régulièrement établis à des

^^Uis bkn distribués, profitait aux négociants beaucoup plus

(1) Tkms les Mémoires tU Cilli^tre maison Russell, publii^ récemment.

(2) De la aemeiMe de tabae fut eavoyée en Toscane, en 1570, par Nicolas ^^^rpabuoniy môûstre de Co&me 1"' à la cour de France, qui l'eut de Hemaudez, ^^f^ l'avait apporta de l'Aittéi'ique eu 1^20. £o 1647, la culture du talMC bit ^^rvée à l'État.

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