‹ Histoire des Italiens, trChapitre 105 sur 176 · ASTROLOGIE · texte numérisé non relu

ASTROLOGIE

eones; le poète Marot^ qui, «dans ce pays plantureux, fertile 1 biens, heureux en femmes, » apprenait à parler peu , à faire )QDe mine, â ne rien dire de Dieu, à vivre dans l'oisiveté, à arrêter une heure sur un mot (i).

Les Italiens, à coup sûr, apprirent beaucoup des Français, )oés du génie de la discussion, prodigues de leurs idées autant le passionnés pour celles des autres, qui donnent et reçoivent pleines mains sans établir de balance, qui ne rougissent pas être obligés, et semblent même croire que les étrangers doisnt les remercier d'avoir reçu leurs bienfaits. L'amour des plaisirs et des magnificences devait accroître le \ST de Por, des dons, et la facilité de se vendre. Le cardinal Amboise , ministre du roi de France , recevait 50,000 ducats i pension de divers princes et républiques d'Italie, somme dont seule Florence payait les trois cinquièmes. Jean Micbeli , amissadeur vénitien à la cour anglaise, devait faire beaucoup de ODS à mistress Ciarence , femme de chambre de la reine Marie, dles sollicitait a pour le besoin et le service de Sa Majesté; en litre, il lui fit présent d^un coche avec les chevaux et tous les imais, offert pour le désir qu'en avait ladite femme de chamle, à laquelle il fut donné par la reine. Ce coche, que j'avais lit venir d'Italie, je le gardais pour mon usage, et m'en étais tfvi pendant toute la saison ; par modestie, je ne veux pas dire ombien il me coûtait ; il suffit de savoir qu'il ne déshonorait x»nt le rang d'ambassadeur \%. id

Au milieu de ces jouissances de Timagination , l'Italie s'étourbsait sur ses maux, se consolait de la servitude ou s'habituait à oe point l'abhorrer. De même qu'elle associait des solennités Btdes réjouissances à ses misères et à ses douleurs, ainsi elle Ngnait à ce brillant essor des arts et des lettres beaucoup de folies, outre les superstitions qui n'abondent jamais autant qu^au ^Bm^ni où s'évanouit le vrai sentiment religieux ; mais la plus

(1) Ce pays plantureux

PerHie en biens j en dames bienheureux,,. Depuis un peu^ Je parle sobrement ; Car ces Lombards avec qui je chemine M'ont fort appris à faire bonne mine, A un mot seul de Dieu ne deviser ^ A parler peu et à poltroniser.

Dessus un mot une heure je ^rC arrête, S* on parle à moi, je réponds de la tête,

Ep. XLIX.

(2) Rapports tits ambassadeurs vénitiens, série l, vol. Il, p. 379.

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funeste et la plus générale fut la croyance qu'il existe des rapports immédiats entre Thomme et les êtres sumatarels^ et que la magie peut enchaîner la puissance divine et la liberté bumiiDe, et rompre l'ordre moral et physique des choses créées an mojfei d'actes matériels sans intelligence ni amour.

Cette folie se manifesta sous doux formes, l'une seientififw et l'autre vulgaire, qui se réunirent pour obtenir des effets effrayants. Les arts théosophiques furent inoculés k la sociéftéM)demc par le néoplatonisme, c'est-à*dire par ce mélange, moitié poétique et moitié philosophique, de doctrines indieiines,ég]fp' tiennes, grecques et hébraïques^ que l'école d'Alexandrie vouiat opposer et substituer au christianisme. Conservées à travers le moyen âge, elles furent ravivées par le contact avec l'Asie pendant les croisades. Il sembla que Tétude des anciens, alors lenouvelée, au lieu de fortifier la pensée comme elle devait le bii% entraînât vers des croyances d*après lesquelles^ de prinetpn faux, on déduisait logiquement des erreurs déplorables. La re* cherche des trois plus grands biens de ce monde, la santé, Tor et la vérité, furent le but de ces sciences.

Il suffit de lire les écrivains les plus affranchis de pr^og^ pour se convaincre que Ton croyait généralement à l'astrologie aux pronostics, aux songes. Pomponace, qoi combat llmmorùH lité de l'âme, soutient {De Incantaiionibug) l'influence des pis* nètes, auxquelles, et non pas aux démons, quelques individu doivent la faculté de deviner l'avenir ; selon leur ascendasty riionime peut conjurer le temps, convertir en bâtes et faire d'autres choses merveilleuses (i). Campanella, Fraeastor, Ms* chiavel et Luther crurent à l'astrologie; Mélancbtbon la défendait contre Pic de la Mirandole, et signalait beaucoup d'évéD^ ments aniK)n(M^*s par des conjonctions de planètes. Charles VIH, [)Our faire croire au succès de son expédition, mettait en cireS' lation une prophétie qui lui promettait des victoires. L'bsUe astrologue , Claleotto Murzio, de Montagnana, a laissé, manuscrite, dans la bibliollièque de ^aaloua, une Chiromancie detWfi. Accusé (riiérési(;, ildut faire amende pubUque, et l'on brûla son livr(i (lu'ii avait emporté en Hongrie et en Bohôme ; puis il

(1) Pour d(;(;uiivrir un voleur, pieudii un simt reiupli d'eau bénite, apprv cIh'k-c.ii mu; cliandellc héiiitt^, et prouoiico vv» paroies : «Ange blanc, aoS*^ saint, par ta sainteté, par ma \ir(;inité, niontre-nioi celui qui a dérobé telif^ ehosi;, » et l'effigitî du voleur apparaîtra au fond du vase. (Consilia in c^'^^'^ gravissimis, p. 414, cité par All'r«d Maury, Revue arcltéologlijtu'f IS40, f- 1*'*'

PRÉDICTIONS. â39

nouriit hors de lltalie , à la suite d'une chute de cheval. I^ Véronais Léonard Montagna, auteur d'un Breviarinm vamii, Ludovic Lazarelli de San Severino, le Napolitain Luc iolrico; qui écrivit beaucoup d'ouvrages et s'enrichit, eurent ne grande renommée. Le dernier ayant prédit à Bentivoglio, de oiogne, qu'il serait expulsé pour ses cruautés^ le despote le fît lettre à la torture de la cofde pour subir cinq secousses, dont le ressentit toute sa vie; ce qui lui apprit à t^tre moins précis i plue discret. Le Padouan Jacques Zabarella, dont le traité de fiqoe fut adopté dans les universités d'Allemagne^ était plongé HM l'astrologie; il fit beaucoup de prédictions, et fixa même lé w de sa mort.

nus tard; l'excellent mathématicien Cavalieri , dans h Roue knéiaircy prétendit révéler ce que les étoiles font dans les Sphè- %, et démontrer qu'elles influent en bien comme en mal. fioiHi écrivit une défense de l'astrologie pour Christine de Suède. lite-Ântoine Zimara^ d'Otrante^ fameux médecin^ publia : Animmagico-medieum^in quo arcanomm tnagico-physicoritm, 'ffUkjrumy signaturarum et imaginum medicarum, êecundum ^nomina et conBtellationes astrorum, cnm signatura planetaeei eonnHtutarunty fil et curaiionutn magneticarumy et characm^karum ad omnes corporis huntani affectus curandos, thewni9 loeupletisêimnÈj novns, reeofiditus, etc., avec un traité iir tes moyene de conserver la beauté^ et un autre sur le mouve- Miti perpétuel sans eau ni poids.

Tibère Hossiiiano Sesto^ astrologue calabrais ^ avait soutenti p'OD pouvait, an moyen de l'astrologie, prédire le déluge unî- »et8el; il fut réfuté, en 1546, par Jérôme Armellini, de Faenza. Etteiix inquisiteur de ce temps (1). A ce sujet, frère Julien Ughi ÏBîfnt dans la Chronique de Florence : a A cette époque, on re- « connut la fausseté d'une opinion, que presque tous les astro- «Joguestenaîent pour vraie; cette opinion était que, grâce à «certaines conjonctions de planètes, il devait tomber en Italie et «<iaQ8 les pays voisins, dans les mois de février et de mars de «l'aonée 152^, des pluies en si grande abondance qu'elfes rumineraient et détruiraient tous ou presque tons les édifices et «niatsoûs situés près des fleuves et dans les lieux bas. Ces cho- ^ Ses, mises par écrit et consignées dans les pronostics publics, ^ inspirèrent une telle frayeur qu'on vit des individus, se hâtant

(^ HA2XtI)ettKf.tf , rie d'ÂrmèlUni.

340 PRÉDIGTIONS.

a (le faire des provisions, remplir leurs maisons de vivres pour : « longtemps; d'autres se pourvurent de barques et de navires; a quelques uns placèrent des tonneaux devin dans les étages a supérieurs ou sur les montagnes. Une crainte générale s'était u répandue dans les diverses parties de l'Italie (1).

((Mais Dieu^ qui s'est réservé la connaissance des choses fu- « tures, prouva que les prévisions humaines offraient peu decer* (( titude; car je ne me souviens pas d'avoir jamais vu un pi» a beau temps dans les mois de février et de mars; la pluie ne a manqua point, et ce fut une année remarquable par Tabon* a dance de tous biens et la bonne santé des habitants. Il est bien a \ra\, cependant, qu^il y eut dans les six ou sept années suia vantes des pluies plus considérables que d^habitude; à partir a de 1525, on vit trois années avec une grande disette et la peste* (( On croyait que la bonté divine avait réparti en plusieurs an- (t nées, non sans quelque dommage^ les pluies qui devaient too- (i ber en 1524^ au grand préjudice du monde. Ainsi, en 1524, a Tastrologie fut beaucoup tournée en ridicule et dérision par a ceux qui ne croyaient pas que Dieu fût supérieur aux oieui; a mais les hommes qui étaient persuadés que Dieu dirige lei a mouvements célestes, pensèrent que l'astrologie est véritable, (( et que, selon la marche des cieux, ce déluge devait arriver. 0 mais qu'il avait été empêché par la miséricorde de Dieu. 9

Singulier mélange de préjugés et de bon sens ! Cependant, lorsque Stoffer, deTiibingue, prédit que, par la conjonction des trois planètes supérieures, le monde éprouverait un déluge en 1 ihW^, toute l'Europe songea à se ménager un refuge, et Charles- Quint étiiit dans une grande appréhension, quoi que fit Augustin Nifo pour le rassurer. D'autres frayeurs partielles furent excitée» par les doctes compilateurs d'almanachs (2), qui pronostiquaient

(1) Clément VII liii-nième était allé habiter loin du Tibre, bien quelepby' sicicn Richard Orvini envoyât plusieurs fois son fds, qui fut ensuite Marcel II» pour le rassurer.

(2) Kepler publia, pour l'année KîlS, la prophétie de sept M. L'cnipeW Mathias étant jnorl le 20 mars suivant, on l'expliqua ainsi : Magnat mon»ca mundï medio mc.nse martii morietur.

Dans la xxix" lellre au seigneur de i'l»ola, frère Paul Sarpi écrit: «J^"^ « puis pénétrer en aucune manière la pejisée de ceux qui disent, Dieu a pJ***" « ("l vouhi cela, (;t (jui s'efforcent de l'empêcher. Quant à l'astrologie jiidicaire» « il faudrait en parler avec qu(;lque Romain; car elle est plus en vogne àB<wii** « que dans notre ville. Malgré tous les abus qu'on voit ici, celui-là n'a ja"™^'* « pu y prendre racine, et la cause véritable, c'est que les personnes ne grandis-

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