‹ Histoire des Italiens, trChapitre 106 sur 176 · APPARITIONS · texte numérisé non relu

APPARITIONS

tantôt une peste^ tantôt la venue des Turcs^ tantôt une disette, D*un autre côté^ comme ils indiquaient^ non pas la saison^ mais le jour précis où il convenait de pratiquer la saignée, beaucoup (Douraient plutôt que de se laisser tirer du sang dans un autre moment.

Toutes les biographies sont pleines de pronostics. II fut prédit il Bembo qu'il serait aimé et caressé par les étrangers plus que par les siens, et toutes ses déterminations étaient réglées sur Dette attente. Une nuit sa mère rêva que Juste Goro^ leur adversaire dans un procès, le blessait à la main droite. En effet , ce Goro^ pour lui arracher Un libelle qu'il allait présenter au tribunal^ lui donna un coup de couteau qui faillit lui couper l'index de la main droite. Franceschiua , une de ses sœurs, religieuse de Zara^ lui avait prédit qu'il ne serait jamais pape.

hen\ marchands milanais, tandis qu'ils traversaient les bois de Turin pour se rendre en France, rencontrèrent un homme qui leur ordonna de retourner dans leur patrie, afin de présenter une lettre à Ludovic Sforza; il ajouta qu'il était Galéas Sforza, et neveu défunt de Ludovic, lis obéirent, mais furent incarcérés et mis à la torture comme imposteurs. Néanmoins, comme ils persistaient dans leur assertion, on ouvrit la lettre après une longue discusÈsion du sénat. Elle contenait ces mots : «0 Ludovic, garde- « toi, parce que les Vénitiens et les Français sont sur le point

«le&t qu'en passant par les degrés ordinaire^; chtcun doit borner ses désirs à «Ma état, et ne peut rien espérer sans avoir Tâge convenable. A Rome, au « ^ntraire, où Ton voit aujourd'hui au premier rang celui qui occupait hier le « dernier, l'art divinatoire jouit d'un grand crédit.

«Qoelle misère humaine que de vouloir connaître l'avenir! à quelle fin? «pour l'éviter? N'est-^e pas là la contiadiction la plus manifeste qu'il soit pos- «iWe? Si on l'évite, il n'était pas l'avenir, et c'est vainement qu'on a pris de «ttpeiûe. Lorsque' j'avais vingt ans, je donnai une grande attention à cette *i'iàenoe&itile,.laqi]dle, si elle était vraie, mériterait d'occuper l'esprit exclu- «aveme&tj.'mais elle est pleine de principes faux, et vains; il n'est donc pas « étonnant qu'elle aboutisse à de pareils résultats. Si l'on en veut parler au *- poittt.de vue de la théologie, je crois qu'on la trouvera condamnée par l'Écr^-

* tuK divine (/iaîff y ch. 7 ). Les raisons de saint Augustin contre cette vanité

* (De àvitate Dei, lib. v, cap. 1 et 6 ; III, c. 4 : Conf», cap 3 et 5 ; super Gen.,

* c. Ig et. 17), sont encore exeellentes. S'il y avait là un roi changeant , qui *^te& grâce, «ujourd'hui oelui-ci, demain cet autre, l'astrologie gagnerait

* Naucoup.dans la croyance, et tout jeune homme perdrait sa foi.

* Je tiens peu de choses pour certaines, si ce n'est que je ne suis pas disposé

* Jtnanger d'opinion ; mais s'il est une chose dont je sois convaincu , c'est que

* «Jtrolegie judiciaire est une pure vanité. »

a (le a'allier pour te nuire et anéantir ta race ; maisi »i in nie a donnes 3,000 écus, je tâcherai de gagner lus espriU, de oiar a nlère à détourner les arrêts du destiut j> Le duc r^fu&a de croire, f^i il advint ce qu'on sait.

Un secrétaire de Ludovic Alidosi, seigneur d'imola, rôncootni le fantôme du père de ce seigneur, qui lui ordonna de dire jifoi] fils de se trouver le lendemain au même lieu, et qu^il lui révèle! rait des choses de la plus haute importance. Ludovic envoyt quelqu'un h sa place; le spectre apparut h ce délégué, se plaiguil (le la désobéissance de son fils, et le chargea de lui aunoncfii (|u'au bout de vingt-deux ans, à pareil jour, il perdrait sa ville. Il en fut ainsi , malgré toutes les précautions qu'avait prisct AJidosi (i).

François Guicciardini, pendant qu'il était gouverneur de Breir cia pour le compte de Léon X, écrivit à Florence que, dansqoe plaine du voishmge, on voyait deux grands rois venir de joui en conférence, chacun de son côté , avec six ou huit seigneurie et rester ainsi quelque temps , puis disparaître ; ensuite deux grandes armées engageaient une bataille qui durait une heure, et cela s'est vu plusieurs fois dans l'iuiervalle d'un certain temps. Quelques curieux, qui ont voulu s'approcher pour savoir (îe qui? c'étiiit, sont tombés mahides de frayeur, et ont été en danger de mort (2). Denvenulo Cellini voyait des diables, comme Luther les voyait. Ma(îhiavel consacre un des chapitres sur les Décades aux situes cùlcstes qui annoncent les révolutions des empires; il assigne aux étoiles les causes ((ue ses profondes médiutioivî avaient signalées dans la perversité des hommes , avec la désolante pensée de la dégradation continue de l'espôce humaine*

Au milieu de ce sensualisme qui étouffait ]i\ loi morale, Toi devenait la suprême puissance. Les Espagnols et les Portugais le cherchaient dans les entrailles d'une foule d'Américains ét|0^ gés ; les rois, en pressurant les peuples au moyen de nouveaux artifices de finances ou de vols audacieux; les gens de lettres, en mendiant; les soldats, en pillant; les prôtres, en trafiquaol des choses sacrées; les hérétiques, en envahissant les biens de TE' glise. De leur côté, les alcMuiistes persistaient à le chercher au fond des creusets, tourmentaient les fourneaux et les alambics^ ou bien allaient apprendre le grand art chez les Orientaux, et

(1) Sabellico, Hv. I, ch. 4.

(2) Cambi, à ranuce 1517.

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parfoU encore l'arracher à la nature^ dans les montagues ma* gaéliques de la Scandinavie.

Bernard Trevisano, né en 1406^ d^une famille de comtes, s'oc* cupait d'alchimie à quatorze ans^ et^ guidé par les travaux de Gdber et de Rases, il dépensa environ 3)000 écus en expérien* ces; puis il se tourna vers les autres grands maîtres Archelaûs et Rupescissa/ et, dans l'espace de quinze ans d'épreuves^ « dépensa environ 6,000 écus , soit pour avoir des enchanteurs^ soit pour les connaître.)) Il commençait à se décourager, lorsqu'on de ses compatriotes lui enseigna à faire la pierre philûfiopbale avec du sel marin. Mais, après de vaines tentatives qui Poccupèrent un an et demi, il adopta une uutre méthode^ laquelle consistait à dissoudi'e séparément dans l'eau forte de J'irgent et du mercure ; après les avoir laissées un an, il mêla les étions et les concentra sur des cendres chaudes de manière à les réduire à deux tiers. Ce résidu^ introduit dans une cornue, fut exposé au soleil ; puis il le laissa cristalliser durant duq années, mais sans obtenir le résultat désiré.

Parvenu à quarante-six ans^ il employa d'autres moyens, qui lui furent enseignés par le cistercien maître Godefroy. Ilsache* tèrent deux mille œufs de poule , les firent durcir, et, après avoir enlevé la coquille, ils la calcinèrent au feu ; ayant séparé le ^e du blanc, ils les firent fermenter séparément dans du fuloier de cheval, puis les distillèrent trente fois jusqu'à ce qu'ils (^Ittiossent une eau blanche et une rouge. Ils recommencèrent plusieurs fois, changèrent de procédés, mais toujours en vain. Bernard abandonna donc cette voie, après l'avoir suivie huit ^. Néanmoins, comme il n'était pas revenu de ses illusions, il % nûtà travailler avec un grand théologien et protonotaire, qui pi^ndait extraire la pierre pbilosophale de la couperose. Après ^'^vûir calcinée pendant trois mois, on la mettait dans du vinai- &^ distillé huit fois, et le mélange était passé à l'alambic pen-^ ^nt une année, et quinze fois par jour. Il n'est donc pas éton- ^t que la fatigue et l'anxiété lui aient donné une fièvre qui dura quatorze mois, et faillit occasionner sa mort.

A peine guéri, il apprit d'un clerc de son pays que maître Henri, confesseur de l'empereur, savait préparer la pierre pbilosophale. Aussitôt il se met en route pour T Allemagne, et s'induit, après beaucoup de difficultés, auprès de l'alchimiste , ^^\ il obtient dix marcs d'argent, et le procédé suivant : mêler du mercure, de l'argent, de Thuile d'olive et du soufre, fondre

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à feu modéré^ et cuire au bain-marie en remuant contlnoellement ; au bout de deux mois^ sécher dans une cornue de verre couverte d'argile^ tenir le produit sur des cendres chaudes pendant trois semaines, y ajouter du plomb ^ fondre au creuset, el soumettre à la raffination la matière obtenue. Les dix nfirrcs d'argent devaient se trouver accrus d'un tiers; mais, hélas! après tant do travail, ils étaient réduits à quatre.

Trevisano^ désolé^ jura d'abandonner ces futilités^ et ses parents se réjouirent de cette détermination; mais^ deux moit après^ il était retourné à Falambic. Persuadé néanmoins qu'i avait beçoin des conseils de savants illustres^ il alla les interro ger en Espagne, en Angleterre, en Ecosse, en Allemagne, ei Hollande, en France, mais surtout dans TÉgypte, la Palestine e la Perse, foyer de ces doctrines. II s'arrêta longtemps dans l Grèce méridionale, visitant principalemôntles monastères, et tra vaillant au grand œuvre avec les moines les plus renommés. Pai venu à soixante-douze ans, après avoir dissipé le [iroduit de so patrimoine vendu, il arriva à Rhodes sans argent, mais plein d confiance dans la poudre qu'il avait cherchée toute sa vi6. Pom quoi les hommes qui poursuivent de bien plus utiles découvei tes n'ont-ils pas une foi aussi vive? . '

A Rhodes vivait un religieux renommé dans tout le Levai comme possesseur du grand secret; mais le comte perdait Te poir de l'approcher, lorsqu'un marchand vénitien, qui connaisse sa famille, lui prêta 8,0()0 florins et le recommanda à ce savan Après l'avoir tenu trois ans à des études sérieuses, le berçai toujours de l'espoir de réaliser le grand œuvre, au moyen dN et d'argent amalgamés à du mercure, le religieux ouvrit à Tr visano les secrets de la science hermétique. En effet , il lui r vêla que tout était mensonge et fraude, l'exhortant à renoncer ses illusions, et lui signala cet axiome dans lé code de la xériU La nature se joue de la nature ^ et là nature contient la natur Là est le grand secret, ce qui signifie dans le langage comnit qu'il faut de l'or pour faire de For, et toute l'alchimie n'obtii jamais d'autres éléments que ceux qu'elle employa.

Il est pénible cependant d(î perdre, à soixante dix-sept an.* l'illusion de toute sa vie; mais le comte Trevisano voulut b moins ôtre utile aux adeptes innombrables de la science heroié tique, en consacrant les sept années qu'il vécut encore à rédiger divers traités sur la matière, dont le plus célèbre a pour titre : Le livre de la philo)fophie naturelle des métaux. Chacun

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peut le lire^ et certes peu le liront^ dans le second volume de la liibliothèqtte des philosophes chimistes. Son travail est même inutile, puisqu'au lieu d'avouer clairement ses erreurs^ afm de tes épargner aux autres ^ il est si peu explicite que beaucoup cherchèrent la science hermétique dans ses écrits^ et persistèrent à le regarder comme le mtdtre du grand œuvre. QuHUt à nous^ nous le jugeons autrement, soit à cause de cet axiome fondamental^ qui sert de base à toutes ses dissertations^ soit encore à cause de ce passage du livré cité plus haut : « Je conclus donc^ «et croyez-moi, laissez les sophistications^ conjonctions, sépa- « rations, congélations , préparations^ disjonctions, mélanges et a autres déceptions. Qu'ils se taisent^ ceux qui offrent une tein- « ture différente de la nôtre, car elle n'est ni véritable ni d'autf cun profit; qu'ils se taisent^ ceux qui vont annonçant un autre K soufre, que le nôtre^ lequel est latent dans la magnésie^ qui «veulent extraire de Targent vif autrement que du mercure '^fouge, ou d'autr0 eau que la nôtre^ laquelle est permanente^ << ne s'unit qu'à sa propre nature, et ne baigne que l'unité de <^ sa propre nature. Il n'y a pas d'autre vinaigre que le nôtre, « d'autre régule que le nôtre, d'autres couleurs que les nôtres, « d'autre sublimation que la nôtre, d'autre solution que la nô- «tre, ni d'autre putréfaction que la nôtre (1). » ^«a leçon , il est. vrai, ne semble pas assez évidente ; d'autre P^t, elle eût été inutile, puisqu'il n'est pas d'évidence à laquelle ^e la passion. En effet, ces recherches continuèrent alors , ®' l'on en forma une science distincte, dont la règle fondamen- ^te était que tout métal se compose de soufre et de mercure ; •^^is, par mercpre, on entendait le principe métallique, variant ^'onles corps, et, par soufre, le principe combustible (2).

Cl) Son traité De secretîssimo philosophorum opère chimico per naturam et "''^çtH elaborando ^ imprimé plusieurs fois dans le seizième et le dix-septième siè- ^^> Se termine ainsi : Finit hic liber et tractatus compositus per M, Bernardum ^^item tervisanam^ qui aquisiffit comitatum et ditionem de Neige in Germania /'*** hanc artem pretiosàm et nobiient. Frère Bonavenlure d'Iseo fit aussi beau- ^®up de recherches alchimiques.

(2) Le plus important traité que le moyen âge nous ait transmis sur les ^Ux-arts, la Diversarum wtium schrdn/û, du moine Théophile, des treizième ^ (Quatorzième siècles, remplie de méthodes précieuses et contenant des secrets, *^te comme il suit, au ch. 47 du livre i, delà manière de faire Tor /*w/?a/ï/^ae : "^ Il est Composé de cuivre rouge, de poudre de basilic, de sang humain et de '^ vinaigre. Les gentils, dont Thabileté est connue, se procurent des basilics de " Cette manière : ils^ ont sons terre une chambre en pierres avec deux petites

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NéanmoÎDs, au milieu de ses expériences pour trouver le gnu incounu et l'immortalité sur la terre > cette science découvr le gaz acide carbonique, le phosphore^ ranliinoioe^ TaneDi cette chimie^ enfin , qui aspire aujourd'hui à être la science é sciences.

Marc Bragadin de Venise, qui prétendait être né à Candie c fameux Bragadin scié par les Turcs, acquit une déplorable n nommée dans Talchimie. Après avoir jeté le froc aux orties, se livra entièrement à la science hermétique ; protégé par legeii tilbomme Jacques Contarini, il faisait courir le bruit qu'il avti trouvé le secret philosophai, s'intitulait comte de Mammom c'est-à-dire génie de Tor, et menait avec lui deux chiens ayui un collier d'or, qu'on devait prendre pour deux démons à lo service. En présence du public, il opérait beaucoup de trans

a ouvertures k travers lesquelles le jour pénètre à peine; là, ils mettent dea u coqs qui ont de quinze à vingt ans. Quand ils sont engraissés, ils s^enfhB « ment , s^accoupleut et font des œufs. Alors on enlève les coqs, et l'on U n couver les œufs par des crapauds qui sont nourris avec du pain. De ees œv « sortent des poulets mâles, comme ceux que font colore les poules couveme (* et sur leur tôte, au bout de sept jours, il croit des queues de serpent; si 1 « cliam])re n'était pas pavée , ils s'enfonceraient dans la terre. Afin de Temp « cher, ceux qui les élèvent oitt des vases en bronze ronds et très-grands, pe tt ces de toutes parts et les orifices bouchés ; ils y mettent ces poulets, fenD0 tt les ouvertures avec des couvercles de cuivre, les enterrent et les laitfest « nourrir pendant six mois de la terre fine qui pénètre par les trous. Après o( tt ils les découvrent, et allument tout prcs un grand feu jusqu'à ce que les ai « maux soient entièrement brûles dans les vases. Lorsque les poulets sont i tt froidis , ils les enlèvent , les broient et y ajoutent un tiers de sang humain a Puis on prend de fines lames de cuivre rouge très-pur, sur les deux a6 tt desquelles on étend une couche de cette préparation, et l'on met au feu... a continue aiusi jusqu'à ce que la préparation consume le cui\Te, en prenant « poids et la couleur de l'or. Cet or peut servir à tous les usages. »

Les recherches chimiques de Newton eurent longtemps pour objet la traniD tation des métaux ; en 1GC9, à vingt-sept ans , alors qu'il avait fait ses déc< vertes les plus remarquables, il écrivait à un ami en partant pour un voyaj « Tâche/ de savoir s'il est vrai qu'à Schemuilz, eu Uougrie, on convertit le tt en acier en le dissolvant dans une eau saturée de vitriol que l'on reçue K dans la cavité du roc au fond de la mine; après qu'on a chauffé la solutioD « moyen d'un feu violent, il se produit une pâte qui, étant refroidie, se troi (t de cuivre. Ou dit encore que cela se pratique iA Italie. Il y a vingt ou trc « ans (ju'on apportait de ce pays un vitriol dit romain; mais on ne pcutf (( s'en procurer, saus doute parce que les Italiens trouvent plus avantageux « l'employer à convertir le fer en cuivre. » (David Brkwster , .!/<«. oj li/e, writings and discoverics of J, J^cwtoiii Édiiubourg, Ibf'O.)

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D^utations au moyen d'uiio poudie qu'il vendait fort cher. Au foiul, son secret consistait dans un an)al{:$ame do mercure et d'or : eu faisant évaporer le pi^eniier, l'autre restait^ et, bien qu'on s'aperçût que le poids était diminué^ sa recette n'excitait pas moins de surprise.

Le doge lui acheta son secret à grand prix , avec un écrit qui retrouve dans le Traité chimique de Mauget. ilonri IV lui écrivit pour ravoir auprès de s:i personne; d'autres primes le demandaient, et Bragadin vivait spleiulideuient, courtisé par tous. Les railleurs, toutefois, ne lui faisaient pas défaut. Une compagnie de jeunes Vénitiens organisa une mascarade d'alchimistes avec tous leurs appareils, et Tun d'eux, qui représentait Mammona, s'écriait ; A troiu livres le *ou d'or fin! L'électeur Guillaume 11 de Bavière l'eut ensuite à sa cour ; mais, n'obtenant pas les richesses qu'il espérait, il le fit pendre à la potence d'or destinée aux alchimistes, et ses chiens furent tués à coups d'arquebnse.

La nation italienne n^a point à revendiquer Théopl^aste Pa- i5Ci-7o racelse, proclamé tête divine, et cru l'auteur de guérisons miraculeuses et do transformations surnaturelles; ni Ck)rnélius Agrippa de Cologne , conseiller de l'empereur, envoyé par le ^ cardinal Sainte-Croix pour assister au concile de Pise, nommé professeur de théologie à Pavie, sollicité à lenvi, pour être leur ïutrologue, par de grands rois, par le marquis de Monlferrat, ^ chancelier Gattimara, et qui nous a laissé la (|uintessence de ia théorie et de la^ pratique des sciences occultes. Mais à cet "" homme, à la fois enthousiaste et sceptique, les Italiens peuvent opposer le Milanais Jérôme Cardan de Gallarate, théosopho ^^ savant illustre. D'une érudition très-variée, fécond en pensées étranges mais indépendantes, parfois élevé comme le génie, parfois au-dessous du sens commun, il était, comme le dit Scaliger, fon ennemi acharné, supérieur en beaucoup de choses à toute intelligence humaine, et, dans d'autres, inférieur à un enfant. Il * laissé ses propres mémoires, précieux comme les rares écrits ^^ ce genre, où le cœur se révèle avec franchise , et peinture curieuse d'un homme vivant dans un monde que la doctrine cabalistique a disposé poétiquement.

S*il faut Fen croire, il pouvait tomber en extase à volonté, voyait ce qu'il désirait, et les événements lui étaient annoncés ^^ songe et par certaines taches sur les ongles. Le plaisir, selon *% tfost que la cessation de la douleur, et le mal offre ch: moins

cet avantage, qu'il apprend à l'éviter. Bien plus, c'était pour lui un besoin de souffrir et de faire souffrir les autres ; il se flagellait lui-même et se mordait les lèvres en se pinçant. Joueur et, par suiie^ dérangé, il recourait à des bassesses. Un de ses fils fut empoisonné par sa femme^ qui subit le supplice de la strangulation ; il dut faire couper l'oreille à un autre pour le corriger, et toute sa vie fut tourmentée par mille infortunes. Se reconnaissait-il envieux, lascif^ médisant^ insouciant^ il en rejetait la faute sur les étoiles qui avaient présidé à sa naissance (1). Du reste, il se croit Fobjet d'une prédilection spéciale du ciel ; il sait plusieurs langues sans les avoir apprises ; Dieu lui a parlé souvent en songe, et plus souvent encore un génie familier que lui a laissé son père, lequel l'avait eu pendant trente ans (2); en extase , il peut se transporter d'un lieu à un autre à sa volonté, entend ce qu'on dit, lui absent, et prévoit l'avenir. Il naît à peine tous les mille ans un médecin qui l'égale , et il vante sans cesse ses cures et son habileté dans la discussion ; enfin, pour vérifier son pronostic, il se laisse mourir de faim.

Outre des éloges bizarres de la goutte et de Néron , il écrivit avec intelligence sur les jeux des cartes et des dés; il publia cent trente et un ouvrages, et cent onze sont restés manuscrits. Dans les dix volumes in>folio (3) imprimés^ on dirait un journaliste

(1) Cardan, encore enfant, vit une merveilleuse pluie de pierres {Opera^i, m, p. 279) au nombre, dit-il, de douze miUe, dont une pesait cent vingt livres. Ce phénomène nous est raconté avec plus de détails par Pierre d*Anghiera (Epiêtolarum p. 246), qui le borne au Créniasque, et le dit accompagné d'une nuit ténébreuse, d'éclairs et de coups de tonnerre; il ajoute que, daas la plaine de Crème, où l'on ne trouverait pas une pierre grosse comme un œuf, il en tomba de si grosses que dix pesaient cent livres, tuant des oiseaux, des montons, de* poissons. 11 parle des railleries qu'en firent les physiciens, les théologiens et \^ fanatiques. Cela eut lieu le 4 septembre 1511.

(2) Autre opinion commune de son temps. Marsile Ficin , De 'vita , dit : <^ ^^ y a un axiome parmi les platoniciens, et qui semble appartenir à toute Tant*' quité, savoir, qu'un démon veille sur chaque homme dans le monde, et vie*»^ en aide à ceux dont la garde lui est confiée. La maison Torrelli, de Parme, av3*^ pour démon familier une vieille hideuse, qui apparaissait au bas d'une cheii»^' née toutes les fois qu'un membre de la famille devait mourir. » ( Cardaw, ^^ rerum var'utale, XVI, 93.)

(3) H, Cardani mcdiolanens'tSf pliilosopin ac medlci celeberr'imi , opéra o^^' nia,., cura CaroU Sponti; Lyon, 1063, t. X in-fol. L'éditeur dit : Inter ïnir^^' meros elapsi sceculi scriptores dix uUus occurrit , cnjus monumenta majore o^^ ninm erud'itorum appiaustt , admîratïonis associa , fuerint hacte nus excepta ^* concelebrata^ quam H, Cardani.,, idque merito quidem... Quo faclum, ut mK^^^

é de remplir ses pages, d'autant plus payé qu'il allonge daige, et travaillant d^autant plus qu'il réfléchit moins. Si Pon dt réduire ses travaux décousus à l'unité philosophique^ on serait que la nature ^ selon lui, est Tcnsemble des êtres et hoses : dans la nature^ il existe trois principes éternels et ssaireS; l'espace, la matière^ Tintelligence du monde, dont iction est le mouvement ; Fespace, étemel, immobile, n'est is sans corps , c'est-à-dire , comme l'affirma Descartes plus il n'y a pas de vide dans la nature; la matière aussi est telle, mais elle se transforme sans cesse au moyen de deux tés, la chaleur et l'humidité ; on ne peut concevoir aucune on de matière sans forme ; toute forme est essentiellement 3t immatérielle, ce qui fait que tous les corps ont une ftme^ la est si vrai qu^ils sont susceptibles de mouvements ; les i particulières sont des fonctions de Tàme du monde^ dans 3lle se trouvent contenues toutes les formes des êtres, comme ombres dans la décade; elle ressemble h la lumière du so* une et égale dans son essence, infinie dans la diversité des [es.

ne pouvait donc se soustraire au panthéisme^ à moins de 1er devant les conséquences, ou de changer lui-même quant nitéde l'intelligence, yhomme^ organe de celte intelligence erselle y a pourtant un caractère distinct , la conscience , qui ène à distinguer du corps Pàme^ dont il prouve l'immortaen s'appuyant sur les arguments des philosophes antérieurs; i il croit que ce dogme a produit de grands maux, comme [uerres de religion. Sa physique est fondée sur la sympathie îrale entre les corps célestes et les parties du corps humain. ir()an parle de toutes le^ sciences occultes avec une intime iction , blâmant hautement ces professeurs inexpérimentés^ r la faute desquels reste entachée » une science où la certi-^ n'est pas moindre que dans la nautique et la médecine. Afin i venger de pareils outrages, et pro|iver a que les décrets des es sont manifestes en nous, n il ne procède que par la voie ùsopnement et de l'expérience ; enfm il réduit cette doctrine saphorismes, divisés.en sept sections, d'où il ressort que [ue pays, chaque couleur^ chaque nombre est sous l'influence

Haxiimis litterarum dtctator a (fuilntsdam magni nominis virisj ub aliis Tir ïparabilis, aS aliis portentum ingenii audire menterit, etc. Et il «joute de »xtax témoignages.

d'an astre particulier. La magie naturelle enseigne huit chdies: l"* les caractères des planètes, la fabricalioli des amieaux et des sceaux constellés; S*" la signification du vol des oiseaux; 3« l'iiH telligencede leurs cris et de ceux des autres animaux; 4*168 Tertus des simples ; 5^ la pierre philosopbale ; 6^^ la connaissanoe du passé, du présent et rïe Favenir au moyen d'une triple Tue; 7* les expériences nécessaires pour faire ou connaître; 8* enfin le Hecret de prolonger la vie durant plusieurs siècles.

Qui voudrait nous suivre dans Tindication des règles àbemè de ces doctrines? Cardan^ qui les connaissait toutes à fond^ n'en fait pas mystère; il enseigne même à composer des sceaux pour faire aimer ou dormir, se rendre invisible^ ne plis se fatiguer, avoir bonne chance. Dans ce but, il combine quatre choses :li nature de la famille, de la matière^ de Tétoile, de lluminiequi opère ; à cet effets il divise la nature des différentes pierres pré* cieuses et des astres qui y correspondent. Parmi les talismans, le plus puissant était le sceau de Salomon. Une chandelle de suif humain, approcliée d'un trésor, petilie jusqu'à s'éteifidre, etis raison, c'est que le suif est formé de sang; or le sang est le siège de l'ftme et des esprits, qui, pendant toute la vie de Fbomme, convoitent l'or et l'argent; c'est pourquoi, même après la mort; cette passion trouble le sang. Cardan enseigne avec la mène assurance les présages ^ tirer de tous les arts, les secrets de la chiromancie, la signification des taches qui paraissent sur les ongles, la manière d'interpréter les songes et d'obtenir des réponses.

Au surplus, il était consulté par les plus grands personnages, entre autres par Edouard VI d'Angleterre. Le primat d'Kcosse confia la guérison de ses maladies i\ ses thèmes astrologiques^ct saint Charles le proposa pour maître h l'université de Bologne. H forma cent (jénilures d'illustres (yersonnages, déduisant de l'horoscope de leur naissances la cause de leurs qualités. I^lon lui, il faut avoir égan) aux étoiles dans la médication, et les prières adressées à Marie le premier avril, à huit heures du matin, sont infailliblement exaucées; bien plus, il ponsse l'audace ju^ qu'à tirer riioroscof)^ du Christ. Souf fre-t-on de Tinsonniie, il consi^îille do s'oindre le corps avec do la graisse d'ours ; veut-on faire taire les chiens du voisinage, il faut tnnir à la main i'œi' d'un chionnoir. Parfois il semociue de la cliiromaiicic, de la sorcellerie, (le ral(;himio, de la magie, de l'astrologie, et pourtant il les ex(îrce par compassion. U considère les fantômes comme

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