‹ Histoire des Italiens, trChapitre 11 sur 176 · GUERRE DU PIÉMONT · texte numérisé non relu

GUERRE DU PIÉMONT

pari, il enleva un riche butin ^ des personnes, et fit maudire, avec le nom turc, le nom français. Le nombre des captifs fut évalué à douze mille; mais la plupart, entassés dans les navires, furent victimes de Tinfection et jetés à la mer. Barberousse, tant qu'il vécut, ne laissa jamais de repos au littoral italien. Après sa mort, Dragut, sangiac de Mantesce, fit la course, tantôt seul,

t5*o tantôt avec le grand vizir, occupa Bastia et reprit aux chrétiens Tripoli, dont il fut nommé gouverneur. Il fallut fortifier contre lui Ancône, Givita-Vecchia et Rome même.

Les chrétiens ne lui opposaient aucun obstacle, car ils s'égorgeaient entre eux dans la guerre du Piémont. Nous passerons sous silence les détails de cette lutte pour dire qu^à Cérisoles, près

1544 ^^ Carmagnole, le duc d'Enghien livra la première bataille après 14 avril, huit ans de guerre. Les impériaux, commandés par le marquis del Vasto, furent taillés en pièces, laissant huit mille morts et trois mille prisonniers. Saluées, Carignan, Alba, Mondovi, Gasale et tout le Montferrat tombèrent au pouvoir du vainqueur, qui pouvait encore s'emparer du Milanais, contre lequel marchait Pierre Strozzi.

isseptembre. Ce condottiere, malgré son père, était entré au service de la France; car il sentait combien il importait d'apprendre Pusage des armes, afin de les employer pour délivrer sa patrie. Le roi lui avait donné la bourgade de Marano dans le Frioul, qu'il vendit aux Vénitiens moyennant 35,000 ducats (1). Avec cet argent il arma dix mille hommes, la plupart émigrés italiens, et, à leur tête, il fit une pointe audacieuse sur Milan; il aurait même pris cette ville, si le peuple s'était soulevé, comme il en avait la promesse, et si François I" n'avait pas craint pour son royaume, menacé par Gharles- Quint et Henri VIII, qui de la Picardie s'avançaient sur Paris. Pierre Strozzi , mis en déroute près de Tortone, traversa des pays ennemis sous divers travestissements, rassembla quatre mille fantassins des meilleurs de l'Italie, et,

(1) Marano avait été occupée par Maximilien dans la guerre de la ligue de Cambrai, et il ne voulut pas la restituer quand la paix fut conclue. Pierre Strozzi, en 1542, la surprit à la tète d'une bande, et, sommé de l'abandonner, il répondit qu'il la donnerait plutôt au Turc qu'à l'Autriche. Les Vénitiens résolurent alors de la lui acheter au prix de 3.'>,000 ducats ; mais l'empereur éleva des plaintes, en réclamant une indemnité de 75,000 ducats. Le sénat se résignait à faire ce sacrifice , mais il voulait qu'on réglât en même temps d'autres difficultés de limites dans Tlstrie et le Frioul; de là sortirent de longues querelles.

PAIX DE GRÉPT. 47

parvenu en France , courut combattre les impériaux dans les Flandres.

La paix de Grépy mit un terme aux fureurs de la guerre : François P' renonçait à la suzeraineté de la Flandre et de PArtoiS; ainsi qu'à ses prétentions sur Naples; il restituait à la Savoie tout ce qu'il lui avait enlevé depuis la trêve de Nice ; Charles-Quint^ de son côté^ renonçait à la Bourgogne, héritage disputé de Charles le Téméraire^ et qui dès lors resta française.

Tel fut le résultat de la longue lutte de Charles-Quint et de François P'. Ni Tun ni l'autre ne retirait aucun avantage de tant de désastres soufferts par les peuples^ et de ^introduction des ^ Ottomans dans l'Occident. Les prétentions sur l'Italie faillirent amener le démembrement de la France. Charles-Quint eut la satisfaction de voir son ennemi prisonnier et suppliant, sans obtenir pourtant un seuj lambeau de la France ; l'opposition de ce pays, qui n'hésita point à s'appuyer sur les Turcs et les protestants, Ht échouer ses desseins démesurés.

Quatre guerres avaient consommé la ruine de l'Italie. La première, lie Charles VIII, ne fait que redoubler les intrigues, exciter l'appétit des étrangers, révéler la force de l'union et Hmpossibilité de la maintenir; la seconde , entre Charles-Quint et Louis XII (alors que le s^tème militaire s'était transformé , au point que l'on ne pouvait plus courir d'un bout à l'autre de la Péninsule, mais qu'il fallait combattre des armées et assiéger des forteresses), rompit l'équilibre de la politique artificielle, et soumit les plus belles contrées à la domination étrangère ; la troisième, entre François ï«' et Charles-Quint, étend sur toute Tltalie l'influence autrichienne , et ne laisse d'autre espérance que de voir les vainqueurs se déchirer entre eux ; dans la dernière, le Piémont, exposé seul aux courses des impériaux et des Français , est réduit à la condition la plus misérable par l'ambition de ces étrangers, qui rivalisent de courage et de férocité.

Des Italiens égorgeaient des Italiens , parce que les uns portaient les insignes impériaux , et les autres ceux de la France ; chaque ville, prise et reprise, était traitée de rebelle par les uns et les autres, et ceux qui avaient échappé aux épées expiraient sur le gibet. Néanmoins la rivalité des deux puissances empêcha que le Piémont ne devînt province de France, ou qu'il ne fût annexé au Milanais. La plus grande partie resta au pouvoir des Français; Asti, Lanzo, Verceil et d'autres villes, conservées au duc/ étaient occupées par des garnisons impériales. Le roi de France,

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