‹ Histoire des Italiens, trChapitre 112 sur 176 · SORCELLERIE · texte numérisé non relu

SORCELLERIE

présence, les fit battre d'une rude manière (1). Puis^ ce qui ^end iadiose évidente, c'est le grand nombre de personnes qu*on a brûlées avec l'assentiment des papes.

En vérité, cet argument était pérëmptoire; car Tinquisition Btde ces malheureux de légales boucheries, dont les exécuteurs se glorifiaient comme les héros sont fiers de batailles sanglantes. Lepenchant au mysticisme avait surtout répandu en Allemagne la crainte des sorcières. Innocent VIII, en i 484, lança contre elles une bulle très-sévère, à la suite de laquelle les procès et les supplices se multiplièrent. Dans l'Italie même , cette erreur était commune; en effet, Barthélémy Spina assure que, dans le diocèse de C6me, plus de mille en un an furent l'objet de poursuites judiciaires, et plus de cent livrées aux flammes.

Au souvenir de tant de procès et de victimes, la raison s'arrête effrayée, et l'on se demande si tout fut mensonge ou délire, et tout, invention de tribunaux altérés de sang.

Que l'homme se croie, pour le mal , plus de puissance qu'il n^m a réellement, des témoignages quotidiens nous l'attestent ; que les crimes se multiplient par suite des châtiments, c*est un bit trop évident pour quiconque étudie les maladies de l'intelligence et les passions, comme il est certain qu'on se décide à laire une chose, à force d'entendre dire qu'elle se fait. Les suffiimigations et les onctions qui, selon Porta et Cardan, se faisaient avec la morelle somnifère, la jusquiame, l'opium, la belladone , le stramonium , la mandragore , le laudanum et le datera, pouvaient agir sur l'imagination des sorcières. Quelques phénomènes sont aujourd'hui expliqués par les inhalations de l'élher et le magnétisme animal , mystère que les sots doivent failler, les habiles exploiter, les savants étudier et vérifier. Je passe sous silence des cas étranges en médecine, des affections îerveuses et des hystéries, qu'on déclarait alors maladies démoniaques, comme à une certaine époque on cherchait à les guérir >ardes pèlerinages (2). Voyait-on une femme communiquer ses

(1) Ce fait est cité par Bodin , dans la préface de la Demonomanîa , et par "^re Sylvestre Priero , le premier contradicteur de Luther , dans les Mirabili perazioni délie streghe e degli demonj,

(2) Le fameux Peiresc, le 28 juin 1615 , écrivit d'Âix à Paul Guaido y de Pabae : « Le médecin qui me soigne désire avec passion avoir un libre Baptistœ 'odrunqui, medici imolensisy de morbis ex maleficio, à cause de certaines reliieuses de cette ville, en grand nombre, qui se trouvent atteintes de maladies Dcoonues et surnaturelles. »

368 PROCÈS DES BORCIÈaSS.

convulsions à une assemblée y à un couvent^ on traitait de sorcellerie ce qui n'était, comme nous le savons aujourd'hui^ qu'ini* tinct d'imitation.

Les individus qui conservaient tout leur bon sens proposaient quelquefois des remèdes efficaces^ mais qui n'étaient pas dietét par la prudence. Si un vampire venait à sucer le sang, Taotorite faisait brûler le cadavre, et le mal cessait, au témoignage de Montaigne. Une dame de Mantoue se croyant ensorcelée, le médecin Marcel Donato fit mêler à ses déjections des clous, des plumes, des aiguilles, et la malade guérit^ persuadée qu'elle lei avait rendus. C'était fort bien ; mais, aux yeux de cette dame, le fait était vrai ; elle ne pouvait concevoir aucun doute, puisqu'elle avait vu ces objets, et sa conviction passait dans l'esprit de too* tes ses connaissances, qui la communiquaient à leur entourage. Les faits subsistaient donc ; ils n'appartenaient pas à l'ordre naturel; la science et les opinions du temps en déterminaient les causes, et il était procédé d'après la jurisprudence d'alors.

Cependant, malgré l'opinion commune , des contradictedrs niaient Texistence des réunions nocturnes. Samuel de Casaioi entreprit de prouver que le démon ne transporte pas réelleinenl ces femmes^ et qu'il produit seulement en elles une extase qui leur fait croire qu'elles volent ou se trouvent parmi la mnltitude ; mais le dominicain Jean Dadone soutient la réalité do vol (i) : son opinion est partagée par frère Barthélémy Spins, maître du sacré palais (21) ; par frère Sylvestre Mazzoliuo dit Priero , et Paul Grillandi, légiste florentin, qui d'abord avsif nié les sortilèges (3) ; entin, par Jean-François Pic de la Uinndole (4), dans un livre dont Toccasion est ainsi exposée pu frère Léandre des Alberti , qui le traduisit en langue vulgaire : a L'année dernière, on découvrit ici le mauvais, scélérat et mala faisant jeu de lafemme^ où Dieu est renié, blasphémé, raillé; a où l'on foule aux pieds la sainte croix, douce consolation al a sûr étendard des chrétiens fidèles , et nous omettons d'autres a choses blâmables qui sont faites contre notre très-sainte foi» a C'est pourquoi, après de complètes investigations, suivies d'un

(1) François Vittoria, Prœlectîonet theoiogicœ, liv. H.

(2) De strigibns, 1523, et quatre apologies, 1526.

(3) De tortilegns.

(4) Strix , sive de ludificatione dœmonum, 1523 ; cl la yersion italieoiw» »■" primée à Venise en 1556, avec le litre: // iilfro detto Strega, ûf9eroidU'd' lusioin dcl demonîo.

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