‹ Histoire des Italiens, trChapitre 114 sur 176 · PROCÈS DES SORCIÈRES · texte numérisé non relu

PROCÈS DES SORCIÈRES

ces lui apprirent qu'un prêtre^ nonimé Benott , était amoureux du diable en chair^ sous le nom d'ArmelIina , dont il préférait les plaisirs à toute autre jouissance ; il se promenait avec elle dans les places, semblait fou aux autres qui ne la voyaient point, et, par amour pour elle^ il refusait de baptiser les enfants, ne consacrait pas les hosties, ou bien, à Télévation, les tenait renversées^ éludant ainsi les sacrements. Il cite d'autres individus qui, épris d'un démon sous forme de femme , aimaient mieux rendncer à la vie qu'à cette union ; enfin , cette flamme allait s'éteindre dans une autre produite par les fagots du bûcher. Ces faits sont très-communs, au point que plus de deux raille personnes avouent qu'elles ont fréquenté les réunions nooturnes.

La sorcière mise en scène par Pic de la Mirandole convient d^avoir fait tomber la grêle sur les champs de ses ennemis, d'avoir tué leurs bestiaux, et sucé le sang sous les ongles des enfants, qui seraient morts si elle ne leur avait pas donné des remèdes qu'elle .tenait du démon. L'incrédule insiste principalement sur ce que le démon n'envoyait pas d'argent; la sorcière répond qu'elle en avait obtenu, mais qu'il s'évanouissait, et que le plus grand attrait consistait dans les plaisirs des sens. Le démon, dit-elle, lui permettait tous les actes de chrétienne; mais, pendant qu'elle assistait aux offices divins, elle devait protester à voix basse contre leur fausseté, rouler les yeux, faire des gestes de mépris, tirer Thostic de sa bouche, et la conserver pour la profaner ensuite dans les réunions nocturnes.

Un des écrivains les plus convaincus à cet égard, est le père Jérôme Menghi, de Viadana, qui remplit son ouvrage de petits faits curieux (1). A l'époque où les Vénitiens firent la guerre au duc de Ferrare, Alphonse d'Aragon^ duc de Calabre, se trouvant à Milan avec beaucoup d'illustres seigneurs, il s'éleva entre eux une longue discussion sur les esprits; lorsque les seigneurs eurent parlé et discouru, en exprimant chacun des opinions diverses, le duc répondit : «Ce qu'on dit de ces démons est chose très-vraie et non une invention humaine. » Alors il raconta que, se trouvant un jour à Carrone, ville de la Calabre, et tandis qu'il cherchait, après les occupations royales, à se procurer quelque

(i) Compend'io dell arle csorc'istica , c poss'ihllilà dellc m'irabilï e stuptntu operaùoni délit dcmonj e de malvficjy con II rimedj opportuni aile infirma malejiciaii.,. opéra non mcno giovcvole agli csorcisti clic dilettevoU oi letton, ed a comme uùUtà posta in luce; Venise, 1605.

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délassement^ on lui apprit qu^il y avait dans le voisinage une femme tourmentée par les esprits immondes. Le duc se fit amen^cettefemme^ à laquelle il adressa la parole; mais^ comme si elle eût été morte y elle ne répondait rien et ne faisait aucun mouvement ; voyant cela et se rappelant une petite croix avec certaines reliques qu'il portait au cou, don de Jean de CapistranOjle prince rattacha secrètement au bras de la possédée, laquelle se mit à crier soudain, à tordre la bouche et les yeux.

Alphonse lui ayant demandé pourquoi elle faisait ainsi, elle le pria d'enlever de son bras cette petite croix, « parce que, ditelle, il y a du bois de la croix consacrée, de Vagnus bénit et une croix de cire de mon grand ennemi. x> Le duc ayant fait selon son désir, elle devint une autre fois comme morte. La nuit suivante, au moment où ce prince allait se coucher, il entendit dans le palais et dans sa chambre une grand fracas et des rumeurs, de manière qu'il fit appeler des serviteurs pour sa sécurité , avec lesquels il resta jusqu'au matin sans pouvoir dormir. Le jour venu, il donna l'ordre de lui ramener la femme, qui lui demanda en souriant s'il avait eu peur la nuit précédente; il la réprimanda comme un esprit infernal nuisible aux mortels, en ajoutant : a Où étais-tu caché?» L'esprit répondit: a Au sommet du baldaquin qui entoure ton lit, et sans les choses sacrées que tu portes secrètement au cou, je t'aurais soulevé de mes mains pour te jeter hors du lit; bien plus, je te dirai que je puis te raconter, parce que je les ai entendues, toutes les choses que hier tu as discutées et réglées avec l'ambassadeur de Venise. » Le duc, pour s'assurer du fait, renvoya toutes les personnes présentes, et commanda ^ l'esprit de lui répéter tout ce qui s'était passé entre lui et l'ambassadeur; alors, comme s'il avait assisté à l'entrevue, l'esprit lui raconta, par la bouche de la femme, tout l'entretien mot à Dïot. Tel fut l'étonnement de ce-prince que, depuis ce moment, il crut toujours que les esprits malins erraient dans l'air et habitent les corps des hommes.

Paul Grillando procéda contre une femme qui, pendant que le diable, son amant, la ramenait chez elle, entendit sonner Vave du matin; le démon s'enfuit alors en la laissant toute nue sur le sol, où elle fut découverte. Un mari épia si bien sa femme, î^'il finit par s'apercevoir qu'elle s'oignait le corps et disparais- ^t^ à force de coups de bâton, il la contraignit à faire des aveux, et voulut même qu'elle le conduisît à une réunion; là, s^étant "■lis à table, et trouvant fades tous les mets, il demanda du sel.

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