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HIST. DES ITAL. — T. VIII

810 RâeLES DI PIOGÉDDAI.

« Combien de fois peut-on torturer le prévenu pour les ivet» rétractés? ~ Deux ou trois, n répond Pegna (i ). Rategno ajoste: a Mais si Taccusé niait après avoir confessé dans les tourmeoUt Je réponds t Le prévenu doit persévérer dans ses aven, sinoo il sera mis à la torture jusqu'à trois fois. »

Arrôtons«nous; le lecteur en sait trop pour comprendre ce que signifiaient les procès pour hérésies et sortilèges, lesquels le multipliaient alors autant que ceux d'État à notre époque (3). Dans la Mesolcina, vallée italienne appartenant aux GrisoM^ le trouvaient un grand nombre de sorcières, qui jetaient des sorti, ensorcelaient les enfants , occasionnaient des tempêtes, et se réunissaient dans les sabbats, où le démon les poussait à fouler aux pieds la croix. Saint Charles, légat pontifical dans ce pijs, fit procéder contre elles, et le mal se trouva plus grand qo'os ne Pavait craint; cent trente et une sorcières abjurèrent, et d^ très furent brûlées]; on envoya également au tâcher DomioiqBe Quattrino, prévôt do Rovereto, que onze témoins décbrimt avoir vu aux réunions nocturnes danser avec les omemenli»cerdotaux, en tenant à la main le saint chrome (3).

Un religieux, du nom dé Charles^ décrivait fc son supérieur, le 8 décembre 1583, le supplice de quelques-unes de ces soreièfes: € Un bûcher fut dressé dans un vaste champ ; le bourreau élaidit et lia chacune des sorcières sur une planche^ puis les mit i plat-ventre sur le l)ûchcr, lequel fut allumé aux côtés; lebo était si ardent qu'en un instant les membres se trouvèrent eoasumés^ et les os réduits en cendres. Après que le bourreau te eut attachées à la planche, chacune d'elles confessa de nouwn ses péchés, et je leur donnai l'absolution. D'autres prêtres ek6^ chaient à leur inspirer du courage pour affronter la mort, etleoi faisaient espérer le pardon divin... Je ne saurais vous dire avec quel profond repentir, avec quelle complète résignation éki

(1) Flores commeniariorum,it. 3.

(2) Millenarium sœpe excedit multitudo (altum, qui uhUis anni decwtu intdfi Comcnsi diœcesi ab inquisitore qui pro tempore est, e jusque vicariiSf qui octo W decem semper surit, înquiruntur et examinantur, et an ni s pêne tinguîis fl^ quant cenlum încineranlur, (SPINA, De stri gibus, ch. 13.)

(3) RiPAMONTi, Historia mediolanensis, d«c. IV, liv. V, p. 300. — OlliS^ cm,Notœ ad vilam sancli CnroU, p. 084-604.

Dans les archivci» de Milan, on tioiive (livers procès oonU'e desiorciertctd** b( reliques; la Udatioii de tout ce que fit saiut Charles dans sa visite cbcxi^ Grisous {//islructiones pro iis qui in missionibus contra hareticos vtrtanti'] mérite surtout de fixer Tattention.

MULTIPLICITÉ DES PIOGÈS. 371

ont subi leur châtiment. Après s'être confessées et ayoir communié, elles déclaraient qu'elles recevaient tout de la main du Trè&*Haut^ en punition de leurs égarements ; elles lui offraient leur corps et leur âme avec des indices certains de contrition. La plaine était couverte d'une foule infinie^ pressée , attendrie jusqn^QX larmes^ criant : Jésus ! et les malheureuses, étendues wrle bûcher, entendaient répéter ce saint nom au milieu de la cf^itation des flanmies; comme gage de salut, elles avaient au cou le saint rosaire.^^ J'ai voulu que votre révérence sût tout fiela, afin qu'elle pût^mlercier Dieu et le louer pour les gerbes précieuses que cette moisson a produites. »

Eol586, Daniel Malipiero, sénateur de Venise, ainsi que les iobies Eustache et François Barozzi, furent arrêtés comme magiciei» et condamnés à l'abjuration. Ce François, dont nous avons plusieurs traités mathématiques et philosophiques, nia constamment jusqu'à ce qu'il obtint la promesse qu'on respecterait sa vie et ses biens; alors il confessa qu^il avait pratiqué des diableries avec profanation d'huiles saintes et d'autres sacrement!, dominé les intelligences au moyen de cercles, et fait la statue de plomb conformément aux règles d'Agrippa : il dit en outre qu'il ttrait faire venir des personnes des extrémités du monde; qu'il pouvait conti'aindre à la bienveillance avec une plaque fabriquée tons l'ascendant de Vénus, et qu'il en préparait d'autres sous Hofluence de diverses planètes pour obtenir de l'or, des dignités, des honneurs; qu'il espérait, au moyen de sortilèges, poUr ^ instruire son fils dans toutes les sciences; qu'il avait décoiil'irt le sens des hiéroglyphes existants sur la place de Gonstanti- Bople, suivant lesquels la maison ottomane et la puissance d^ Turcs s'éteindraient en 1590. Se trouvant à Candie pendant uoe longue sécheresse, il fit pleuvoir ; mais il tomba en même tempis tme si forte grêle, qu'elle dévasta les champs qu'il possédait dan3 llle; en effet, il était assez riche, mais ses vices et le désordre ^ «a vie le jetaient souvent dans la gêne. Il fut condanmé à donner une certaine somme afin de faire de petites croix d'argent, et à pratiquer quelques actes de piété; en outre, von fexhopta à tenir toujours de Peau bénite dans sa chambre pour être protégé contre les nombreux esprits infernaux avec lesquels il avait eu des rapports familiers (1). »

(l)I>e procès existe dans la bibliothèque AmbrosijSjUàe de Milan, mdiqué par ^ lettre H. 109 in-folio.

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