‹ Histoire des Italiens, trChapitre 121 sur 176 · MISÈRES DU SEIZIÈME SIÈCLE · texte numérisé non relu

MISÈRES DU SEIZIÈME SIÈCLE

valent leurs instincts^ et s'abandonnaient aux inspirations de la conscience ou de l'imagination; ils étaient pervers ou vertueux, mais franchement^ sans orgueil ni honte. De là^ dans la vie, des traditions de loyauté mêlées à un épicurisme non dissimulé, un scepticisme funeste et un fanatisme exterminateur; Tenthousiasme et l'ironie, la froide régularité de Trissino et les charmantes fantaisies de TArioste ; le ricanement grossier de TÂrétin et les puériles fadeurs des pétrarquistes ; la champêtre sin)[)licité des écrivains de bucoliques et l'insatiable avidité de Paul Jove, toujours prêt à mendier; les bizarres aventures de Benvenuto Cellini et l'austérité de Michel-Ange, le seul artiste peut- être oii se montre la lutte de l'esprit avec la matière; le sarcasme de Pomponace et la conviction de Savonarola^ les orgies de Lucrèce Borgia et les bûchers de Pie IV, Machiavel et Philippe Neri, Léon X et Adrien VI, Charles-Quint et François V'. On imprime le Corpus juris, alors que toute loi est foulée aux pieds ; la sérénité de l'école de Raphaël fait contraste aux physionomies du connétable de Bourbon et de Frundsperg. De là rimmense difficulté déjuger de la moraUté des actions ou de la grandeur des personnages dépeints par la passion et l'esprit de parti , ballottés au milieu d'idées si disparates , de préjugés inhumains et serviles, de la toute-puissante influence des exemples et de ce qu'on appelle le sens commun.

Il faut y ajouter la désolation qui entre dans les esprits^ alors qu'un grand doute jeté dans la société remet en problème toutes les croyances sur lesquelles elle reposait.

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