LE CONCILE EST CONVOQUÉ A TRENTE
mais rajeunirait par une sévc nouvelle le tronc impérissable. Qui ne se rappelle les asseniblées législatives ou constituantes, demandées par les peuples et promises par les princes en 1848? C'était avec la môme loyauté que Tempereur, le roi de France, les ecclésiastiques et Luther avaient réclamé lo concile; d'autres tergiversaient^ et, recourant au subterfuge ordinaire d« demander trop, voulaient que le pape y comparût non comme chef, mais comme membre, et que les novateurs eussent voix délibérative : cela équivalait à poser le sc^hismo comme admi». Paul Ilf, qui voulait sérieusement le concile, et qui, dans ce but, avait envoyé en Allemagne Hugues Rangon, le convoqua à 1545 Trente , bien qu'il fût contrarié par la ligue de Smalkalde et mille obstacles divers (i)« Il chargea de le présider, comme anges de la paix , les Italiens Jean-Marie Ciocchi de Monte et Marcel Cervini, papes dans la suite, et l'Anglais Reginald Pool# qui fut sur le point de Tétre. Le pontife déclarait que Tobjelda concile était l'extirpation de Thérésie, l'amendement des mœurs et de la discipline, le rétablissement de la concorde parmi ififl princes.
Mais, outre que les protestants avaient refusé d'y assister^ chaque pas était entravé par les susceptibilités des rois catholidécembre qucs et dcs pi'élats des nations. La première réunion, où figU' raient vingt-cinq évoques , se passa en discussions sur le3 pré séances, sur le cérémonial , sur les formes, sur la manière d^ voter, enfin sur le titre du synode : puériUtés que nous avons vi renouveler de nos jours, et non par le fait de moines ni de car dinaux. Les séances, à cause de la peste, furent suspenduei» puis reprises, lorsque Maurice de Saxe marcha sur Treat pour surprendre l'empereur , et les pères effrayés se disper sèrent.
Dans ce concile, il ne s'agissait pas, comme à ConstancME^ de discuter sur des questions particulières, mais sur l'csseniJ même de l'Église; or, au milieu de l'extrême effervescence de
(1) Marc Maiitova Deiiavidcs , suvant jurisconsulte et professeur à PadoU^ écrivit un livre du Conc'ik, où il examine quelles sont It» i:ers<iODej qui oO droit d'y inlervc^nir, et (jnelles qualités leur contiennent ; il déplore, en outf* l'igtiortince dii iieaucoup de pri;lale et de cunlinaux, ignoi'auce qui s'étediUi niéuie aux canons et aux saiutcs F^'i-itnrits ; puis il s'occupe des eoncUix pré0^ dents, et demande si un eoneih; est supérieur au pape. Dien qu'il traitât saus W^ nagement les désordres des ecclésiastiques, il fut approuvé par Paul III et af plaiidi à Rome.
JULES 11^ LA RéFO&Mfi M» ITALIE. 3W
espritsi combien il était dangereux de le rassembler^ et difficile de le maintenir dans de justes limites 1 11 n'appartient pas à notre récit de l'examiner à fond ; qu'il nous suffise d'avoir mentioQoéles faits importants qui influèrent sur Tavenir.
Après soixante-quinze jours de querelles entre les factions impériale et française^ Jean- Marie Ciocchi de Monte^ au moyea de promesses et de transactions^ obtint la tiare sous le nom de Jules III» Renonçant tout à coup à la rare activité qu'il avait dé- 1^30 ployée jusqu'alors, pour se livrer à la paresse^ il abandonna les affaires au cardinal Grescentius^ et passait son lemps au milieu de folles dépenses, dans un délicieux vignoble hors de Romei devenu proverbial. Il prodigua les titres et les biens à ses parents {Baudouin, son fVère, reçut Camerino en gouvernement perpétuel, et Jean-Baptiste, fils de celui-ci, obtint le litre de gonfalonier de l'église^ Novare et Givita de Penna en seigneurie, « avec plus de grandeur à Rome que s^il eût été duc ou seigneur naturel et ancien de n'importe quelle partie de l'Italie (Ssoni). b ^silie, femme de Jean-Baptiste, étalait tant de faste, que la duchesse de Parme, fille de l'empereur, en obtenait diffici- '^Q^nt une audience. Les fils de ses sœurs furent gratifiés de "^ies positions, de titres honorifiques, du chapeau de cardi- ^^^y élevés au rang de capitaine général, assimilés en un mot à de véritables seigneurs ; on aurait dit que la mission d'un pape ' ^^it de transformer en princes des individus dont la veille on S^orait la race. Il avait recueilli un jeune mendiant qui l'amu- ^^ en jouant avec un gros singe; il se prit d'une telle affection ^^U" lui, qu'il le fit adopter par son frère, le combla de bénéfices }}^ nomma cardinal, malgré ses habitudes grossières et l'oppo- ^^^Oii des prélats; mais le parvenu, mal élevé, tomba dans Ymoaduite et mourut dans une prison.
Avec ces procédés, pouvait-on enlever des prétextes aux ré» ûï*itiés? Bien plus, ils faisaient même des prosélytes en Italie. ^Cius avons vu que le génie de la réforme, soit par le fait des ?ôtiseurs ou Pargutîe des gens de lettres, s*était matiifèstê dans ^ t^éninsuie avant de se produire ailleurs» La renommée des ^ies italiens fit que les novateurs étrangers amlntionnèrent ^^^ sttffmge^ et dierchèrent à répandre leùni écrits dtoê Id pays^ ^^t^te f)ue les habi(atits> entraînée par lu vivttcicé de leur esprit. ^Ulttrèttl ct)ttttaî1tè ]éé liotlvttllé^ prêdicâtiohé. Qrteè à la liberté ^^ëc la^iièltë Ôii ôètt^fàtt la cour roinaine, le mècotiténteméht, 4ui se fortifie sous la compression, s^apaisait^ et le voisinage
396 LA EÉFORME BN ITAUE.
faisait que l'on ne confondait pas la sainteté des institutions avec les écarts des personnes.
Les Italiens, dont Timagination n'était pas desséchée par le raisonnement, ne pouvaient aimer un culte sans beauté^ sans vie^ sans amour^ qui réprouvait les manifestations extérieures et bannissait du sanctuaire les pompes si populaires^ cette liturgie, tantôt splendide et triomphale, tantôt mélancolique et tendre, toujours grave et majestueuse; qui excluait ces cérémonies dérivées des idées les plus sublimes unies aux symboles les plus gracieux^ des sentiments les plus purs manifestés par les formes les plus brillantes et les plus variées^ et qui nourrissaient les arts^ cette partie essentielle de la vie nationale. Puis^ ils sentaient que la papauté conservait à l'Italie l'importance qui se perdait sous toute autre institution , et qu'elle y attirait de Tar' gent^ des affaires^ des personnes. Tous les princes et les grandes familles avaient des parents dans les prélatures et le sacré collège, lesquels exerçaient de l'influence et jouissaient de riches bénéfices; les gens de lettres se proclamaient les obligés des papes et des cardinaux^ qui les avaient pour secrétaires ou clients; en un mot, l'intérêt qui poussait les étrangers éloignait les Italiens de la réforme, outre qu'ils étaient surveillés de plus près par l'autorité ecclésiastique.
Mais si l'amour de la nouveauté n'envahit ni la plèbe ni les princes, et si les individus qui s'occupent de régler leur foi sont en petit nombre à côté de ceux qui s'en servent et en vivent, on se tromperait en croyant que la réforme n'eut pas en Italie de l'extension, des conséquences civiles et politiques (1). Quelques Italiens entretenaient une correspondance avec les doctes allemands ; les cardinaux Bembo et Sadoleto écrivaient à l'érudit Mélanchthon, le principal apôtre de Luther. Les étudiants d'Allemagne, qui venaient se perfectionner en Italie, ou les Ita-
(1) Sur la rcfonufi en Italie, voir: ScnRLilORN Amœnitateshiit, ecclesiattica et iitterariœ, Leipzig, lfî3-4f»; (îkrdks, iSpecimen Jtal'iœ rejormalœ^ 1763; T** RAB08CIII, Storia délia lelteiatura , t. X, p. 500 ; Mac Cbie, HUloire d^ progrès et de l' extinction de la réforme en Italie dans le seizième siècle^ aTecoD rcsiimé de la réforme parmi le» Grisons ( anglais) IS.'JO; Cantc, Storia é^ cita e diocesi di Como^ liv, VIII, <;t le Sacro macello in F'altellina, Florena» 1853. Sur les protestants napolitains, voir : GiAUnonK, Storia civile^ Till, p* ^^ et dans la Zeitschrift fiir GescUichlswissenscUaft^ 1847, vol. Vlll, p. 545, un*f' licle de G. Heipik, Ueber die Verbreitung der reformation in Neapelf àvtcio notices tirées de l'article de Simancas.