‹ Histoire des Italiens, trChapitre 130 sur 176 · LA REFORME EN ITALIE · texte numérisé non relu

LA REFORME EN ITALIE

isqui allaient se faire recevoir docteurs dans les universités imandes, servaient de conducteurs aux nouvelles doctrines. nçoisGalvi de Menaggio {Minido), libraire à Pavie, se renà Bàle pour demander à Froben les œuvres de Luther^ qu'il andit dans la Lombardie (i). A Venise^ on réimprima, sans n d'auteur^ Texplication de son PcUer, les lieux communs de lanchthon^ sous le titre de Principj délia teologia d'ippofilo Terranegra , puis le Catéchisme de Calvin , le Commentaire Bucer sur les Psaumes avec le nom d!Arezio Felino, et les rages de Zwingle sous le nom de Corisio Pogelio : pseudonies qui éludaient la surveillance supérieure. A négation, au moyen d'un apostolat divers^ avait été répani par les gens de guerre, venus en Italie pour opprimer ses ûtants ; de ce nombre , le fanatique George Frundsberg^ à Ton doit la formation des lansquenets^ portait avec lui une de d'or avec laquelle il disait qu'il voulait étrangler Clé- Qt Yll^ le dernier des papes. Or, comme les partis ne s'inètent pas de la moralité des moyens, pourvu qu'ils atteiint leur but^ on vit des individus se réjouir des outrages que liie et le pape subirent de la part de ces misérables; le ine Ëgidius de la Porta, de Côme^ qui songeait avec Zwingle : moyens de répandre le protestantisme dans la Péninsule, /fiait : * a Dieu veut nous sauver ; écrivez au connétable e Bourbon de délivrer ces populations; qu^il dépouille de îur argent les têtes rasées^ et le fasse distribuer au peuple uneux; puis^ que chacun prêche sans crainte la parole du

) Le fameux André Alciat écrivit à Mattio pour le dissuader de se faire firanûn ; à cette occasion, il lui expose, avec une grande liberté , les abus et le^ rdres de la vie monastique. Galvi eut une copie de sa lettre, qu'il envoya à •me, et voulait même la publier. Alciat, grandement effrayé, liû écrivit irolement en bon latin : « Oli ! misérable Calvi ! si tu fais cela, tu seras plus l'un ennemi mortel d' Alciat. A quoi m'auront servi mes veilles et mes »mbreuses études? Si tu répands sur moi ce venin, j'aimerais mieux être ort. Luther, les Picards, les Hussites et les autres noms d'hérétiques ne Font pas si infâmes que le mien , si cela arrive. Ne connais-tu pas, ou ins-tu de ne pas connaître les actes de ces moines, leur force, leur puis- Qce et leurs déclamations dans les chaires? Les excitations parmi le peuple, s haines et les maux infinis ( que Dieu me les épargnent ) retomberont sur a tète. J'intenterai un procès en injures, d'abord à toi comme cliampion, puis Érasme et à Froben. J'invoquerai des hommes et des Dieux. Je remuerai «1 et terre pour me disculper et accuser vous seuls, etc., etc. » (MaquartU m et doctorum virorum ad eum cy^ii/oior. Utrecht, 1697.)

3flS RENÉB DB FERRARI.

f Seigneur; la force de l'Antéchrist est prèe de flnir(t).)» Dans cette cour de Ferrare, salie par toutes les souillum, el où le duo Alphonse fit poindre par T>otti sa Laure DiantI tous la forme de la Vierge avec ces mots : Feoit mihd magna gui foim nU Benée de France, fille de Louis XII, était devenue la femme d'Hdivïukiy fils de oe duc, qui lui donna pour 100^000 secpim (k joyaux. Elle était imbue des doctrines de Calvin; nous la voyons louée comme éme trèi^^tainie par BrucioH dans sa dédictoe de la Dible^ pour sa grande religion par Betussi dans Tadditien ut Femmes iliusires de Boccaee^ et par le Bresdan iean-Pnnçois Yirginio^ en lui dédiant sa Paraphrase sur les épttres de mk Paui^ ainsi que ses Letires, qui parurent à Pontanini (juge rigoureux) sambas de phrases hétérodoxes. Cette prinoesse forma de la cour de Ferrare un foyer de pratiques anticatholiques; les jours do jeûne, elle offrait à table des aliments gras ; elle y donna quelque temps asile à Calvin et à Marot^ traducteur des Psaumes «n français^ ainsi qu'à tous ceux qui furent bannis pour cause de religion ; enfin^ elle établit une petite église réformée.

Son mari, sur les instances du père Pelletario, {^enferma quet que temps, elle et ses coreligionnaires^ dans le ehAteau deConsandolo; mais là^ comme dans Argenta, ils répandhfent lenrs doctrines^ et le duc racontait ainsi au roi de France les écarts de sa femme : € Se laissant entraîner par quelques luthériens per* M vers y dont le monde serait plein aujourd'hui si les princes u chrétiens n'y pourvoyaient par des mesures sévères, elle entra

* pcfi à pou dans cette infâme et nouvelle religion, au point que, a depuis quelque tomps^ elle ne s'inquiète plus des sacrements, ëde la messe, <le la confession et <le la communion. Ces joprs tr passés, Hippolyte des Putti , son bicn-aimé serviteur, ayant « été longtemps malade et en danger de perdre la vîe, et il est « mort en effet, je rappelai trois ou quatre fois à Ilenée de |£ « faire confesser et comn^iunier de toute manière; car il ne Wfi lait pa^, lui disais-je, qu'elle donnât à cette viUe le scandale de

* le laisser mourir îiérctique, ce dont elle serait seule blâmée à «cause de la mauvaise opinion qu'elle s'était faite auprès de c( tout le monde à l'égard de la religion. Mais il fut impossible « qu'elle le fît; bien plus, elle se moquait en quelque sorte de (( ma bienveillanie recommandation, en dmni que le susdit IliP' u polyte était bien ave^: Dieu, et n'avait pas besoin d'autre eon* « Icssiou.

(1) Ap. HoTTlNGRB, Eeeletîa sœcuti, t. H, p. CI .

«Voyant cette obstination^ je la priai, je cherchai à la persuader^ et la conjurai mille et mille fois de vouloir déposer, pour Tamour de Dieu Notre-Seigneur, pour la réputation de sa postérité et de la mienne^ toutes ses fantaisies hérétiques^ et de ne pas se laisser égarer davantage par ses prédieateurs défroqués, fripons et pervers; j'ajoutai qu'elle ne devait pas croire k leurs paroles, parce que la plupart s'étaient trouvés dans les mains de Tinquisition^ et avaient abjuré publiquement d^ns la cathédrale de cette ville^ mais suivre la religion professée par ses illustres parents et tous les autres grands princes chrétiens. JPaccompagnai de ces paroles les autres raisons qui tnt parurent opportunes^ pour l'exhorter et la décider à détourner de son esprit les opinions perverses qui Toccupent. C'est avec un déplaisir exli'éme^ à la grande honte de ma maison et au mécontentement de tous mes sujets et servi- Itnrs^ qvre j'ai dissimulé et souffert le mieux que j'ai pu cas opinions pendant beaucoup d'années ; j'espérai qu'elle reviendrait d'elle-même^ sans que je hisse cbltgé de faire quelque lâiose qui révéiftt ce que je voulais cadier à tous. « NéaMioins^ je m'aperçus que le mal empirait chaque jour^ M que. la fête de Moêl^ on n'entendait pas la messe dans la imison tle mon épouse ; dès lors, comme je ne jugeai pas convenable que mes deux filles, déjà grandes^ puisque Tune avait dix-huit ans et l'autre seize^ fussent élevées dans cette légion, ce qui, outre l'offense faite à Dieu, pourrait leur mctter Aes obstades pour se niarier dans les maisons des prin- M chrétiens^ d'autant plus que le bruit de l'hérésie de la mère »t d^ réfmndu dans Conte Vltalie et m'attire de grands reproches^ )ie voulus mettre (in à tout cela; je me décidai donc k dire à la princesse^ avec toutes les bonnes paroles possibles, tp» j'^tiigeaîs absolument qoe mes filles entendissent ordinaiftment ta messe ^ sans oublier de se confesser et de conimn- Ider à cette sahite Pftque ; en un mot , qu'elles vécussent à Tavenir comme je le faisais moi-même^ et comme elle avait ooutume de le faire quand elle vint de France ; je la priai in»tauHnent de ne pas s'opposer à mon juste et saint désir. Elle M voulut jamais y oonsentir^ et me dit même clairement que h messe est une idolâtrie^ avec d'autres paroles si indignes

Îiela faonte m'empêdie de les répéter; en outre, elle poussa liardiesse jusqu^à dire en ma présence à mes filles de u^ point m'obéir en cela, mais de continuer à vivre comme elles

400 EÉFORIIÉS ITAUEHS.

a l'avaient fait jusqu'alors ; puis elle chercha à leur per « que la religion de leur père et de beaucoup d'autres | a n'est pas la véritable; elle disait cela avec tant de fer a d'arrogance^ que celui qui l'aurait entendue parler « « persuadé que j'étais beaucoup plus patient que Job a voyant supporter^ par respect pour Votre Majesté^ toi « paroles^ qui ne peuvent être souffertes de la part d'i a quelconque (i). >

n raconte ensuite qu'il a dû faire intervenir des prélati ambassadeurs pour qu'elle permit à ses filles de comni Pâques; par conséquent^ il exhorte le roi à vaincre une< tion qui ne pourra donner que des fruits très-amers ; ei n'ayant pu la dompter^ il la renvoya en France.

Avec Renée vivait le Cretois François Porto, profiesi grec dans les villes d'Italie , qui se réfugia plus tard Frioul, puis à Genève^ où Théodore de Bèze composa 80 phe. Le Ferrarais Emmanuel Tremelli^ converti du judait le poëte Flaminio et le cardinal Pool y puisa bientôt dao trie et à Lucques les idées protestantes^ et^ plutôt qued'] cer^ il passa avec Pierre-Martyr Yermiglio à Strasbourg, Angleterre ; il enseigna l'hébreu à Heidelberg^ à Metz, à où il mourut; en laissant divers ouvrages, avec la versio de la Bible syriaque et celle de l'Ancien Testament sur hébreu.

Frère Bernardin Oehino , de Sienne , jouissait d'une nommée d'excellent orateur, que Charles-Quint disait : J pleurer les pierres; et Bembo : // fait tourner toute» le hommes y femmes , tous en sont fous; quelle éloquence autorité! Se livrant à ces austérités excessives qui ii

(1) Lettre du 27 mars 1554, dans la bibliothèque impériale de Ptr 8,045, carton 5C. — (^Ivin conserva toujours Tamour delà duchesM le duc de Guise, champion des catholi({ues de France et son gendre, sine près d'Orléans par le fanatique Pollrot, et que les prédicants toi haut de la chaire contre la victime, la duchesse s'en plaignit à (Calvin, répondit, sans réprouver l'assassinat : Si le malfdclioit à tom les gem monsieur de (iuisej qui avoit allumé le. Jlambeau^ ne pouvvit pas être éf de moiy combien j'ai toujours prié Dieu de lui faire merci y si est ce ifit vent désira que Dieu mit la main sur lui pour en délivrer son Eglise, vouloit convertir... Cependant de le damner c'est aller trop avant ^ si eût certaine marque et infaillible de sa réprobation, (Lettres de Calvin, par Jean Brunet, t. li, p. 553. Paris, 1855.)

OGHINO. 401

souvent à l'homme une confiance orgueilleuse en lui-même, il apprit des livres de Luther à chercher dans la Bihie ce qui plaisait à sa passion^ et Gaétan Tiene, dès 1542^ lui faisait interdire h prédication à Rome; néanmoins, cette défense fut bientôt levée; mais, comme le pape ne Tavait pas nommé cardinal^ il se mit à rinsulter^ et^ craignant ses rigueurs, s'enfuit à Genève, où 3 publia beaucoup d'ouvrages , parmi lesquels : Cent apologues corUre les abus de la synagogue papale, de ses prêtres^ moines^ etc.

Philosophe et dialectitien d'une certaine vigueur, il enseignait qu'il est impossible d'atteindre à la vérité au moyen de la raison, mais qu'il faut Tautorité divine; or, comme les saintes Écritures sont insuffisantes, si une lumière infaillible n'aide pas à les interpréter, et qu'il avait répudié l'autorité de TÉglise, il fiit contraint de se réfugier dans le mysticisme et Finspiration inunédiate (i). Aurait-il pu se résigner à croire en Calvin, lui qui s'était refusé à croire à l'Église universelle? Il fut donc maudit et persécuté à Genève; plus tard, et dans le cœur de l'hiver, on Fexpulsa de Zurich à l'âge de soixante-six ans, avec ses quatre enfants. Repoussé de Bâte et de Mûlhausen, il se réfugia en Moravie, où il mourut en 1564, après que la peste lui eût enlevé deux fils et une fille.

Un des plus beaux triomphes de l'Église dans le moyen âge fut d'avoir soutenu l'indissolubilité du mariage en face des lubricités royales; mais déjà Luther, pour favoriser le landgrave de Hesse , avait approuvé la bigamie. Â son tour, Ochino, dans le vingtième de ses Trente dialogues, soutint qu'un mari ayant îme femme stérile, maladive, insupportable, après avoir demandé iDieu la continence de bonne foi, peut, s'il n'obtient un tel don, suivre sans péché son instinct, quMl devra certainement attribuer à Dieu, et prendre une seconde épouse sans rompre avec U première (2).

A Bologne , centre d'études et fréquentée par la jeunesse , le nnnorite Jean Mollio, de Montalcino, sema les nouveautés dans

(1) Voir la deuxième partie des sermons de messire BbrnardIN OcfliNO, ser- B«»tt m et IV.

(2) T. (^uld veto mihi das consilii? .

0. Vt plttres uxores non ducas, sed Deiim ores ut tibi continentem esse det.

*'Quidsi necdonwn mihi, nec ad id petendum fidem dabit ?

0» Tum si idfeceris ad quod te Deus impelle t, dummodo divinum esse instinC'

tum exploratum liaheas, non peccaùis, si quidem in obediendo Deo crrare

non potest,\

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