DORIA £T LES HESCHI. LES FARNÈSES. LES STROZZI. GDEARE DE 8IERZUS
COSlfB GRAND-DUC.
On avait répété à satiété que la faiblesse de l'Italie venait de l'obstacle que les petits seigneurs opposaient à rétablissement d'une puissance plus énergique ; que ses turbulences dérivaieat des républiques et du manque de successions régulières. Maintenant les petits seigneurs étaient réprimés^ les républiques étouffées, et les dynasties s'élevaient sur leurs ruines : qui oser^ vanter le bonheur amené par ces changements ? Alors il devint évident que la moralité d'un peuple est moins altérée par les guerres civiles^ qui voient tomber sur le champ de bataille les victimes marquées du doigt de Dieu , que par les haines réprimées, les trames impuissantes et les terreurs lugubres ; n'oublions pas les assassinats^ qu'il s'agisse de ceux que les puissants couvrent du voile de la justice et du prétexte de Fordre, ou de ceux au moyen desquels s'assouvissent les passions, exaspérées par la compression^ et qui invoquent la nécessité politique. Tous ces crimes exprimaient les dernières convulsions de l'agonie de l'indépendanoQ italienne.
Gènes, dotée par André Doria d'une nouvelle constitution dite loi du GaribettOy était non-seulement divisée en Guelfes et Gibôlins, a comme toutes les villes d'Italie (Vaachi) d, mais encore eu nobles et bourgeois; les bourgeois se subdivisaient en citoyens et plébéiens , et les citoyens en marchands et artisans. Les familles^ nobles ou non , qui avaient joué un grand rôle dans les affaires publiques^ s'agrégeaient d'habitude, pour accroître leur puissance, d'autres familles d'un rang inférieur, mais nombreuses; ainsi ce n'étaient pas les liens du sang, mais la communauté d^intérêts et d'opinions, qui avaient formé des alberghiy avec )a même surnom et les mêmes armes» associés dans les litiges, dans les obligations et les votes» Une partie du peuple suivait les Adr dorni guelfes, et les autres les Frégoses gibelins ; ces derniers ayant prévalu, aucun noble ou membre du parti guelfe ne parvint
aux magistratures, et le doge, jusqu'à la moitié du quatorzième siècle, fut toujours gibelin et plébéien. Ces discordes engendrèrent la servitude ; or la servitude commune retrempe les sentiments fraternels des opprimés, de sorte que les rivalités, si elles ne furent pas éteintes, restèrent assoupies.
Dès que le désintéressement d'André Doria eut assuré l'indépendance, douze réformateurs, institués pour établir un gouvernement, enlevèrent ^ux Gibelins et aux bourgeois le privilège des charges , auxquelles participèrent désormais les anciennes maisons, propriétaires et soumises aux impôts, qui constituèrent les gentilshommes. Chaque famille ayant à Gènes six maisons ouvertes dut former un albergo, autour duquel, comme centre, se groupèrent les familles moins riches , avec mélange de Guelfes et de Gibelins, de nobles et de bourgeois ; de cette manière, les races cessaient de représenter les partis, et Ton décomposait les familles des Adorni et des Frégoses, qui perpétuaient le souvenir des haines. Vingt alherghi sortirent de cette organisation , qui furent les suivants : Calvi , Gattani^ Genturioni , Gicala , Gybo y Doria, Fîeschi, Fomari, Franchi, Gentili, Grillo, Grimaldi, Giustiniani, Imperiali, Interiano, Lercaro, Lomellino, Marinî, Negro, Negroni, Pallavicini, Pinelli, Promontorio, Salvaghi, Sauli, Spinola, Usodimare, Vivaldi. Parmi eux, on choisit au sort quatre cents sénateurs annuels , et cent par la voie des suffrages ; ils nommèrent aux autres charges. Le doge devait appartenir à ces alberghi, et le premier fut Obert de Lazzaro Gattaneo.
Les bienfaits et la vertu de Doria lui assuraient une espèce de domination, bien qu'il eût refusé d'être prince; il avait dans le port des navires à lui, gardés par ses propres soldats , comme Fêtait son palais. Il ne sortit pas de la condition de simple citoyen; mais ceux-là même qui reconnaissaient tous les services qu'il avait rendus craignaient qu'il ne voulût transmettre l'autorité à son neveu Giannettino, auquel, depuis qu'il était vieux, il avait cédé le commandement des galères. Vaillant homme de mer, mais orgueilleux et dissolu, ce Giannettino abusait, pour satisfaire ses passions , de la puissance de son oncle et de la faveur de Charles-Quint.
Jean-Louis de Fiesco, comte de Lavagna et seigneur de Pontremoli, débauché, ambitieux, désireux non d'affranchir sa patrie, mais de la dominer, voyait avec un dépit particulier Finfluence de Giannettino. Bien qu'il se montrât le courtisan de Doria, il s'entendit avec la France, avec le pape, avec le duc de
GOIOURÀTION DES FIESGHI. 21
Panne ^ pour défaire l'œuvre de Charles-Quint et détruire en
Italie la puissaAbe impériale, qui était menacée par tous. Dans
llntérieur, il cherchait à gagner par des largesses les artisans
et les marins. Sous le prétexte d'équiper des navires contre les
Barbaresques^ il appela de ses fiefs beaucoup de gens dévoués ,
et fit entrer dans ses intérêts l'ancienne faction des Frégoses.
Les préparatifs terminés, les conjurés se soulèvent, tuent Gian-
nettino^ s'emparent de la flotte d'And^ré Doria^ qui parvient à 2 jantier.
s'enfuir, et proclament la liberté. Mais Jean-Louis, au milieu du
tumulte, se noie par accident ; ses fauteurs perdent la téte^ se
dispersent, et Doria, rentré dans Gênes ^ lui serre le frein au
miÛeu de flots de sang.
Trois ans plus tard^ Jules Cybo, beau-frère de Fiesco^ renoua la conjuration^ et fut décapité. La cour espagnole^ qui se repentait de sa générosité depuis qu'elle était maltresse du Milanais^ dont le libre accès par Gênes lui tenait à cœur, essaya plusieurs fois de Toccuper; mais André sut la préserver. Il agrandit la république par l'acquisition de Finale , et dirigea des troupes contre la Corse^ soulevée par les Français, qui finirent par Tabandonner à la paix de Cateau-Cambrésis. Doria^ jusqu'à l'âge de isot soixante-quatorze ans^ continua de protéger sa patrie^ tandis que Dieu le protégeait contre les poignards, auxquels avaient recours les rois, non moins que les citoyens.
Cependant les jalousies intérieures se réveillaient. Les vieilles distinctions, effacées par la loi du Garibetto, furent remplacées par d'autres entre la noblesse ancienne et la nouvelle, puis entre ces deux classes et le peuple exclu ; celles-là fuyaient tout contact avec celui-ci , avaient des banques , des divertissements et un tribunal distincts (1). Gênes souffrait donc des discordes civi-
(1) Hubert Foglietta, dans un discours prononcé pour sa défense, nous révèle I^ discordes et l'arrogance des aristocrates : Sed quid €go ut sanguinem mi» 'ctûiu loquor^ cum nobiles ab ipsa poptdarium consuetitdins abhorréant, testquû oà eorum aditu, congressu, sermone sejungant, iUosque devittnt, perinde tfuoù Uiorum contactu se poUuere ac contagione contaminare formident? Quare^ mpartUa loca et compila habent, iit quœ utriusque corporis jupentus conveniat, cum alteri cdteritu corporis homïnes excludant. Quia etiam ^ cum forum unum esse^ itt quod omnes cives conveniant^ necesse sit, ratione quadam assêquuti ^^itf ut forum ipsum dividant, ac duo fora prope faciant : duos enim sunt pcr» ticus^ in quas alteri ab alterius corporis kominibus separati conpeniunt, Eadem ^(}ut Msttnctio in juventutis sodalitatibus serpatur, quarum multas nobiies in-' 'iituerunt ; in quas neminemunquam ex poputari grege acceperuiit, cumnonnulii.