GÊNES RECONSTITUÉE
les, lorsque le pape , le roi d'Espagne et Fempereur , choisis î^m pour arbitres, décidèrent que les alberghi seraieijt décomposés, et que chaque famille reprendrait ses anciens noms, sans distinction de vieux et de nouveaux, de bourgeois et d'agrégés. Le doge dut être biennal , ce qui a duré jusqu'en 1797. Le grand conseil se composa de quatre cents membres, dont cent formèrent le petit, qui choisit trente individus chargés de nommer les nuemttt'es des deux conseils. Le pouvoir exécutif appartenait au dpge avec les deux collèges du sénat^et des huit procurateurs de la commune ; ils avaient pour mission spéciale de diriger les finances, et pouvaient même faire grâce, casser les testaments, évoquer les causes de tout magistrat^ autoriser ou défendre l'exécution des brefs pontificaux, veiller sur la religion. Les deux collèges, avec les deux conseils annuels , participaient • au pouvoir exécutif; ils avaient pour coadjuteurs beaucoup de magistrats, la plupart membres de collèges, et tous avec quelque lambeau de juridiction. La juridiction ordinaire appartenait à deux rotes^ Tune civile et l'autre criminelle, composées chacune de trois jurisconsultes étrangers , choisis par les conseils sur les p^positions des collèges; le procurateur fiscal était nommé de la même manière. La république comptait alors trente-cinq mille, habitants (1).
Sans égard à la différence de parti et d'origine, les citoyens
pmatis necessîtudinibmill^s conjuncti, se admiiti postulassent; sed ad repuljœ id/urîamf verBorum quoque contumelias addiderunt , ctim se degenerwn sodalitàtè commaculaturos negarent, Jam vero , cum ad animas hominum accenden^ dos major sit eontemptus, quant injuriaritm irntatiOf du immortales! quant de* specû ab istis nostris nobiUbus tumus! quamJUi a nohis abhorrent/ quam nos auribus et anhnis respuunti quam contemptim de nabis ioquuniftr/ in quanta convicia , linguœ intemperantia proveliuntur ! cum nos dégénères et rusticanos non modo Genuœ, sed in aliis civitatibus appellent, perinde quasi deorum genus atque e cœiodelapsi ipsi sint; exlerosque, simulatque. de aliquo ex nobis incidit sermOf etiamsi alia r$s longe agatur, sedulo admoneantj kominem illum dêgê^ nerem et ex infana plèbe esse , nobilitateque sibi haudquaquam oomparandum : neque sentiunt, se risui plerumque exteris esse, quos non pudeat fœnus ac sordidiores quastus eosercentes^ nobilitatis nomine^ quam comprimere deberent, se cçmmendare, hauduliam animœ nobilitatis mentionem facere, {Anecdota Uberti jPb/Mto; Gènes, 1838.)
(I) Selon les annales de Tévéque Augustin Giustiniani, il j avait, au commencement du seizième siècle, dans la Ligurie occidentale, 31,437 feux ou 125,828 tètes, en ne calculant que 4 têtes par feu ; à Gènes et dans les bourgs, 104,216 individus; dans la. Ligurie orientale, 22,088 familles ou 88,352 tètes; dans les pays outre Gioghi, 15,174 tètes.
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actifs et en pleine possession des droits politiques étaient inscrits dans le Liber ctviiatis , qui devint ensuite le livre d'or^ où Fon enregistrait tous les fils légitimes qui , à vingt et un ans, partiel* paient au gouvernement ; ils pouvaient en être rayés, par exem-» ple^ s'ils exerçaient un art mécanique. Tous les ans^ le livre était ouvert à dix boui^^ecHs; mais^ comme une pareille faveur entraînait une grosse dépense^ et que les nobles eux-mêmes deraietit les trouver dignes, cette inscription avait lieu rarement. Cetta égalité entre les nobles consolida Taristocratie. Le menu peuple^ pas plus que celui de la campagne^ n'avait aucune part au gouvernement; néanmoins, à Popposé de ce qu'on vit à Venise^ 11 cons«*va toujours son énergie, et il vieillit si peu que^ deux cents^ ans plus tard^ il sut montrer l'horreur de cette servitude à la* quelle l'Italie s'était accoutumée.
Lucques tentait grandement l'avidité de Gosme de Hédicis; mais cette ville sut lui échapper en souffrant ses provocations et en se ménageant la protection de Tempereur^ dont elle gagnait les conseillers à prix d^argent. François Burlamachi, séduit par la lecture des Vies de Plutarque, surtout par la gloire tyrannie cide de Timoléon, de Pélopidas, d'Aratus, de Dion^ et penchant ▼ers les doctrines luthériennes, forma le projet de délivrer Tlta- ^^^ lie de l'oppression. Du peu de troupes que son ofQce de gonfa« loniep lui permettait de réunir, il voulait faire le noyau que vîen^ draient grossir Pise, soupirant toujours après son ancienne indépendance, Pescia, Pistoie, Pérouse, Bologne. Florence prise, on devait expulser les étrangers. Allemands ou Français^ et dépouiller le pape de ses biens temporels, sans négliger de recourir à l'empereur lui-même, qui trouverait dans ces domaines un moyen de eootenter ses Allemands et de remédier au schisme de TÉglise. Les Strozzi fugitifs, toujouis prêts à fomenter les désordres de la Toscane, lui fournissaient de l'argent et l'encourageaient par deû F^messes. Aux libres penseurs, qui n'étaient pas peu nombreux à Lucques, il promettait, avec la liberté civile, l'indépendance religieuse. Le complot était sur le point d'éclater, quand un traître le dénonça à Cosme, et Gosme à Charles-Quint, qui contraignit la république de faire à Burlamachi son procès avec le cortège horrible des tortures d'alors, puis de le lui livrer. Ce ^55^ fut à Milan qu'il l'envoya au supplice (1). Toute conspiration qui échoue devient un prétexte et une oc-
(1) Voir son procès dans les Archives historiques,"^
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casion pour aggraver la servitude. Martin Bernardini fit çionc accepter aux Lucquois une réforme qui n'admettait aux charges que le§ familles actuellement en possession de cet honneur^ avec le droit de le transférer à leur descendance , a sauf exclusion de quiconque serait né à Lucques d'un père étranger ou de personnes de la campagne, d La république fut alors gouvernée par une étroite aristocratie^ dont les membres^ par raillerie^ étaient qualifiés de seigneurs du petit cercle. Quiconque s'élevait par des mérites^ quelle qu'en fût la nature, était expulsé en vertu de la loi du discolato, loi odieuse qui ne punissait pas une faute commise^ mais la possibilité du délit.
Alexandre Farnèse^ nommé cardinal par Alexandre YI^ grâce à rinfluence de sa sœur Julie^ avait de l'instruction, une grande habileté dans les affaires, un caractère doux et affable. Ami des beaux-arts, il commença à Rome le plus beau palais du monde, et eut près de Bolsena une villa splendide. Très-aimé, poli, magnifique, il ne voulait employer que des expressions classiques ; il croyait à l'influence des astres, et ne sut pas se préserver des fragilités humaines, dont le résultat fut un fils, diffamé plus tard sous le nom de Pierre-Louis. Après avoir figuré dans cinq conclaves, Alexandre fut élu successeur de Clément VU avec le nom de Paul III, et le nouveau pape voulut égaler les Médicis en magnificence. Il ordonna à Michel-Ange de continuer les cartons du Jugement universel, et fit les jardins Farnésiens sur le Palatin^ la salle royale et la chapelle de Paul dans le palais du Vatican ; en outre, il excita la ville à construire le palais des conservateurs sur le Capitole, le double escalier du palais sénatorial, et l'autre palais près d'Aracœli. 11 introduisit l'usage de donner audience une fois par mois à quiconque se présenterait. Les Golonna furent dépouillés des domaines d'où ils infestaient le patrimoine de saint Pierre.
Les Pérousins, auxquels on voulut imposer un droit plus élevé sur le sel, résistèrent à force ouverte, aidés par leurs voisins et sous la conduite de Rodolphe Baglione ; mais ce capitaine s'entendait avec les papalins, qui ravagèrent le pays, et, sans livrer de bataille, remirent les insurgés sous le joug Beaucoup furent bannis, d'autres virent leurs maisons démolies, et la ville fut obligée, à l'aide de contributions ou de corvées, d'élever la forteresse de Paul. Quant à la politique extérieure, le pape voyait Ghailes- Quint aspirer à la suprématie universelle, caresser les protestants d'Allemagne, et se montrer plus soucieux de sa propre au-
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toritéque de l'intégrité de la foi catholique; mais^ d'autre part, il n'osait pas se déclarer pour la France , trop mobile , dont la domination était toujours précaire en Italie, et qui n'hésitait pas à s'allier avec la Turquie. Dès lors il vacillait dans ses résolutions.
Parmi ses desseins, celui qu'il poursuivait avec le plus de constance, c'était l'agrandissement de son fils Pierre-Louis. Il donna le chapeau de cardinal à son iiis Alexandre^ âgé seulement de quatorze ans^ et lui attribua la collation de presque tous les bénéfices du diocèse de Novare. Prétendant que le fief de Camerino était vacant et devait faire retour au saint-siége, le pape déclara la guerre à Guid'Ubaldo^ qui le tenait comme dot de Punique héritière des Yarani. Après une lutte longue et sérieuse , Guid'Ubaldo se résigna à voir le duché conféré à Octave, autre fils de Pierre-Louis, et déjà gouverneur de Rome à quinze ans.
Marguerite» bâtarde de Charles-Quint et veuve d'Alexandre, duc de Florence, avait enlevé les joyaux et l'argent de son mari, mort violemment; bien que Cosme de Médicis ambitionnât sa main pour sa naissance et ses richesses^ le pontife obtint qu'elle épousât Octave, dans l'espoir que par son influence il pourrait élever sa famille. En effet, Marguerite, qui était bien loin de se contenter du petit Gamerino, et poussée d'ailleurs par les conseils des Famèses, se jeta aux pieds de son père en le suppliant de donner à son mari le Milanais, puisque lui-même, depuis qu'il l'occupait, causait un vif déplaisir aux potentats. Charles-Quint n'était pas homme à céder à des cajoleries de femme, et le pape, indigné, disait : L'histoire^ mon expérience et celle des autres ^'ont appris que jamais le saini-siége ne fut puissant ou pros* père que lorsqu'il avait les Français pour alliés. Dès lors, toujours prêt à desservir Charles-Quint, il avait favorisé la conjuration de Fiesco contre Doria, et quand il apprit son dénouement funeste, il s'écria : Je vois clairement que Dieu veut que cet empereur prévale pour ruiner l'Église et toute la chrétienté (Sbgni). Tous ces faits indisposaient Charles, qui s'indignait surtout de voir Paul III prodiguer les biens de PÉglise à Pierre- Louis.
Ce Pierre brillait bien moins à la guerre ou dans le gouvernement que dans les actes obscènes et les pillages, de telle sorte que Ton cachait les objets de prix et les femmes partout où il passait. Paul excusait, comme des légèretés de jeune homme, des crimes qui faisaient frémir le monde, et, pour alimenter son