RÉFORMÉS A MILAN
ble, il parvint à se sauver. Il a laissé sur la liberté protestante divers écrits, parmi lesquels il faut distinguer son Pasquinen extase (Pasquilli exstatici de rébus partim superis, partiminter homines in christianâ religione passim hodie corUroversk cum Marphorio colloquium ). Son fils Celio, professeur de médecine à Pise, et dont les opinions furent partagées par ses frères Augustin et Angélique, mit en latin quelques sermons d'Ochino.
Cette connivence des Milanais indique que les réformés avaient des fauteurs dans leur pays. Frère Jules, de San-Terenzio, était Milanais. Emprisonné à Venise, il put s'enfuir au delà des MontS; et fit imprimer des œuvres hérétiques sous le nom de Jérôme Savonese (1). Le charcutier Burigozzo fait mention d'un procès, en 1535, contre des individus accusés de luthéranisme; il n* conte que les prévenus, au nombre desquels se trouvait un prêtre, furent réconciliés dans la cathédrale par Tinquisition et Farchevéque après lecture de leur condamnation, mais avecFobligation de se trouver, pendant quelques dimanches, à la grande porte vêtus d^un sac, et de s'administrer des coups de discipline depuis le commencement de la messe jusqu'à l'élévation (2). En 4556, Paul IV se plaignait à Tévêque de Modène qu'on avait découvert à Milan des conventicules de personnes importantes des deux sexes , professant les erreurs de frère Baptiste de Crème (3). Cet Ortensio Landi, dont le concile de Trente mit les ouvrages dans la première catégorie des livres condamnés, s'enfuit également de Milan parmi les Suisses et les Grisons.
Le cardinal Sadoleto, persuadé que la douceur suffirait pour ramener les personnes égarées, se plaignait que le pape ne s'aperçût point de la désaffection des esprits et de leur indisposi-
(1 ) Gerdesio, p. 280, croit que c'est le même individu que Jules de Milan, augoi' tin apostat, qui publia eu Suisse la première et seconde partie des sennoDi qu'il avait pronoucés à Saint-Cassien de Venise en 1541.
Dans les registres des suppliciés, tenus par la compagnie de Saint-Jean-aui« CaserottedeMilan,je trouve, à la date du 23 juillet 1569, brûlés a comme luthériens, un moine de Hrera et George Filatore ; en 1587 , 1" octobre, brûlé comme hérétitjue un certain Jules Pallavicino de la cure d'incino : il fui mis sur l'échafaud dans la cathédrale les années 1555 et 1573, et en 1587 envoyé au supplice, après s'être confessé et avoir communié. »
(2) Le môme Burigozzo parle, en 1534, d'un vendeur d'indulgences, moine de Saint-Augustin, qui fut envoyé aux galères avec le commissaire, parce qu'il* débitaient de fausses indulgences.
(3) Haynaldi, ad annum.
RÉFORMÉS A MODENE. 405
ion contre l'autorité ecclésiastique (1). Le cardinal Caraffa déiarait à Paul III que Phérésie luthérienne avait infecté l'Italie et éduit non- seulement des laïques, mais plusieurs membres du jergé (2). Les espérances orgueilleuses de quelques apostats mi encore plus significatives.
Hodène^ a ville agréable par la pureté de Pair, par ses eaux et •es jolies femmes, ornée d'une belle jeunesse et livrée tout enière au culte des muses,» était trop voisine de Ferrare (3). ^eaa, de la famille des Grillenzoni, avait été le disciple dévoué kPomponace, dont il recueillit les leçons, sans même omettre es plaisanteries dont parfois il les assaisonnait. De retour dans a patrie, U'apprit le grec sous Marc-Antoine de Crémone, pour equel il fit instituer une chaire à Modène; dans sa maison, il .enait une véritable académie qui donnait tous les jours une le- X)Q de latin, une de grec, expliquait des auteurs. Pline surtout, ivec faculté pour chacun d'émettre son opinion. Ces réunions étaient accompagnées de banquets littéraires donnés, lYec une frugalité délicate, par chaque membre à tour de rôle, i chacun de ces repas, on proposait un exercice intellectuel, loelque épigramme, un sonnet ou bien un madrigal ; il ne falût pas répéter les formules employées par un autre, et l'on levait citer tous les proverbes relatifs à un animal, à une plante,
un saint ou à une famille désignée, ou bien raconter une noueBe.
Un certain livre des nouvelles opinions s'étant répandu en 537, cette académie entreprit de le défendre, et dès lors devint ispecte; puis, en 1540, Térudit sicilien Paul Ricci, qui se faiit appeler Lysias Philène, vint à Modène et se mit à répandre s dogmes réprouvés, dont chacun discutait avec hardiesse sur s places, dans les boutiques; l'ignorant comme le docte, les uunes même s'en occupaient, citant des textes et des doours qu'ils n'avaient jamais vus. Arrêté et conduit à Ferrare, icci se rétracta; mais les effets de sa propagande durèrent Dgtemps, et se manifestaient surtout par des railleries contre s prédicateurs, par une mauvaise interprétation de leurs diseurs, à tel point que plus d'un fut contraint de descendre de
chaire. Le cardinal Moron, évêque de cette ville, écrivait :
(1) NiCBROIf, Memorie, t. XXI, p. US.
(2) SpOKDAia, Annales odlhKZ.
(3) Lettre xxi, livre iT, de Hintumo à Gesualdo, de 1534.
406 REFORMÉS A CIIIAVEIfNA.
a L'autre jour, un minîstro de Tordre me dît ingénument que a ses prédicateurs ne voulaient plus venir h Modène, à cause de a la persécution dont ils étaient Tobjet de la part des membres a de l'Académie; carie bruit s'est beaucoup répandu que cette a ville professe les opinions do Luther (I). » Le cardinal Sadoleto. au nom du pape, adressa des plaintes h Ludovic Castelvetro, qui en était le personnage le plus distingué ; puis on envoya un formulaire de foi que les personnes suspectes devaient souscrire, comme le firent quelques-unes , entre autres Févêque Égidios Poscarari^ les cardinaux Hadolcto^ Cortese^ Moron et ceCastelvetro (2). Peu de temps après^ deux franciscains^ ayant prtcbé des erreurs à Modène^ furent punis.
Castelvetro avait traduit les Lieux commune, de Melanchthoo, qui, imprimés à Venise^ furent brûlés par le bourreau; puis, comme nous l'avons dit, ayant engagé une lutte ignoble avec Annibal Caro^ il se vit accusé d'hérésie^ et Ton chargea de vérifier le fait Pcllcgrin Erri, prélat modenais, qui avait traduit lês Psaumes de l'hébreu^ et qui procéda avec un zèle rigoureux. Castelvetro fut cité à Home avec Philippe Valentin et son frère Paul , prévôt de la cafiiédrale , outre l'imprimeur Antoine Gtdoldino. Le prévôt fit une rétractation publique; Gadoldino^qui avait répandu des ouvrages hérétiques, fut arrêté; Philippe s'enfuit accx}mpagné de Castelvetro^ qui se retira à Chiavenna. Condamné par contumace avec Jean-Marie, son frère ^ il sollicita son pardon du concile de Trente; mais le pape exigeait qu'il se présentât devant le saint office de Home, qui avait commeneé la procédure ; dés lors il erra de ville en ville, malheureux comme tous les exilôs, jusqu'au moment où les Salis lui donnèrent à Chiavenna une sépulture honorable, avec l'inscription qu'on lit encore : Dum pairiam ob improborum hominum sumliam fuijitj post deoennalem peregrinationem tandem hic^ in libéra solo lit^ meriens, libère guiescit.
(1) QuiBIJfl, Diatriba ad uoL \n,'epistolarum Poli, p. 28C ; voir TuulOJ' cm, Diblioteca deglï scrittorï modcnesiy t. III.
(2) Le fonnuluirc a <';t«'; j)iil)lic fJaiis le premier volume d«îs œuvres du cardinal ("ortese avec les sigTiatur<;s de?» susdits, et eelles des académieiens : le vicaire de rév^fue, TarcliipiVître , le prévôt, trois rhaiH^ines , le comte Jiîiin (îa'»!»'veiro, le elievidier Ludovie I)al Toriio, J(;an-naplist(; Tassoiie, Jérôme Manzuoli, Aii^eliiio Zoeelii, Harlliélemy Fontaiia, Antoiiitr (jrilleiizoïiey Pierre IJaranzofl<'> Iterriard Man^seotti, Giamiieolô Fiordibcîllo, (iaspard Raiigoiie, trois BellinfioJ» Aiphons(i SadoleU/y Jean Polili(;n, Klia (^arandino, IMiilijipe Valentin, BirtlM^ lemy GriUcuxoui, Pcllcgrin KiTÎ, et le célèbre Falloppe.
NÉGRJ; ZANCHI* 407
ËI11895, dans le bas Modenuis, on trouva niurés^ dans une maison qm avait appartenu autrerois aux Castclvctro y soixante livres hérétiques des premières éditions, qui furent achetés par la bibliothèque d'Esté; malheureusement, on laissa disperser les nombreux manuscrits qui les accompagnaient.
Ghiavenna, comme la Yalteline, était alors soumise aux Grisons^ qui^ ayant adopté les doctrines de Zwingle, donnaient asile àtottseeux qui fuyaient leur patrie pour cause do religion. Dans la Pregaliaetl^ugaldine^ vallées hérétiques confinant avec l'Italie, des moines apostats italiens avaient prêché et ouvert des églises.
Augustin Mainardi, de Tordre des Augustins, qui écrivit VAna^ tmie de la messe et la satisfaction du Christ, vécut et mourut à Ghiavenna. Le bénédictin François Negri, de Bassano, s'étant lié avec Zwingle, raccompagne à la conférence deMarbourg, défend à la diète d'Augsbourg la liberté de conscience, s'établit à Ghiavenna comme malti*e et pasteur, puis embrasse les opinions des antitrinitaires. Dans sa tragédie du Libre arbitre, la Grâce justifiante tranche la tôte au roi Libre arbitre, reconnu va ponr TAntechrist (1). Jérôme Zanchi, chanoine d'Alzano, dans leBergamasque, resta longtemps comme pasteur à Ghiavenna; converti par Pierre Martyr à Genève, il fit imprhner six volumes de travaux théologiques, ce qui lui valut une telle réputation, que Sturmio disait qu'il pourrait seul tenir tête à tous les pères du concile de Trente. Doux et conciliant, il cherchait à rapprocher les dissidents, mais ses concessions déplaisaient aux luthériens. Veuf d'une fille deCelio Curion, il épousa Livie Luniaca, riche Chiavennasque, dont il eut beaucoup d'enfants; il fut professeur à Heidelberg jusqu'au moment où le successeur de l'électeur Frédéric III, son patron, exclut ceux qui s'écartaient
(1) On a trois médailles frappées en Thonneur de Negri, et ses ouvrt^ : Akœtiat stve de situ et moribut Rhœtorum,
Di Fanini Pavenùid ac Dominici bcusanensîs morte, qui nuper ob Chrutum 19 Italiàf romani pontificis jussu^ impie occisi sunt, brevis Historîa, Ghiavenna, 1550.
Blstoria Franeisci Spierœ civitatulani qui, quod susceptam semet epangelicœ veritatis professionem abnegasset , in horrendam incidit desperationem, Tubingue, 1555 (probablement traduites de Titalienpar Vergerio). Ses ouvrages, en grand nombre, attestent qu*il était bon humaniste, versé ^ le grec et l'hébreu, ainsi que dans les questions théologicpies, bien qu'il ^'UUiqiiât de gonftt et d'élégance ; mais son œuvre la plus importante est la trafic intitulée : libre arbitre, action dramatique à laquelle sont mêlées les con- ^venes rdigieuses.
408 ACCONZIO, BETTI, VERGERIO.
du luthéranisme; alors Zanchi alla mourir dans le Palatinat.
Bernard de Clees^ en i535, était évéque de Trente lorsque les idées luthériennes y pénétrèrent, moins par conviction que par haine de la population des vallées contre les seigneurs. L*évéque essaya de calmer les chefs ; mais^ n^ayant pu réussir, il se retira à Riva, tandis que les habitants des vallées Sugana et Non tentaient de s'emparer de Trente par force; ils furent vaincus par les troupes du prince évoque qui, revenant dans le chef-lieu, en fit pendre, décapiter, mutiler, incarcérer un grand nombre. De ce pays était Jacques Acconzio, jurisconsulte réfugié à Zurich, puis à Strasbourg. A la divine Elisabeth d'Angleterre, dont il reçut divers témoignages d'estime, il dédia ses fameux Stratagèmes de Satan en fait de religion (Bàle 1565), traduits dans plusieurs langues ; dans cette œuvre, il s'efforce de réduire à un petit nombre les dogmes essentiels du christianisme, afin d'amener les sectes à une tolérance réciproque ; mais la tolérance n'était pas môme connue de nom , et tous les partis la désapprouvaient comme aboutissant à l'indifférence (1).
Il avait eu pour compagnon le Romain François Betti, secrétaire du marquis de Pescara. Réfugié à Zurich, puis à Stras* bourg, il publia une Lettre à l'illustrissime marquis de Pescarat dans laquelle il rend compte du motif qui l'a déterminé à quitter son service et à sortir de l'Italie : espèce de défi jeté aux catholiques. Muzio répondit à cette lettre avec l'acrimonie railleuse qui lui était habituelle. Beaucoup de personnes entreprirent de le ramener au bercail ; mais il persista dans ses opinions, vécut dans différentes cités, et, en i587, déjà très-vieux, il fit imprimer à Bâie la traduction de Galien.
Pierre-Paul Vergerio , de Capo-d'Istria , nommé évéque de Masdruch encore laïque, reçut le môme jour tous les ordres et l'onction épiscopale de son frère Jean-Baptiste, évêque de Pola.
Envoyé comme nonce papal en Allemagne , il se flatta de convertir Luther; mais il paraît, au contraire, qu'il se laissa per- ' vertir par l'hérésiarque. De retour en Italie, et mécontent de ne pas obtenir toutes les récompenses qu'il avait espérées, il se retira dans son évôché, où il se mit à introduire des nouveau-
(1) Nous devons rappeler avec éloge son ouvrage De MetJiodo^ sive de rectà tn» vestigandarum tradendarumque scientianim ratioiie{^k\ej 1558) dans lequel, U»^ sanl la dialectique ordinaire, il propose une nouvelle méthode pour arriver à ^ vérité , méthode qui consiste à décomposer et à recomposer plusieurs fois 1> chose, à l'examiner sous divers aspecls, en allant du connu à rinconnii.
VBRGERIO. ^W
; il fit enlever des églises certaines images et les tablettes des racles, nia l'influence spéciale des saints sur quelques malies, et se signala par d'autres actes qui parurent impies i gens timorés, surtout à Muzio et à U" Délia Casa, ses vioits détracteurs. Ce Monseigneur, en effet, se montra fort é, moins pour le saint-siége, disait-il lui-même, que pour vir l'illustre famille Farnèse. De Venise , où il était nonce tttifical en 1514, il écrivait au fameux Pierre-Louis (4) : «J^ai ait mettre en prison un certain François Strozzi , hérétique ourri, qui est soupçonné d'avoir traduit en langue vulgaire ^Pasquillus exstaticus, livre très-mauvais et pestiféré, d'auant plus qu'on a trouvé sur lui, au moment de son arrestation, me épitapbe mordante et cruelle composée par lui contre la personne de Notre-Seigneur. Sa Sainteté a fait à Rome, aufl*s de l'orateur de ces seigneurs, toutes les instances nécesaires, et moi je n'ai rien négligé ici, afin de pouvoir envoyer Rome ledit François, lequel est prêtre et a été moine pen-
1) Voir les Lettere ttuomini illustrl conservate nel regio archmo di ParmOf ' 3. Dans ces archives on trouve beaucoup de leUres relatives à Vergerio. *ansle catalogue de Crevenna, je trouve iudiqués beaucoup d'écrits de Flacio : raduction du Catéchisme deCAWm, faite en 1S5G par leLucquois Nicolas Bali» outre Precedenti alla apologia délia confessione délit Hlustritsimi signori i di Wirtemèerga, del Brentio, ove si traita deltufflcio dei principi nella *^delfigliuoldi Dio, deltautorità délia sacra scrittura, délie tradizioni, délia »a cattolica, Tubingue, 1556.
nddoto cristiano del Mutio, Venise, 1562.
^quillus Exstaticus, non ille prior sed totus plane aUer auctus et expoli' «'c. Genève, 1544.
^t^ttino in estasi^ nuovo et molto pitt pieno chel primo, col viaggio deltin" ^ e le propos izioni dadisputare nel concilio di Trento, Rome, dans la bou- B de Pasquin, sur les instances du père Paul Farnèse ( date supposée). ^tdiehe di Bernardino OcJùno senese^ nomate Laèerinto del Ubero o ver ' crbitrio, prescienza, predestinazione et libertà divina e del modoper uS" '•Bâle ( sans date); elles furent traduites en latin.
^nmfdia piacetfole délia vera^ antica, romana, cattolica edapostolica Chiesa, ' ^uale dagli interlocutori vengono disputate e spedite tutte le controversie cattolici romani f luterani, zuingliani, calvinisti, anabattisti, sven/eldiani e • Romanopoli, 1537.
co^^i, nelli quali si scoprono gli, abusi, sciocchezze^ superstizioni, errori, ^tri et empiéta délia sinagoga del papa, e specialmente dei suai preti^ moefrati, 1554. C'est Fœuvre la plus précieuse d'Ochino, et qui ne contient le premier livre, tandis que la traduction allemande en a cinq. 'neerœ etverœ doctrinœ de Cœnâ Domini, defensœ per B, Ochinum, Locar' '^lan ecclesiœ pastorem, Tiguri, janvier 1556.^
410 fSRGERIO.
a dant douze ans; néanmoins, il n'a pas été possible de l'obte- « nir, et finalement le sérénissime seigneur m^a refusé d*uQe a manière précise^ en se fondant sur le besoin de conserver sa «juridiction, et en me montrant combien chaque État doit s'efa forcer de la maintenir. »
Casa instruisit le procès de Yergerio, et, tandis que le pape insistait pour l'avoir sous ses yeux, il exhortait le cardinal Farnèse à Tempôcher ; car, lui disait-il , « il y a dans ce procès une a partie qui contient une médisance, et sui'tout un fait partico* a lier de cette calomnie qui fut attribuée au duc de Castro sur a révoque de Fano. C'est pourquoi, lorsque j'envoyai à Voire a Seigneurie ledit procès, j'en supprimai la partie de la roédia sance, afin que notre seigneur ignorât cette calomnie, si toute toutefois il ne l'a point apprise jusqu'ici (i), d
C'est ainsi que les grands se trompent! En attendant, Yergerio continuait sa propagande avec une telle impudence, que le docte Ëgnazio, dont il était l'hôte, le renvoya de sa nutison; il affectait de croire que Tévêque son frère avait été empoisonné à cause de son apostasie, et qu'il était lui-même en danger, surtout quand il vit arriver comme inquisiteur Annibal Grisoni, son compatriote et son ennemi. S'étanl présenté au concile de Trente, dont il avait lui-môme sollicité la convocation, il ne put en obtenir d'audience, se retira dans la Valteline, et le dépit ou le besoin le transforma en novateur chaleureux. A Poschiavo, il fit imprimerie Livre aux princes d'Italie y riche de détails historiques; il traita des superstitions de V Italie et de l'igné rance des prêtres. 11 parcourut l'Allemagne, portant, au lieudf' trésors mondains, beaucoup d'écrits des novateurs (2), et plai-
(1) H). 4aTril 1545. En 1850, il a été publié à Bruiis>yick une monographie <1^ Pierre-l*aul Yergerio par C. A. Sixt (P. P. f^ergerius, pœpstlicher Nuatius, katholischer Bisckof, und Vorkœmpfer des Evangeliums : eine Âeformationsgt' schïchte) avec son portrait et quarante-quatre lettres originales. Findel en a ^^ un résumé populaire.
Nous avons un curieux Catalogué hœreticorttm d'Arcimboldo, avec des iH>t<*
de Vereerio.
(2) Ainsi s'exprime Celio (Àuion dans la préface des Cent contidérat'toni «*'
vines du napolitain Valdès. On attribue à Vergerio les u Deux lettres d'un cour- « tisan, dans lesquelles on démontre que la foi et l'opinion de Rome sont pi"* M commodes que celle des lutbériens. Troisième lettre d'un courtisan, \t(\^* « affirme que, dans son opinion, la messe du pape est plus l)elle que la coa»* c( munion qui se pratique dans quelque lieu que ce soit de l'Allemagne, {t^' K tricme lettre d'un courtisan, dans laquelle il lui dit qu'il coBunenoe à s'afx^'
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BRUNETTI, SIMONIO. 411
int par une certaine éloquence populaire et audaciemement édisante (Pallavicino). Paul III, les prélats, le concile et surut M*' délia Casa, étaient, de sa part, l'objet de satires olentes. Parvenu à la vieillesse et trompé dans ses espé- Jices, ce délia Casa se retira à Narvesa , où il composait des «inets pleins de désenchantement; il disait de lui-même : wrpecoaviy accusant senem.
Vergerio, par son autorité d'évêque et son zèle d'apôtre, valut ia réforme du crédit et des prosélytes. Parmi les Grisons, il forisa beaucoup les enrôlements pour François I**; mais son fluence diminua dès qu'il eut perdu sa haute position dans le ergé catholique , d'autant plus qu'il n^acquit jamais la conmce des protestants, parce que, libre penseur, il n'adhérait 18 plus aux opinions de Luther qu'à celles de Zwingle ; il fut )nc obligé d'aller mourir à Tubingue , où quelque fanatique 1505 ipersa ses cendres.
Le militaire Horace Brunetti, de Porcia, instruit dans la mé- Msinepar Zarotto, de Capo-d'Istria, fut en correspondance avec ergerio. Ses lettres, imprimées à Venise en 1548, respirent les ées protestantes. Dans plusieurs opuscules en italien , qui ne ' recommandent ni par le savoir ni par la beauté de la forme, ne montre pas plus de loyauté que de conviction ; il combat catholicisme en le défigurant; mais nous parlerons plus loin » réformés de Venise.
Simon Simonio, de Lucques, soutenait que le Verbe avait été it, parce que de rien on ne fait rien ; il se vantait d'avoir des syl- •gismes qui embarrasseraient saint Paul , et disait qu'il croyait «ns le ciel père, dans la terre mère et dans la forme , c'estdiredans le sens et Tintelligence du ciel. Tantôt avec Calvin, ntôt avec Luther ou bien avec les unitaires, emprisonné à 6e- ^, errant comme exilé dans rAllemagne et la Pologne tant i*il vécut, il est compté, après Mélanchthon, parmi les restauiteurs de la science des protestants (4); d'autres le oroient camnié par ses ennemis, auxquels il fait allusion dans son livre
Barque la doctrine appelée par lui luthérienne est la bonne et la vérîtabley ^ qoe celle du pape est corrompue et fausse. » Ces lettres, remplies d'ironie^ tîulaient dansTItalie. L'imprimerie Moscbeno, en 1750, reproduisit à Pavie le ^spirituel, at^ee lequel on doit nourrir et élever les efffants des Chrétiens ^ & ^ire de Dieu, ouvrage peut-être de Vergerio, qui parut à Bâle Tannée ^océdente. Voir Apohgia P. P. Fergerio adversus /. Casam, Ulm, 1754. (1) Batle, ad Theod. Simon,