‹ Histoire des Italiens, trChapitre 133 sur 176 · ÉCRIVAINS ACCUSÉS DE PROTESTANTISME · texte numérisé non relu

ÉCRIVAINS ACCUSÉS DE PROTESTANTISME

intitulé : Balais avec lesquels on nettoie les excréments âtttor lomniesy des mensonges, des erreurs.

Alexandre Citolini, de Serravalle dans le Trévisan, se réfugia à Strasbourg, puis en Angleterre. Sturm en fait un grand éloge; mais sa Typocosmie, imitation du Camille ^ est d^une confusion inextricable.

Nous pourrions citer beaucoup d'écrivains qui étaient entraînés dans Terreur par les recherches scientifiques. Le Napolitain Paul Mathias Doria^ auteur de la Vie civile, avait préparé Xldée d* une parfaite république; mais Timpressiop en fut suspendue, et Ton brûla cet écrit comme souillé de panthéisme et dlmmo* ralité. Panizzi , dans l'édition anglaise du Roland amoureux, a réimprimé un opuscule de Yergerio [Bâle^ 1554), où il afiinne que Berni sema son poème burlesque de doctrines anticatboliques^ lesquelles en furent éliminées après la mort de l'auteur; il cite à Tappui dix-huit stances formant le prologue du vingtième chant; qui sont tout à fait dans le sens protestant. L'éditeur en conclut que les doctrines luthériennes étaient alors ausâ communes en Italie , dans la classe éclairée , que les opinions libérales le sont aujourd'hui : preuve incertaine^ mais qui n'est pas nouvelle ; car d'autres ont voulu compter parmi les réformés ManzoUi pour le Zodiacus vitœ, très-hostile au clergé; Alamanni, Trissino et tant d'autres. Mais on a tort de comparer les hommes qui réprouvaient les abus avec ceux qui proclamaient la protestation fondamentale de la raison individuelle, prise pour unique interprète du code sacré (1). Au nombre des premiers est Victoire Colonna, dont les poésies spirituelles sont les plus belles d'alors, bien qu'elles brillent moins par le sentiment et l'imagination que par la dialectique et Pari; elles révèlent cette profonde religion qui devait pénétrer dans les âmes vertueuses, affligées des maux de la patrie , maux qu'on attribuait à la dépravation des mœurs, à la négligence et aux dérèglements des prélats; or, quiconque était contemplatif plus qu'investigateur,

(1) C'est ce qu'ont fait surtout Schelhorn et Gerdes. On citait de Victoire Colona le Pianto délia Marchesa di Pescara sopra la passione di Cliristo, et \Or(i' tionesopra l'Ave Maria, Venise, Aide, 1561. Voir Lefèvre Deumier. Victoire Coloria, Paris, 1856, livre de peu de mérite.

Dernièrement; Sigwart voulait doter l'Italie d'un nouvel hérétique, en dcmontraut le rapport entre les doctrines de Zwingle et celles de Pic de la MiraO' dole (Ultrich Zwingli; der Karakter seiner Théologie mit besonderer Rûckiicnt aufPicus von Mirandula dargestellt, Stuttgard, 1855).

FLÀMIlflO. 443

irtout être agité par les doutes jetés alors dans les lues et la foi. Voilà pourquoi on a confondu avec les réles personnes très-pieuses^ qui protestaient contre Pine du plus grand nombre par leur austérité méme^ soit unissant pour discuter sur Dieu^ soit en s*occupant de es théologiques.

3t^ un grand nombre d'individus ne voyaient que le côté 3 la prédication luthérienne ; une piété, sans doute iniey se laissait séduire par une pureté qu'on regrettait de a*ouver dans PÉglise ; on déplorait les persécutions di- QtreOchino et Pierre Martyr^ tandis quel'Arétin et Franco 3lérés; on avait une profonde confiance dans les mérites (t, sans s'apercevoir qu^elle perdait son mérite dès le où Ton répudiait l'autorité et les sacrements par lui

re avis, Marc-Antoine Flaminio professa les idées nouet élégant latiniste convertit les psaumes en odes, qui ises à rindex; les protestants donnent comme indice de tasie son ardeur pour le Christ^ ses lettres pleines de ce qu'il dit lui-même à Poccasion d'une maladie^ dont il par les prières de Caraffa (i ) . Dans le Jugement sur les leU reize hommes illustres^ publiées par M. Denis Atanagi i554), œuvre peut-être deBergerio, on lit: a Flaminio, irmi ceux-ci, eut quelque connaissance du Christ et de té, mais non sur tous les articles, parce que Dieu révèle sors peu à peu et non tout d'un coup. II est certain que ainio entendit la justification par la seule foi dans le et la certitude de notre salut^ il ne comprit pas la mae l'Eucharistie, ou il n'eut pas le courage de dire ce est. B Après avoir énuméré les points sur lesquels ils nt, il ajoute : a La lettre de Flaminio nous accorde au les trois points suivants : avec nous^ il nie la transsubsion, et reconnaît que cette oblation doit s'appliquer aux somme aux vivants ; enfin, il admet que la Cène ne doit

Cum easum miseratus iUe magnus Carapha, ItcUiœ decus Carapha^ Ad cœlum geminas manus tetendU MuUU cum laerymis Deum soluté Or ans de med : et eece acerba fugit Febris, et lateris dolor» refectœ Vires, etc,

:hblbobn, vol. u, est un traité de Beiigione AI, Antonii Flammii

41i FLAMimO*

a pas 80 diviser^ ce que font les papistes, quand ils donnent an a laïques l'espèce du vin. En outre^ je crois que s'il eût féco, il a serait entré plus avant dans nos opinions^ coronie je croit ép" « lement que si Fon avait pu lire dans son cœur, on aunH n <c qu'il y était entré. »

L'historien Pallavicino reproche à Flanoinio de « couver (bas a l'esprit ces doctrines^ au point qu1l refusa^ pour ne pas les «combattre, d'être secrétaire du concile delVente; » cepoi* dant il ajoute que^ sur la fin de sa vie, les salutaires convem* lions du cardinal Pool le firent rentrer en lui«-mômei écrire et mourir catboliquenient.

La liberté dont usa Trissino prouve combien l'on tolénuilei déclamations contre les abus^ que Ton avouait, alors méine qu'on ne songeait point à les corriger. Les Italiens se réjûoii' saient de les entendre répéter par les protestants^ et de poumir s'écrier : Moi aunijc l'avaii dit, et avant eiAx. Quiconque aspirait à la réputation de libre penseur, applaudissait au blÂme dévm sur les choses anciennes, à ces épigrammes, ou bien k ces ni' sonnements qui ne valaient guère mieux que des épignumnesi toujours si faciles pour l'individu qui connaît mal la matière ao question.

Denosjours^ dans le libéralisme politique, on déclare voU' loir la liberté, tandis que les conservateurs prétendent le combattre au nom ménie de la liberté; il en était de même alors da libéralisme religieux. On médisait de la cour romaine^ sans voO' loir néanmoins la détruire. Les uns réclamaient uneréforoie du clergé, les autres l'épuration du culte; quelques-uns^ ve^ balement ou par écrit , émettaient des erreurs, fruit de Tintai' ligenceetnon de la volonté, d'autant plus excusables que lesdogmes, avant le concile do Trente^ n^avaient pas été aussi bien dé* finis ^ ni exprimés aussi populairement. Beaucoup de personoei pouvaient croire loyalement que la critique ne ferait que purito FËglise et consolider le dogme; on n'av^ût pas encore vu se succéder des doctrines toutes changeantes, toutes attaquables, saitf autorité ni cohésion , dételle sorte que les esprits semblaient condamnés à no se nourrir que de doutes. En général, on savait, ou du moins on sentait que réformer n'est pas détruire; (\\i^^^ réformes oi)portunes et durables doivent venir de l'amour, non de la colère, de l'autorité qui dirige, non de la violence f|U' boulevfîrse.

Mais la nature nmltilornie de la réfornio apparaissait (Jûjâ; ^^^

LSS GENTILS. 41 S

Mkwêgae, elle raffermissait la principauté; en France , elle était factieuse » despotique et persécutrice en Angleterre^ fanatiquement exagérée en Ecosse» monarchique dans la Scandioavie^ républicaine en Suisse , délétère en Pologne. Lltalie la recevait de l'Allemagne ou de Genève; les penseurs inclinaient phitàt vers Zwingle que vers Luther^ parce que le premier avait écrit en latine outre qu'il était plus sérieux et d'un esprit plus logique; mais les débats soulevés au delà des Alpes à Toccasioa de la présence réelle^ furent bientôt communiqués à l'Italie ; ktber, interrogé à cet effet par les novateurs vénitiens, anathé* loatisait Zwingle et QEcolampade^ docteurs contagieux, faux profkites.

las dissentiments devaient aller plus loin; noa-^ulement les Italiens contribuèrent à faire sortir la réforme de ses premières linûtes, mais ils en déduisirent des conséquences plus rigouleoaes, Luther, outre un grand nombre de dogmes et la hiérarcUe^ avait conservé les droits de l'autorité dont il faisait même 8ÛB instrument de servitude au profit du pouvoir temporel qui, sauf rexcommunication , pouvait maintenir par Tépée cette unité de foi qu'on venait précisément de briser ; il ne fit donc que détruire la discipline ecclésiastique^ si bien qu'on espéra souvent one réconciliation. Calvin^ des rites inertes du luthéranisme^ s'élança dans la critique^ nia formellement l'Église dans le sens njstique^ et la fit disparaître devant l'individu , de telle sorte qu'il ouvrait un abîme infranchissable. Néanmoins, dans les hardiesses vertigineuses de la raison, il n'osa point franchir les der* Bières limites. Ce furent les Italiens qui, sans aucun ménage- Bkeat, accomplirent la double dissolution de la discipline et de la Uérarchie^ en y ajoutant celle des vérités fondamentales. Au Qom de l'autorité sans frein de la raison^ ils attaquèrent l'idée Bttêioe, l'ontologie chrétienne. Quelques-uns ( et ce n'étaient ni des prêtres^ ni des moines, mais des jurisconsultes et des mé* dficiâs), ne trouvant pas exprimé dans la Bible, qu'ils avaient admise uniquement , le dogme de la Trinité , le combattirent ^^pnune les ariens, nièrent la divinité du Christ^ la consubstantialité du Verbe, et d'autres choses qu'ils disaient introduites Wr des sophistes grecs.

Ochino et d'autres réformés, et probablement l'académie de licence, partageaient ces opinions; mais les fils du médecin Mathieu Gentile de Cosenza, qui s'était expatrié pour suivre la réfi>rnae, se déclarèrent hautement antitrinitaives. Albéric, qui

41 6 ÂNTITRINITÂIRES.

professa la jurisprudence à Oxford tant quil vécut^ c'est4dire jusqu'en i608^ préféra les légistes anciens, en bl&mant Aidât d'avoir tiré parti de la connaissance de Tantiquité, de rhistoire des langues; mais si l'on tient compte de son érudition, de son élégance et de ses autres mérites^ semblables à ceux du savant critiqué, on peut supposer qu'il faisait de la satire en imaginant un éloge de l'ignorance des jurisconsultes. Scipion enseigna à Heidelberget ailleurs; outre qu'il mit en latin les deuxpremien chants de la Jérusalem délivrée aussitôt qu'ils eurent paro^ Jean Valentin professa à Genève, en France, en Pologne; exilé de la Suisse, il fut décapité à Berne pour avoir rompu son ban.

Le Milanais Jean Paul Âlciat, qui mourut àDanzitg, écmit d'Âusterlitz deux lettres (1564-65) à Grégoire Paoli, danales* quelles il défendait la doctrine unitaire : Bëze, à cause de ces lettres, le qualifia àJ homme délirant et vertigineux; Calvin, d'esprit non-seulement stupide et fou, mais frénétique jusqu*àb rage (1). Il faut joindre à la liste des antitrinitaires Tabbé Léonard, Nicolas Paruta, Jules de Trévise, François de Rovigo, Jacques de Ghiari, François Negri, Dario Socino.

Mathieu Gribaldi, de Chieri, dit Moffa, légiste éminent, professait à Padoue avecun traiU^ment de 1,000 florins, et telle était sa réputation que la salle ne pouvait contenir les auditeurs; il s'enfuit de cette ville parce qu'il devint suspect d'hérésie à cause d'un livre imprimé à Bâle en 1 550, dans lequel il racontait la mort de François Spiera, accompagnée , disaient les protestants, d'un horrible désespoir pour avoir abandonné leurs opinions. Quelques-uns de ses anciens disciples le présentèrent à Calvin, qui ne voulut pas le recevoir, dans la crainte qu'il ne fût infecté de l'hérésie trinitaire, pour laquelle il faisait alors poursuivre Servet. Après le supplice de ce dernier, il Tinvita à une conférence, où Gribaldi se rendit ; mais comme l'hérésiarque refusa de lui tendre la main, et voulait le contraindre à une profession de foi; il jugea plus sûr de passer à Tubingue, puis à Berne; cependant, bien qu'il se rétractât, il dut quitter cette ville, où Calvin le fit persécuter comme antitrinitaire ; il ne semble pas vrai qu'il revint au catholicisme avant de mourir (2).

Son disciple était Jules Pacio, chevalier vicentin, prodige de

(1) VoirBAVLE, Diction, critique,

(2) Bayle, à l'article Gribaldi; GebdeS, p. 276; NiCERON, Mémoiresdei hommes illustres, t. XLI, p. 235.

LES SOCINIENS. Ail

son enfance, qui s'enfuit avec plusieurs de ses comparenève, où il épousa une des émigrées, Lucchesi ; il obchaire de droit dans cette ville, puis à Heidelberg, à Nîmes; enfin les universités de France et d^Italie se le \i pour ses travaux sur le droit et la philosophie, autombés dans un oubli complet. A Montpellier, il eut pie le fameux Peiresc, qui s'efforça de le ramener au ne , en lui faisant obtenir une chaire bien pourvue 1 abjura plusieurs années après. A Padoue, il enseigna vil, et mourut à Valence.

ocino, de Sienne, descendant d'illustres jurisconsultes, 1502 très-jeune dans l'académie de Vicence ; plus tard il se Suisse et en Allemagne, où il devint l'ami des princi- •rmés et de Mélanchthon, en dissimulant ses opinions, ir l'intolérance de Calvin(l), il alla en Pologne, projvertement les croyances antitrinitaires, auxquelles il François Lismanin de Corfou , prieur des Franciscains eur de la reine Bonne Sforza. Les seigneurs polonais et Lsmond lui firent bon accueil; il mourut à Zurich. 1604

Socino, son neveu et son élève, étudia d'abord la juce , puis les sciences à Lyon. Brillant écrivain, beau de manières gracieuses, la cour de Florence l'occupa louze ans. Lorsque ses parents furent persécutés, il se îâle, où il étudia la théologie et publia des œuvres j; mais une violente querelle avec François Pucci le it à quitter cette ville. Alors il fut appelé en Transyln Pologne; puis, ayant hérité des écrits de son oncle, un nouveau symbole qui différait sur des points esle Tunilarisme polonais. Selon lui, Luther et Calvin ait beaucoup, mais pas assez, puisqu'il fallait débarfoi de tout dogme qui surpasse la raison. La Bible est

divine, et les passages qui se rapportent au Christ tre pris dans un sens littéral ; le Christ n'est inférieur nique d'essence et de personne, que par la puissance et é, que lui-même acquiert par sa mort, son obéissance rrection. L'homme fut mortel avant sa chute, autreihrist, en abolissant le péché, l'aurait soustrait à la

rreticis quo jure quove fructu coercendi sunt gladio Del igné dialogus lum et VaUcamtm , sans nom d'auteur , d'imprimeur ; mais on le lio Socino.

1>Eâ ITAL. — T. VJtl. 27

-418 niANDRATA.

mort, la faute originelle n'est point transmissible. L'homme est libre dans son propre arbitre ; romniscience divine n'embrasse pas les actions humaines, et la doctrine de la prédestination bouleverse toute foi. Les bonnes œuvres sont nécessaires à la justification; le Christ ne satisfait pas pour les péchés des hommes, puisque Dieu les avait pardonnes avant lui; le baptême par Teau est simplement un acte qui fait allusion à l'initiation.

Socino fut donc le véritable gi-and hérésiarque, puisqu'il n'accepta point de limites en proclamant les droits de la raison. Si Luther et les autres avaient sécularisé la religion, il sécularisa Dieu; or, en supprimant le suprasensible , il fut le père du rationalisme, qui est Thérésie de notre époque.

Ces doctrines lui suscitèrent de graves contradictions; persécuté et pauvre, il dut vivre de la générosité de ses adeptes, dont le nombre devint si considérable, 'que les différentes sectes des unitaires se réduisirent aune seule, celle des sociniens : maisses adversaires excitèrent contre lui le peuple de Varsovie , qui le traîna dans les rues et faillit le tuer ; à la suite de ces outrages, il se retira dans un obscur village, et à sa mort on mit cette épitaphe sur sa tombe :

Tota Ucet Babylon destruxit tecla Lutherus, Calvinus muros, sedfundamenta Socinus (i).

George Biandrata, d'une illustre famille de Saluées, docteur à l'université de Montpellier, puis à celle de Pavie, fit sur les accouchements et les maladies des femmes le meilleur traité qui eàt paru jusqu'alors, et sans connaître ni le commentaire de Bérenger, ni les œuvres de Paré. Appelé pour soigner Jean Zapoly, vayvode de Transylvanie, il le mit en état d'épouser Isabelle, fille de Bonne Sforza, reine de Pologne; puis il rendit d'utiles services à cotte femme et à Tenfant qu'elle mit au monde peu avant la mort du père. H ne semble pas juste de le compter parmi les persécutés de Yiccnce(2), puisque, en 1552, nousle trou-

(1) André Wksovalius, son neveu, pul)lia ses Uavaux dans la Dibliothec^ fratrum polonorumy IGIjO, 0 vol. in-lol.

(2) IJayle corrige un grand nombre d'erreurs de Varillas et de Mainl>oui^3 l'égard d«; Hiandrata, mais il tombe lui-même dans beaucoup d'auU*e«. (^oir Malacaknf: , Comm. délie opère e délie 'vicende di Giorgio JJiandrala; P*" doue, 1814.)

l.a correspondancft de iJiandrata nous fait connaître im Jean*Baptiste PaC'

STANCART. 419

vons de retour à Mestre, où il vivait tranquille ; il paraît qu'il s'enfiiit de cette ville h Genève où il entendit Calvin ; mais, devenu antitrinitaire, il fut appelé par Vermiglio à Zurich, puis devint chef d'une église instituée par Olesniesky, seigneur dePinczowie. Lorsque Sigismond Auguste de Pologne ouvrit ce royaume aux hérétiques, George se rendit à Cracovie, assista à deux conciles, concourut à la traduction polonaise de la Bible sous la protection de Nicolas Radzivil, et soutint de chaleureuses discusâoDS, pour lesquelles il était odieux à Calvin (1) et considéré comme une colonne par les antitrinitaires ; ce roi le fit archiatre et son conseiller intime. Cependant, il ne se détachait pas entièrement des catholiques ; parfois il revint à la cour polonaise, qui remploya dans d'importantes nonciatures; mais Fausto Sociflose prévalut de cette faveur pour le rendre suspect au vayvodej puis, par dissentiment religieux, il se déchaîna contre lui et répandit le bruit qu'il avait été tué par son neveu Bernardin.

Le Mantouan François Stancari prêcha également en Pologne; 1574 professeur d'hébreu dans une académie fondée à Spilimberg par Bernardin Partenio, il manifesta des idées hétérodoxes qui l'obligèrent à s^enfuir, et de Bâle il adressa aux magistrats vénitiens un Traité de la réforme. Le concile de Genève, présidé par Calm, ^excommunia, parce qu'il enseignait que Jésus-Christ fut médiateur auprès du Père éternel comme homme, et non comme Dieu; partout ses doctrines excessives lui valurent des contrariétés. A Cracovie, il sut les dissimuler; mais lorsque l'éi^êque, auquel il parut suspect, le fit arrêter, les seigneurs qui le favorisaient obtinrent sa liberté. Encouragé par cette protection, 'IpropoBa d'abattre les images et l'ancien culte, et donna un code ^ cinquante règles pour les nouvelles églises. Dans son ouvrage Wr« les ministres de Genève et de Zurich (Cracovie 1562), l^tque « le seul Pierre Lombard vaut mieux que cent Lucide Lucques, envoyé par la reine Bonne à Isabelle de Hongrie comme *MMîdier, à la place de Savorgnauo ; Lodovico Biandrata, frère de George,'pro- ''^'oUire apostolique et secrétaire de Henri de Valois, roi de Pologne ; le Mila- '^ Jean-Baptiste Castiglioni , marquis de Cassano , qui seconda Ferdinand 3 Autriche dans les guerres contre les Turcs et remplit de hautes charges à I4 ■^our impériale; bien plus, Philippe II d^Espagne avait résolu de le nommer vicefoi en France contre les huguenots, quand il mourut à Milan : il voulut être

^"^^eli sans pompe. (Voir Natale Conti, Historiée sui temporis, à l'année Ï&61.)

(0 11 lui reproche un style barbare sans trop de raison.

420 Piitici.

Ihers, deux cents Mélanchthons , trois cents Bullingers, quatre cents Pierres Martyrs et cinq cents Calvins ; si Ton pilait lous ces gens dans un mortier, on n'en tirerait pas une once de véritable théologie. »

Le Florentin François Pucci, se trouvant à Lyon pour des affaires de commerce, fréquentait les gens de lettres, et comme il se plaisait aux controverses , il contracta les opinions protestantes; abandonnant alors le négoce, il alla étudier la théologie à Oxford, où il fut reçu docteur en i574. Dans son traité Defk in Deum quœ et qualiSy il combattit les calvinistes qui préva^ laient dans cette université ; dès ce moment, en butte à de» persécutions, il s'enfuit à Bâle, où, lié d'amitié et de croyances avec Fausto Socino, il publia une thèse dans laquelle il soutenait que tout le genre humain, dès le sein maternel, participe efficacement aux bienfaits du Christ et à sa bienheureuse immortalité. Contraint de quitter Bâle pour cette œuvre, il ne trouva point une plus grande tolérance à Londres, où il fut même iflcarcéré , ni en Hollande , où il soutint des discussions. A Cracovie, deux alchimistes anglais lui persuadèrent qu'il pouvait, moyeiinant un commerce avec certains esprits, découvrir des choses inconnues au reste des hommes ; convaincu lui-même, H voulut convaincre les autres. Néanmoins il se désabusa bientôt, comme; il reconnut ses propres erreurs; l'évoque de Plaisance, nonce à Prague, reçut donc sa rétractation, et, ordonne préître , il servit comme secrétaire le cardinal Pomjjée d'Aragona(l).

La réforme, comme on le voit, se déchirait elle-môme;et d'ailleurs, toutes les fois que le sens individuel se substitue ao sens œrnmun, cht-il possible de trouver un point d'accord qui soit accej)té par Torgueil de la libre interprétation? Intolérants comme les orthodoxes dont ils s'étaient détachés, et sans avoir comme eux l'appui du Tautorité divine, les protestants croyaient, avec des titres é^aux, être personnellement en possessiou tJ^ \d vérité, (;t duiCAm d'eux condamnait tout dissident. Les syiiod(iS s'excorninuniaicnl réciproquement; un prédicant chassait l'autre ; TiuUingcr, pastcîur suprême à Zurich, était en lutte ouverte avec les llali(;ns, réfuj^ii-s en grand nombre dans cette ville. Comandcr leur reprochait d'être querelleurs , de repousser les

(I) Jkan-Haptistic GA.HPAni), JJc vita.,, F ranci s ci Pucci PiUdiniyàja^^^ colleclioii CallogcrJjjiiH', l. XXX ; Veniftc, 1770.

itres, de ôb montrer tenaces dans leur propre opinion (1). Toute la société était donc ébranlée par les secousses de la îforme, qui, parvenue à ses dernières conséquences, reniait le hrist même, et substituait au déisme épicurien le déisme ratiolel; dès lors ce n'était pas sans motifs que les catholiques sWpayaient, et qu'ils voulaient remédier au mal par une réforme atholique dont Paul IV fut le partisan zélé. Ce pontife, suc- 1555 esseur du saint homme Marcel II , au règne très- court, avait ttstitoé les théatins, ainsi appelés de l'évêché auquel il renonça lour entrer dans cet ordre. A Trente , il avait constamment outenu le parti le plus rigoureux, sans user de condescendance mTers aucun cardinal; il fut donc surpris de se voir élu. Si nous iii avons reproché de s'être égaré dans une politique séculière, lous devons le louer d'avoir établi la politique pratique fonlée sur les diplômes, et qui fut, pour ce motif, appelée diploûatique. En effet, le cardinal Vitellozzo Vitelli, ayant renieilU un grand nombre de ces diplômes , surtout de ceux qui »ncemaient la famille Caraffa, il en reconnut Futilité, encourajea les grandes maisons à l'imiter, et le pontife seconda ce jenre de recherches. Paul IV se glorifiait de ne pas avoir laissé |)asser un jour sans donner un ordre pour l'amendement de TÉjlbe; ce fut donc avec justice qu'on lui dédia une médaille portant le Christ qui chasse les profanateurs du temple.

La domination spirituelle s'établit sur le consentement volontaire des intelligences; lorsque, de propos délibéré, elle a retors à la force matérielle, elle manifeste une faiblesse déjà «ntie. Personne ne niera que l'Église n'ait le droit d'éliminer 3t de punir quiconque la souille, comme il faut reconnaître lu'elle fut trop sévère dans l'application; mais l'histoire contemporaine ne nous explique-t-elle pas suffisamment ces excès, communs à toutes les réactions? L'inquisition, comme tribunal, inconnue aux premiers siècles dont la peine était l'excommunication, c'est-à-dire l'exclusion de la communauté des prières et fe sacrements, fut introduite en Languedoc comme expédient politique pour affermir dans la France cette nationalité que d'autres peuples désirent à tout prix. Dans les autres pays, à ^faut d'hérétiques, elle veillait sur les mœurs et la discipline, pQûissait la bigamie, les superstitions, les médisances contre le

(1) Contentiosi sunt^ et inquieti; ex quacumque te levissima rixam movent, ^cdoceri a quoquo sustînent ^ nec a Sua pervicacia remittunt; unde nobis sunt ^^^n. GÔMAIVDBR.

Page 1