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clergé, ainsi que les blasphèmes, qu'ils fussent proférés dans la colère ou par suite d*unc mauvaise habitude.
En Espagne, organisée aussi dans l'intérêt de la nationalilé, c'est-à-dire ayant la mission d'arracher les dernières racines delà domination étrangère, elle fut cruelle , comme il arrive dans les vengeances nationales. Lorsqu'elle persécutait les musulmans, dos milliers de familles arrivèrent à Gênes et dans d'autres ports d'Italie , en proie à do telles souffrances, que la plupart succombèrent à la faim et au froid; d'autres furent contraints de vendre leurs enfants, afin de payer leur passai;e: ces infortunés répandirent en |talie la maladie dite marane.
Sixte IV, pontife indigne, accueillit si mal l'inquisition dès le jour même où Ferdinand l'introduisit, que des deux parts on arrêta les ambassadeurs, et le roi rappela ses sujets. Le pape iioit par céder et la confirma en 1478; mais, ayant reçu des plaintes sur la dureté des premiers inquisiteurs, il déclara sa bulle subreptice, admonesta ces inquisiteurs en leur ordonnant de procéder d'accord avec les évêques, et ne voulut pas que le saint office s'étendît à d'autres provinces. Plus tard, il institua un tribunal d'appel papal auquel tout individu maltraité pouvt adresser ses plaintes; il cassa et adoucit beaucoup de sentences de l'inquisition; malgré les efforts des catholiques et de Charles- Quint pour éluder cette intervention du saint-siége, ilestÉait mention de condamnés à qui ce tribunal fit restituer les biens ou l'honneur civil; il cherchait du moins à .sauver les enfants de l'infamie et de la confiscation, et souvent il imposa aux inquisiteurs l'obligation de les absoudre en secret pour les soustraire aux peines légales et à l'ignominie.
Jules II et Léon X pcTsévérèrent dans cette voie ; ils dispensèrent les uns d(; poitcr le mn-benito, c'est-à-dire le sac de pénit(mce , et firent disparaître pour les autres les signes de réprobation gravés t:ur leur tombe. Léon X, malgré Charles-Quint, excommunia l'inquisiteur de Tolède en dolli. ^ivès ayant été condamné comme suspect de luthéranisme, Paul m le proclama innocent et le fit évéque des Cmiaiû'.>' Le fameux latiniste Marc- Antoine Mureto, qu'on voulut brùlfi" dans sa patrie comme héréti(jue , fut accueilli à Uomc pour enseigner sous la protection du pape. Léon X prononça la peine de mort contri; qui(:on(|ue (h'poserait faussiîment devant le saint office, et voulut rélorfner radicalement finqui^'' tion d'Espagne, en la confiant aux évêques; mais Charles-Quinl
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Ten détourna au moyen de Tépouvantail habituel de Luther (1). Segni s'apercevait déjà que Tinquisition espagnole « fut instituée pour enlever aux riches leurs biens et toute considération aux puissants. Dès lors, établie sur Tomnipotence du roi , elle ^git entièrement dans l'intérêt de Tautorilé royale, au détriment de la puissance spirituelle. Dans son idée primitive et dans SQubut, c'est une institution politique ; il importe donc au pape d'y mettre obstacle, comme il le fait toutes les fois qu'il le peut ; mais l'intérêt du roi est de la maintenir en progrès continuel. »
(1) Ces faits résultent de riûstuire entièrement hostile de Lloreute. Hefel, de Tubingue, dans sa belle monographie de Ximenès, les développe largement, et termine ainsi : « Dans Thistoire de Tinquisition d'Espagne, la sainte foi joue tan rôle très-honorable comme protectrice des persécutés, ce qu'elle fut en tout tfeups. » Le protestant Schroeckh , dans son Histoire ecclésiastique , s*étonne fie le pape ait consenti à cette transformation d'un tribunal ecclésiastique en tribimal séculier indépendant de lui. Ranke, protestant lui aussi, blâmant l'histoire de Llorcnte, écrite pour favoriser Joseph Bonaparte contre les libertés basques et les immunités ecclésiastiques , dit qu'il ressort do cette histoire que le saint office était une justice royale sous des apparences ecclésiastiques; cda est si vrai que le cardinal Ximenès, hésilanl à recevoir dans le conseil un liîque nommé par Ferdinand, celui-ci lui répondit : n Ne savez-vous pas que le nint office ne tient sa juridiction que du roi ? »
Un vigoureux penseur, Joseph de Maislre , a fait l'apologie de l'inquisition «sjtagDole, non pas tant au point de vue du droit que parce qu'elle fut un mal moindre, puisqu'elle épargna à l' Espagne ces torrents de sang que la réforme elles guerres civiles qui en furent la suite coûtèrent au reste de l'Europe. En ^msAàpologie, j'ai employé un lieu commun des rhéteurs; du reste lui-même, JBftlgré toute sa hardiesse, n'osant pas s'en servir personnellement, fait dire par ^udqu'uB que « te saint oflice , avec une soixantaine de procès en un siècle, nous aurait épargné le spectacle d'une montagne de cadavres qui dépasseraient 1& bapteur des Alpes, et arrêteraient le cours du Rhin et du Pô. »
Saint Augustin désapprouvait les persécutions contre les dissidents ; mais, plus tard, il disait, dans les Rétractations^ liv. il, ch. 5 : «J'ai fait deux livres « contre les donatistes, dans lesquels j'ai dit que je n'aimais pas que la force sécu- « lière imposât violemment la communion aux schismatiques. Cela me déplai- « sait alors 9 il est vrai , parce que je n'avais pas encore xii combien l'impunité ^ rend audacieux pour le mal , ni combien la promptitude du châtiment est ^ propre à ramener au bien. » 11 dit ailleurs : « Voyez quelle chose ils font et ce << qu'ils souffrent ; ils tuent les âmes, et sont affligés dans leurs corps ; ils produi- '< sent des morts éternelles, et se plaignent d'en souffrir de temporelles. »
Forti, dans les Institutions civilesy liv. il, ch. 2, dit que « l'inquisition punissait non Faction extérieure , non la manifestation pubUque des opinions , mais la pensée de l'œprit; en cela^ véritablement, elle sortait des bornes de toute jurisprudence. » 11 aurait bien fait de nous dire comment elle pouvait coimaître *Q pensée de l'esprit.
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Cela est si vrai, que le roi d'Espagne nommait le grand inquisiteur, ai)prouvait le choix des assesseurs, parmi lesquels deux devaient appartenir au conseil suprême de Caslille. Le tribunal dépendait du roi, maître ainsi de la vie et des biens de ses sujets, et qui faisait de la caisse de Tinquisition un fonds de réserve propre, à tel point que souvent il ne restait pas aux inquisiteurs de quoi payer les dépenses du saint office. EUe frappait les grands et le clorgé sans privilège ni exception; ausM, m(îme alors qu^ellc ex[)ririiait la réaction nationale contre lei mahométans et les juifs, elle était encore un instrument royal pour assujettir TÉglise et la noblesse.
Toute autorité menacée redouble de rigueurs et justifie ses persécutions par la nécessité de la défense. Ce tribunal futétenda comme l'expression d'une loi martiale, comme une digue opposée à rinvasion des hérésies qui, partout où elles prévalurent.^ occasionnèrent une bien plus grande effusion de sang que toute» les sentences capitales du saint office.
Les idées de tolérance ont ensuite prévalu en fait, même dans les pays où elles ne constituent pas encore le droit; néanmoins on j<îttt; Topprobre [aux hommes qui se pro[>osent, non de justifier, njais d'expli({ucr les vieilles persécutions, tandis que l'on qualifie de héros ceux qui déclament sans loyauté contre des institutions dont on n*a plus rien à craindre, ou répètent sans crilifjufi lf;s accusations des écrivains qui reprochent a la religion ces ri;:ucurs et ces acles de foi (1).
Il est certain qu'alors, au nom de la religion de miséricorde, on renouvelait les horreurs de lempire romain; on croyait qu'il fallait conibatlre les voluptés et l'esprit païen par Toppression et des sup[>liees païens, en enlevant toute sécurité à Texistencr, en punissant toute hanliessc de penser (2). Paul IV, en donnant
(1) On appf'Iciit ainsi les «xrciifions contre Ivn individus condamnes par Tiiiqnihition, puicr que la pliip.irt étaient alxsous après avoir abjuré et récité Tarte d(; foi : souvent on ne Iji ûiait que le r-i(;rge qu'ils tenaient à la main. Lloreiite dtP un aulO'da-J'd de l iHO, à Toléd(;, avec s(q»l cent cinqnante couduniués, inaisaucnn à Hjorl , et \\u îMiIre de neuf cents, également sanspcine capitale. Dai» un, il y eut trois niille trois cents condamnés, dont vingt-sept à mort; mais il fau! observer qtie, outre l'hérésie, \v. saint office connaissait d<r» péchés contre nature, de la séduction en coriftssion , des blasphèmes, des vols d'église, de TuMire, (!<' la contrebande de chevaux et de munitions pour rennemi en temps de guerre-
n est prohabh- que nos frères seront assctz tolérants pour nous accuser d't'tri le défenseur du chevalet et du bûcher, nous!
(2) Vax l^T-i , Mureto écrivait de l'Italie à l'illustre liistoricn de Thou: ^"
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riûquîsiliori une vigueur insolite^ ne voulut pas qu'elle dépenttde chaque évêque, maïs de la congrégation du saint office, utorisée àjiiger les faits d'hérésie en deçà comme au delà des Jpes; îl établit donc dans chaque ville a dos inquisiteurs halles et zélés, se servant môme de séculiers doctes et fervents atholiques, pour le soutien de la foi, par exemple, d'Odescalco Côme, du comte Albano à Bergame, de Muzio à Milan. Cette ésolutfon d'employer des laïques fut prise parce que, non-seuîment beaucoup d'évêques, de vicaires, de moines et de prêres, mais encore un grand nombre d'inquisiteurs, étaient héréiques (1). » Singulier aveu !
La juridiction du saint office s^étendit alors ; il devait procéler<;ontre les hérétiques ou les individus soupçonnés d'hérésie, ontre leurs fauteurs, les magiciens, les sorciers, les enchanears, les blasphémateurs, et ceux qui s'opposaient au saint ifflcé et à ses officiers. Était suspect d'hérésie quiconque laisait échapper des propositions qui offensaient les auditeurs, ou aisaît des actes hérétiques, comme d'abuser des sacrements, le baptiser des choses inanimées, par exemple, de l'aimant, du ^fkt vierge, des fèves, des chandelles; celui qui frappait es images sacrées, possédait, écrivait ou lisait des livres rohibés; qui s'éloignait de la manière de vivre des catholiues, soit en ne pas se confessant, soil en mangeant des mets éfendfus, etc.
Sa procédure, qui nous inspire tant d'horreur, ne différait pas es usages communs à tous les tribunaux, et la preuve, c'est que îs codes étaient imprimés. Ces codes prescrivaient de donner tt prévenu un procureur, personne intelligente et zélée, avec quelle il pût communiquer et qui le défendît. On devait tenir nttegistre de tous les actes et des dépositions : «Les vicaires ne •eriKiettront jamais que les notaires délivrent copie des actes lu saint office pour un motif quelconque, si ce n'est au préenu^ et seulement lorsque le procès est pendant, mais sans le K)m'des témoins et sans ces détails qui pourraient faire con- »^tre lé témoin à Tinculpé (2). »
^oïl^sbahi qu'il se levât qu'on ne lui çint dire qu'un tel ne se trouve plus ; et si ^'^ n'en osèroit parler, • \i) H Compendio délia Santa Inquisizione,
V) Voir Brève informatione del modo di trattar le cause del Sont* UJfizio pet "^oitu revereridi'vicarj délia Santa Inquisizione di Hfodana,
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Les princes, s^étant aperçus que toute altéra^on dm religieux entralnût des diangements politiques, fir^ commune avec la cour de Rome , qu^ils avaient regardi œil jaloux^ et Ton fortifia partout Tinquisition en répi^ connivence si commune en Italie. Au moyen de privU d'induits , on cherchait à organiser des confréries dlioo de femmes pour fournir des familiers au saint office, q seulement recherchait l'hérésie, mais la négligence des,pi religieuses ^ visitait les cuisines le vendredi^ interpréta parole échappée aux professeurs ; en un mot , il prépi voies de la. police moderne^ à laquelle il n'était supâri par la croyance qu'il s'agissait, non de Tintérât moments prince , mais du salut des âmes. La tolérance ^ vertu é ment civile^ qui ne laisse voir dans l'homme de çroyanc!^ (]|ue le frère et le concitoyen, en réservant à Dieu le jugeK la c(Hiscience, qui la connaissait à cette époque? Lutb< quait les épées des rois contre les dissidents , tandis c poursuivait de ses imprécations. Chacun de nous a pv ^Dresde la hache que les luthériens employaient contre 1^ versaires, sur laquelle est écrit : Hiit dich Calvii isl. Ça' •ait brûler Servet; Henri Mil et Elisabeth écrivaient avec des catholiques des lois tyranniques^ comme Marie et PU avec celui des hérétiques ; Ferdinand d'Autriche vengei des massacres de Hongrois et de Bohèmes dissidents, les cres dont eux-mêmes s'étaient rfindus coupables aupai en un mot^ c'était une lutte violente, dans laquelle il fall ou périr.
L'Académie de Modènc, comme nous l'avons dit, fat sée^ et beaucoup de ses membres s'enfuirent; ils furent par un grand nombre de Fcrrarais, parmi lesquels Olym] rata, élevée par le protestant Jean Sinapio, précepteur d delà duchesse. Elle avait épousé le protestant André 6r étudiant à l'université de Fcrrare. Elle écrivit des dialog tins et des poésies grecques, se réfugia à Heidelbcrg, où < seigna la langue grecque, et mourut à vingt-neuf ans. E ville elle écrivait ; Fcrrarix crudeliter in Christianos a\ verti irUellexi, nec sumwis ncc infimis parci; alios pelh vinciri, alios Juga sibi comulere (1).
(1) De là, le S août 1556, ellu écrivait une lettre à une (\sLm6'mv0 rubina , en dépeignant le$ maux qu'elle avait dû souffrir pei^daQt k