‹ Histoire des Italiens, trChapitre 135 sur 176 · MARTYRS 1>E LA RÉFORME · texte numérisé non relu

MARTYRS 1>E LA RÉFORME

Les réformés^ qui nous ont consente le nom de leurs martyrs, décrivent les supplices cruels subis parPannio, de Faenza, à Ferrare; par le Bassanais Dominique Cabianca; par frère Jean Mollio, professeur de Bologne ; par Pomponio Algieri, de Nola; par François Gamba, de Cômo; par Golf redo Varaglia, capucin piéraontais; par Louis Pascal, de Cunéo. Poggiali a tiré d'une vieille chronique le nom d'un grand nombre d'habitants de Plaisance condamnés par Tinquisition. En 15r>3, le chanteur Paul Palazzo ^ enclin au luthéranisme^ fut enfermé h Saint-Dominique, et délivré quelques jours apros sur les instances de plusieurs individus. En 1557,* l'inquisiteur mit en prison les notaires Dordono et Innocent Nibbio ; touchés de repentir, ils firent imende publique, subirent une pénitence et rentrèrent déshoiwrés dans leur maison. Taddé deCavalzugo, cité à comparaître comme luthérien, s'enfuit à Genève, et fut banni. Le prêtre Simon, qui avait vécu longtemps avec lui, fut arrêté ; comme il éherchait à s'enfuir de prison, il se rompit une cuisse et dut ftirè pénitence de ses erreurs. Alexandre Cavalgio fut arrêté pour avoir fait sortir une religieuse du couvent, qu'il épousa.

Un grand nombre de nobles, reconnus fauteurs de Thérésie, forent châtiés; beaucoup s'exilèrent, et l'on donna leurs biens au prince. En 1558, le prêtre Riccio, qui avait conversé, mangé, Ira avec des luthériens et favorisé leur fuite, fut battu de verges sarun échafaud par Finquisiteur frère Valère Malvicino; puis, il dut révéler tout ce qu'il avait fait contre les décrets du souverain pontife ; deux autres citoyens subirent la même peine. Joseph de Médicis, également fouetté, avoua tout ce qu'il avait cru et fait contre la foi catholique. Un notaire, nommé Joseph, 8è déclara coupable d'avoir uriné dans le bénitier, frappé d'une 4)ée les images, les bras et les cuisses de saint Roch (1).

ïoute cause a d'indignes apôtres, qui croient la servir en s'ef-

tette fille; elle l'exhortait à meUro sa foi en Dieu et dans TËvangile, en mullipliaat les citations de la liihle et de piété. (0. Mobat.k opéra,- hkle, 1580,

O'autres femmes favorisèrent la réforme : la Napolitaine Manrica , de Brese- Çûa; Lavinie Orsini delaRovere; Madeleine et Chenibina, do. la même famille; ""^e Rangone Dentivoglio ; Julie Gonzagiie , comtesse do Vvudi , à laquelle Hldès dédia ses Commentaires sur les psaumes,.,

(1) Mémoires de Plaisance^ vol. ïx, p. 277 et 341 ; il n'y a que les initiales, '^^'Ggiali ayant craint de nuire à Ieui*s descendants. Le chevalier Pezzana a eu * obligeance de nous donner Us noms en entier. Corvi cite d'autres individus P^^uivis comme luthériens, et qui al)jurèrent ou furent pimis.

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forçant de montrer qu'elle a beaucoup d'ennemis ; dam cette généralité de noms, qui exclut la critique et la justification, ils enveloppent les personnes qui méritent le moins d*6tre soupçonnées. Il en fut de même alors; Paul IV, dans son zèle inflexible, fit jeter en prison le cardinal Moron et Egîdio Foscarari, évoque de Mod(»ne, prélats de grand renom, avec les évoques Thomas San-Felicc de la Cava, Louis Priuli de Brescia, accusés d'avoir des opinions hérétiques, ou de mal défendre les doctrines orthodoxes; enfin, ils purent se justifier. Le Vénitien Gabriel Fiamma, chanoine de Latran et évoque de Chioggia, auteur de poésies spirituelles, prêchant h Naples en lo62, fut accusé dTiérésie; il écrivait à Gonzague, soigneur de Guastalla : a Hier au «soir, par ordre du cardinal Alexandrin (CA/^^tm), tous mes « livres furent saisis, et Ton prit note du moindre billet trouvé a chez moi. Cela ne m'offense point, puisque la commission a été a donnée par ce seigneur honnête et très-religieux, ainsi que a par le saint tribunal de l'inquisition ; mais je souffre en son* a géant que ^occasion en a été fournie par quelques-uns de mes « rivaux méchants et envieux (1). » En effet, si la réforme, considérée philosophiquement, était un élan de l'esprit humain vers la liberté, un désir déjuger, selon sa propre intelligence, des faits et des idées reçus de Tautorité jusqu'alors, il en résultait nécessairement que tous les penseurs et tous les zélés même devenaient suspects.

Ce frère Michel Ghislieri Alexandrin se signala dans la haute Italie par son zèle inquisitorial ; l'opposition qn*il trouva partout se révèle moins par le mouvement des opinions dans le sens protestant, que par la colère que suscite la violence. Informé qu'à Peschicra, pays italien appartenant aux Grisons, on imprimait des livres hérétiques destinés h l'Italie, et que plusieurs balles avaient été expédiées à un négociant de Côme, frère Michel les séquestra. Le chapitre comasque, appuyé par le gouverneur, voulait qu'on les restituât, mais ne put l'obtenir; le peuple alors fit entendre de telles plaintes que Ghislieri dut se retirer. A Morbegno même, dans la Valtfdine, il dirigea un procès d'hérésie contre Thomas Planta, évéque de Coire, sans le citer ni nommer les témoins. Les Grisons, indignés, lui firent défense du procéder contre qui que ce fût sans avoir obtenu licence préalable; il obéit d'abord, puis recommença

(1) TinABOSciif, vol. XII, p. 17 IV.

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les poursuites , et le peuple fut sur le point d'attenter à sa vie.

Plus tard, il eut ordre d'informer contre Vettore Soranzo, évéque de Bergame , qui fut suspendu , mais réintégré au bout de deux ans. De plus graves soupçons pesaient sur George Medolago; mais son influence aurait arrêté l'inquisiteur, s'il n'avait eu pour auxiliaire Jean-Jérôme Albani, Grâce à cette aide, Médûlago fut incarcéré; mais la seigneurie vénitienne le fit enlever par force des prisons du saint office et transporter dans les siennes, où il mourut. Alors l'opposition obligea Ghislieri à quitter Bergame, départ qu'on attribuait à Nicolas de Ponte, doge depuiSj et qui, pour cela, fut soupçonné de luthéranisme. Cet Albani, éminent jurisconsulte, jouissait d'une haute faveur auprès de la Seigneurie ; mais, lorsque deux de ses fils eurent tué le comte Brembati dans l'église de Sainte-Marie Majeure, il fut relégué pour dix ans en Dalmatie, comme leur complice. Ghislieri, devenu le pape Pie Y, conféra aux fils le titre de gentilshommes romains, et au père le gouvernement de la Marche d*Ancône, pois le chapeau de cardinal, qu'il porta dignement, non sans espoir d'occuper le saint-siége, jusqu'à l'âge de quatre-vingtseize ans.

Le décret de i 558, par lequel il était ordonné que tous les ntoines qui se trouvaient au dehors rentrassent dans leurs couvents pour recevoir le châtiment mérité, en amena beaucoup à s'enfuir en Hollande et à Genève ; s'il faut en croire Grégoire Leti (1) , plus de deux cents se firent hérétiques.

L'inquisition, en général, très-sévère envers quiconque était opiniâtre,. témoignait une charité bienveillante aux hérétiques qui se repentaient et revenaient au catholicisme. Quelques-uns furent brûlés à Rome et d'autres noyés à Venise; beaucoup se virent contraints à rétracter des erreurs dans lesquelles ils étaient tombés avant de les savoir condamnées. Mais ces rigueurs valurent à Paul IV une telle antipathie que le peuple, aussitôt qu'il fut mort, abattit la statue que sa mobile faveur lui avait élevée Naguère, et mit le feu au palais de l'inquisition. Il est difficile de l^ïger ce pontife au milieu d'actes si dissemblables ; mais, comme ^s effforts pour assurer l'indépendance italienne lui avaient Jiéné l'empereur, celui-ci tic voulut pas l'aider à extirper l'héésie, qui prit alors de la consistance.

Charles-Quint, qui abhorrait les protestants depuis qu^en Aile-

(1) Fie de Sixte-Quint, fidirX, l, liv. m.

MO RÉF0RM1^:S NAPOLITAINS.

magno ils Pavaient contraint à des concessions qui blessaient wn orgueil, s'aperçut que hjurs doctrines rructifiaient à Naplcs. Par un édit sév^îre de 1530, api)licable dans tous ses royaumes, il défendit à cette ville tout commerce et correspondance avec des personnes infectées ou suspectes d'hérésie, sous peine de mort et de confiscation. Ochino avait prêché et fait des prosélytes à Naples; puis Jean Valdés, gentilhomme espagnol, dont Tempcreur avait fait le secrétaire du vice-roi Pierre de Tolède, discuta sur la justification, et, bien qu'il eût un médiocre savoir, il captivait les âmes par son emj)ha8e ; d'après le témoignage des inquisiteurs, il fit jusqu^à trois mille prosélytes. De ce nombre, Oaléas Caracciolo, marquis de Vico, fils d'une Caraffa, parent de Paul IV, mari d'une duchesse de Nocera, gentilhomme de la (îlef d'or de Charles-Quint, propagea les doctrines de Pierre Valdès et de Pierre Martyr; puis, abandonnant sa famille et uœ fortune splendide, il alla fonder à Genève, en 4551, un conwtoirc italien et une église distincte avec un formulaire partico* lier. Le premier ministre fut Maximilien Martinengo, comte brescian, puis Lactance Rangoni, fugitif de Sienne. Ses parenti firent de vains efforts pour le rappeler; son père, Tayantprié de se rendre à Venise pour une entrevue, ne put triompher de sa fermeté; il fut encore attiré h Vico, où son père, ses en&nti et sa femme , qu'il aimait tendrement, le supplièrent de rester dans sa patrie et dans la foi commune; mais il refusa obstinémf"nt. Calvin, Pierre Martyr et Zaïiclii, qu'il consulta pour savoir s'il pouvait divorcer, se prononcèrent dans un sens favorable; il épousa donc une dame de lioiien, vécut honoré jusqu'en 1586; et Calvin lui dédia la seconde édition de ses commentaires sur l'épître aux Corinthiens.

Antoine Caracciolo, fils du prince de Melfi , maréchal de Franœ, abandonna la cour de François F' pour se fain; chartreux ; mais il apporta dans le cloître son esprit inquiet, sans s'abstenir d'intriguer à la cour. Nommé évéque, et ne pouvant obtenir de Sixte-Ouint le chaf)eau rouge, il adopta les doctrines nouvelles, sauf à l(;s dissimuhir d'abord , puisqu'il continua de se dire évéque et ministre du saint i-ivangilc; il écrivit des poésies italiennes et françaises, dos polémiques religieuses, et mourut en 1509.

LauHînt Uomano, de Sicile, d\'ibord augustin, après avoir répandu secrètement dans l'Ile l(;s erreurs de Zwingle, s'enfuit <?" Allemagne. De retour dans sa patrie en 1549, il enseigna lalo-

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