PARME ET PLAISANCE
luxe et satisfaire son ambition^ il épuisait l'État. Après lui avoir fait obtenir des Vénitiens le titre de gentilhomme (bien qu^il fût dans leur coutume de le refuser aux bâtards) de Tempereur^ la noblesse avec le marquisat de Novare^ et une large assignation sur les droits d'entrée de Milan, il le nomma gonfalonier et capi-^ taine général de TÉglise. A défaut du Milanais ou de Sienne^ qu'il ne put obtenir^ il l'investit des duchés de Nepi et de Castro de Maremma; puis^ démontrant au consistoire que ces villes étaient trop utiles à l'État de l'Église^ il proposa de leur substi* i5ft5 tuer Parme et Plaisance , trop éloignées et toujours menacées août, d'être absorbées par leur puissant voisin; le consistoire y consentit. Ainsi Pierre-Louis eut ce magnifique^ duché, qu'il gou-verna de la façon la plus déplorable. Afin d'abaisser les nobles, d^autant plus qu'ils avaient appris l'usage des armes en servant la France^ il exigea que tous les feudataires habitassent la ville, avec obligation d'y amener leurs femmes à Tépoque du carnaval ; les tenant ainsi sous la main , il les déshabituait du commandement, et les dépouillait de leurs privilèges quand il ne pouvait leur enlever les domaines au moyen de chicanes fiscales. En effet, il priva de leurs fiefs les Rossi, les Pallavicini, les Sanvitali, les Scotti, et même quelques étrangers, comme les Borromei, les Fieschi, les Dal Yerme; des autres, il exigeait beaucoup d'argent, dont il se servait pour construire des forteresses afin de les tenir sous le joug. D'ailleurs, il se iH*oposait pour nK)dèle César Borgia;
Parme (1) et Plaisance avaient appartenu au duché de Milan jusqu'au moment où Léon X se les était fait céder; Charles- Quint supportait donc avec impatience de les voir dans les mains d'un autre, surtout Plaisance, clef du Pô. Don Ferrand Gonzague, gouverneur du Milanais, qui avait une haine particulière contre le pape, excitait l'empereur et lui disait dans une lettre : « Permettez-moi d'enlever quelque ville de Famèse; puis, vous direz que je l'ai fait de moi-même, sans vos ordres et à votre insu, de manière que Votre Majesté sera déchargée de toute res-
(1) Parme avail pour emblème le jeime taureau rouge avec les corneâ dorées ; son sceau portait : Hoslis turbetur quia Parmam Virgo tuetur. En 1470, les hospices furent réunis en un seul, celui des Tanzi. Le Diarium Parmenscy à la date de 148 f, raconte que, tandis que les Turcs occupaient Otrante, le roi Ferdinand leur envoya quatre prostituées atteintes du mal rénérien, lesquelles, accueillie» joyeuieoiâDt, ettpoiscmnèrent TArmée.
lOseptemb.
PIEaRE-LOniS FAANiSE. 9T
poDsabilité (i). )d Son maître ne Tayant pas contredit, il noua une misérable intrigue, et s'il ne la fomenta point ouvertement^ il encouragea du moins une conjuration, ourdie par des gentilshommes des maisons Ânguissola, Landi^ Confalonieri^ Pallavicini. Les conspirateurs offraient Plaisance à Cbarles-Quint (ï), à U condition qu'il promettrait de laisser impunis les meurtres ou les vols qui se commettraient dans ce jour, et recevrait à hommage tous les feudataires de Plaisance (3). Us assaillirent donc Pierre-Louis dans son palais^ et délivrèrent la terre d'un mons^- ^^ ism tre» Plaisance criait liberté, et ce jour même don Ferrand l'occupait âù nom de^l'empereur, comme il était convenu et sous certaines coifditions, qui furent violées comme toujours (4). Octave Fanièse, gendre de Charles-Quint, accourut pour occuper Parme
(1) Lettre du l*' février 1547. Le père Irénée Affô a écrit une F!e de Pierre- Louis Farnèse , où Ton Toit que Gharles-Quint était indisposé contre ce Pierre puroe qu'il favorisait la France, et parce que lui-même convoitait Plaisance depois longtemps. Ferrand Gonzague aussi nourrissait une baine particulière contre lui, parce qu'il l'avait empêché d'acquérir Soragna.
(2) Don Ferrand écrivait aux conjurés que l'empereur r désirait qu'on ne portât |Nu les mains sur la personne du duc... ; qu'il les remerciait de bon cœur de tout ce qu'ils faisaient, et ne manquerait point de reconnaître ce service signalé. » Don Ferrand, qui d'ailleurs ne faisait pas grand cas de la vie du duc, écrivait à Charles-Quint : « Une fois mort, il me semble qu'on devrait peu s'inquiéter de lui .» Il dit qu'il a seulement recommandé d'épargner Octave, gendre de l'empereor, «bien que, dans de pareilles circonstances, où les coups sé donnent sans mesure, il soit difficile de pouvoir garantir une personne. »
(3) ft II ne sera demande ni compte ni raison des meurtres qui se commet» tront le jour de l'affaire, pas pliw que des biens et de l'argent que l'on acquerra n'importe par quels moyens ; ces biens et cet argent seront tenus pour acqtils en bonne guerre. » Conditions accordées an comte Anguissola, 7 septembre.
(4) Afin de mettre en lumière la condition des cités italiennes d'alors', tiouf aimons à citer u les conventions soumises par la magnifique commune de PfAi«' sonce^ et acceptées par rillustrissime et excellentissime seigneur don Ferrand Gonzague, capitaine général et lieutenant de l'empereur en Italie, 10 septembre 154Î, à Plaisance:
« 1. Son Excellence promettra, an nom de Sa Majesté, attendu son dévonfr* ment volontaire et non sans péril , que celte ville ne sera jamais inféodée, aliénée, ou yuom modo séparée de l'État de Milan, quel que soit le sang, fat dignité ou la prééminence de la personne, et quand même il s'agirait d*nn membre de la famille de Sa Majesté, etc.
« 2. Que tous les revenus ordinaires soient ramenés à ce qulls étaient avflnt l'investiture et l'aliénation de cette ville , et les additions faites par ïé pape Paul, et qu'on les perçoive de la méine manière; que ces revctttis ne ptrf?settt (fu&¥h modo être ausjmentés.
« 3. S'il arrive qu'on impose à l'État de Milan deS-chargits extraordinaires,
DOYemb.
S8 SIENIIE.
à rinsu du pape, menaçant môme de s'allier avec les meurtriers de son père; Paul III en éprouva tant de douleur qu'il en mou- 1M9 rut^ et Jules III, son successeur, contraignit Octave à sortir de cette ville. Mais ce petit pays (comme en des temps plus voisins) faillit mettre l'Europe en feu; car l'empereur ne souffrait pas que les Français pussent de là menacer le Milanais, ou plutôt il
qu*OD ne puisse exiger de la ville et de la banlieue de Plaisance plus du ^iixî^me de toute la somme.
<( 4. Que le podestat qu'on enverra dans la ville soit un des magnifiques sénateurs jurisconsultes résidant dans Tillustrissime sénat de Milan, avec le mode, la forme et l'autorité qui accompagnent celui de Crémone.
tt 5. Que les causes civiles soient instruites et jugées dans cette ville, sans qu'on puisse les attirer à Milan, excepté les causes féodales et celles qui dépassent 1 ,000 ducats de revenu.
« 6. Malgré toute disposition contraire de droit commun, que nos statuts et nos lois municipales soient conservés.
« 7. Afin de maintenir la ville et la campagne dans l'union et la paix, en vertu desquelles elles se sont mises sous l'obéissance de Sa Majesté , qu'on efface et qu'on annule tous les procès et condamnations criminelles, quels que soient la cause et le délit, eiiam criminis lœsœ majestatis ; mais que la paix intervienne, dans ces cas où la paix est nécessaire. Là où il n'y a pas eu meurtre ou blessures de propos délibéré, qu'il y ait rémission de tout sans paix, excepté en ce qui concerne l'intérêt et le préjudice des tiers. De même , que les bannis de l'État de Milan, dans les temps passés, soient libres et absous.
« 8. Que tous les biens confisqués soient rendus à leurs anciens propriétaires, car la présente concession les rend capables ; d'ailleurs, s'ils ne sont pas capa* blés, qu'on les restitue à leurs parents les plus proches, comme s'ils étaient morts ab intestat,
« 9. Qu'il ne soit défendu à aucun habitant de cette ville de faire tout commerce et d'exercer tout art autorisés dans la cité de Milan.
« 10. Que personne, contre sa volonté, ne soit contraint de venir, de rester et d'habiter dans cette viUe , mais qu'il ait la liberté de rester dedans et dehors.
« 11. Que le gouvernement de la ville soit rétabli comme il était avant l'investiture, l'inféodation ou l'aliénation de cette ville.
« 12. Que les seigneurs feudataires soient rétablis dans leurs privilèges et Tadministralion de leur juridiction , comme ils étaient au temps des excellents ducs passés de Milan , avant que l'État fût occupé par les Français , en observant toujours, néanmoins, le décret du premier magistrat.
« 13. Que Sa Majesté, /^eryoc/uii temporibus, choisisse, parmi les magnifiques sénateurs résidant à Milan, un des jurisconsultes de cette ville.
a Enfin, que Son Excellence oblige tous ceux qui possèdent des biens dans le territoire de Plaisance, qu'ils soient de Plaisance ou d'ailleurs, même les feudataires , à venir à obéissance , fidélité et union avec les autres citoyens ; que les récalcitrants soient privés de leurs biens, ou subissent d'autres peines comme Son Excellence le jugera plus convenable. •