‹ Histoire des Italiens, trChapitre 149 sur 176 · PIE V · texte numérisé non relu

PIE V

Son choix déplaisait à beaucoup^ soit parce qu'il était la créature des Garaffa^ soit à cause de sa rigueur bien connue; maisi dit : « Nous ferons en sorte que les Romains aient plus de re* grets de notre mort que de notre élection. » Dans la fête dlDUguration^ il était d'usage, par une indiscrète prodigalité^ de jeter de Targent à la populace ; Pie V fit distribuer cette sonnoe aux indigents et aux pauvres honteux. Les 1^000 sequios qw Ton dépensait à faire des politesses aux ambassadeurs^ il les envoya aux couvents les plus besogneux; comme on lui disait qu^il en était blâmé par beaucoup, il répondit : a Dieu ne m'eo blâmera point, d II fit des dons aux cardinaux ; mais il les pria de Taider de leurs conseils et de leur coopération pour relever ilglise, dont les malheurs^ disait-il, avaient leur source dans les funestes exemples du clergé. En répétant : Qui veut gouverner les autres doit commencer par se gouverner lui-même^ il diminua ses dépenses et vécut en moine; il n'éprouvait de plaisir que dans le rigide accomplissement de ses devoirs, dans la méditation et Tadoration ferventes, dont il ne sortait que toat ea larmes. Il fallut les plus vives instances pour qu'il conférât 11 pourpre à Tuii de ses petits-neveux, moine de grande vertu; un autre étant tombé dans les mains des pirates, il le racheta k bas prix, le fit paraître à Rome en costume d'esclave, et lui domn un cheval avec iOO écus; au contraire, il fut prodigue envers les pauvres, surtout dans une épidémie qui régnait alors.

selon rhabitude, il gémit sur la décadence de ceUe ville ; les hommes lui ses* blent surtout dégénérés, et la plupart ne savent 'pas lire. « Il y a sans doote des poètes, des philosophes et des orateurs, mais tels que Ton ne voudrait pas la entendre ; on appelle poètes certains charlatans qui débitent dans les mes da vers lascifs ; les philosophes attribuent tout à la nature ou favorisent la volupté; les orateurs n'ont jamais lu Cicéron ni Démosthène, et tout leur mérite se bone à plaider une ou deux causes. » Dans cette ville, pire lui advint ; car, au moment de partir, il fut arrêté par Tlnquisition qui le jeta dans une horrible prison, où se trouvait, depuis un an, Pompée de Monti, baron napolitain, coupable dt meurtres et d'incendies, mais alors accusé d'hérésie. Caméraire s'avoua luthérien, et l'on entreprit de l'amener dans le giron de l'Église catholique ; le jésuite Canisio lui procura quelque bien-être, et lui donnait des livres pour le converdr, si le dominicain frère Ange le tourmentait, le docteur Donato Staropa, de Milan, lui témoignait toutes sortes d'égards. Un geôlier, nommé Cencio , le préserva d'embûches et de tentatives d'empoisonnement; un médecin, rempli d'humanité, l'assistait, et un inconnu lui offrit de l'argent pour son retour. Il écrivit lui-même une Relatlo 'vera etsolida pour démontrer que Dieu, par des moyens inespérés, sauve les siens des mains des ennemis, et délivre des calomoies. Soo inquisiteur avait été Ghislieri, et c'est pourquoi il se déchaîne contre lui.

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