‹ Histoire des Italiens, trChapitre 150 sur 176 · PIE V · texte numérisé non relu

PIE V

Ce genre de perfection produit d'ordinaire une grande conince dans la volonté personnelle et le désir opiniâtre de dompar œlle des autres. Inaccessible aux passions humaines , toutes es fins qu^l était dominé par l'idée du devoir, il n'avait d'éitrds pour personne. Les cardinaux étaient donc obligés de lui nppeler qu'il n'avait point affoire à des anges (1).

0^ les choses de religion^ disait l'ambassadeur vénitien, il foit en savoir plus que les autres et n'avoir pas besoin de cone3s; lorsqu'il prend une résolution dans llntérét du bien, il la oaintient, et ni raison d'État ni motif quelconque ne l'en déooment; il laisserait ruiner le monde plutôt que de changer l'opinion. Bien plus, un cardinal disait que , lorsqu'il avait idopté ces opinions, il était homme, pour les soutenir, à affroner seul une armée entière, dans l'espoir que Dieu l'aiderait, à iànse de sa bonne intention (2).

11 imposait une discipline aussi rigoureuse qu'aux premiers ours du christianisme : défense aux médecins de visiter trois Us un malade s'il ne s'était pas confessé; quiconque proEuie le dimanche doit rester un jour debout devant la porte de l'église, ^ mains liées derrière le dos ; s'il récidive, qu'on le fustige par les rues de la ville ; à la troisième fois, qu'il ait la langue percée, 9t qu'on l'envoie aux galères. Il expulsa les prostituées; maisi, ^'apercevant que leur absence faisait naître un mal pire, il les f^t dans un seul quartier; le luxe des vêtements fut condam- Dé; il défendit, les étrangers exceptés , d aller dans les hôtelleries, et de donner en fief, à quelque titre que ce fût, des terres del^lise; les dispenses et les indulgences furent grandement ■restreintes; il enjoignit aux curés de ne pas s'éloigner des pa- '^sses, rétablit la règle dans les couvents, et soumit les relipenses à des obligations plus rigides. Secondé par des évoques ^, il améliora beaucoup l'Église d'Italie, et publia un missel 't un bréviaire nouveaux.

En France, coomie les réformés, devenus plus nombreux,

(1) L'ambassadeur féniticny au mois d*août t566 , assista à on souper de "B V :« n mangea <|uatre prunes cuites a^ec du sucre; quatre bouchées de eer- Uws fleurs, arrangées en salade par lui-même; un potage d'herbes ; deux bo«- ^ d'un plat de légumes, cuits dans Teau seulement sans huile ni graisse ; cinq 't^evisses cuites dans du ^in ; au dessert, trois bouchées de poire ou de pèdie ^te. Aucun autre mets ne figura sur sa table. Il but deux fois, mais pas plus %'tui autre ne boit ecmimunément en une seule. »

(2)])épèdie de Vnd Tiepolo, de Borne, le 16 féirier 1566.

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G(mstituaient un parti sous le nom de huguenots ^ et s'engageaient dans une guerre civile^ Pie Y fournit des troupes et de l'argent à la ligue qui les combattait; obtenant, non pas au moyen d'un impôts mais par des prières, 400^000 dacat» de Rome^ autant des ecclésiastiques, et pareille somme de l'État, il arma quatre mille fantassins et mille cavaliers, qui devaient se joindre à mille hommes de pied et à deux cents chevaHx fournis par le grand-duc. Il écrivait à Charles IX : a Nous prions le Dieu « des armées de donner à Votre Majesté une victoire comirite « sur ses ennemis ; nous espérons que, s'il accorde cette faveur a h Votre Majesté, elle en profitera glorieusement pour venger, a non* seulement ses injures, mais les intérêts divins, et punir a sévèrement les horriÛes attentats, les sacrilèges mbominablte a commis par les hugenots> en se montrant ainsi le juste exé- « cuteurdes décrets de Dieu. »

L'armée italienne était commandée par le comte Sfona, de Sànta Fiora, et les vingt-^sept étendards enlevés par ce dief am hérétiques furent suspendus en grande pompe dans la basiliqoe de Latran en 1570. Pie V envoya le chapeau bénit au duc d'AUie> qui combattait les hérétiques en Flandre; contre l*Angleiem, ardente adversaire du saint-siége, grâce aux efforts de la reine Elisabeth, il avait permis d'employer tous les biens de l'Église sans excepter les calices ni les croix ; il se proposait d'aller \\&même diriger la guerre. Ces idées lui étaient inspirées par son siècle et sa fonction. Il se voyait précédé par deux cent vingtneuf papes, que le suffrage populaire et le Sainte-Esprit avaient faits chefs de la chrétienté, tandis que des novateurs de la veille, sans mission ni miracles, voulaient briser l'unité glorieuse. Ces pa][)e5 avaient sauvé la civilisation en réunissant tous les chrétiens contre l'Islam ; maintenant les Turcs se montraient de nouveau menaçants, et les royaumes chrétiens se déchiraient l'un l'autre. Pie V agissait donc comme un général en temps de guerre ^ c'est-à-dire avec la rigueur qui est indispensable pour assurer la victoire; puis il songeait aux moyens d'arrêter l'irruption des Turcs ; enfin, dans une époque si divisée, il put rassembler une armée chrétienne, et remporter à Lépante la dernière victoire que la chrétienté unie ait obtenue sur les musulmans.

Il prétendait soutenir dans toute sa force la bulle In ccena Domini , en contestant aux princes le droit d'imposer à leurs sujets de nouvelles charges; mais, comme les temps et les rois ne voulaient plus le souffrir, il rencontra des oppositions sérieuses.

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