SIENNE
voulait lui-même, de cette contrée, menacer Modëne et Bologne.
La mort de François I""' n'avait pas éteint les rivalités entre les Austro-Espagnols et les Français; son fils^ Henri II, pour faire dépit à Charles-Quint, prit Famèse sous sa protection^ et envoya dans le Piémont le maréchal Cossé-Brissac. Ferrand Cronzague, dont l'orgueil et la fourberie avaient hâté Texplosion de cette guerre, aigrissait les Allemands contre les Italiens, en leur disant qu'après avoir détruit les Espagnols, ils les extermineraient eux-mêmes ; il recommandait à Charles-Quint de ne pas se fier aux soldats italiens^ a gens inquiets, ennemis de l'obéissance, infidèles, » et^ pour sauvegarder la Lombardie , il conseillait de réduire le Piémont en désert (i). En effet, contraint de s'éloigner j^^ de Parme, où il assiégeait Octave Famèse et Strozzi, il vint dévaster le Piémont, où les soldats français paraissaient des saints en comparaison des Espagnols et des Allemands, qui se livraient aux excès les plus horribles. .
Les luthériens, sur ces entrefaites, portaient de rudes coups à Charles-Quint, qui, surpris par eux à Inspruck, faillit se voir leur prisonnier. Lés Français , qui avaient encouragé ce parti, excitaient Robert Sanseverino à soulever Naples ; les partisans de la France relevaient la tête partout. Les mécontents de tous les pays, et surtout les Napolitains, réunis à Chioggia, ne reçu- ^
laient devant aucun moyen pour nuire aux impériaux, et n'hésitèrent même pas à recourir aux Turcs , qui brûlèrent Reggio, Nola, Procida.
Les trahisons, les coups de poignard, les empoisonnements, la corruption, étaient plus fréquents alors que jamais : je les passerai sous silence. Il suffit de savoir que Charles-Quint envoya des forces considérables, qui furent transportées, avec l'argent d'Ajiiérique, par le Génois Doria , et que le Milanais Medeghino y joignit ses propres bandes. L'empereur, qui occupait aux deux extrémités de la Péninsule le Milanais et le royaume de Naples, dominant sur le pape par la crainte des protestants, sur Cosme par le besoin qu'il avait de sa protection, pouvait disposer à son gré des forces et de la politique italiennes ; aussi, comme, dans 'a pensée de tous, sa consolidation devait produire la servitude générale, ses ennemis, qui songeaient à lui susciter quelque adversaire, espérèrent lui nuire au moins en Toscane en soulevant Sienne contre son autorité.
(t) GaiSBLLINfy ^ie de don Ferrand; AdriàIVI, Histoire, liv. ir.
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Cette petite république mériterait d'avoir un historien bien mieux que beaucoup de grands empires , tant elle fut pleine d'énergie, de sens esthétique, de foi, dans ce moyen âge, dont les libérâtres voudraient éclipser la virile activité par réclat de la lumière qu'ils concentrent sur la félicité moderne. Les beaux-arts peut-être ressuscitèrent dans cette ville ; mais certainement elle fut une des premières qui les vit naître et se manifester par d'heureux essais. En outre, ils y conservèrent les traditions chrétiennes , même après que Florence et Rome les avaient remplacées par le style classique et les idées païennes^ Le souvenir de la foule des saints dont elle fut le berceau, surtout après l'institution de l'ordre des servîtes, la rendait si vénérable que, sur la fin du treizième siècle, elle devint un foyer de vie spirituelle. Là Joachim des Pelacani s'était enflammé de zèle pour Marie et les pauvres; le bienheureux Jean Golombini, devenu de gonfalonier de la ville mendiant volontaire, avait fondé un nouvel ordre avec François Vincent; celui de Sainte-Marie de Mon toliveto devait son origine à Bernard Tolomei, docteur en philosophie, en droit civil et canonique, armé chevalier par Rodolphe de Habsbourg, et qui s'était retiré dans la solitude avec Ambroise Piccolomini et Patrice Patrizi. Le souvenir et le culte d'Antoine Patrizi et du chartreux Pierre Petroni, qui, au moment d'expirer, envoyait dire à Boccace de réparer les scandales de ses écrits, étaient toujours vivaces; mais on vénérait surtout cette Catherine qui, avec la même simplicité qu'elle assistait les malades, dont elle suçait même les plaies , allait réconcilier les Gibelins furieux, apaiser les capitaines de bandes et donner des conseils aux papes.
Sienne, même au milieu d'incessantes discordes, donnait encore des signes de cette prospérité qui autrefois la rendait l'émule de Florence. Au moyen d'une digue d'environ douze mille mètres, sur une largeur de quatorze pas, elle arrêtait le fleuve pour former un étang, afin d'approvisionner la ville de poisson, et l'on y transportait de Pérouse 20,000 livres de poisson; néanmoins, comme les travaux, par désir d'un gain excessif, furent faits grossièrement, cet étang, vers la fin de 1492, se rompit d'un côté, inondant le pays circonvoisin et causant la mort d'hommes et d'animaux (Allegretti). Dans ses derniers jours même, elle fit terminer l'intérieur de la cathédrale de Grosseto.