SAINTES
fonda le couvent des sœurs de l'Annonciation ^ lesquelles ne recevaient au parloir, et trois fois par an, que leurs parents les plus rapprochés; la vénérable Battista Yernazza^ auteur de traités et de poésies spirituels; Augustin Adorno qui, avec François Garacciolo, institua les clercs réguliers mineurs et la dévotion de l'adoration perpétuelle du Sacrement. N'oublions pas les dix- huit membres de la famille Giustiniani qui, faits prisonniers par les Turcs, supportèrent le martyre plutôt que d'embrasser la religion de Mahomet.
Dans cette ville, on compta jusqu'à vingt et une confréries, dites casaccie, à cause des grandes maisons où elles se réunissaient, et qui finirent par dégénérer pour lutter de luxe et se livrera des exercices athlétiques. Trois sœurs Gonzague, petitesfilles de saint Louis, fondèrent à Gastiglione-des-Stiviere le couvent des Vierges de Jésus, nobles, sans être cloîtrées, et consacrées à l'instruction, vocation qui les fit épargner par Joseph II et Napoléon.
Les principales familles de Florence illustrèrent leur noblesse par quelques saints. Madeleine desPazzietdes Buondelmonti» qui dès Tenfance se faisait un plaisir de l'obéissance , devint un prodige de perfection spirituelle et de la contemplation des choses extérieures, associées à une profonde charité envers le prochain. Lorenza Strozzi de Capalle, devenue dominicaine, eut de fréquentes relations avec Ochino et Vermiglio , et pleura sur leur apostasie à chaudes larmes; inspirée par Tamour divin, elle composa des hymnes pour chaque solennité de Tannée, qui furent chantées longtemps, traduites même en français et mises en musique. Catherine des Kicci, se dérobant aux jouissances que lui offrait le faste domestique, consacra à Dieu une vie toute d'amour et de douleurs, éprouvée par les contrariétés et la calomnie, puis exaltée par les louanges et l'adoration. Ricci devint un ^ujet de peintures pour Tosini et Parenti au Prato, comme Micheline l'avait été pour Giotto, sainte Humilité pour Bufalmaco , et sainte Catherine de Sienne pour Vanni et Pacchiaroto.
Sœur Angèle de Desenzano, tertiaire de Saint-François, résolut à vingt-six ans, pour obéir, disait-elle, aux ordres de Dieu, de former une nouvelle société ; ayant réuni soixante-treize compagnes des premières maisons de Brescia, elle les plaça, en 1515, sous la protection de sainte Ursule, mais sans règles austères, ni contemplation; prenant pour modèle la diligente
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Marthe, elles restaient au sein des familles^ cherchaient à découvrir les malheureux pour les assister^ visitaient les hôpitaux et les malades^ élevaient les jeunes filles. Les fondatrices^ s'apercevant qu^elles opéraient une révolution, disaient: « Il faut, au moyen de la jeunesse, renouveler le monde ; les jeunes filles réformeront les familles, les familles les provinces, et les provinces le monde. » Cette institution de bienfaisance et de charité exhalait un tel parfum de sainteté , que saint Charles accueillit quatre cents sœurs dans son diocèse. Répandues bientôt, nonseulement en Europe, mais au delà de TAtlantique, elles étonnaient par les miracles de la charité les sauvages du Canada, où elles prêchaient l'Évangile comme dans les capitales de la France et de ^Angleterre; naguère encore, elle faisaient envier aux Anglais les services qu'elles rendaient aux combattants de la Crimée.
La charité trouva un magnanime champion dans saint Vincent de Paul, bourgeois français, dont le nom rappelle tout ce qu'elle a de sacré, de spontané, d'exquis. Ses prêtres de la Mission, institués en 1625, se répandirent bientôt dans la Corse, déchirée par d'atroces vengeances, et dans l'Italie, où le Piémont, le territoire de Gênes et la Romagne offraient un vaste champ à leur zèle. Les bergers qui menaient paître les troupeaux dans la campagne de la Romagne et les vallées de l'Apennin, restaient de longs mois sans sacrements ni prédications, ignorant même les vérités principales de la foi ; les missionnaires les réunissaient le soir pour les instruire dans les étables ou à ciel ouvert, et, les jours de fêtes, ils les appelaient autour de quelques tabernacles pour les régénérer par les rites sacrés (i).
(1) I^ charité à domicile et les visiteurs du pauvre, institutions si louables de notre époque, appartiennent encore à ce moyen âge, qui pourrait nous offrir tant d'exemples s*il était étudié avec bienveillance. Eln 1402, Pileo desMarini, évéque de Gênes, avait institué un ofûce pour recueillir des aumônes et les distribuer aux pauvres de la cité. Cette magistrature de la Miséricorde fut agrandie plus tard, et Ton y ajouta \ office des Pauvres, dont les statuts furent rédiges en 1593. Saint Antoine, non encore archevêque de Florence, organisa, en 144 1, le^ Pourvoyeurs des pauvres honteux , que le peuple appela Bons hommes de saint Maiiin. Distribués dans les sestiers de la ville , ils pourvoyaient à tous les besoins des pauvres, mariaient les jeunes filles, fournissaient des lits, des couvertures, des habits, des remèdes, rachetaient les objets donnés en gage et cherchaient à ramener du vice. 11 était défendu à Tautorité ecclésiastique et civile d'intervenir dans leurs affaires, d'en changer les ordres ou d'en scruter les richesses; car on voulait que tout fût abandonné à la probité des pourvoyeurs et
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Alors on publia d^sî livres d'une dévotion plus réguliàpe^ et dea légendaires éorits avec \\m meilleure critique ; ceux de Pierre Natali, évéque d'ËquiliOs du Milanais Bonino Mombriiio^ de Louis Lippompno, évoque de Vérone, furent surpassés par les travaux de Laurent Surio et des BoUandistes.
La réforme devait pénétrer dans la vie entière; or, s'emparer de rédupation, comme le firent les bamabites, les soniasques, les soûiopes et surtout les jésuites fut un acte de grande habileté» If^s houimes de lettres souffraient avec impatience de voir la jeunesse confiée partout aux dispiples de Loyola; Jean Baptiste Giraldi, écrivant au mois de mars 1569 à Pierre Vettori, blâmait Emmanuel Philibert de ce qu'il avait abeli dans l^inivergité de Turin la chaire d'éloquence et de poésie^, en permettant ^u^ jp? suites de tes pnseigper^ c'esf^à dire de répandra la barl^arl^ (a plus honteuse.
Il est certain que l'éducfition, dans la pratique et tes préceptes, prit une teinte religieuse, inconnue jusqu'alors; ^pdpr hors même des séminaires, op insinuait la vénération pour les cjioses sacrées, et l'obéissance absolue au^ papes. |^PS eiçepr cicps jésuitiques habituaient à méditer , ^ fréquenter les s^r Pfepients, à vouloir les églises élégantes, les rites (}éçen)fp^t célébrés. Sadoleto écrivit en latin un bpn traité sup Féducatipn; un autre, sur les instances de saint Charles, fut rédigé pu langue vulgaire par le cardinal Antoniano, improvisateur admiré (De Véducation chrétienne et politique) ; plus tard, le Siennois Horace Lombardelli publia les Coutumes des jeunes gens.
Mais là surgissait une question qui s'est réveillée de nos jours comme à d'autres époques : convient-il de former le goût deg jeunes gens sur les classiques païens? Les premiers Pères les excluaient d'ordinaire, attend^ Purgence du péril , alors que le paganisme, loin d'avoir encore cédé les armes à la vérité, se présentait dans la société avec la puissance des intérêts, de l'habitude, de la légalité. Ces études déchurent dans le moyen âge; mais il en survivait quelques traces dans les couvents, qui nous ont conservé tous les classiques que nous possédons; puis les ouvrages des anciens reprirent au point de l'emporter sur les travaux ecclésiastiques; quelques individus, par réaction, croyaient donc qu^on devait les bannir au moins des écoles,
à la Providence. Pe ce^^e fnanière, on distribuait 14,000 sequins par anné^, et 10,000 le §iècle suivaQ^. (Passbrini, Histoire des institutions de bienfaisance de Florence,)