‹ Histoire des Italiens, trChapitre 17 sur 176 · GUERRE DE SIENNE · texte numérisé non relu

GUERRE DE SIENNE

Après la chute des Petrucci^ œuvre de Léon X , puis de Ole* 152s ment VH y Sienne reçut un gouvernement populaire : mais , oomme il lui semblait trop étroit, elle profita des revers de ce Clément pour égorger Alexandre Bichi, chef de la magistrature des Neuf; puis, elle plaça sa liberté sous la protection de Charles- Quint, complice de ces faits. Les Florentins, qui voulaient la soumettre, envoyèrent contre elle une grosse armée, d'accord avec le pape Clément; elle fut repoussée par le courage ardent des Siemois. n était déplorable de voir les deux principales villes de la Toscane se nuire mutuellement, au profit de la maison qui ttevait les écraser Tune et l'autre. Loin de s'allier avec Florence pour repousser les Médicis et les impériaux , Sienne fournit de ^artillerie aux derniers ; mais, après la chute de sa rivale, elle comprit qu'elle se trouvait à la merci des impériaux, qui rappelèrent les bannis, lesquels se hâtèrent de punir leurs adversaires et de consolider la tyrannie. Alphonse Piccolominî, ducd'Amalfi, général de Charles-Quint, était réellement le maître de ces hommes hargneux , qui s'expulsaient et se massacraient réciproquement.

Sous le prétexte de mettre un terme à ces désordres et d^ob- iwi vieraux menées qu'y faisait sans cesse la France, désireuse d'inquiéter Cosme favorable aux Espagnols , Charles-Quint , excité d'ailleurs par Strozzi et ses partisans , envoya son ministre Antome Granvelle avec la garde allemande de Cosme, pour réformer cet État. Le gouvernement populaire fut remplacé par une étroite oligarchie, dépendante de Charles-Quint, et par un tribunal auquel présidait un magistrat impérial ; il y mit encore une garnison composée de ses propres soldats, qui, ne recevant aucune paye selon la coutume, et forcés de vivre à discrétion comme en terre ennemie, occasionnèrent plus d^un soulèvement. Cette garnison fut donc augmentée et placée sous le commaiïdement de don Diego Hurtado de Mendoza, grand ami des lettres et l'un des premiers écrivains espagnols.

Ambassadeur à Venise, puis au concile de Trente et à Rome, Mendoza appréciait exactement cette fonction où l'homme est tout à la fois trompeur et trompé ; parfois il s'écriait : Qu'un ambassadeur est un être misérable! A Sienne, il se conduisit avec impudence et orgueil, exilant les jeunes gens d'intelligence et de courage, désarmant les autres, tandis qu'il tolérait les abus des soldats , voleurs et non payés. Il fit périr un certain Politi <pi conseillait de ne pas trop le fêter , et suggérait à Charles-

3â ^ (tUërae de sienne.

Quint de donner Sienne à son fils Philippe , afin que de cette ville il refrénât le pape, la Toscane et le peuple turbulent. Malgré Toppositiondes Siennois, qui réclamèren môme auprès de l^empereur^ il commença à y construire une forteresse : expédients inévitables d'un gouvernement oppresseur. L'ermite Brandano , dit le fou du Christ ^ parcourait les rues en criant : In 'canum îaborant qui œdificant eam. Les Siennois firent de pieuses processions et offrirent à la Vierge des clefs supposées de la ville , ce qui faisait dire à Mendoza : a Qu'ils les lui présentent^ pourvu que les véritables soient dans mes mains. » Ces traitements firent de la ville la plus gibeline une ennemie mortelle des impériaux.

Gosme, qui était Tallié le plus nécessaire de Charles , outre qu'il voyait de mauvais œil les impériaux si près de iui^ désirait

» pour lui cette ville , comme faisant partie de son territoire ; Paul III la convoitait encore pour son neveu iËnéas Piccplomini , et pour mortifier Cosme. Les partisans des Français, réunis à Chioggia^ discutaient sur les moyens de la secourir; on proposait de faire assaillir Orbitello par les Français, afin que le peuple soulevé tuât Mendoza, tandis que les Espagnols sortiraient pour aller défendre la place attaquée. En attendant, les Siennois, qui avaient tenté vainement de rétablir la démocratie, la faction des bourgeois et du mont des Neuf les faisant toujours échouer dans les élections annuelles, formèrent un complot dont César Vajari était le chef, s^nsurgèrent, et, par les barricades et le feu, con-

1552 traignirent les Espagnols à se retirer. Cette expulsion fut suivie de ces réjouissances qui accompagnent d'habitude les triomphes populaires; mais ^ un Espagnol disait en sortant : ((Vaillants Siennois, vous avez fait un très-beau coup ; seulement songez à l'avenir, car vous avez offensé un homme trop grand. » Les insurgés comptaient sur les Français, alors en guerre avec les Autrichiens, et qui envoyèrent des navires de conserve avec la flotte turque pour dévaster ces côtes et les îles, remède pire que le mal ; puis ils entrèrent à Sienne en promettant la liberté. Les citoyens s'empressèrent de démolir la forteresse en criant, les larmes aux yeux : Victoire/ liberté/ France/ Ils firent peindre par Sodoma sur les murs leurs saints concitoyens Ausano, Gaterino. Bernardin, et sur la porte Pispini une vierge bienheureuse avec ces mots : Victoire et Liberté. Enfin ils sortirent l'étendard de saint Sébastien, qui ne figurait que dans les grandes occasions, et « passèrent deux mois joyeusement, sans plus s'occuper de

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