‹ Histoire des Italiens, trChapitre 165 sur 176 · TENTATIVES POUR GAGNER VENISE A LA RÉFORME · texte numérisé non relu

TENTATIVES POUR GAGNER VENISE A LA RÉFORME

ihd concours de noblesse él de peuplé^ malgré le nonce et ses riôhtrancés, » comme récrivait Duplessi's-Mornày. Frère ï^aùl réjoùii^sàit de voir que cette opposition déplaisait aux jésuî- , 'dont il n'est pas de mal qu'il hë'disë en toute occasion ; il ; recours & tous les moyens pour lés faire exclure d'abord, ente pour les empêcher d'être réaamis dans la république. A herchait avec un grand soin tous les livres écHts contre eux, s il écrivait : « Il n'y a pas de plus grande entreprise que nievier aux jésuites leur crédit; une fois vaincus, Rome est se et leur ordre sup{)rimé, la religion se réforme d'elleine (i).»

Liés ouvrages publiés contre Rome à Poccasion de rin'tèrdît lent iin sujet d'allégresse pour les protestants. Melchior Got- ;l, Gasjpard Wàsér, Michel Lingeslem et Pierre trappe s Vn fèlîiîent dans des écrits qu'ils faisaient Irâdiiire et reproduire. Scia- Br, plus joyeux encore, écrivait: a Le §eiçneùr Charles felai'lay t)olot m'a dit avoir porté des livres de Calvin à divers pèrmages de Venise, où beaucoiip connaissent aéjà nos écrits, d répandait la prophétie de Luther dans l'exposition du ohmè psaume: A Venise ^ on recevra l'Évangile; les pauvres et chrétiens opprimés se sustenteront et se nourriront libérale' mi, de manière gie PËglise se multipliera. Dii reste , quiconque a vécu dans ces six deriiières années, t combien les conflits avec Rome ou Taversion pour un pape ^pirentd* audace et flattent de l'espoir de rompre avec l'Églîse. li'ïiômities ne manquaient pas à Venise : tels étaient Octave shtiao âe San-Vîto, juriste éminent et poète latin, qui écrivit lailcoup à l'occasion de l'interdit, en excitant Casauboii à i'i-

ferrent ^ùod superest reverendissimi patris magistrî Pulgeiuii Micantii — ^0 Itûc tlaudttur lapide — eœiesti quod animœ — superno condàur calo — ijpirwi sérenîssimœ reipubitcœ theologttm — quadraginta €t octo annis — inffe — cttjus virtus — servi tanœ religion is nescio un metiUs '• — m ha fis stdùs * ^Ifut^ens dîxeris — otfnagenarius et iertins oèiit scilicet ut — octàvum vir- ''» gràdum et in tertio — omnîs perfectionîs numerum exptevisse — stias — ^^^ syderi vere micahti — P.dom. Micantiits nepospp. 1667', 0) tfetti* txv, 5 juillet 1011. Tontes les lettres des résidents de ceUfe ïfpd- '® parlent de satires, de prédicfations on de discours par les jésuites contre Ta publique, 6t de leurs dfforts pour établir une université à Goritz ou à Ragufte, ^'^ GastiKiione des Stivierê. Enfin parut le décret ducal du 14 juin 160G qui 'l*toissàît de TÉtat* celui du 18 août défendait aux suj<età d'eiiVoyer leurs ^tk aux collèges des jésuite*, iet le demier, au 16 mars 1612, interdil»&1l "^^ correspondance avec eux.

5i6 TENTATIVES POUR GAGNER VENISE A LA RÉFORME.

miter ; un certain Querini, auteur àeVAvispemicieiÂx; don Jean Marsiiio^ .jésuite napolitain apostat, qui s'était réfugié k Venise, où il continuait à célébrer la messe, bien qu'il fût suspendu par le pape(1); Térudit Dominique Molino; un Malipiero^ a hooime de piété calme et sans superstitions, qui accompagnait tous les soirs Paul Sarpi, pour lequel il avait une tendresse et une vénération singulières, double sentiment commun à tous deux (2). » '

Toutes les manœuvres aboutissaient à Tambassadeur d'Angleterre et au fameux Bedell, son chapelain, qui traduisit VBiitoire (le Vvïterâit et celle de Y Inquisition par frère Paul; les tentatives continuèrent môme après que Venise so fut réconciliée avec Home. Jean Diodati, descendant de bannis lucquois, député par TÉglise de Genève au synode de Dordrecbt en 1618, et chargé, bien qu'étranger, d'en rédiger les délibérations, avait traduit l'histoire de frère Paul; Bcdell, Ecclesiœ venetx reformationem speramus, lui écrivait sur toutes ces manœuvres, et l'exhortait à se rendre à Venise , où son ambassadeur et frère Paul désiraient le voir.

Le nonce Ulbadini, au mois de novembre 1608, informait le cardinal Borghèse que deux prédicants de Genève étaient partis pour Venise, assurés d'ôtre bien accueillis par beaucoup de nobles, mais qu'ils avaient reçu Perdre de rétrograder. Ce fui à cette occasion que Diodati publia sa traduction italienne de la liible ; il écrivait : a Je ne suis pas sans espoir d'en faire entrer (( et circuler des exemplaires dans Venise, où l'on a fait à la suce [)orstition une grande l)rècho, par laquelle est entrée la liberté,

(1) »t ni(!r est mort don Jean Marsilio. Ses médecin» dMont que c'est d« poison ; mais , conmic. jr n'ni pas d'autres renspi^enienls , je nVii dis pas davmlagc pour le moment. 0'"*tques prêtre» ont bien essayé de ramener à rétiarter M>s 4i>uvres, mais il a résisté avec constance eu disant qu'il avait écrit pourU \érité, et (pril voulait mourir dans cette oj)inion. Mouftieur Asselineau l'a visité souvent , et ])ourra (lonn(;r d(^ plus grands détails sur sa maladie , |iarre «pie je n'ai pu ni \ouIm, par divers motifs, en rechercher la raiiAe. Je crois qw» si ce n'était pour raison d'I^tat, il s'en trouverait heaueoup qui ft'élanrfnùeot de ce l)ouri)i(M' de l(om(! |M)ur alteiiidn^ à la chne de la réforme; mais celBi<i craint une cliost; et celui-là une autre. Toutefois il ttemble que Dieu jouit de la moindre pari des pensées humaines. Je sais que vous me comprenez saiu oiVa* pli(|ucr davantage. »> {Lettre Je frî-rc Paul, de Venise, le 18 fé\rier 1612.)

(•2) l'uF.HK l'ULGKNCK. — Dans le quatrième livre de la Uliéralure unitiennr de Fosearini, on voit cpi'un grand nond)re de nobles vénitiens, entre Ifs prélats et les moines, culti\aient à cette époque le* sciences sacrées et rhistnirr ecclésiastique, sin* lesqnelli's môme ils écrivaient.

TUlfrAT^IVES POUR GAGNKR VBNISB A LA RÉFORMB. 517

i /jtie Dieu sanctifiera dahsTintérôt de sa vérité lorsque le temps or sera venu. » Quelques mois après^ il écrivait encore ; a J'en ai (t déjà expédié à Venise un certain nombre d'exemplaires, et «j'attends bientôt une plus forte commission. Sur le conseil de « l'ambassadeur d'Angleterre à Venise, je fais imprimer le Noua Veau Testiament à part, dans un joli petit format, pour favo- <c rïser les heureux principes que Dieu y a déposés. Peut-être « devrai-je faire bien plus que de les servir avec la plume ; car il « faudra entreprendre une chose plus forte, plus formelle, et « ies projets sont tous formés, lesquels, comme je l'espère ea « Notiie-Seîgnëur, on mettra prochainement à exécution, d

Duplessiâ'Momay, surnommé le pape des calvinistes français et auteur du Mystère d'iniquité, recevait de ce Diodati un rapport dans lequel il lui disait que, depuis deux ans , il s'occupait d'introduire la réforme à Venise ; qu'il avait Tassurance, par des lettres venues de cette ville, que le pays se trouvait renouvelé; qap des discours très-libres y étaient tenus, surtout par frère Paul, par frère Fulgence et Bedell, de manière qu'on croirait $tre à Genève; que le mécontentement contre le pape contiquait, et que les trois quarts des nobles connaissaient déjà la veritp.

Dé tiquez, compagnon de Diodati, ajoutait: a Frère Paul if nj'assure qu^il connaît dans lé peuple douze ou quinze mille a personnes qui, à la première occasion , se tourneraient cona'tre l'Église romaine; ce sont les individus qui, de père en < ffl$, ont hérité de la véritable connaissance de Dieu, ou les dé- « bris des anciens Vaudois. Dans la noblesse, beaucoup con- «.naissent la vérité, mais ne veulent pas être nommés vivant que a Poccasion de se déclarer soit venue ; ^t la preuve, c'est que « frère Paul, bien qu'excommunié, a reçu l'ordre du sénat de a continuer à dire la messe. » Il ajoute que les prêtres ayant exigé de leurs pénitents, avant de les absoudre, la promesse qu^il^ obéiraient au pape dans le cas d'un nouvel interdît, le gouvernement les a fait arrêter, et mis en lieu où depuis ne s'en e$i 4iui de notweiles ; tellement que depuis l'accord^ ils ont plus fait mourir de prêtres et autres ecclésiastiques, qu'ils n'avoyent fait ett cent ans auparavant.

Link, émissaire de Télecteui* palatin, dont on lit la relation ,da^ les. Archives historiques du professeur Lebrèt, parle de plus de mille personnes, parmi lesquelles trois cents patriciçn^ distingués> qui soupiraient après la réforme; dès lors, les partisans

518 TENTATIVES POUU (lAGNER VENISE A LA RÉFOBME.

des opinions nouvelles pouvaient cqmpter sur trois cents ¥Ota dans le grand conseil, qui rarement avait plus de six centsmeni' bres; si l'on ajoute k ce non^bre les personnages sur lesqu^l^ ik exerçaient de j'iniluence, ils pouvaient facilement obtenir la majorité^ et^ par suite, réaliser leurs désirs.

Cependant^ loin de prendre une résolution à l'égard de la réforme^ il n'y eut pas même une proposition. En offet^ à Venise tout était catholique, Forigine^ le patron, les fêtes nationales^ les beaux-arts : là^ on déployait la plus grande pompe dans le» solennités; là, depuis longtemps^ existait Tinqûisition contre l'hérésie ; là^ pour la croisade perpétuelle contre les infidèles;^ la religion se greffait sur la politique ; là^ presque tous les citoyens appartenaient à des confréries y dans lesquelles le plébéien se trouvait non-seulement égal^ mais supérieur au noble et au sénateur. Dans un pays où Pesprit public s'identifiait de la sorte au catholicisme^ un gouvernement éminemment conservateor pouvait-il songer k la révolution ia plus radicale? Nous avons mentionné brièvement beaucoup d'actes^ très-hardis sansdoute; qui se produisirent à l'occasion de Finterdit ; mais ils révélaient la soumission chrétienne et le désir de $e réconcilier avec Home; du reste, quiconque voit juste reconnaîtra qu'un culte qui bâtissait alors tant de magnifiques églises ne pouvait succomber.

Diodati, qui vint à Venise en 1608^ trouvâtes choses beaucoup moins avancées qu'il ne l'avait espéré, et cependant il comptait encore sur le succès; ces deux religieux, dit-il, font des efforts inouïs, mais la vénération pour les moines est encore trop enracinée (i). lùifin, il avoue « qu'il a découvert à fond le sentiment de frère Paul, lecjuel no regarde pas comme nécessaire uue

(1) (îcs (hUiiils »« lr(MP.eiil dans les Mémoires cit«ii. Voir aussi iiUcketnàt Zuslàtide f^enetii^i zu AnÇang des XVU JaltrliunUei ts , dans les HislorUcke poLuisclic UldlUiv fur das KatUoUtche DmtsclUand; Munich, lS4:i.

Ce jM>iiit u été Irai lé daiis Ick Ménwirt:s /tisioricfucs et liuér aires de la iocli^' allemande de Kon'uherg, pur G. MoilMCKE,A't'/'jttj/«e zu A nf an g des XVuM''' liundcrtSy etc.—- Tcntaûve.s jattes au commencement du dix-septième siècle j>(f**^ introduire la réforme à Fenlse^ avec deiuu lettres inédites de Jean Diodati poi*'' éclaircir l'histoire et le caractère de frà Paul. (k'S lettres, qui parlait du wTa|;<' de Diodati à Venise au mois de septembre lOOH, fur«;nt doiiuées par uodeM^** descendants, proi'e.sseur à (îenève. 11 dit que Paul ue veut {Nis se déclarer, aiic guant qu'il pourrait m\v\i\ savoir secrètement la doctrine et autorité papa/et, <^'' (fuoi il a extrêmement profité. Quant à frère Micanzio, sans doute U aurait ejfectué {fuel</uc notahle exploit, s'il n^ était continuellement contrcpesé par la l^f leur du P. Paul,

SENTIMENTS REUtilEUX DK SÂHPf. 519

^fession formelle ^ puisque Dieu voit le cœur et la bonne innatioD. » L'apostat de Dominis écrivait lui-même à Jacques l^' ^.tigleterre que Sarpi a n'aimait pas à entendre parler de lotissement excessif de l'Église^ bien qu'il abhorrât ceux qui Fendaient comme de saintes institutions les abus de cette :lise. p

Nous avons de Sarpi^ outre ses histoires^ des faits et des lettres i inspirent très-peu de confiance sur sa foi. Nicolas Vignerio ani fait imprimer une dissertation contre Baronius^ Philippe naye^ ambassadeur de France à Venise et Tami de frère Paul, rivait au seigneur de Caumartin que ce livre avait offensé la igneurie parce qu'elle se voyait comptée parmi ceux qui s^é talent parés de TËglise; cependant frère Paul applaudit^ et peutre travailla à cet ouvrage de Vignerio et à son exposition de ipocalypse, dans laquelle il trouve que le pape est TAntechrist ; L crut même que Sarpi avait fourni les matériaux pour le libelle ^laisd'Ëdwin Sandis^ sur Tétatde la religion en Occident, dans quel il traite de superstition et d'ineptie la piété des catholues, et surtout des Italiens(i).

(1) Hugues Grotius louait beaucoup ce livre, et il écrivait : Sandis quœ habuil riositipse, sed ea ex colloquiis viri maximi fratris Pauli dîdicerat. Item ad quœtm eapita notas addidit, jam egregias in defœcando jiidicio (Ep. 388, p. 865). sOrotiuSy étant ambassadeur en Suède, eut dans ses mains, et transcrivait à TORS amis un passage d'une lettre de Sarpi à Gillot, 12 mai 1609, ainsi conçu: I qwun liàtriatem in lialîa oui retinemiu aut usurpamus, totam Franciœ debe" us. Vos et dominationi resistere docuistis, et illius arcana patefecistis. Majores ostri prs fiUis liabebantur olim , cum Germania , jd/tglia et nobilissima atta *.gna servirent; ipsique servitùlis instrumenta fuere, Postquam excusso jugo^ illa ibhertaiem àspirarùnt, tota vis dominationis in nos conversa est. Nos qtàd iscere ausi fuîssemus contra ea quœ majores nostri probaverant, nisi vos sub' tnissetiê ? sed utinam omnino subsiMis ifcstris utipossemusi (Ep. 574.) Les lettres de Sarpi ont été publiées à Genève avec Tindication , Vérone 673, puis à la suite de V Histoire secrète de frà Paul, Elles sont adressées à ^Bie Groslot» seigneur de l'Ile, ami de Casaubon; au médecin Pierre Âsse- ^i>^; au Buguenot François Gastrin; à Jacques GiUot, conseiller au parlement ^ Paris. Leti, dans la vie de Gromwell, s'attribue la publication de ces lettres. Niques écrivains en ont contesté l'authenticité, et d'autres les ont supposées ^fc^olées. Après avoir examiné les raisons contraires, je les crois autheutiques, ^ Bion opinion est grandement fortifiée par ce passage du fameux Bi^le, dans t lettre à M. Sondré, 21 septembre 1671 : Frà Fdul a été un des plus grands "^^fùnesde son temps. On a imprimé ici ses lettres; mais on eroU qu'on arrêtera ^''^edsion , à cause que messieurs de home y verroient qu'il entretenoit com- ^^àeuvec ceux de notre religion... et qu'ainsi ils récusèroient son témoignage '^kant t histoire du Concile, que nous leurs opposons. Ce fut mie des raisons

520 SENTIMENTS AELIGIEUX DE SARPr.

Lorsque Priuli , ambassadeur vénitien è Pam ^ quitte b France, François Biondi^ son secrétaire, emballa beanciHqi'de livres bérétiques; plus tard> ceBiondi , accompagné de Domkiis, se rendit eu Angleterre, où il apostat. Priuli lot refopboé comme ambassadeur par cet Antoine Foscarini^ trèsrliéavtt les hugenots^ et qu'une bévue fit décapiter; il eut pour successeur le chevalier Giustianini, que frère Paul signale <^onmie;}«piste, en ajoutant qu^il faut a se s&cnr de celui de Turin pour faire quelque chose de bien en faveur de la religion (4). to

Cet ambassadeur était Grégoire Barbarigo^ Tami dévoué de Paul, qui voyait en lui c( une des âmes les plus tranquilles, noaseulement de Venise, mais de l'Italie ; » néanmoins oal'^enin^ bientôt en Angleterre, où il mourut, en le remplaçant parGiBsoni, et Paul avertissait Groslbt de ne pas cotnmuqiquer à ce dernier (( les choses d'Évangile, à moins qu'elles. ne fussent mêlées à celles d'État et de gouvernement, d C'est dans la- naôaie balance qu'il pèse les différents ambassadeurs. : >^

Les individus qui se flattaient de la prochaine conveps^oade Venise au protestantisme virent un bon signe dans les rapports qu'elle établit avec les Pays-Bas soulevés , dont elle ï^çiit tin ambassadeur (21), ce qui donna du crédit aux insurgés; niais

^ui obligea monsieur Dallez à s'opposer à Cimpresùon de ces mêmes Uttres; quoique, au reste^ il eût beaucoup de passion pour la gloire à frà .Patd, qu'il avoit autrefois connu très-particulièremsnt à Venise lorsqu'il conduisit les petiuneveux de monsieur Dupiessis-Murnay.

Je ne crois pas authentiques les Lettres inédites choisies, iippriniées à CapoLigo en 1847 ; car le style est rempli de Iropes, et le tour difl'érent de celui de frère Paul : elles me paraissent de mains diverses. Elles sont précédée^ d'une Vie de Paul i^ un anonyme qui répudie le bon sens. le plus vulgaire^ pour débiter contre Rome et les prêtres les injures les plus gros^ièi'es. Les lettres de 1G73 lui semblent authentiques ; bien qu'il exalte Paul pour son aversioji contre Rome, il nie qu'il songeât à faire Venise protestante, et pense qu'il ne conyenait pas d'abattre la domination de l'Église : « Il est vrai que la politique ron maine se monti^ait incertaine et vacillante ; toutefois elle était nécessaire au tt contre-poids politique de la Péninsule, et contribuait à conserver l'jndépeu- A dance agonisante des gouvernements nationaux de l'Italie. L'État pQntiiical K était un gouvernement national, qu'il fût bon ou mauvais» luais ipoui'jors « temps plutôt bon que mauvais, et sous lequel les peuples vivaient mo^ns m^ltt heureux qu'ailleurs, surtout que sous la domination des étrangers : on n'aurai! « pu le renverser sans faire naître de graves désordres. »

(1) Lettre Lxx, 13 septembre 1611. . : , .

(2) Mornay, le 3 octobre IGOO,. écrivait à l'ambassadeur. l^lUpdais,,qi}i lui demandait des lettres de recommandation : Pour adresse, je ne la Dousjjuisdon'

SiˣiTlMJiNTS &BUGIEUX D8 SABPi.

e'ébdi là une masure politique. On eq>érait que Beiiri IV, à

'^suiie de son iniaiitié avec la maison d'Autriche, y favoriserait b

.léfbmie; mais, contre toute attente, il transmit à la Seigneurie

«éttîÉienne une lettre de Diodati, lequel exposait en détail à Du-

nnd^ pasteur à Paris, tout ce qu'on avait tramé à Venise; il

iifHnaaait comme adhérents les principaux citoyens, en disant

-^e ses efforts et ceux de frère Fulgeoce seraient bientôt cou-

iumpés de succès, et que si le pape s'obstinait, Venise romprait

définitivement avec l'Eglise catholique, ce que désiraient le dogê

'ôtquelquessenateurs(i). Cette dénonciation directe contraignit le

-gouvememeoi à prendre des mesures; les papalins remportent»

iSarpi eist. découragé et gémit : « On ne saurait croire, écrit*il^

4iftout Ip mal que fait cette lettre. Si la guerre éclate en Italie,

«tant mieux pour la religion, et Rome craint cela; TinquisUion

« cessera et l'Évaogile triomphera (â).i> Ailleurs il dit: «Lesoc-

■•casicuis sont perdues y je dirai mortes et ensevelies ; Dieu seul

a peut les faire renaître ; s^il lui plaît d*agir ainsi , j'ai accumulé

0 et ipréparé les matériaux selon les occasions (3i. »

.HMT'ifuilUure qu'an "oiin érable père Ptutlo, directeur des meilleures a ffairei.., auquel, avec le zèle de Dieu , vous trouverez une grande prudence conjoiitcte : niais il faut C exciter à ce que tune enfin emporte t autre. Vous avez aussi le père FulgenziOf qui n'est que feu y prêcheur admirable. (Mémoires, 393.)

Pâllarîcino , dans la permière édition de V Histoire du cûncile de Trente , asffirott que frère Panl aTait dît à l'ambassadeur hollandais qu'il était heareux de voir le représentant d'une république, laquelle tenait le pape ponr Antéchrist ; mais il reconnut que Tanecdote était fausse, puisqu'il la supprime dans les éditioiks suivantes. Bayle la rapporte à l'article Aarsens. Vittorio Siri dit avoir trouvé dans les archives de FVance beaucoup de traces de la faveur aceordée '^àr Sai^ aux hn^enots, surtout dans les registres du nonce Ubaldini; ii ajoote Wâne que ce nonce, attentif à découvrir ses traces, chercha à se procurer de ies lettres orighialei pour Tatcuser d'hérésie devant le sénat vénitien. ' '-'(t) €ë fait, nié hatdiment par Voltaire et Daru comme une lâcheté indigne lilé Henri IV,- est mis hors de doute par les Mémoires de Momay. ' ' ' (ay Lettre XLtr, au seigneur de l'He.

'(ii) Lettre LX, au même. Voir aussi les Mémoires de Momay, X, 386, 390,

* '^^9 456/546, et Conrrayer, dans luFie de frère Faut, qui précède sa traduction

*^âk'YÉUt6iré du concile de Trente, p. 66. Peu de jours avant l'assassitoat de

^cMHV, Sarpi écrivait : Nulli dubiùmquin, sieut Eeelesia -terbo formata est,

^iùt ikrba rite reformeàur. Attamen, sieuti magni morbi per contrarios darantur^

^'iUiîà'AéUo spes; nom extremarum morborum extrema remédia. Hoc mifti erede

e propinquo res videnti. Non aliunde nostra salus jrro^enire potest, (Opp. de

frère Paul, vi, 79.)

■VkaiWtaï^ lettre; eu regrettant lar mort de SfuHy, il dit qu'il Tainmit « pour À'te'frîhoièté dans sa religion. » Quant à Jacques \*', il écrit : « SUe rei d^Angle-

522 SEMTIlfENTS RELl&lKUX DE SÀRPI.

Dans ses lettres de cette époque, il se plaint que le pape [urocède lentement, de manière que les politiques sont fa^orAles à la paix^ surtout devant les menaces des Turcs : a Je ne vm a d'autre remède, pour conserver et alimenter le peu qui restej tf que dans l'arrivée de beaucoup d^agents des priiicipauxréfo^ a més^ et surtout des Grisons, parce que les derniers feraient la «(propagande en italien (i). j.a république négocie une ligué a avec les Grisons ; on pourrait faire quelque chose parcette voie « s'ils demandaient Texercice de leur religion dans Venise (2).» Mornay le blâme de son découragement, en ajoutant que, de cette manière, il mourra avant de voir son œuvre accompiie (3).

Il est certain que le conflit avec le pape pouvait s'envenimer; les protestants étaient dans l'ivresse^ et Gasaubon invitait Joseph Scaliger et Scipion Gentili de se réjouir de ce qu'au milieu de Venise il avait surgi un aussi magnanime combattant des sophistes^ pour manifester les paralogismes au moyen desquels ils trompaient le monde {A) ; mais le fameux Sully, bien que

w terre n'était [>as docteur, ou pourrait en attendre quelque bien, et ce serait là <i un heureux commencement, parce que TEspagoe ne peut être vaincue que « lorsqu'on aura fait disparaître le prétexte de la religion ; or, il ne sera possible « d'enlever ce prétexte qu'en introduisant les réformes en Italie. Si le roisaTUt « faire, il réussirait facilement à Turin el ici. » (Lettre LXXXViil.)

(1) Lettre LI, 12 octobre IGIO.

(2) Lettre LXXXViii, 2d mars 1012, à Groslot. Pour de plus amples détails, voir V Histoire secièle de la vie defrà Paul Sarpi, écrite par M. G. FONTANUn, et documents y relatifs ; Venise, !803. C'est une œuvre posthume, et l'éditeur ardiipi être Ferrario raiiiionce ainsi : << Qui que tu sois, lecteur qui entreprend» V. de parcourir ce Vwrc, il ne suifil pus que tu aies de l'amour et du zèle pour la «< religion, que tu sois fidèle et attaché aux gouvernements. Bon catholique et « bon citoyen ) ce livre te plaira . il enh'.ve un grand masque, il met à nu ua tt grand imposteur, il montre un grand impie. »

Ce Foutaniui donne frère l*aul comme le type de l'hypocrisie, parce qu'il ue veut se servir <tdu caractère sacerdotal el de sa vie exemplaire que pour accréditer dans l'opinion publique sa qualité d'homme de bien, avec le dessein secret de semer en toute sécurité ses do<!trines, sans avoir à craindre qu'elles soient jugées contraires à la véritable croyance, etc. »

(iJ) Lettre du (> mars 1011 {Mémoires, x, 109). Voir encore les Lettres di' piomatiffues de Ijentivog io, du 27 février 101 î).

(4) Magna Deo gratia y cjuud mediis P'enetiis virum niagnanimiim , magnum iliuni Paulurn excitavit , qui teler rimas sophistarum fraudes , et paralogii'ffos (pùbus orhi cUristiano illuditury pain m faceret. Pulo vidisse te opuscula iiuf^^ Pauli , meo jitdico prœslantissiniay et dignissima quœ legantur a te. LietaUru si:io, t'inia^no livroi votis fnvebis fuis (Ep. i" i, du 7 novembre 10U6). Peu de joins avant, il écrivait que l'ambassadeur Pierre Priuli l'avait appelé à Venise, où

VENISE EST RÉCONCILIÉE AVEC HOME. 5St9

bi^ei^)^ se plaignait qu^il sapât ^autorité du pontife parmi le^ ¥éàUiensj lesquels, s'ils avaient manifesté le désir d'apostasiç, auraient été secourus par les Turcs, les Grecs, les évangélistes fii tes protestants de fout pays, d'où serait venu un incendie comniû au temps de Léon X et dé Clément VII. Sully se poi^cert^t donc avec les cardinaux Joyeuse et Duperron pour ^v^ pécher que ces germes se développassent en Italie , et réconcilier Venise avec le pape (i).

ÎJn danger si grave affligeait profondément les âmes pieuses. Augustin Valier, cardinal de Vérone, et Mathieu Zane, patriar» che de Venise, en moururent de douleur. Bellarmin laissa (le côté ses controverses avec les hérétiques pour réfuter les libelles A&ssept théologiens de Venise. Soutenu par cet illustre jésuite ^t Baronius, Rome fit encore des préparatifs armés, jusqu'au cornent pli Tempereur et le roi d'Espagne intervinrent avec les ducs de Savoie et de Florence pour rétablir la paix. Les prisonniers furent livrés au nonce pontifical, qui partit avQC des instructions très-modérées; il annula tous les décrets contraires ^ux droits du saint-siége, rétablit les religieux, excepté les jésuites, et Venise ne fit aucun acte d'humiliation ou de rétracta- (ion , mais usa de tempéraments.

Jacques P' d'Angleterre, roi tliéologastre, publia YÂpolojgia pro juramento fideiUaiis dans un sens hérétique, et l'adressa à

il se réjouûsait de pouvoir rencontrer magnwn Paulum, quem Deus necessario temporê ad magnum opus fortissimum alUUtam excitasset, etcontinne surce>ton. Il ècrÎTait à Sealiger ( Ep. 480, 2 mars 1G07) : Fidistine quœ Venetiis prodiere scripia a paueis mensibus?Ego cum illa Ugo ^spe nescio qua ducor fniwrwn fortasse UUc aliquando iîteris sacris et meUori iîieraturœ locum, Jlirum dictu quam mtdti tam brevi tempore atiimian ad scribe ndum applicuerint. Atqui nemo erai qui existimaret ex ea urbe unumaut alterum pcsse reperiri earum rerum intelligentem^ qitœ a doetrina loyoiitîca abltorreni tantopere. Exitum ejus controçersiof cum hœc scribebam, omnes {le'Édipoi in hac urbe exsvectabant, Deus ad gratum sibi Jinem omnia pertlucat. Dans Tep. 4$4, da 19 mars, à Seipion GenCRi : O viras f o exactam earum rerum cognitionem^ quas iti iUis oris nemini pulabant plerique esse notas! multa legi... omnia probavi et iatuiavi, sed inter omnesmirum di^u quantum judicio Paulus excellât ^ quem scimus virum ^fse doctissimum, vi/œ in" nocentisAmœ, judicii tenacissimi. Httjus si scripta legisti, ecquid de vestra ItaUa sperarê incipis? Scaliger, en lui rép<mdant qu'il a tout lu, ajoute : lu illis auetùribus très palmam ebbnent : Paatus servita, JUarsiiius neapolitanus, Antonius Querinus patridus. Certe quomodocumque iit amicitiam coea/ti ilùt'duœ pewtes, nwiquam cotre poteruMt in cicatricem Ula ruinera, numquam stigmaia deteri, quœ pontifex accepit. (Ep. 131, du 22 mars 1607.) (1) Mémoires de Sully ^ t. UI, p. 27.

524 VENISE K^ -Ricmctuiiî avec &oic£.

toutes les cours. Le toi d'Espagne et lé duc de Savoîé tëtûûmi de la recevoir, et le grand-duc de Toscane la Rt brûlérj les VénAtiens imaginèrent la combinaison suivante : rambassàdedrdot la présenter au conseil^ où le doge la reçut comme téinoîgnâge de bienveillance envers le roi; puis on la transmit au glfând chancelier^ qui Tenfenna sous clef. Le nonce apostolique <2e8ri présenta au conseil la censure que Rome avait prononcée contre ce livre, et demanda qu'il ffit prohibé ; le conseil lui coittmûniqua ce qu'on avait fait , et défendit verbalement au chef des imprimeurs de le vendre. L'ambassadeur en fut indigné, si bien qu'il fallut envoyer exprès en Angleterre François Cohtarini, dont les explications furent si sincères que le roi loua la conduite des Vénitiens (i).

Les espérances de réforme s'évanouirent , et frère Paul se modéra, bien qu'il ne changeât point de sentiments. Ennemi juré des jésuites, il dit : oU est certain qu'ils absoudraient le diable même de toute faute , s'il voulait vivre en bonne intelligence avec eux; ils se vantent d'avoir bientôt à Constantînople autant de pouvoir qu'en Flandre (2), » H écrivait au seigneur de rile : a J'ai toujours admiré la politique des jésuites et leurhâ- « bileté à conserv(;r les secrets. Il est très-important que leurs « constitutions soient imprimées , et cependant on ne peut en « voir un exemplaire. Je ne parle pas des règles imprimées à «Lyon, véritables puérilités, mais des lois de leur gouverne- (i ment, qu'ils tiennent si bien cachées. Chaque jour des jésuites <i sont renvoyés de la compagnie, et beaucoup la quillentpeu « satisfaits ; néanmoins, on ne découvre pas leurs artifices. II « n'y a pas, dans le monde, d'autres personnes qui travaillent <i ainsi pour une môme fin, qui soient dirigées avec une si grande « sollicitude, et déploient dans leurs actes autant de zèle et de a hardiesse, n

Un écrivain publia les Sécréta monita, œuvre de pure invention; mais racbanirment n'obscurcissait pas tellement dans Sarpi la hmiière de la raison qu'il n'(;n r(;rnarquàt Tabsurdité : tf Je Tai parcouru ce livre, dit-il, et il m'a semblé contenir des cf choses si exorbitantes que je garde un doute sur la vérité de « ses assertions. Certainement les hommes sont scélérats, mais « je dois ni'étonner qu'on put supporter dans le monde de BÎ

(1) MOROSINI, J/islohf, \\\. 18, j). fiOî).

(2) LeiOes LV «I XI, XII, au seigneur de V\U'.

SARPI ÉTAIT-IL UKaÉTlQUj: î Ô:S^

.y.gr^Ues perversités. A coup sûr nous n'pa avons pas vq 4^ 5 pareiUles en Italie; peul-;êtpe ailleurs sont-elles pires,; maiSj, s'il .^pn était ainsi, ce serait à la grande hpnte de Wtaliç,. qui ne le ^ cède à aucune autre nation. »

I ..Qjuicopque n'établit aucune distpction. entre les jésuites et i'Égiise doit condamner au bûcher frère Sarpi ; m^^is il f^ut voir en.lui. un. patriote ardent, ^nemi d^ l'E^pagqe, ej^ par suite» ài^ ji^uites, qu'il croyait incarnés dans, cette. puissa|M*e. Au çour traire^ il se montrait favorable aux protestants, parce que^ dan^ lç.3 guen^es d'alors, ils cpntre-balançaiept la maison d'Autriciie. Hier encore (1856) le monde ;)e faisait-il pas cause oomn|iune avec les Turcs, par cela seul qu'ils étaient les ennemis de la FLqifsie? Sarpi avait une aversion excessive contre la cour ronaaine, qu'il, f^t bien, qu*on le veuille ou non, distinguer de r%lise. Jj^onius et Bellarmin, les champions de cette cogi^i lui.ija^iqent wt^nt de répugnance qu'il est bienveillant à l'égard de Tqanp et.de Perkiuson ; il se raille des miracles^ tandis qij^il apjglauçUt.les huguenots, mais il est encore bien loin de î'apQ$t%sje. L4 réforme qu'il désirait consistait dans la discipline p)us que.4^s les dogmes, sur lesquels, .comme il €|St probable,, il croyait pouvoir fixer l'attention d'une Seigneurie toute p<)3itîve et l'ennemie .des changements. On peut dire que Sarpi fut rationaliste plutôt que luthérien ou calviniste; car il tendait à vénérer, sa propre raison plus qu^lne autorité quelconque^ et pai* suite Xç\^^chef continuellement la vérité sans irouyer jamais où se

jrçpqsjer,..,. ......

j I Son, J^Utoir^ d(u concile de Trente ,porta un des coupa les plus limettes A oçlleqvi'il appelait meretriXy bestia babylonica,. Dés son enfance^;, il avait dû entendre, discourir.sur ce faj^ comme étant.d^. la plus haute importance pom^ l'Église; p^f ^ It.Mantoue, il vécut dans l'intimité de Camille Olivo, secrétaire; du qar- 4iaal:Gonz^gMe, un des présidei;its du concile, ^t d^s^Veniae il :içp]inMt,partiçulièremei;Lt des ambassadeurs de p^iaces^. JLes.hish tQiin6sdéi^:pubUéçs,;Sans mémeexpepter çellç deJes^n Sleid^o, ;(]u'il. préfère à toutes, lui paraissant inçi^fisantes ppufr fajre connaître yiliaie.de'o^re si^Uy il sC: .propose., jdft raçon^rf Jles 4^ai^ea et i;uanége^ d'une: cQ^vocatijO^ eç^ljàsiastiq^q que les ^ns iet^es,m.utfes^ipour des fins .^ivers^s et p^rj.rte^.ipçiyQn^,,dijperents, ont poursuivie ou sollicitée, empêchée ou différée dans le cours de vingt et un ans; en^ cette as;semblée, t^;tô(,|^unie, tantôt dissoute, toujours pfi^ctuçQ d§ti^ dj^ff I^yts (liy^ pendant

i546 SON HlSTOmE DU CONfilLT? DE TRENTE.

dix-huit autres années, a revêtu une forme et produit tlti rtshltal entièrement contraires aux desseins deâ personnels qA)^éà provoquée, et à la crainte dfe ceux qui Tont troublée pst tbiiski moyens : d^où ressort avec évidence cet enseignement, quil fidt concentirer les pensées en Dieu et se défier de la pensée humaine. En effet , ce concile , désiré et obtenti par léè Winfltes pieux, afin de réunir l'Église, qui commençait à se diviser, »S bien établi le schisme et jeté Tobstination dans lés partis qtfH lies a rendus plus hostiles et irréconciliables. Dirigé par les {Mces dans le but de procurer la réforme de Tordre ëcclésitutiqâe, il a causé la plus grande altération qu'on ait vue depuis qile le noni chrétien existe. Les évoques, qui espéraient refeouviéH'aili lorité épiscopale, passée en grande partie dans leis mains isetite$ dii pontife rôniairi, Toilt perdue entiérenient^ let sont tiédilitsà une plus grande servitude ; au contraire, craint et rëpcMi^piflft cour dé Rome comme le moyen le plus efficace de resbieiodfê sa puissance exorbitante^ parvenu successivement de finbtes commencements aux dernières limites, ce concile a si bien étt» bii et confirmé cette autorité sur les peuplés qui lui restent sotimis^ qu'elle n'a janiais été ni aussi grande^ ni aussi bien èft* ia'cinée. »

Il composa cette histoire avec beaucoup de patience et de soin ; comme il était d'usage alors, il puisa sans scrupule datt les historiens précédents, Jove, Guicciardini , Tuano, Adriani, surtout dans SIeidan, très-hostile à Rome, et qu'il traduit souvent; mais il les compléta par de précieux documents et les rapports vénitiens. Il relève les faits par des observations personnelles. Dans une époque de violentes diatribes, il cx)nserve un calme apparent, conime s'il ne raisonnait que sur des faits et des documents. Ce mérite trompe les personnes inexpérimentées, séduites surtout par son style facile et simple, par les saillies dont il anime le sujet. Ses railleries mordantes et sa vivacité continuelle bannissent l'ennui qui jette un voile obscur sur les autres ; il s^efforce d'éblouir pour qu'on n'ai)erçoive ni ses erreurs ni ses contradictions ; entin il dispose tout, non pour dégager la vérité des térièbres, mais pour obtenir de Teffet, au point d'altérer les documents dans le but de les faire servir à son opposition systématique et aux intérêts politiques de son pays.

Si, dans cet ouvrage, il n^embrasse pas résolument un symbole protestant, il se détache du dogme catholique et conduit

JUaEMENT SUR CETTE HISTOIRE. 527

à lliérésie et au ratioDalisnie^ puisqu'il veut rrinterprétation pçrsoimeUe des Écritures sacrées sans tenir compte de la tradi^ \ipfk : il répudie lés livres deulérocauoniques^ méprise la Vulgàte^ et sépare^ comme les réformés, l'exégèse de la doctrine des Pèi;e3. Quant au péché originel^ à la grâce, à la justification^ aùi aiîtres dogmes, il copie littéralement le théologien Martin Cheionitz, un des hommes les plus furieux contre le concile. N^ YOyaiit le véritable christianisme que dans TÉglise primitive^ il deouinde ^u'on en rétablisse la croyance et la discipline, en ppQoamnant comme des intrusions humaines toutes les institua tidn^ ôiie cette Église tire de sa vitalité toujours fraîche. Il veut que l'Ëglise soit soumise au pouvoir territorial comnxe dans les

t)^aiiérs temps^ sans songer que les rapports entre TÉglise et 'État^paîeii pu juif, devaient différer grandement depuis qu'elle âyait complété son.développement. Dès lors, sa conception de la hiérarciiiey de. la juridiction spirituelle, de la suprématie, de là soolastique, du monachisme, n'est ni historique ni ecclésiastique.

La hiérarchie, dit-il , ne s'est consolidée que par l'ambition des papes, par la faiblesse et l'ignorance des princes ; loin d'être utile aux peuples, elle ne leur a valu qu'oppression et tyrannie; lé clergé, dans le moyen âgé, au lieu de favoriser le sâvoir, les arts et l'humanité, faisait tourner à son avantage exclusif les écoles et les collèges. Il se déchsdne à tout propos contre la cour romaine et les prétentions ressuscitées par elle , sans s'apercevoir qu'elles étaient l'expression de la restauration religieuse alors commencée. En un mot, il est le précurseur des écrivains qui ont demandé que les princes fussent indépendants de toute iàXotïlê ecclésiastique, et dont les idées, après avoir grandi dans le siècle dernier, furetit exposées doctrinalement par Febronius, r^Ùsées par Joseph IL Aussi, comme Ta dit Ranke, les princes et les ennemis du catholicisme doivent les plus grands remerdmentsà Sarpi; en effet, il a consohdé le pouvoir absolu des premiers, et fourni aux seconds des armes d'autant plus meurtrières, qu'elles sont aiguisées par un catholique.

Représentant du parti anliecclésiastique , dont il est le type, il le surpassa, sinon par l'acharnement , au moins par TintellifjbUcB et le mérite original de revêtir d'une apparence catholique un ouvrage où chaque période fût un dard contre l'Église catholique ; bien plus , son histoire est la première qu'on Ml écrite dans un but arrêté de dénigrement, et qui s'applique h

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