CÉSAR BARONIUS
Sarpi a tout critiqué. Là où il ne peut nier, il est faible, puis il dissimule des objections et certains documents ; outre le désavantage de récrivain qui est obligé de se défendre, de réfuter à chaque instant Topipion des autres , il reste bien loin de la charmante vivacité de frère Paul. Sarpi expose avec finesse, malice et talent, bien qu'il soit incorrect de langage , tandis que Pallavicino se montre ingénieux, fait toujours sentir Fart, et délaye ses pensées dans une longue série de phrases ; puis, à force de rechercher l'harmonie, il tombe parfois dans Tobscur, souvent dans le vague, et prouve combien Félégance est inférieure au naturel. Frère Paul suppose toujours la vérité distincte delà probité, d'où des bassesses et des hypocrisies; Pallavicino, au contraire, révèle des caractères nobles , de solides convictions, de généreuses résistances; il est plus instructif, mais on lit Sarpi plus volontiers, comme il arrive de tout écrivain qui attaque : ni Pun ni l'autre n'ont Timpartialité d'historiens , celui-ci voulant incriminer tout acte, celui-là les défendre tous. L'homme qui recherche la vérité se voit avec peine contraint de recourir aux deux sources, également suspectes par un excès contraire.
Les protestants faisaient servir l'histoire d'auxiliaire à leur cause; dans les Centuries de Magdebourg , on prétendait, au moyen de faits et d'applications rigoureuses, combattre le catholicisme , en comparant les croyances et les usages d'autrefois aux croyances et aux usages modernes. César Baronius de 1538-1607 Sora, dans le royaume napolitain, leur opposa donc une histoire ecclésiastique, entièrement dans le sens catholique, et qui défendait la suprématie papale. Il puisa dans les archives pontificales des documents importants pour Thistoire de toute la civilisation, dont Rome jusqu'alors avait été le centre; nous l'avons déjà signalée comme la meilleurs source pour la connaissance du moyen âge. Il n'arriva que jusqu'à la fin du douzième siècle, et fut continué par Rinaldi et Laderchi. Jamais il n'excuse le crime, et voit toujours dans les événements le châtiment ou la récompense de Dieu : thème excellent pour des sermons, mais capable d'égarer, parce qu'il suppose que la rétribution s'effectue ici-bas. Étranger au grec, il faisait traduire par Muzio, homme très-pieux; il travaillait à son ouvrage la journée entière et mangeait avec les domestiques; il ne changea point de manière de vivre, même après qu'il fut cardinal. Frère Paul exhortait le docte Casaubon à écrire contre Baronius, dont il dit
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tout le mal possible , sans l'accuser, toutefois, de fraude ni de mauvaise foi ; car il n'aurait été cru par aucun de ceux qui le connaissaient, tant on le savait homme intègre; seulement, îl adoptait facilement les opinions des personnes qui l'entouraient (1).
Sa vénération pour le saint-siége ne lui fait pas dissimuler les vices de quelques pontifes : a Après avoir bien pesé, dit-il, les inconvénients de mettre à nu leurs fautes, j'aime mieux les exposer franchement que de laisser croire à nos adversaires que les catholiques approuvent les faiblesses des papes.» Le cardinal Pallavicino répondait à ceux qui lui reprochaient d^avoir révélé leurs actions blâmables : « L'historien n'est pas un panégyriste, et en louant moins il loue beaucoup plus qu'un panégyriste quelconque (2).» De nos jours même, le plus grand flatteur des papes disait qu'on ne leur doit que la vérité.