‹ Histoire des Italiens, trChapitre 169 sur 176 · CHAPITRE CXLVIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE CXLVIII

GUERRES REUGIEUSE8. LES YADDOIS. LA YALTELINE.

La réforme parcourait les divers États en laissant partout des traces de sang ; il fallut à l'Europe un siècle av^t qu'elle re-

(1) Lettre du 8 juin 1612. Le cardinal Baronius avait aussi le sentiment de Fart et du respect qu'on lui doit; il fit donc placer dans son église titulaire de saints Nérée et Achillée, ramenée à son ancienne forme, Finscription suivante :

PBESBTTER. GARD. SVCCESSOR. QVISQVIS FVERIS — ROGO TK PER GLOBLAM DEI ET — PER MERITA HORVM MARTYRYSI — NIHIL DEMITO NIHIL MINVITO HmiL MVTATO — RB8TITUTAM ANTIQYITATBM PIE SERYATO — SIC TE DEUS MARTYRYM SYORYM PR^^YS — SEMPBR ADJYYET.

Aujourd'hui l'histoire ecclésiastique se renouvelle grâce à la connaissance d'un très-grand nomhre de lettres pontificales, publiées dans les Regesta ponlificum romanorum ab cond'Ua ecclesia ad annum 1098, de Philippe Jaffe; Berlin, 1852. De 882 à 1073, il ajoute à Mansi 1,537 documents,et 1,881 au grand bullaire ; du douzième siècle, il a 6,791 bulles, tandis que le buUaire en a 600; Labbe, 1,176; Manso, 1,389.

(2) Lettre du 2 mars 1658, à Jean-Luc Durazzo. «En lisant l'histoire fort exacte de Pallavicino, on est si étonné de la liberté des Pères, qu'on serait parfois tenté de l'appeler licence; mais telle est la puissance de sa force organique, que rÊglise ne craint aucune remontrance. » (Tapparelli, Essai théorique de droit naturel, note cxxvii.)

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prit une assiette, qui ne pouvait désormais réaulter que de l'équilibre des forces opposées. Le principal théfttre de ces mou*vements fui rAllemagne, qui, au milieu d'accords, de répits^ de p^x de religion^ déchirée jusqu'aux entrailles^ cessa d'être à la tête de TEurope comme elle Tavait été pendant tout le moyen &ge. Les empereurs ne pouvaient réparer jour par jour les ravages du torrent^ qui finit par déborder en produisant la guerre de Trente ans , guerre non pour la liberté des croyants , mais pour donner aux princes le droit d'introduire la religion qu'ils voudraient et de l'imposer à leurs sujets. Toute l'Europe continentale fut enveloppée dans cette lutte. La férocité de deux cent mille soldats^ dont les méfaits restaient impunis^ causa la perte des deux tiers de la population germanique et de tout le Qûmmeroe, jusqu'à ce que la paix de Westphalie^ en 1648, vtot remettre les choses de la religion dans l'état où ellee se trouvaient au traité d'Augsbourg. On dut tolérer, non pas toutes les croyances, idée encore tout à fait hors de saison , mais celles de Luther et de Calvin. L'empire ne fut pas plus heureux à Textérieur qu'au dedans, puisque chaque État obtint la souveraineté territoriale dans les choses ecclésiastiques et politiques ; on établit un pacte qui, effaçant l'accord du moyen âge, devint la base du système politique et du nouveau droit des gens.

Au souvenir de tous ces faits et du sang que fit verser partout le changement de croyances, on doit se réjouir, môme humainement, que l'Italie soit restée dans la barque de Pierre; tout^^ fois la tempête ne s'apaisa que tardivement. Les hommcis qui, par curiosité littéraire ou zèle de religion, avaient glissé sur la pente de la réforme et entraîné d'autres catholiques furent arrêtés par les rigueurs croissantes ; ceux qui persistèrent dans les nouvelles opinions s^expatrièrent, et fondèrent des églises italiennes à Zurich, à Genève, à Anvers, à Lyon, etc. Le conflit se prolongea dans quelques parties de la Pén^sule.

Nous avons déjà dit que Charles III, duc de Savoie, louvoyait dans la politique, et qu'il aspirait à de grandes choses, auxquelles il ne put atteindre. Dès qu'il eut échoué dans ses autres tentatives, on l'exhorta à tirer parti de la réforme pour acquérir une haute importance en Italie, en donnant asile à tous ceux qui combattaient la papauté. Anemond de Coct, chevalier du Dauphiné, chaud partisan de la nouvelle foi, engageait Luther à faire des démarches auprès de ce duc pour l'amener à embrasser la réforme : et II est, lui disait-il-, grandement enclin à la

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« piété» à la religion véritable (1)^ et il aime à distcourir de la « réfoime avec des personnes de sa cour. Sa devise est Mhil a deest fimetUibus Deum, laquelle est aussi la vôtre. Humilié par ft l'emiûre et la France, il aurait le moyen d'acquérir une grande a influence sur la Suisse^ la Savoie et la France. > Luther lui écrivit ^ mais sans effet. De leur côté, les trois États de Savoie, en 1528, le sollicitaient de mettre sur pied des troupes pour ré* primer les tentatives des réformés que l'on craignait de voir se répandre dans le pays. Auprès de lui se réfugiaient encore leà catholiques d'au delà les Alpes et l'évéque de Genève, perse* cutés, avec lesquels il tint assiégée pendant un an la métropole du calvinisme. Le pontife, pour cette entreprise, l'avait auto*risé à lever la dîme sur les ecclésiastiques et à prendre Pargenterie des églises^ lui promit même des secours et en écrivit aux princes catholiques; mais les cantons de Berne, de Fribourg et de Zu'rich vinrent délivrer cette ville^ leur alliée (2).

Charles III couvait la pensée, alors dominante, d'unifier 11Ê« tat, et ce désir le poussait à faire disparaître l'hérésie de la pa-* trie italienne. Lorsque de Turin on se dirige au sud-ouest vers les Alpes Gottiennes, on voit près de Pignerol une suite de vallées s'ouvrir parmi des montagnes plus ou moins sauvages : au nord, on trouve celle de Perosa, et, plus loin, celle de Prage* lato; au midi de ces dernières, la vallée de Rofa, plus petite et plus élevée; à Toccident, celle de Lucerne, d'où se ramifie celle d'Angrogna, qui, d'un côté, s'incline vers le Piémont , et , de l'autre, par le col de la Croix, donne accès au Dauphiné, passage important des armées et des marchandises pour la France. Le long des torrents Angrogna et PoUice, qui les arrosent et souvent les dévastent, s'étendent des terrains fertiles, d'où s'élèvent en gradins des plaines soigneusement cultivées; les habitants exei'cent leur vigueur naturelle dans la vie pastorale , la chasse, la pèche, la culture des céréales, du mûrier, de la vigne^ des bois, et dans l'excavation des ardoises. Aux scènes champêtres en succèdent d'imposantes , plus haut et plus avant dans l'intérieur, avec des neiges perpétuelles et de terribles avar tanches. Dans ces vallées, on parle le piémontais avec un plus grsMid mélange de français.

(1) £in grossér lÀebhahér der wakren Religion und GoUseligkeit, (LUTHm, ép. 401.)

(2) Guichenon ne dit rien de ces éyénements; mais voir Muratori, à l'année

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