‹ Histoire des Italiens, trChapitre 171 sur 176 · LES VADDOIS DANS LE PIÉMONT · texte numérisé non relu

LES VADDOIS DANS LE PIÉMONT

a rent dans le péché... Dans la vallée de Luserne, j'ai trouvé un a évtique d'hérétiques qui, ayant accepté une conférence avec a moi , a ouvert les yeux à la lumière et embrassé la foi de « l'Église. Je ne parlerai pas des écx)les des Vaudois et de tout a ce que j'ai fait pour les détruire^ ni des abominations d'une aua tre secte dans une vallée dite Pontia. Béni soit le Seigneur a pour la docilité avec laquelle ils ont renoncé à leurs faux doga mes, ainsi qu'à leurs usages à la fois criminels et superstitieux! « D'autres vous diront comment j'ai été reçu dans un pays où, a autrefois, se réfugièrent les assassins de saint Pierre , martyr. « Quant à la réconciliation des Guelfes et des Gibelins et à la (X pacification générale des partis, il vaut mieux se taire, car à « Dieu seul en revient tout le mérite (i). »

Voilà ce que faisaient les missionnaires ; mais, bien qu^ils se tinssent tranquilles, les Vaudois n'étaient pas toujours à Pabri des soupçons et des antipathies des gouvernements, surtout de la part de la France, inquiète de leur voisinage. Le roi Charles Vlll s'était mis à les persécuter, et le pape Innocent VUI exhortait les peuples à s'armer contre ces esprits venimeux. En effet, le légat conduisit une armée dans les paisibles vallées d^Angrogna et de Pragelato. A son approche, quelques-uns abjurèrent, et d'autres se réfugièrent au milieu des montagnes les plus inaccessibles ; mais le roi Louis XII , après avoir pris des informations sur les Vaudois, s'écria : //* sont meilleurs chrétiens que nous. Lorsqu'ils entendirent parler de la réforme, vers laquelle, comme les Suisses et les Allemands, ils n'étaient pas entraînés par une réaction , ils députèrent quelques-uns de leurs barbes aux chefs des protestants pour faire acte d'adhésion ; mais ils les informaient qu'ils pratiquaient la confession auriculaire, que leurs ministres vivaient dans le célibat , et qu'un certain nombre de vierges faisaient vœu de chasteté perpétuelle (2). Les réformés, qui posaient leurs doctrines comme

(1) LeUre datée de Genève, le 17 décembre 1403 ; il raconte ensuite quelques superstitions de Genève où l'on fêtait saiut Orient; à Lausanne, dit-il encore, les campagnards vénéraient le soleil, auquel, tous les matins, ils adressaient des 'Vœux et des prières.

(2) J.-J. Herzog {De origine et pristino statu Waldensium secundum anti-

^uissima eorum scripta cum libris cathoUcorum ejusdem eevi collata. Halle,

1849) ; il veut prouver que XixConfessio fidei n'est pas de 1120, mais postérieure

^u colloque des Vaudois avec Œcolampade en 1530. 11 a publié lui-même, en

1863, Die romanischen Waldenser.

A.-W. Dieckhoff {Die Waldenser in Mittelalter^ Gottingue, 1851) tend k

536 LES VÂUDOiS DANS LS FléMONT.

aussi anciennes que le christianisme^ furent mécmitents de trouver ces prétendus contemporains des apôtres en désaccord m des points débattus si souvent, et surtout de ce qu'ils se mxidalisaient de Touvrage de Luther contre le libre arbitre.

On prétendit trouver plus de rapport entre leurs doctrines et celles de Calvin^ qui pénétra dans la vallée d'Aoste^ en g'effbr' çant, par tous les moyens, de la convertir à sa croyance et de la détacher de la Savoie pour qu'elle se réunît aux cantons protes^ tants de la Suisse. Néanmoins^ les États de cette vallée, réunis au mois de février 1536^ prirent de sévères mesures pour la conservation de la foi catholique. Le célèbre Genevois Farel réus« sit mieux avec les barbets, auxquels il persuada de publier leur profession de foi , de se déclarer ou de se faire calvinistes, en abolissant les suffrages pour les morts, les jednes, le sacritice de la messe, tous les sacrements, excepté le baptême et la cène; il fallait croire, leur disait-il encore, à la prédestination et au mh lut par le moyen de la foi seule, et n'admettre que le Christ pour médiateur entre Dieu et les hommes.

Ëtait-ce là véritablement leur symbole antique ? ou bien, dès l'origine^ admettaient-ils Tefticacité des œuvres? Comme on re* prochait aux novateurs d'être nés tout récemment, il importait beaucoup de vérifier ce fait, sur lequel on se mit à discuter a?ec cet acharnement qui obscurcit toujours la vérité.

Leurs vallées servirent de refuge à un grand nombre d'Italiens persécutés, parmi lesquels Dominique Baronius, prêtre florentin, qui voulut composer une messe où le rite catholique se conciliât avec celui des Vaudois ; mais elle fut repoussée comme le produit d'un pur caprice (1). Il publia divers ouvrages latins et italiens contre l'Église catholique, dans l'un desquels il soutenait qu'il fallait, en temps de persécution, manifester haut^ ment ses opinions religieuses ; sur ce point, il fut contredit par Gelso Martingo.

Voilà donc les Vaudois arrachés à leur tranquille obscurilé pour être jetés au milieu des orages d'une époque très-ombrageuse ; aussitôt les parlements d'Aix et de Turin leur appliquèrent les lois édictées contre les hérétiques, sans leur épargner la marque et le bûcher ; puis, comme ils nialtndtaieiit les religieux envoyés pour les convertir, on décréta leur extermination,

prouver que les divers écrits , rapportés d'ordinaire aux commencemeob des Vaudois, sont une pure imilalioii des hussiles.

(1) Gilles, Hist, générale des Églises vaudo'ues, ch. X.

PERSÉCUTIONS CONTBE LES YAUDOIS. 537

avec perte d'enfants , de biens et de liberté. Sadolet, évoque de Garpentras, combattit fortement ces mesures; François I*, voyant leur douceur et leur empressement à payer les impôts, leur accorda trois mois pour se réconcilier, à ^expiration desquels Jean Mainier , baron d'Oppède , président du parlement, obtint que Tédit fût exécuté. Alors, une soldatesque fanatique commence le massacre ; quatre mille sont égorgés, huit cents envoyés aux galères, et les flammes dévorent vingt-deux villages. Le récit porte Tempreinte des exagérations d'une époque de partis; néanmoins, quelque générale et sanguinaire que fût rintolérance, la généreuse nation française en gémit, et le rôi, à son lit de mort, recommandait à son fils de châtier les auteurs de ces excès ; mais, grâce aux protections, les méfaits t*estèrettt impunis, à la grande indignation des protestants.

Des années s'écoulèrent, et Philibert-Emmanuel devint duc de Savoie; comme les Vaudois relevaient la tête en voyant s'accroître le nombre de leurs coreligionnaires de Suisse et de France, Tinquisiteur Thomas Giacomelli fut expédié pour décider le duc à les ramener par force dans le sein de TÉglise. Alors on proscrivit, sous la menace de châtiments sévères, Pexefcice public de leur culte et les prédications des barbes. Sciplon Lentulo, Napolitain d'un grand savoir, et Simon Fiorlllo, qui s'étaient réfugiés dans ces vallées, allèrent prêcher dans la Valtelnie ; d'autres encore abandonnèrent cet asile, tandis que de pieux missionnaires, Possevino entre autres, se rendaient auprès des Vaudois pour essayer de les convertir sans négliger aucuû moyen de conciliation. Mais comme les rigueurs croissaient, les Vaudois, irrités, se soulevèrent; le duc, soit par affection pour le culte de ses aïeux, soit par crainte de voir les Français accôurif en grand nombre au secours de leurs frères, et remettre en péril Findépendance nationale, envoya contre les rebelles des troupes qui, dans la guerre difficile de montagnes, causèrent et souffrirent beaucoup de mal. Enfin, voyant la difficulté de la réussite et insuffisance de ses moyens, Emmanuel pardonna vluX Vaudois, en leur permettant d'avoir des assemblées et des prédications dans des lieux déterminés, mais avec défense de sortir de leurs confins et d'exclure les rites des catholiques.

Les ducs de Savoie publièrent beaucoup d^édits pour les organiser ou les comprimer ; ils étaient souvent visités par des inqui-' siteurs ou des missionnaires, et Pon recourut, pour les ramener, à la prière, à la persuasion^ surtout lorsque la Savoie fàt illUs-

Page 1