‹ Histoire des Italiens, trChapitre 174 sur 176 · CONDITION DES VAUDOIS · texte numérisé non relu

CONDITION DES VAUDOIS

aux galères ; on permit à u» grand nombre de se retirer en Soisse.

De ce pays, les regards des fugitifs se tournaient vers leur pa- Jbrîe ; un grand nombre d'entre eux résolurent de la recouvrer par force, et neuf mille hommes y pénétrèrent en exterminant tous ceux C|ui leur résistaient; mais beaucoup furent pris et pendus. A cette époque, le duc de Savoie, s'étant brouillé avec la France, laissa rentrer les barbets, qui se formèrent en régiments avec la devise 2 La patience lasse devient fureur , et commirent de grands ravages dans le Dauphiné. Lorsque Victor-Araédée fit la paix avec Louis XIV, et recouvra Pignerol et Perosa, soumis à la France depuis soixante ans, il revint à son anoiennef tolérance, mais défendit toute communication entre les Vaudois, ses sujets, et ceux de France ; les barbets, au nombre de deux mille cinq cents, sortirent alors du Piémont pour se réfljh gier dans la Suisse, la Prusse, la Hesse, le comté dlsemberg, le Wurtemberg, le Baden-Durlach.

Les Yaudois qui restèi'ent vécurent toujours en paix dans ce» vallées, antique reAige de leurs croyances et de leur liberté^ obéissant silencieusement et aimant môme le prince qui les opprimait. £n i603, ils avaient publié leur profession de foi ^ etoforroe aux principes des Eglises protestantes. Renouvelée dans le manifeste de 1655, elle conservait force légale , bien qu'elle fût, d'une part, gâtée par le rationalisme, de l'autre par les exaltations des moumiers. Maintenant ils comptent quinze églises, chacune avec un ministre, qui doit être sujet sarde et salarié par les habitants, lesquels obtiennent dès lors une diminution sur rimpôt. Ces églises sont dirigées par un synode qui , composé de tous les pasteurs et de députés laïques, se réunit tous les cinq ans. La Tavota, magistrature de trois ecclésiasti* ques et de deux laïques, dirige les affaires dans les intervalles entre un synode et l'autre, est réélue à chaque synode, résout les contestations et répartit les aumônes.

Chaque église a son consistoire, composé du pasteur des anciens, de l'économe et du procureur ; il est chaîné de Tadmimstration spirituelle et temporelle, des bonnes œuvres, des pauses, des écoles qui sont fréquentées et bien dirigées. A des époques déterminées, le ministre se rend au milieu des populations isolées dans les Alpes , pour leur offrir les secours de la religion. Alors, de toutes les vallées, de tous les versants, les bergers accourent sur les pas du ministre ; la mélodie des hym-»

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nés réveille les échos des vallées^ et les louanges du Seigneur, les psaumes de la foi et de la consolation retentissent dans les solitudes repeuplées. Le ministre a pour chacun un conseil, une parole d^espérance, un reproche; il règle les différends, arrange des mariages^ étouffe des scandales; puis, du haut de la chaire^ il distribue à tous le pain de la parole^ et leur recommande de veiller, de prier, de conserver la foi.

Dans les limites de leur territoire^ les Yaudois pouvaient posséder et même être notaires, architectes, chirurgiens^ procureurs^ pharmaciens, administrateurs de la commune, mais non pas au delà. Telle a été leur condition jusqu'au 17 février 4848, époque où une loi les a déclarés égaux à tous les autres sujets sardes; depuis^ ils se sont répandus partout où ils ont voulu, et aujourd'hui ils ont^ au milieu de Turin^ un temple^ des prédicateurs^ des journaux^ un apostolat inspirant des craintes et des espérances.

Dès 1370, plusieurs habitants de ces vallées subalpines étaient allés s'établir en Galabre, où ils avaient peuplé et fertilisé des terrains incultes. Leur nombre s'accrut jusqu'à 4^000^ et, bien que leurs rites religieux différassent de ceux du catholicisme, ils étaient tolérés par les seigneurs du pays, parce qu'ils vivaient tranquilles et payaient exactement les impôts. Lorsqu'ils entendirent parler de la réforme d'Allemagne, ils envoyèrent demander à Genève des docteurs, qui vinrent en effet et firent des prosélytes. Le cardinal Alexandrin, chef de Tinquisition à Rome, envoya des prédicateurs et des menaces, mais sans fruit; il eut donc recours au bras séculier. Le duc d'Alcala, vice-roi de Naples, fit partir un juge avec des troupes qui, secondant les missionnaires, contraignaient les Vaudois d'aller à la messe, ou punissaient les opiniâtres dans leurs biens et leur personne. Poussés au désespoir, ils prirent les armes, et combattirent d'abord en partisans, puis livrèrent des batailles rangées; enfin, après avoir été défaits, ils se retirèrent à la Guardia lombarde, où ils tombèrent au pouvoir de l'ennemi par force et trahison; après d'iniques jugements, ceux qui persistèrent dans leur foi subirent d'atroces supplices. On les enferma tous dans une maison : le bourreau venait en saisir un, lui bandait les yeux, puis le conduisait dans une plaine rapprochée, et, après l'avoir fait agenouiller, lui sciait le cou avec un couteau et le laissait ainsi; ensuite, avec le même bandeau et le même couteau ensanglantés, il retournait à la pri-

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