COSME ACQUIERT SIENNE
A la fin, épuisés par les maladies, réduits à la misère^ et n'ayant plus ni chevaux, ni chats^ ni rats à manger^ les Siennois demandèrent à traiter. Medeghino voulait qu'ils se rendissent à discrétion; mais, comme ils se montraient résolus à s'ensevelir plutôt sous les ruines de la patrie^ et qu'une armée française s'avançait du Piémont^ d'autant plus que les Florentins frémissaient de s'imposer tant de sacrifices pour faire des esclaves comme eux, on leur accorda des conditions semblables à celles que Florence avait obtenues vingt-cinq ans auparavant, et qui furent également violées. Montluc, comme Masséna de nos jours, avait juré a qu'il ne capitulerait jamais i>; il sortit sans avoir traité, et Medeghino le reçut, lui et les siens, non comme des vaincus, mais comme des héros et des camarades. Il emmena avec lui les plus compromis, et, à la vue des adieux de ce peuple a si dévoué à la liberté», il ne put s'empêcher «de verser des larmes».
On compte qu'il périt cinquante mille hommes par les armes, la faim ou les supplices. Le voyageur qui traverse en soupirant la maremme désolée, autrefois riche de culture et couverte d'habitations, maudit encore les guerres inhumaines du seizième siècle et la mémoire de Medeghino et de ses maîtres. A Sienne, la garnison espagnole remplaça celle des Français. Beaucoup de citoyens préférèrent Texil à la vue des vainqueurs, des armes enlevées, de la forteresse reconstruite; d'autres, qui se réfugièrent à Montalcino, s'obstinant à qualifier leur nouvelle cité de république siennoise^ soutinrent ces derniers souffles d'indépendance jusqu'au moment où la paix de Cateau-CambrésLs riva les fers de la Toscane. Alors partirent les Français, qui jusqu'alors avaient occupé Grosseto.
La France alimenta longtemps les réfugiés italiens, et son roi, même eu 1585, en pensionnait de sa propre cassette vingt et un, parmi lesquels un Garacciolo, un Ubaldini, un Alamanni, trois Giustiniani, un Fiesco, un Marcello (1). S'il faut croire aux exagérations des émigrés, Gosme aurait formé le dessein de détruire ce nid de ses ennemis ; il envoya, ont-ils dit, à Pichena, son secrétaire d'ambassade à Paris, des poisons subtils et les assassina
lfu//Ie : et, avec son hallebarde sur le col, s'en va au corps de garde en cest équipage f passant, lors qu'on leut le rollc, sous le nom de son frère : Jit la senti-' nelle à son tour, sans eslre cogneue jusqu'au matin, que le jour eut point. Elle fut ramenée à sa maison avec honneur, (MONTLUC, Mémoires.) (1) Ap. Ricotti, Compagnie di ventura, IV, 264.
GRI7AXrr^ BE COSME. Ai
les plus habiles, avec promesse de 40,000 ducats pour chaque mort, outre le remboursement des frais. La première victime fut Bernard Girolami ; les autres en furent tellement efTrayés quils se dispersèrent dans les provinces et en Angleterre, poursuivis sans cesse par les sicaires des Médicis.
Gosme avait conquis Sienne moins par les armes des impériaux que par Targent et ses forces propres, appuyées sur des moyens honteux ; mais Charles- Quint en investit Philippe II, qui De la céda à Cosme que lorsqu'il eut besoin de lui pour soutenir la guerre, à laquelle mit fin la paix de Cateau-Cambrésis, et à 1^7 des conditions qui placèrent la Toscane sous une certaine dé- wjnuiet. pendance de l'Espagne. En effet, cette puissance se réserva les ports d'Orbitello, de Telamone, de Potercole, de Montargentaro et de Saint-Étienne, qui furent appelés les Présides , et fermèrent, avec la mer, toute voie de commerce à Sienne, dont la désolation ne cessa plus désormais. Une portion de Hle d'Elbe fut rendue à Appiano, seigneur de Piombino, et le duc garda Porto-Ferrajo avec deux milles de rayon.
Lucques n'échappait à Gosme qu^en se faisant oublier (1); plus tard, Soana tomba néanmoins en son pouvoir. Nicolas Orsini, en 1547, après avoir incarcéré son père, Jean-François, comte de Pitigliano, occupa son État, et, pour échapper au châtiment de l'empereur, il favorisa dans la guerre de Sienne les Français, qui lui donnèrent Soana. En vertu des conventions de Gâteau - Cambrésis, il aurait dû la restituer; mais il refusa de le faire, en alléguant que cette ville était un ancien fief de sa maison. Il s'entourait de concubines juives, n'épargnait les biens de personne et ne respectait Thonnéteté d'aucune femme, pas même de r^use de son fils Alexandre , qui proposa à Gosme de Té-
(1) « Quant aux Lucquois, il n*en faut rien dire, car ils sont comme la caille sous répervier, et tourmentés sans cesse par la crainte de tomber au pouvoir du dac, qui les englobe dans son État. Mais le duc ne sait comment se rendre maître absolu des hommes et des capitaux, lesqueb, pour la plupart, sont en marchandises et en lettres de change ; d*ailleurs, il connaît que le moindre mouvement ferait déserter cette ville» parce que les citoyens partiraient en abandonnant leurs biens et leur patrie, comme firent les Pisans. Voyant donc la difficulté, non pas de s'emparer de cette ville, qu'il pourrait soumettre eu un clin d'œil, mais des hommes, qui sont réellement ce qui constitue les États, il les laisse vivre tranquilles, mais toujours dans la crainte. Néanmoins, quoiqu'il respecte leur liberté, on peut dire qu'ils sont ses sujets. » (Rapport de l'ambassadkor 'vénititien Vincent Feddi, en 1561.)
42 geuaut£ de gosmk.
gorger; mais Nicolas^ ^yant découvert la trame, arvdta son Uft. Cosme dut recourir aux arinetî^^ et Oibini céda.
Cosme^ à force d'argent^ apaisa les troMpes espagn^es qm sortaient de Sienne, et leur acheta même rartiUerie «t lea hicuntions^ qui appartenaient cependant à la commune 4e Sienne. U plaça dans la ville une garnison allemande^ -qui «cheva de la ruiner, puis il fit cette publication : a Comme témoigiiage •éMi- « dent de nos bonnes dispositions et de notre amour patanMl a envers cette ville très-chérie, dans l'intérêt de la fMli3^éefa « tranquillité générale etipour des motifs imM)aflaMe8» ëe notre a propre mouvement et dirigé par nos lumières, m&t» paidon» a nons entièrement et effaçons, on tout et peur teut^ left excès et a délits commis par toute personne quelcon<]iie avant le jonr oà a il a été pris possession de la ville en notre nom; nous absolvons (( et libérons pleinement chacun de toute peine encourue pour a des délits et des excès, quelque énormes qu'ils scnent. o Phra** ses stéréotypées^ comme d'autres par lesquelles il iuêiiàmi cer^ tains changements. En effet, dans le désir, disaît-il^ de réparer les maux et de rendre à Sienne son éclat et sa félicité d'autrefois, il introduisait la forme de gouvernement qu'il jugeait ta phm propre à satisfaire tout le monde, afm de distribuer aux {dus mé^ ritants les dignités, les biens et les honneurs de la ville, outi^ qu'il administrerait à diacun égale et bonne justice. Cependant il plaçait à Sienne un lieutenant pour veiller à l'observation des lois et participer aux délibérations du conseil général, eréé ftlt le duc, qui choisissait encore le capitaine du peuple^ les gonfa'loniers, le capitaine de justice, les conservateurs de VÉAmiy ies officiers de la mardjandise, le juge ordinaire, les auditeurs delà rote, les huit capitaines de l'État. Les anciens officiers du peuple conservaient leurs droits et leurs privilèges.
Ces morts, ces émigrations, cette dévastation de pays très-fertiles, signalèrent ia décadence de la Toscane. Les Médîcîs avaletit employé un siècle d'efforts pour en corrompre la liberté, qu'ils avaient enfin muselée; par la destruction des formes démocratiques qui avaient constitué sa vie jusqu'alors, ils la rendirent esclave sans tempérament. Cosme, dans le principe, laissa aux villes soumises les formes municipales et leur épargna If^s charges trop lourdes (1); il est vrai que les cités qui se trouvaient déjà sous
(1) Le8 SieDDoU lont richei, et tout ont quelque propriété, suh s*étre J occupés d'aucuue industrie, si ce n'est de i*«fneullii^ Ûf vifviit
lanrAVTÉ m gosmk. 48
la dominitioii de Florence eurent fduiôt à se louer d'avoir échangé la tyrannie de plusieurs contre celle d^un seul. Afin de tenir sous te joog un pays de tant de souvenirs, où les bannis proclamaient que tout moyen était légitime ponr rétablir la liberté^ 06 les gé« missements des piagnoni exerçaient encore de Tinfluence^ Ckisme employa la force et les artifices.
De 4537 à 4574, il publia quarante-trois édits^ d'une rigueur dnconienne, contre les rebelles (comme il appelait les individus fidèles à la république^ contre laquelle il s'était révolté) ; il frap- {NÛt de confiscation non-seulement Théritage des enfants, mais tesemphytéoses et les fidéicommis^ sans égard aux droits des tien, et même les biens que les ascendants avaient acquis depuis le délit, outre qu'il condamnait leurs fils à un exil perpétuel (4). D multiplia les bargels, les prisons^ les relégations , la surveii* lanoe ; quiconque, pendant un tumulte, sortait de chez lui, pouvait être tué impunément ; en un mot, sa domination se mani* lestait par ces cruautés, dont on pouvait frémir et môme douter
mioacis. Les femmes, toutes Tives, spirituelles, «mies du luxe, rendaieiit la ^ plus belle et plus agréable ; mais les hommes, toujours divisés, sans cesse aux prises les uns avec les autres jusqu*à répandre le sang, et se taillant eo pèees, ont fini par perdre leur liberté. Ils disent que, tant qu'ils resteront affirtndus des charges et des impâts qu'on leur a épargnés jusqu'ici, ils se tiendront ^nnquilles; sinon, ils seront les mêmes qu'ils ont toujours été, c'est-à-dire dési* i^ de choses nouTelles. Aussi le prince, qui sait tout cela, leur met le frein pour éteindre leur audace et les abaisser le plus qu'il peut, i» {Rappori^ déjà cité, de l'ambassadeur Fedeli, qui est un tableau précieux des commencements ^ la principauté des Médicis.) Après avoir décrit les avantages naturels de fkmLCtf il poursuit : a Mais ce tableau est obscurci par un nuage ténébreux ; a effet, de nombreuses familles, nobles et riches, une foule d'hommes illustres, •eoontunés à vivre libres et à gouverner un si bel État, que la nature leur avait donné, se voient maintenant gouvernés et dominés par un de leurs concitoyens. De libres et de seigneurs , ils sont devenus esclaves ; il suffit de les voir pour connaître manifestement l'oppression de leur àme. En effet , voici une ville où ce qui était de tous appartient maintenant à un seul homme , lequel , par la puissance de la principauté, tient dans ses mains les richesses publiques et privées; or je ne crois pas qu'il y ait une plus grande calamité que ceUe«là. » Selon lui , c'est un châtiment de Dieu pour les injustices qu'avait commises la démocratie florentine. (Rapports des ambassadetws vénitiens , deuxième série , vol. I, p. 327.)
(1) La loi Polverîna , du 11 mars 1548 , rédigée par Jacob Polverino, audi^ teur fiscal , est fameuse dans les fastes de la tyrannie. Néanmoins , la trouvant insuffisante, malgré ses incroyables rigueurs, Gosme l'aggrava par de nouvelles dispositions, que le génie du mal pouvait 8«>u1 inspirer.
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dans le siède dernier, si bénin, mais que le nMre a Tues ie renouveler avec une savante férocité. Durant sa principauté^ on décapita cent quarante-six personnes, parmi lesquelles vingt^dnq de familles illustres et six femmes ; en 1540, quatre cent trente personnes furent condamnées par contumace, outre celles qui tombaient au loin sous le poignard ou empoisonnées.
Philippe H faisait l'admiration de Cosme, et ses oracles étaient Pierre de Tolède et ie duc d'Albe , bourreaux qui foulaient aux pieds l^umanité ; mais, avant eux, l^fachiavel lui avait enseigné c qu'il faut tuer tout ennemi redouté b. Ce fut lui qui introduisit ce système d'espionnage , inconnu , impossible même dans les gouvernements précédents, au moyen duquel on sema les soupçons parmi les princes , la défiance au sein des populations : peste moderne, qui n'eut rien d'équivalent dans le moyen âge. Afin que la liberté religieuse de penser ne conduisit pas à la li« berté de pensée en politique , il surveillait les progrès de Thérésie et faisait compter, avec les hosties, les personnes qui se trouvaient dans les églises ; néanmoins il exigeait que les inquisiteurs, dans les procès, fussent assistés de délégués laïques.
Sous le prétexte que les dominicains , animés encore par le soufQe démocratique de frère Savonarola, s'entendaient avec les bannis, excitaient le peuple contre le prince, et secondaient les animosités de Paul III, il les chassa et fit entamer un procès contre eux. Toutefois, bien qu'il les eût expulsés malgré les réclamations de Rome et des timorés , qui regardaient les dominicains comme des orthodoxes très-zélés, tandis que les augustins, qu'on leur avait substitués , étaient soupçonnés dincliner pour Taugustiu Luther, Cosrne fut contraint de les rappeler, sauf à les molester par l'espionnage et les accusations. Puis, afin de tenir en bride la cour romaine, et pour empêcher qu'aucune autorité extérieure ne troublât le gouvernement, il créa, assisté de Lelio Torelli de Fauo, savant jurisconsulte , le département de la juridiction. Cette magistrature s'arrogea dans la suite la connaissance des faits ecclésiastiques qui entraînaient des peines temporelles, et le droit de concéder Vexequaiur aux décrets de la puissance cléricale ; néanmoins elle fut tempérée par introduction d'un nonce, lequel avait un tribunal pour les causes ecclésiastiques, institution qui devint une source de conflits fréquents entre les deux autorités.
Cosnie concentra en lui seul la direction des conseik , des jugements, du trésor. Lorsque Charles-Quint eut retiré les garni-
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sons espagnoles des forteresses , il fut le premier prince italien qui entretint une milice régulière^ formée sur le modèle de Tancienne organisation florentine. Il fortifia les cités (1), approvisionna les citadelles , institua des compagnies d'arquebusiers à cheval pour garder les côtes , et douze galères furent encore destinées à ce service. Gr&ce à ces mesures, il obtint la tranquillité au dedans, et se fit respecter par les Turcs, qui, pour complaire à la France et contrarier Tempereur, recommençaient à dévaster l'Italie ; il rendit même de grands services aux impériaux^ soit en maintenant le Milanais dans la fidélité^ soit en les assistant dans la guerre du Piémont.
La guerre de Sienne Tavait tellement épuisé qu'il dut suspendre la paye des impériaux ; mais il eut bientôt rétabli les finances. Le territoire florentin comptait alors sept cent mille habitants^ et celui de Sienne cent mille; au moyen d'exemptions^ de faveurs et de subventions, Cosme attirait des agriculteurs ferrarais, mantouans, parmesans^ vénitiens^ des constructeurs de navires et des marins. L'annexion de Sienne accrut le bien-être des populations; en effet, les riches récoltes de son territoire non-seulement dispensèrent de tirer des blés de l'étranger^ mais permirent d'en exporter. Cosme avait songé à ouvrir un canal qui^ traversant l'Apennin à la montagne de la Ck)nsuma^ réunirait les deux mers, de manière à faire de Florence un des marchés les plus actifs ; il en fit même élaborer le projet par le célèbre mathématicien Tgnace Danti^ mais il l'abandonna.
Le commerce était déchu, et beaucoup de familles transportèrent leurs banques ou leurs bras dans la France, l'Angleterre et ailleurs. L'institution de Tordre de Saint-Étienue, au moyen duquel il voulut endormir par des décorations ceux qui lui demandaient la liberté, entraîna beaucoup de Florentins à solliciter cette noblesse ; abandonnant le commerce^ les uns cherchaient à se faire admettre sur les galères de l'ordre , et les autres briguaient dans les antichambres du maître. Cosme lui-même faisait le commerce de quelques marchandises, et s'intéressait, avec de riches négociants, dans les banques d'Anvers, de Bruges, de Londres, de Lisbonne, de Barcelone, de Marseille, de Lyon, outre celles d'Italie ; il employait deux galions pour transporter des
(1) n possédait les forteresses de Pistoie, d'Arezzo, de San>Sepolcro , d'Eliopoli sur les confius de la Romagne f deux châteaux de l'île d'Elbe , celui de Saint-Martin dans le Mugello, le bastion de Poggio impérial.
H» eOUlMKXEMEBT lOt GOSMB.
marcbandises dltalie et du Levant dans les ports de FOcéttnt Les Fugger d'Augsbourg lui fournissaient le cuivre de Hongrie} il tirait du Levant des blés^ de lliuile, du vin ; il ouvrait le pori de Livoume, extrayait des métaux, et des ouvriers d'Allenoagne faisaient à Fietrasanta des essais pour Texploitatioii des mines d'argent.
Les petits négociants étaient écrasés par cette concurrmee ; aussi, malgré ses prodigieuses dépenses, il devint le prince le plus riche de l'Europe , et laissa en caisse 6,500,000 ducats^ 0 acheta le palais Pitti , afin que ses successeurs eussent la plus belle résidence d'Europe ; il construisit le palais des Oftlcês ^ la galerie du Vieux Marché et celle, bien plus grandiose^ du Nouveau, la bibliothèque Limrentieiine, les archives d'Or Saint-Mî* chel. Les revenus du pays, quadruplés, s'élevèrent à 1,100,000 ducats, nt les dettes publicfues furent éteintes. 11 releva les universités de Florence et de Pise ; à Pacadémie Platonicienne, instituée par Gosme l'Ancien , il substitua la Florentine , dans laquelle entrèrent Camesecchi, Donienichi, Giambullari, Segni, Benoit Varchi rappelé de Texil.
Il profitait de toutes les circonstances pour amuser le peuple^ occuper les artistes et les ouvriers par des fêtes , tant6l à Foccasiou d'une galère enlevée aux Barbaresques, tantôt pour le mariage de son fils avec Jeanne d'Autriche , tantôt pour le baptême d'un enfant né de cette union (1). Parmi les portraits que les Florentins exposaient alors, on voyait figurer non-seulement Farinata et Capponi , mais encore Carducci et Ferruccio ; mais il n'était pas assez poltron pour trembler devant des héros de carton, il fit enlever de Rome le corps de Michel-Ange pour l'ensevelir dans sa patrie. Pontomo, ikindinelli, Bronzini, Gel* lini et frère Jean furent chargés de travaux par lui , et Vasari peignit tout le palais ducal. Cet artiste ayant voulu le représenter discutant au milieu de ses ministres sur la guerre de Sienne, le duc lui dit : Quoni à faire ici les ministres ? Mettez-y le silence et autres vertw sembtaàles, qui tiennent lieu de conseii.
(i) On ne saurait imaginer des fêtes plus splendides que cellet qui eurent lieu h rocrasioii du niuriagc du grand- duc François de Médicis avec Jeanne d'Autiichti, et que Vasari a décrites en détail. Dans toute la ville, on vit det arcs, des statues, des portraits, des inscriptions, des divertisdeneuts, des théâtres, des musiciens, et la fête dura plusieurs jours. Vasari ordoniia et décrivit les réjouissances (>our le baptême de leur fils.
GOCrrS&NEMENT DE GOSME. il
Oo&me fit Tenir de la Sicile à Pise des ouvriers en corail et en oÀroirs^ arts perfectionnés ensuite sous son fils , qui introduisit la fabrication de la porcelaine, inconnue jusqu'alors, et l'art merveilleux des ouvrages en pierres dures, a Surtout ( écrivait André Gussoni , ambassadeur vénitien en 1576) il aime à faire manoeuvrer les alambics, distille beaucoup d'essences et prépare des sublimés propres à guérir un grand nombre de maladies, et il eo a presque pour chaque infirmité. Entre autres^ il fait une huile de vertu si extraordinaire que, si Ton en oint, les pouls axcepléa, le cœur, Pestomac, la gorge, elle guérit et neutralise toute scnrte de poison , rend la santé aux pestiférés , met les hommes sains àTabri de toute atteinte, outre qu'elle est un remède très-actif contre les pétéchies et toute espèce de fièvres malignes. Il m'a dit qu'ayant voulu faire Texpérience du poison sur des personnes condanmées à mort, il leur en avait donné à boire, et les avait guéries avec son huile (1). »
(1) ^ambassadeur Fedeli disait de 1 ui : • Comme il a tr&Tersé la mauraise, puii la bomie fortune , Tune et l'autre manière de vivre, Tune et Tautre conditioB dei temps, il est devenu (rèfr-pnident et très-sage; il s*est conservé et <graadi, a triomphé de toutes les difficultés, découvert toutes les conjurations, ^ca to«8 set puissants ennemis, et châtié ceux qui lui sont tombés dans les QÛai, de teUe manière qu'il s'est affermi par les'pcrséoutions. Aussi dit-on à Fbreace que chaque tumulte, chaque guerre, chaque siège, chaque victoire a pour résultat de consolider la principauté de Cosme.
« Ce prinee gouverne ses Etats avec une très-grande rigueur, qm répand l'épouvante ; il veut la tranquillité , l'union et la paix parmi les citoyens , qui i^'oMat pas bouger; il ne veut pas qu'on parle de haines, d'injures, d'inimitiés ^devengeaswes, de Gaelfes et de Gibelins, des panciaticlù et des eanceiiieri, »f»piÊgnoai et des arrabiati, ^a justice, incomparable, est si grande, si rigou- ''^Uis, si expéditive , si égale pour tous , que chacun se conforme à la loi ; il ^t ta cela beaucoup de soin , aliu de pi^enir tout désordre et d'empêcher <pi'il soit £ait ni tort ni injustice à personne, voulant que tous, saus distinction, subissent le châtiment de leur faute. Enfin, par la tranquillité du peuple, par l'ibuadance, la paix et la justice , il se rend chaque jour plus digne de la prin- ^tttt; qnaïkt à ses fonctionnaires, au dedans comme à l'extérieur, il a soin de ne choisir que des hommes habiles, expérimentés, intelligents, et surtout bons et fidèles; s'il en découvre un mauvais ou partial, il le casse et le punit sans ttieun égard, etc., ete.
* Il a également pourvu à la défense du pays, au moyen d'une vaillante milice de trois mille fautassins , tous disciplinés et obligés de servir depuis dixlusi ans jusqu'à cinquante ; en cinq jours , ils peuvent se réunir et entrer en <^u&fi|Be ^ il pourraiâ en enrôler un nombre beaucoup plus grand, tant la; p<Yis« 1^ <k sas États est vigoujreuse et considérable*