GOUY£RN£M£NT DE GOSME
Mais le bien même est mal accueilli quand il oblige à sacrifier Phonneur ; la vie artificielle que les arts puisaient dans la pro-
« Il voudrait avoir un corps de deux mille chevaux ; mais il éprouve des difficultés, parce qu*il y a disette d'animaux dans le pays.
« 11 a aussi enrôlé douze mille pionniers, tous campagnards robustes; néanr moins , quoiqu'ils soient destinés pour la guerre , il les emploie en temps de paix, selon le besoin, pour entretenir les routes, creuser des fossés, dessécher des marais, bonifier des terrains. Il détourne les eaux et les rivières pour favoriser Fagriculture.
« Il fait continuellement fabriquer de la poudre et fondre des canons ; il a cent grosses pièces et une infinité d'autres de campagne. Â cela il faut ajouter cent vingt capitaines de diverses nations, tous vaillants, expérimentés, qui suivent la cour et reçoivent chacun, par mois, depuis 18 jusqu'à 30 écus.
« Les choses les plus minimes , à l'entrée comme à la sortie des villes de l'État, payent un droit. La perception est faite avec une grande exactitude par les receveui^ , qui sont tous pour le compte du prince , lequel n'afferme aucun droit d'entrée ; les employés de l'octroi sont toujours dans l'épouvante quand on examine leurs comptes , parce que le prince punit sévèrement toute infidélité. Il a fait pendre un de ses favoris, nommé Julien Tavoglia, qui le volait en toute sécurité : cet exemple servira pour ses ministres, etc.
H Son corps, très-robuste, est de taille moyenne ; il a un aspect fort gracieux, mais qui devient terrible quand il veut. Il supporte admirablement les fatigues, et cherche avec plaisir tous les exercices où il faut de l'agilité, de la force, de la dextérité , si bien que , pour soulever des poids , manier les armes , monter les chevaux, dans le jeu de la balle et à la chasse, il n'y a personne qui le surpasse, et il fatigue tous ses rivaux. Ces plaisirs, qu'il affectionne beaucoup, avec la pèche et la navigation, forment son unique récréation ; alors il se dépouille entièrement de sa dignité et de son autorité, plaisante familièrement avec ses compagnons, et veut que tous usent à son égard, sans aucun respect, de la même liberté; mais, hors de ces exercices, il ne reconnaît personne, et il n'est nul individu assez hardi pour se permettre la moindre familiarité envers lui. Il se renferme immédiatement dans sa sévérité habituelle, si bien qu'on dit proverbialement dans la ville que le duc cesse d'être duc ou se fait duc quand il veut, parce qu'il se transforme à son gré en prince et en simple pai'ticulier ; mais il ne fait cela qu'avec les personnes de la cour, car jamais il ne se familiarise avec les autres.
(( De même qu'il est habile dans le gouvernement de l'État, ainsi il déployait la magnificence en toutes choses ; mais depuis longtemps il vit modestement et retiré. Loin d'étaler cette pompe dont s'entourent les autres princes ou ducs, il mène une existence de père de famille, et mange simplement avec sa femme et ses fils, à une table servie frugalement. Ses fils n'ont pas une table à part ni des frais particuliers, comme ou le pratique dans les autres cours, mais il n'y a qu'une seule cour avec des dépenses communes. De même, qu'il s'agisse d'aller dans la ville ou bien à la campagne , la femme , les enfants et toute la maison suivent le duc , mais avec une garde d'Allemands , une compagnie de chevau* légers et cent arquebusiers , qui ne manquent jamais. Lui-même est toujours
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tectioQ n'empêchait pas leur décadence, et Cosme dut faire travailier au dehors la vaisselle d'argent pour son mariage avec EléoDore de Tolède. Le commerce fut entravé y la justice passionnée^ et 1a population décrut. Les citoyens^ avides de titres, tiraient leurs capitaux du commerce pour les convertir en terres. Les plus dignes, qui cachaient leur esprit républicain sous des niaiseries littéraires, instituèrent l'académie du Piano, et par Piano ils entendaient la république ; là , ils débitaient des discours allégoriques.
n n'est donc pas étonnant que, malgré ses excellentes qualités, les Toscans ne lui aient point épargné les reproches. Pie IV, qui Paimait parce qu'il avait favorisé son exaltation et accepté sans réserve le concile de Trente, lui offrit le titre de roi, et Cosme le refusa. Néanmoins, quand il s*agit de donner une de ses filles à Tempereur Ferdinand, Pie V lui proposa de le nommer archiduc; mais, comme la maison d'Autriche ne voulait pas que ce titre devint commun à d*autres, on inventa celui de grand-duc i,^ et d'altesse sérénissime. Il se rendit à Rome avec un faste iuouï, fut reçu par les cardinaux et tous les Florentins établis dans la ville, logé dans le palais pontifical et couronné assis à la droite du pape ; dès lors il s'intitula par la grâce de Dieu, Inutile de parler des protestations des Autrichiens : de l'empereur, qui le disait son vassal pour la Toscane, et de l'Espagne pour Sienne ; du duc de Ferrare, qui lui avait disputé la prééminence jusqu'alors. Les colères et les conflits durèrent plusieurs années sous l'apparence de questions d étiquette, mais en réalité parce quo Cosme laissait apercevoir l'ambition , conçue par tout prince agrandi, de dominer sur toute l'Italie, ou du moins d'en expulser les étrangers. Le pape le secondait dans ce dessein ; mais, comme on ne put le réaliser, il combla le grand-duc de nouvelles
armé d'un poignard et d^une épée, avec haubert. Ses capitaines raccompagnent partout, et ils n'ont pas moins de six cents chevaux, etc., etc.
« Tous les grains et les vins, aussitôt les récoltes terminées, sont transportés <lïitt les villes et les forteresses ; les paysans vont en prendre de temps en temps pour leur usage, et Ton tient registre de toutes les quantités qui entrent ou sor- ^t Cela fait que, la campagne étant dépouillée, il est difficile d'entretenir dans ^ Toscane une armée étrangère. Ces approvisionnements s'opèrent avec tant ^'exactitude et si facilement que le prince sait jour par jour la mesure précise qui se trouve en chaque lieu ; car il encourage les accusateiurs et punit sévère- ^^X les transgresseurs. De cette manière , il se met à l'abri des armées puissantes, et, quant aux troupes peu nombreuses, il est en mesure de les battre et de les expulser. »
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faveurs y et lui envoya quatre navires chargés d'antiepiitéa. U donna même des biens à sa femme ^ son propre palais avec te jardin à Tun de ses fils^ et confia à l'autre le commandement des galères de l'État.
Si Pon songe que les dtés , à Texception de Florence et de Sienne^ avaient déjà vécu dans une servitude qu'il s'efforça d'adoucir ; que la Toscane , sans lui ^ serait devenue une province de l'Espagne ou de la France; que des agitations graves et séculaires ne peuvent se calmer sans violence ; qu'une foule de ppoacrits et de réfugiés^ sans cesse occupés de conspirer et de troubler l'État^ ont exagéré ses fautes et ses défauts , on doit lui savoir gré du mal qu^il ne fit pas ou qu'il pallia. D'ailleurs un grand nombre de contemporains l'ont loué sincèrement ; tant il est facile de passer de l'horreur de l'anarchie à Faversion de la liberté politique ! Cosnie lui-même^ pour tromper la postérité, acheta des historiens^ sans réussir pourtant à leur imposer le mensonge, ce qui fait leur éloge. Âmmirato néanmoins vante plusieurs fois les Médicis pour la liberté qu^ils laissaient de dire la vérité. Dans V Apologie des Cappucci^ réfutation libérale de Guicciardini, Pitti dit que a le grand»duc Cosme et le prince François, régent, aiment qu'on sache la vérité des choses; qu'ils communiquent non-seulement les écrits publics à quiconque désire les voir, mais leurs lettres secrètes , même sur les faits les plus cachés de PÉtat, récompensant ceux qui se sont donné la tâche de raconter les actions publiques. » Si les tyrans brutaux étouffent la pensée et emprisonnent les écrivains, les tyrans rusés les gagnent quand ils peuvent, ou du moins les éblouissent.