CHAPITRE CXXXIX
FIN I)E CHABLEft-QUINT. DERNIÈRE DISTHIBimON DE L'ITAUE. SES SKFA1VT8 VALEUREUl. ILàLHEIJKS ET GLOIRES DE VENISE. EXPIÊDITIONS GONTHE LES TOMS.
Les acteurs de ces scènes terribles disparaissaient successivement. A François I", mort des suites de son libertinage effréné, avait succédé Henri II, mari de Catherine de Médicis, occupé lui-même de galanteries et de prouesses chevaleresques^ jdwt
CARACTÈRE DE CHÀRLEiH)UINT. 51
il fut victime dans un tournoi ; il mourut donc^ après avoir été 1559 le jouet des femmes et des partis^ après avoir vu envahir son t^J^^u^royaume par Thérésie, associée à la turbulente noblesse.
Gfaarles-Quint ^ à son départ d'Italie^ y laissa Garcia de Lojasa^ son confesseur^ avec la recommandation de lui envoyer des renseignements sur toute chose (1). Ce délégué lui écrivait de Rome^ le 15 août 1530 : « Sire^ ne songez pas aux divertisse- « nients , et gardez-vous de perdre courage à la vue des obstac des qui vous attendent, lesquels ne sont pas moindres que «ceux que vous avez rencontrés à Bologne. Songez qu'aucune « couronne ne fut acquise , aucune gloire obtenue par la molclesse^ la vie luxurieuse et les plaisirs vicieux. Deux antagonis-
< tes luttent dans Votre Majesté^ l'indolence et l'ambition. Jus-
< qu*à ce jour, la seconde a prévalu en Italie ; plaise à Dieu qu*il ( en soit de môme en Allemagne^ et que le soin de votre hon-
< near et de votre gloire triomphe de Tennemi intérieur qui vous «pousse à consommer la plus grande partie de la vie en fêtes, «en banquets, en débauches! »
D est étrange d'entendre accuser de paresse cet empereur^ fii se vantait d'avoir^ depuis l'âge de dix-sept ans^ tout vu de ses propres yeux, passé neuf fois en Allemagne^ six en Espagne, quatre en France^ sept en Italie^ dix dans les Pays-Bas^ deux en Angleterre^ autant en Afrique^ et traversé onze fois les mers, ftu^enu à Fàge de cinquante-six ans^ il disait : a La fortune ^ semblable aux femmes^ m'a abandonné dès que j'ai commencé à vieillir. » La mauvaise issue de plusieurs entreprises , l'opposition qu'il trouvait dans son frère et son fils^ l'extension irrésistible de la réforme, cette satiété qui suit bientôt les grandeurs humaines, le poussèrent à abandonner à son fils Philippe II les 155556 Pays-fias et l'Espagne avec l'Italie et l'Amérique, en lui recominandant de maintenir la sainte foi et l'inquisition. Son frère Ferdinand reçut le titre d'empereur et les possessions d'Allemagne. Après ces renonciations, à l'exemple de ces héros du moyen âge qui mettaient un intervalle de recueillement entre la vie présente et la vie future, il se retira dans le couvent de Just de l'Estrémadure (2), pour se livrera des exercices de dévotion, accompagnés d'une grande activité.
(1) Ces lettres ont été publiées à Berlin en 1848 par G. Heine, avec le titre : Çwttts al emp. Carlos V en los aiios rlel 1530-32. [ï) U y emmena avec lui Jean Torriano de Crémone, horloger et mécanicien
5â CAHACTiaS de CUARLKS-OUniT.
Giarles-Quint^ en faisant ce partage , déclarait lai-oièoie impossible cette monarchie universelle qu'il avait rêvée quelquefois. Hoi de nom à six ans, de fait à seize, empereur à dix-huit, hautain et persévérant, sévère et mélancolique , il savait apprécier avec calme et sagacité les difficultés des entreprises. Il ne se mettait jamais en colère ; offensé, il s'enveloppait dans ladignité du silence. Il versait le sang sans nulle considération, mais sans plaisir, et saisissait toutes les occasions de pardonner. Hont€ sur la scène au moment où la nouvelle société sortait des langes^ et lorsque, sur les ruines des républiques et de la féodaUté^ s'élevaient des pouvoirs compactes qui groupaient les forces indl viduelleset les volontés jusqu'alors en lutte, il résolut de subs tituer à la \ie animée et indépendante du moyen âge oiH administration centrale, et de recueillir dans la monarchie tonU l'activité. Son désir fut encore de réprimer l'agitation municipak de l'Espagne, et, dans le même temps qu'il espérait enlever aœ Barbaresques les côtes d'Afrique, de conquérir etdeyattadie ritalie, de couvrir de colonies le Mexique et le Pérou, de com battre la France, de tenir TAllemagne en bride, de comprime les Pays-Bas; en un mot, il songea à substituer l'Autriche à l'É glise dans la représentation de Tunité chrétienne, ce qui fit croir qu'il voulait absorba* toutes les nations. Mais, pour réaliser o vaste dessein, il trou\*ait des obstacles dans la nature de ses pofl sessions, immenses, mais éloignées les unes des autres et san homogénéité, dans la jalousie de la France, qui parut se faire 1 protectrice des nationalités.
11 opposa une digue aux progrès des Turcs, et ce fut là un glorieuse tâche pour un empereur chrétieu; néanmoins il k Lùssa prendre Rhodes sans opposition, et s'avancer en Europ plus qu'ils ne l'avaient lait dans les moments de kur plus gran essor. Le désastre d'Alger ternit Tédat de Texpédition de Tunk Les pontifes, le regardant comme le monarque prépondérai parmi les catholiques et la véritable barrière contre les infidèlei renoncèrent à cet antagonisme qui constitua Tactivité de tout 1 moyeu â^e. Si Uiarles-Quint fût panenu à subordonner la coi roune germanique élective à la couronne héréditaire d'Espagn
trvs-babiJLe» appelé par Famiaif^ Mrada TArchimcde et et temp», cf ipn îdtcb Là EEtackiue Mt ixto««n de LK{iicUie, à Tolele. Teaia cfai T«*e c»t cfemvv jtt3«|a*j wauBNft de r.Vlcaar. it faioikt des aiiCooKàtes trè»^«Bçeiue«Xy ci c'est par 1m qi ^C exécutée l'harbjçe pubtiquie de P'tà«ie> a.%9c ({tu&ee ceBti> roucSy mû kes BiiML%ea»efife& des p^uBètes.
CARACriRE DE GHARUSS-QUINT. tid
à se faire donner pour successeur dans Tempire son fils Philippe^ et à obtenir pour lui , par le mariage de Marie^ le sceptre d'Angleterre^ toute l'Europe se serait trouvée autrichienne^ et le despotisme d^autrefois enchaînait une société redevenue païenne; mais devant lui se dressèrent^ pour l'arrêter^ la pensée émancipée^ Tesprit de la réforme et les idées de la responsabilité personnelle, ravivées par Luther.
Charles eut un moment Tespoir de ramener les dissidents à l'Église , ou du moins de conserver Tunité^ sans s'inquiéter si la foi apostolique ou la nouvelle triompherait dans la suite. Mais quand il vit la réforme s'étendre et devenir plus audacieuse^ au point d'attaquer, avec la domination royale^ les bases mêmes de la société, il consacra tous ses efforts à la réprimer; efforts inutiles, puisque^ après avoir dépensé des trésors et versé des flots de sang^ contraint de fuir devant les champions de la foi nouvelle, il ne put lui faire accepter que Vintérim, à Pombre duquel elle s'affermit dans les limites qu'elle conserve encore aujourd'hui. En outre^ cette politique, qui réunit tous les États contre celui qui menace de rompre l'équilibre par ses envahissements, s'était déjà établie; puis Florence et Sienne, et ce n'est point là une de leurs moindres gloires^ surent longtemps^ bien que sans succès, résister au dominateur du monde.
ilétaitpauvreau milieu de possessions immenses (1). Après avoir suppléé aux tributs réguliers par des extorsions de toute espèce^ etlaisséle pillage aux soldats aujieu depaye^ contraint d'abandon-
(1) Il avait pour banquiers les Fugger d'Âugsbourg, négociants aussi riches qu'autrefois les Médids et les Strozzi de Florence, et qui, comme eux, protestent les arts, recueillaient des livres, des inscriptions, des gens de lettres; auisi Robert Estienne se glorifiait-il du titre d'imprimeur d'Ulric Fugger. Cette ouiison, dès le siècle précédent, se faisait envoyer dans sa correspondance des l'CDseignements sur tous les faits; imprimés sous le nom de Ordinarii Zeî" tuttgeit et Extraordînarii Zeitungen, ils furent Torigine de la fameuse Gazette universelle d'Augsbourg. Cette ville devant payer 80,000 florins d'or, les Fugger les lui firent battre à l'hôtel des monnaies. Charles-Quint les caressait, logeait chez eux. A son retour d'Italie, en 1530, il s'excusait de ne pouvoii* encore paieries lettres de change qu'il avait tirées sur leur maison, et en même temps il se plaignait que, bien qu'on fût au mois de juin et que l'Italie éprouvât une grande chaleur, on sentit encore le froid dans leur ville ; alors les Fugger lui allumèrent un feu de cheminée avec les lettres de change souscrites par lui, et du bob de cannelle qui coûtait 2 sequins la livre. Un membre de leur famille restait toujours à Venise pour surveiller la banque qu'ils avaient établie dans l'entrepôt des Allemands. Henri 111, quand il passa à Venise, alla le visiter.
54 Fin m GHARLSS-CinilT.
ner toutes ses entreprises faute d^argent, n^ayant conquis ancun royaume malgré tant de guerres et de pays confisqués, Charles vit tous ses États, excepté l'Espagne, envahis par les étrangers. Il dut reculer devant les Turcs; il abandonna au hasard et à la cupidité la conquête du nouveau monde ^ qui aurait pu offrir un vaste champ à Tardeur guerrière de sa nation, et réparer ses finances appauvries bien plus que les expédients qui enlevaient les capitaux à la circulation et ruinaient IMndustrie. Le monopole des métiers, les droits excessifs d'entrée et de sortie , les fabriques impériales, les licences coûteuses étaient des abus pratiqués depuis longtemps; mab Charles les introduisit systématiquement dans l'administration. Le commerce fut entouré de restrictions et d'exclusions, et l'on sacrifia les colonies à la capitale ; Tesprit public se vit détourné des voies régulières de la prudence pour être jeté dans celles des aventures périlleuses. Toutes les formes protectrices furent abolies et soumises à des gouverneurs despotiques; on remit en honneur l'aristocratie, mais créée par diplômes, et, comme telle, oppressive à l'égard des inférieurs, incapable de résister à l'arbitraire des supérieurs.
Si l'éclat de son nom signale Tapogée de rAutriche, ITtalie y associe l'élégie de son indépendance perdue . Un vieillard, de sentiments très -modérés, écrivait alors : «Depuis le jour où Charles-Quint a revêtu les insignes impériaux^ deux cent mille personnes ont péri sur les champs de bataille, plus de cent villes et châteaux de grande renommée ont été saccagés, ruinés et détruits, à cause des guerres qui se sont allumées entre lui et François 1*% avec addition de celles que Soliman, le Grand Turc, tantôt poussé par l'or, tantôt entraîné par lui-même, a faites contre les chrétiens. Après ces victimes, tant de milliers d'hommes et de femmes innocents sont morts de faim et de la peste qu'il n'est pas facile d'en dire le nombre, sans compter les outrages faits aux nobles matrones, la virginité enlevée aux jeunes filles sacrées et profanes, les abominables et criminelles souillures souffertes par les enfants. Des choses impies, atroces, hors de toute loi humaine et divine, ont été commises le plus souvent par des chrétiens entre eux , sans autre motif que pour satisfaire l'ambition de deux hommes, lesquels, nés, grandis et vieillis avec des haines éternelles et des cœurs toujours ennemis, ne se lassant jamais de répandre le sang , combattent encore et combattront tant qu'ils vivront. Aussi les peuples affligés ne peuvent avoir de plus grand désir, pour se reposer enfin , que de
prier Dieu de les faire périr, ou du moins de les soumettre tou£ ^ les deux au Grand Turc ; car alors^ le monde étant gouverné par un seul monarque, bien que barbare et ennemi de aotre loi y ils pourraient avec quelque tranquillité nourrir leurs enfants ^ et soutenir^ quoique pauvres^ niais sans tant de fatigues, le poids de leur misérable existence (1). »
Paul III mourut également, et le conclave, après de longs et 1550 orageux débats, donna la tiare à Jules m (Jean-Marie Ciocchi)^ cardinal distingué et pape nonchalant , qui ne s'occupa que d'agrandir ses neveux et des favoris. Il eut pour successeurs^ dans Pespace de quelque temps^ Marcel II , des Cervini de MontepuI- 1555 ciano, puis Paul iV, des Garaffa de Naples, octogénaire. Ce dernier se trouvait à la cour d'Espagne lorsque Ferdinand le Catholique, au moment de mourir, éprouvant le remords d'avoir enlevé le royaume aux Aragonais et emprisonné le dernier de ces princes contre la foi donnée, voulut consulter à ce sujet des personnes doctes et pieuses. L'une de ces personnes fut Caraffa^ lequel lui dit avec hardiesse qu'il ne pouvait sauver son âme et sa réputation qu'en restituant ce royaume. Le roi fut si touché qu'il aurait peut-être suivi ses conseils^ si d^autres « troublant par la raison des intérêts d'État les raisons de Dieu et de la justice», n'avalent pas détourné le moribond de cette idée (2).
La vérité semble une injure aux puissants, et Charles-Quint, le regardant comme un ennemi de TEspagne^ l'exclut du conseil royd , lui disputa longtemps l'archevêché de Naples et ne cessa de troubler sa juridiction. De son côté^ il ne dissimulait pas son aversion pour les Autrichiens. Nommé cardinal^ il s'opposait en tout à l'empereur, qu'il appelait fauteur d'hérétiques^ et lequel , en conséquence, le fit exclure deux fois de la papauté ; la troisième, il fut sur le point de châtier sévèrement les cardinaux impériaux qui n'avaient pas fait tous leurs efforts pour l'empêcher d'être nommé. Il songea même à faire déclarer son élection illégale^ à le déposer et à l'empoisonner.
Paul lY s'était montré jusqu'alors austère et pieux; mais^
(1) SsGifl, Ut$t, florentines. Ht. XL. « Un jour, causant librement avec moi. Sa Majesté m'a dit qu'eUe était par nature ferme dans ses bonnes opinions. Voulant rejLCuser, je lui dis : « Sire, être ferme dans les bonnes opinions, c'est de la constance et non de Tobstination. u II me répondit subitement : k Et quelquefois je ^uis ferme dans les mauvaises. » (Relazione di Roma, de Gaspard Contarim.)
(!) N0HI8, Guerre contre Paul IV, liv. i, p. 6.
lorsqu'on lui demanda comment il voulait être traité^ il répondit : En grand prince. Couronné splendidement, il étala le faste dans tout, et fut plus mondain qu'il ne convenait à sa dignité. Irascible, fougueux , tout caprices, absolu, il maltraita l'ambassadeur de Toscane, tomba sur le gouverneur de Rome à coups de pied et de poing, arracha la barbe à Tenvoyé de Raguse. Il donna le chapeau de cardinal à son neveu don Carlos, jusqu'alors soldat sous les Strozzi fugitifs, et prit monseigneur délia Casa pour son secrétaire, se déclarant ainsi Tennemi du duc Cosme, ' contre lequel il s'était révolté.
Ce pape comparait l'Italie à un instrument dont les quatre cordes étaient Naples, Milan, Venise, l'État de l'Église : a Al- (( phonse d'Aragon et Ludovic, duc de Milan , âmes infortunées i a car ils furent les premiers qui gâtèrent ce noble instrument. (( Hinc ornnis mali lobes , parce qu'ils ouvrirent cette mauvaise a porte aux barbares, laquelle nous voudrions fermer ; mais noua a ne sommes point écouté à cause de nos péchés. Nous ne nous a repentirons jamais d'avoir fait ce que nous avons pu, et peuta être plus que nous ne pouvions. Nous laisserons dans les sièa clés à venir la honte à ceux qui ne nous auront point aidé, et a l'on dira que ce fut un vieillard octogénaire qui , alors qu'on n devait le croire occupé dans un coin à gémir sur ses infirmités, a se montra hardi et désireux de la liberté italienne , mais qa^il <( fut abandonné par les hommes les plus tenus de le suivre. Le a regret sera pour les seigneurs vénitiens et les autres, qui ne <( veulent pas saisir l'occasion de se débarrasser de ces gens, c( mélange de Flamands et d'Espagnols, chez lesquels nihil re- « gium^ nihil christianum. Là où ils sont attachés, ils tiennent <r comme le chiendent, à la différence des Français, qui n'y resa teraient pas quand même on les lierait. Nous ne nous repen- « tirons jamais d'avoir usé le peu dévie qui nous reste pour a l'honneur de Dieu et l'avantage de cette pauvre Italie ; car « nous nous sommes proposé une vie de fatigues, et nous ne a nous reposons jamais. »
Tel est le langage qu'il faisait entendre à Bernard Navagero, ambassadeur vénitien ; il lui disait d'autres fois : a Nous sommes a vieux , et nous partirons un de ces jours quand il plaira à a Dieu; mais il viendra un temps où vous connaîtrez que nous a disons la vérité, et Dieu veuille que ce ne soit point à votre a détriment ! Tous les deux sont des barbares; il serait bien qu'ils « fussent chez eux , et qu'on n'entendit en Italie d'autre liwgue
d que la nôtre. » Navagero termine ainsi : <( Jamais il ne parlait « de l'empereur et de la nation espagnole sans les appeler hé- «rétiques, schismatiques, maudits de Dieu, sejmence de juifs et a de Maures, lie du monde, déplorant la misère de Fltalie, conte trainte à servir des gens aussi vils (1). »
Paul, qui craignait à chaque instant que l'empereur n'attentât à ses jours ^ disait : a Charles-Quint veut me tuer par une fièvre mortelle ; mais je lui donnerai de l'occupation, et je délivrerai la pauvre Italie. » Néanmoins il ne se fiait pas complètement à la France, et il disait à son neveu : « Veille à ce qu'on ne se fie pas trop à ces Français, et fais en sorte, une fois les hostilités commencées, qu^ils ne nous abandonnent pas, comme ils ont la réputation de le faire (2). » Mais ces neveux, qui espéraient pêcher en eau trouble, et monseigneur délia Casa, qui désirait affranchir la Toscane, sa patrie, l'excitaient sans cesse. Après avoir dépouillé les feudataires romains , surtout les Colonna, il fit alliance avec le roi Henri, en l'absolvant d'une trêve qu'il avait jurée naguère. Il méditait de lui transférer ou de s'approprier le royaume de Naples et le Milanais, en déclarant les Espagnols déchus de leur possession, ou du moins d'obtenir Sienne, ruinée par les Espagnols et Cosme. On prétend qne^ dans ce but, il entama des négociations avec les Turcs, afin qu'ils infestassent les côtes de la Toscane et du royaume de Naples, et avec le marquis de Brandebourg, luthérien, pour qu'il assaillit l'empereur en Allemagne ; car tous les moyens lui semblaient légitimes pour arriver à ses fins.
Afin de réaliser le magnanime dessein de délivrer ntalie des étrangers, il aurait fallu au pape le concours des autres seigneurs. Mais la Savoie s'obstinait à lutter contre la France, s'appuyant pour cela sur l'empereur ; Venise prenait ombrage des accroissements du pape ; Cosme craignait que les Caraffa n'obtinssent Sienne, objet de leur ambition; Octave Farnèse, oublieux de l'assassinat de son père et de l'usurpation de la moitié de ses domaines, s'était réconcilié avec les impériaux et les servait avec zèle; les neveux même du pape, qui le dominaient au point d'ouvrir ses lettres, se conduisaient avec une arrogance capricieuse^ lui suggéraient des résolutions inopportunes ou de
(i) Voir le journal des lettres de Bernard Navagero au sénat vénitien , à la date des 21 et 22 juin 1557.
(2) NoRiSy livre cité, page 11.