PAUL IV EN GUERRE AVEC LES ESPAGNOLS
mesquins expédients^ et le poussaient à suspecter tous ceux qui l'entouraient, à persécuter et à tourmenter des personnes même très-haut placées.
Paul lY forma aussi une sainte ligue, à la tête de laquelle Pierre Sfrozzi porta ses haines irréconciliables; le spectacle du pape en guerre avec l'empereur et le roi catholique réjouît de nouveau les regards des protestants. L*armée ennemie^ commandée par le duc d'Albe, après avoir fait un horrible carnage à Segna, et pris Tun après l'autre les châteaux de l'État romain, défendus avec courage et assaillis furieusement, se présente avec des échelles devant Rome, laquelle, redoutant de voir se renouveler le sac de 1527, demandait la paix à tout prix. Comme à cette époque, les Coionna attaquent la cité, et Pierre Strozzi^ accompagné de Biaise de Montluc , accourt pour la défendre; mais ils auraient échoué si les Espagnols n'avaient point accepté un armistice.
Henri II, qui , s'étant posé comme le vengeur des désastres paternels, saisissait toutes les occasions de troubler les Espagnols dans la tranquille possession de l'Italie, y envoya François
J557 de Lorraine, duc de Guise, ne fût-ce que pour les détourner de ses États. Les Français de Guise, après avoir traversé hardiment la Péninsule, s'établirent dans le Latîum , le maltraitant presque autant que l'ennemi, qui , à son tour, y vînt du royaume de Naples. Le duc d'Albe, habile calculateur, évita la bataille, et le duc de Guise, à qui l'on avait promis le secours d'autres feudataires et le soulèvement du royaume de Naples, se plaignait de n'être point secondé, et, malgré les sollicitations de Strozzi,. refusait de s'aventurer dans des tentatives périlleuses. Enfin il fut rappelé pour aller protéger, avec la fleur de la noblesse française, les Pays-Bas, où douze mille Anglais s'étaient réunis à l'armée espagnole de trente-sept mille hommes, commandée par le comte d'Egmont et par Emmanuel-Philibert de Savoie,
10 août, gouverneur de ces provinces. Devant Saint-Quentin, entrepôt du commerce entre la France et les Pays-Bas , ils mirent en pleine déroute, avec leur puissante cavalerie, l'armée française. Jamais, depuis Jeanne d'Arc, l'indépendance de la France ne s'était trouvée dans un si grave péril, puisque les Espagnols pouvaient marcher sur Paris sans rencontrer aucun obstacle. Heureusement ils s'obstinèrent au siège de Saint-Quentin, ce qui permit à Henri de rassembler de nouvelles forces. Le duc de Guise, accouru d'Italie, et favorisé par des intelligences, par
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l'hiver^ et par la négligence de l'ennemi , s'empara en moins de trois semaines, avec le bras de Strozzî^ de la ville de Calais, qui, depuis deux cents ans, était le point d'appui des Anglais sur le lus continent.
Quand le pape, qui refusait avec obstination toute condition de paix, se vit abandonné par les Français, il dut se résoudre à traiter, d'autant plus que les défenseurs de Rome, dont beaucoup étaient luthériens, menaçaient la pudeur des femmes et les biens de la ville, outre que les citoyens eux-mêmes tramaient pour ouvrir les portes à Tennemi. Le duc d'Albe, qui a n'avait pas encore appris combien il en coûte de combattre les papes, avec lesquels, au lieu de rien gagner, on perd même ses frais (Giannoiie),» insistait pour que Ton continuât la guerre; mais Philippe U, qui, depuis longtemps , désirait se réconcilier^ accorda des conditions de paix si avantageuses que tout le monde en fut étonné.
La plume de l'écrivain et l'attention du lecteur se fatiguent au récit de ces guerres purement politiques; néanmoins la prépondérance des Français ou des Espagnols, non plus la force et la volonté nationales, changeait les destinées de Htalie. Cette longue guerre, outre qu'elle était la cause de celle de FEspagiie, de la France et de TAngleterre, avait ruiné FÉtat romain ; pour comble de misère, le Tibre et TArno débordèrent, occasionnant la fflort de miUiers de personnes. Le duc de Ferrare poursuivait les hostilités contre les Farnèses, jusqu'au moment où il abandonna l'alliance de la France pour se réconcilier avec Philippe II. La flotte turque revenait tous les ans pour ravager quelques côtes et jeter l'épouvante sur toutes.
Le pape subissait l'influence de ses neveux , dont personne n^osait lui révéler les excès. Le cardinal Pachecô voulant excuser devant lui un autre cardinal, Paul lui coupa la parole en s'écriant : // faut réformer^ réformer. Pacheco lui répondit: Cest bien, saint-père, mais la réforme doit commencer par nous, et il lui glissa quelques insinuations. Puis l'ambassadeur de Florence lui dénonça tant de méfaits des Garaffa que le pape, au consistoire, déplora leurs scandales en versant des larmes, les dépouilla de leurs grades et de leurs offices, les congédia et les punit de la relégation , en donnant une meilleure forme au gouvernement. Au cardinal Farnèse, qui voulait l'adoucir, il répondit : « Si Paul III avait donné de pareils exemples, votre père n'aurait pas été pendu. »
5 avril.