‹ Histoire des Italiens, trChapitre 30 sur 176 · DRA&UT · texte numérisé non relu

DRA&UT

Doria le vit en pleine mer s'emparer d'une galère chrétienne^ partie de Sicile.

1501 Philippe II arma une flotte nombreuse^ montée par des soldats

de Naples, de Gènes et de la Lombardie. Mais Texpédition eut une issue funeste ; bien plus^ les corsaires, tombant sur trois gale* res du duc de Florence, les forcèrent à s'échouer sur les côtes de la Gorse^ où ils les prirent. Peu de temps après^ Dragut^ informa que sept galères, construites en Sicile, devaient se diriger sai Naples, les assaillit et les enleva avec un riche butin et beaucoup de personnes, parmi lesquelles deux évoques et plusieurs nobles, dont il tira de grosses rançons. Dragut, continuant set ravages, assiégea Oran sur le rivage d'Afrique, possession d€ l'Espagne; les galères napolitaines ayant fait voile pour secourii cette ville, le corsaire gouverna sur Naples, et vint jeter l'ancre à Chiaja, dans l'espoir d'enlever la marquise del Vasto, mais i

1564 ne put s'emparer que de gens infimes. Du haut du Penon, roche trèsélevé sur la côte barbaresque, les corsaires apercevaient ai loin les bAtiments chrétiens, auxquels ils donnaient la chasft avec leurs galiotes. On équipa donc à Naples et à Gênes quatre vingt-sept galères et une infinité de navires d'un tonnage info rieur, qui, sous le commandement de don Garcia, fils du vic^ roi de Tolède, occupèrent ce rocher.

i( Jamais je n'ai fait une guerre, jamais une course sur nri€ (( sans trouver en face de moi les chevaliers de Malte, braver a infatigables pour me nuire; cette société impie est, par vœu a irréconciliable avec l'islam ; je rendrai hommage à Dieu ei a la détruisant. x> Ainsi s'exprimait Soliman. Les chevaliers ayan^ pillé le galion des sultans, qui portait à Venise les denrées dé

15W l'Orient, il résolut d'attaquer leur île. Avec deux cent quarante voiles, et favorisé par Dragut, il débarqua quarante mille hommes et quatre-vingt canons. Les chevaliers se défendireol avec tant de courage que les Turcs durent se retirer après avoi^ perdu vingt mille hommes, parmi lesquels Dragut, outre que leur flotte se trouvait dans un état déplorable. Trois cents chevaliers environ périrent dans cette lutte. Le vieux Jean de la Valette, grand maître, combattit en héros et sans s'épargnei aucune fatigue ; puis François Laparelli de Cortone, par ses ordres, fortifia la ville, à laquelle son nom est resté, et qui naguère encore était la plus forte du monde. Ce furent les temps hér()Iques de l'ordre de Malte, qui déchut bientôt; les commend^ Xlevinrent non-seulement l'apanage ambitionné des cadets d^

• GUERHB DE CHYPRE. 69

grandes familles^ mais furent disputées dans la lice, et servirent à récompenser la valeur. Les jeunes chevaliers aimaient à porter la croix blanche sur le manteau noir pour figurer dans les cours^ tandis qu'ils tyrannisaient Malte et Gozzo.

ËQ i566, Soliman, ayant renouvelé sa flotte^ enleva aux Génois Scio,qui produit tant de mastic^ parcourut l'Adriatique et ravagea les côtes sur une étendue de cent milles. Puis, comme il menaçait la Hongrie, le pape envoya une grande somme à Tempereur, qui reçut d'Ëmmanuel-Philibert de Savoie cinq cents arquebusiers à cheval^ de Pargent des ducs de Mantoue et de Florence; mais surtout il fut largement aidé par Alphonse II d'Esté, lequel conduisit en personne à Vienne trois cents gentilshommes et six cents arquebusiers à cheval^ avec une autre troupe de quatre mille hommes, dont la moitié à cheval. Le reste de la chrétienté fit aussi des armements^ mais n'entreprit rien de mémorable. Heureusement Soliman mourut, et la puissance otto< i566 mane cessa de grandir après lui.

Sélim 11^ qui lui succéda après avoir égorgé ses frères, ivrogne, cruel, négligent^ soupçonneux et superbe^ sans souci de la foi donnée, rompit la paix souscrite depuis trente ans avec Venise, parce qu'il aimait les vins de Chypre. On prétend que le renégat Joseph Massy avait obtenu de Sélim ivre la promesse de l'île de Chypre; il fit donc tous ses efforts pour l'avoir, et peutêtre faut-il lui attribuer l'explosion de la poudrière de Tarsenal de Venise. Ce désastre, qui anéantissait toutes les provisions de 1509 mer et de terre, sans parler des nombreuses victimes et des *' sepiemb. maisons ruinées, effraya les esprits, abattus déjà par une horrible famine; mais le sénat, dont la fermeté parut alors dans tout son éclat, sut réparer le mal et pourvoir au danger.

Cette énergie était nécessaire, puisqu'on reçut, enfermée dans la bourse ordinaire de fil d'or, une letti*e du Grand-Turc, avec ces mots : « Nous voulons Chypre, ou par amour ou par force. ^ Ne provoquez pas notre terrible épée, ou nous vous ferons une guerre cruelle de partout; ne vous fiez point en votre trésor, car nous le ferons couler comme un torrent, d Bientôt en effet cent galères, deux cent vingt-quatre navires de moindre grandeur et plus de quatre-vingt mille Turcs, avec cinquante fauconneaux el trente grosses pièces d'artillerie, servis par un très-grand nombre de renégats italiens et espagnols, assaillirent la délicieuse lie de Chypre, boulevard de la chrétienté contre les Turcs, riche par son commerce et ses productions, par les deux fortes cités

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de Nicosie dam les terres et de Famagouste sur le rivage^ outre celles de Paphos^ de Cerina et de Limasol. Des Lusîgnans elle avait passé à la république; mais les naturels, traités en esclaves par les feudataires vénitiens, nourrissaient contre eux une avev* sion implacable, et désiraient un changement.

Malgré tous les désastres qu*elle avait éprouvés, Venise arma soixante-dix navires de guerre, et enrôla la jeunesse de toutes les lies; les gentilshommes offrirent généreusement de ^argent et leurs bras; le seul Eugène^ comte de Singta, et le personnage le plus important parmi les nobles de Chypre^ fournit mille fantassins et autant de cavaliers. Pie V donna de l'argent et fit ap* \yfi\ à toute la chrétienté; mais il ne put obtenir que cinquante galères du roi d'Espagne, commandées par Jean- André Doria, auxquelles vinrent se joindre douze ou treize autres fournies par lui«méme. sous les ordres de Marc-Antoine Colonna^ et quelquesunes par les ducs de Toscane et de Savoie. Les négociants de Clones, les chevaliers de Malte^ les gentilshommes de tous les pays almndonnaient avec ardeur et courage leurs familles^ les plni^Mrs» les cours, pour venir faire des prouesses sur les galères italit'nnes, ou bien allaient combattre les Turcs dans la Hongrie lei la Transylvanie. Néanmoins, trop différents des anciens croi- 94^« qui ne songeaient pas à la gloire et mouraient inconnus iHunrae iU avaient vécu, les nouveaux portaient dans les expéditions la vanité, la \iintene, lavidité des grades ou des récompen- 91^, le iit^ir dVntendre la cour répéter leurs exploits, et d'obt^ ntr un Un&u (uieure ou bien une odalisque.

Marc^Antoiue Ci>loima prétendait au conmiandement générai, Cim\m<p r«>(>rés«?ntantdu pape: Jean-André Doria, toujours jaloux dv'ti^ NVtùtu'u;s« ne voulut p*s céder à Jérôme Zenov qui* ayant sous ;Me» ortJln^^ |4iu» de cent soixante vaisïseaux, croyait pouvoir aspirer au vxmuuttndenient isupeneur. Au milieu de ces conflits qui avuiteut lieu doiu^ le port de Caudie. It's épidémies commencent, hft $aM»ou {vi$se et ù tlottk' et^t oblî^^ee de chenher ses quartiers dtuxer: celle de^^y Vure$« ;ki coutraire^ s'avance et débarque les lrv»u(H*tk qui.. $ur des uiv>uceau\ de cadnvtetk après qumae assauts, $ eunfiareiyiti dse ^kvsie. où «u^ct ouUe persoonet^ ^îoat égorgées^ {^Ojti» de Vup()ioi^ et de LiuM^U Ktn^t&ùt Famagouste^ souri Laquelle Ctatji(Ni l>ieuiOt reiuieau,.qui lui lit une ceinture a^iec le:» têtes des U^tettt«eM«^ di# NiwvcMe^ tL\eeti au bout det^ piquies et de:} dîne-

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4 août.

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fâk ligue» mais elle échoua comme l'autre; tHen plus, Doria, ^^^i prétextant qu'il ne s'était associé à l'expédition que pour sauver Nicosie, et qu'une attaque serait désormais une imprudence, rameDa ses galères en Sicile. Venise seule déployait de l'ardeur dans ses piréparatifs^ dépensant à cet effet trois cent mille sequinspar mœs; néanmoins ceux qui font les généreux à distance lui reprochaient de songer à se réconcilier avec les Turcs. Astor Baglione^ bon poëte et renommé par le courage qu'il avait montré dans toutes les guerres, commandant à l'île entière; Louis Blartinengo, chef de l'artillerie; Antoine Quirini, et surtout ieprocuratair Marc Bragadino, défendaient Famagouste en héros. Mais, «près avoir repoussé six assauts et souffert de nûnes dont Pexplosion enveloppait assiégés et assiégeants, après avoir ^aisé toutes les munitions et les vivres les plus d^oùtants> ils capitulèrent honorablement.

Lala Mustapha manifesta le désir de connaître ces héros« Alors Bragadino, nvec la pourpre de magistrat et le parasol rouge de aa dignité, accompagné de Quirini , de Martinengo, de BagUone, iPautres officiers^ se rendit à sa tente. Mais là, un conflit s'étant ^levésurla manière d'entendre la capitulation, il les fait arrêter^ ôcarteler, et Bragadino est mémeécorché vivant en sa présence; puis sa peau, empaillée, fut portée en triomphe sous le baldaquin rouge. Par le massacre de ces braves et la ruine de Famagouste ^ il voulait venger les soixante -quinze mille Ottomans qu'il avait perdus. Le bruit de cet assassinat se répandit dans la chrétienté; les romans et les tragédies excitèrent la compassion pour le héros de la foi (1), dont la peau orna longtemps le sérul«

(1) Paul Contarinî^ baïie à Gonstantinople en 1580, écrivait à U seigaeurie: « Le pacha Mustapha m'a fait d« grandes courtoisies, témoignant un vif regret "pour la mort de Tillustre Bragadino, d'heureuse mémoire; il m'a affirmé qu'il « nVait eu aucune part à cet assassinat, qui fut l'œuvre d'Araparmat, lequel < en a été châtié ; car, étant vice-roi dans le lieu même où ce pauvre ûiartyr « périt écorché , il ftit pendu dans un soulèvement des janissaires. » {RapfoNs ^ ànéassétdettrs vénititHs, vol. IX.)

Maggi d'Anghiari, philologue et jurisconsulte distingué, qui écrivit différents ouvrages dont le plus remarquable est le traité De la Jortification des wllesy ^ista au siège de Famagouste ; il y décrit beaucoup de machines de guerre ïDventées par lui-même, et dont il paraît qu'il fit usage pour la défense de FaïDagouste. Après la reddition de cette ville, il resta prisonnier et fut vendu à «u capitaine de marine qui le conduisit à Constantinople. Là, il chercha des disactions daiiêrétnde» et parvint à s'enfuir et à se réfugier dans la maison de Tarnleur impérial; mais le graïkl vitir le découvrit et le fit étrangler en 1612.

72 AUTRES HÉROB.

Venise fournit d'autres héros dans ces guerres. Thomas Moro. sini^ attaqué par quarante navires ennemis, refusa de se rendre, et se défendit pendant une heure^ jusqu'à ce qu'il fut sauvé par l'arrivée de deux gaiéasses. Thomas Gonstanzo commandait depuis Page de dix-sept ans un navire vénitien. Cerné par la flotte turque^ il résolut de se battre^ et le colonel Buonagiunta, quoique malade, se lit porter au milieu des combattants. Le capitaine Antoine se mit la chemise sur l'armure pour être mieux distingué, et se jeta dans la mêlée avec deux épées. Ils défendirent ainsi le navire palme à palme; enfin Costanzo resta prisonnier^ et les Turcs, après avoir cherché vainement à le gagner^ le martyrisèrent et le circoncirent^ sans pouvoir néanmoins l'amener à renier sa religion.

A la prise de Nicosie^ une noble dame tombe au pouvoir de l'ennemi; pour échapper au déshonneur, elle met le feu à la sainte-barbe et fait sauter son navire avec d'autres. Les femmes de Famagouste combattaient elles-mêmes, portaient de l'eau, de la poudre, du vin, des consolations, des remèdes; divisées en quatre compagnies, précédées chacune par un prêtre, elles apportaient les meubles les plus précieux pour réparer les brèches des murailles ou les jeter sur les musulmans. L'une d'elles, blessée, se retourne vers ses compagnes et leur dit : Ne pleurez pas; je ne partirai point dHci avant d'avoir versé tout mon sang pour la patrie et la foi, heureuse d'aller rejoindre mon époux. Se mêlant de nouveau parmi les combattants, elle fut tuée.

Après la perte de l'île de Chypre, les chrétiens comprirent que le danger était commun, et l'on résolut de réunir au nom du Christ cinquante mille fantassins et quatre mille chevaux. Philippe H devait faire la moitié de la dépense, Venise un tiers, le pape le reste, et le butin se partagerait dans la même proportion : les conquêtes d'Europe et d'Asie resteraient à la république, celles d'Afrique à l'Espagne. Les Romains avaient pour chef Marc-Antoine, les Vénitiens Sébastien Vernier, les Espagnols Doria, et, pour éviter le conflit des prétentions, on donna le commandement supérieur à don Juan d'Autriche^ bâtard de Charles-Quint. Florence, avec dix galères des chevaliers de Saint-Étienne, la Savoie, Ferrare, Urbin, Parme, Mantoue, les républiques de Gênes et de Lucques, douze mille Italiens, puis trois mille nobles aventuriers, parmi lesquels Alexandre Farnèse, prince de Parme, François-Marie de la Rovère, prince d'Urbin, le Milanais Gabrio Serbelloni, s'unirent à cette expéditiofl.

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