BATAILLE DE LÉPANTE
Partis de Messine, ils virent aux îles Cursolaires, dans l'ancien golfe de Crissa, deux cent vingt-quatre voiles turques déboucher du golfe de Lépante, commandées par Ali-Pacha. Serbelloni, Colonna et surtout le provéditeur Augustin Barbarigo, triomphèrent de l'hésitation de Doria et amenèrent don Juan d'Autridie à accepter la bataille. Huit galères, sous les ordres de Jean deCardona, amiral de Sicile, formaient Tavant-garde; venaient ensuite cinquante-trois galères de Doria^ puis six galéasses vénitiennes commandées par Duodo, derrière lesquelles se trouvaient soixante et une galères avec la bannière papale; enfin cinquante-trois galères sous Barbarigo, et trente conduites par Alvaro de Bazan, amiral de Naples.
a Les images du Christ crucifié furent arborées dans les endroits les plus élevés...; tous s^agenouillèrent devant la très-sainte effigie, et chacun demanda pardon de ses péchés. Le désir de combattre et la valeur des soldats chrétiens s'accrurent tellement que tout à coup, et presque miraculeusement, il s'éleva surtoute la flotte un cri général qui, répétant : Victoire! victoire! pouvait même être entendu de l'ennemi (!)./> La lutte s^engage; Mustapha, encore teint du sang de Bragadino, se jeta sur le vaisseau de Jean d'Autriche, qui se trouvait inévitablement perdu et la bataille avec lui, sans le secours d'Antoine Lorédan et de François Malipiero, qui, combattant avec un courage désespéré, sauvèrent le général. Ali est tué, et les Turcs, épouvantés et battus, laissent plus de vingt mille morts et dix mille prisonniers. Les chrétiens qui ramaient comme esclaves sur les galères turques, aussitôt qu'ils virent la fortune abandonner leurs maîtres^ rompirent leurs chaînes et accrurent le désordre; les rameurs de la flotte alliée, encouragés au contraire par la promesse de la liberté, combattirent bravement , et quinze mille chrétiens furent délivrés. Augustin Barbarigo périt, mais en remerciant Dieu de l'avoir consolé dans ses derniers moments par la certitude de la victoire.
(1) Sbrbno, Comm, de la guerre de Chypre^ p. 191. Peu de jours après ^ bataille des Cursolaires , on imprima à Venise un opuscule : « L'ordre des « galères et leurs insignes, avec les pavillons, noms et prénoms des magnifiques ^ et généreux patrons qui se trouvèrent sur la flotte de la très-sainte ligue, au «temps de la victorieuse et miraculeuse entreprise faite, avec l'aide divine, A contre l'orgueilleuse et puissante flotte turque. Fidèlement mis en lumière à « Venise , chez Jean-François Camotio , mdlxxi. » Là se trouvent énumérées lescbquante-cinq galères de Taiie droite, et trente-sept d'arrière-garde ou de rtsenre.
74 BÀTÀIUS DE liPÀNTS.
Nous trouvons encore dans les rangs de l'ennemi quelques Italiens valeureux. Un moine calabrais^ enlevé par les Turcs au moment où il se rendait à Naples pour se livrer à l'étude, apo»tasia, et, sous le nom d'Ucciali fKilig-Ali), se mit à leur service, s'empara (fun navire, fit la course, et fut longtemps la terreur des côtes italiennes. Une fois^ après avoir saccagé Tagia et brûlé Roccabruna, il vint jeter Tancre à Villefranche , au moment où Kmmanuel-Philibert de Savoie se trouvait dans cette ville. La duc envoya on toute hftte chercher des secours à Nice; en attendant, avec trois cents arquebusiers et ses courtisans, il sortit à la rencontre des pirate.s, dont la vue seule suffit pour mettre en fuite SA petite troupe. On pnUend que le duc resta prisonnier, et qu'il fut délivré par deux gentilshommes, victimes de leur dévouement. Quarante des siens périrent, et, pour la rançon dei gentilslionunes» Ucciali exigea 13,000 écus, outre la faveur de saluer la duchesse Marguerite. Cette vie tumultueuse d'exploits et de crimes n effaça point de son cœur les souvenirs de Ten* fance. Parfois» après avoir abordé aux rivages de la Calabre, et tandis qut» ses rt)m|)agnons se dispersaient pour faire du butin, il vii^tait incognito la modeste dinneure de ses parents, et versait des larmes do tendresse* A la bataille de Lépante, il commandait Taile gauche, qui ne céda point ; bien plus, il mit en fuite les chevaliers de Malte^ et« avec quarante galères, parvint à se Muver à travers la flotte des alliés.
CVtait la plus grande bataille navale qui se fût livrée depuis i'oUe qui» dans les mtMnos eaux, avait décidé du sort du oioode entre .\ntoine et iVtave. sein? sitVles auparavant. L'Ame s*épamniit de Undiour en racontant encore une entreprise de l'Italie, luue et gliHieusement aruuv pour une de ces batailles, ea petit UiMuluv» oti W ^*aiuqiH»ur na pi^int à n>ugir. La victoire de Lei^naiH) ne )HUia le sci;^au d aucun nom pariiculier. car il suffisait que \\m\ \\\\ que la nation avait vauuni ; mais alors le soufQe princier a>ait tellement )vnetn^dsns laSiHiote que.lMcn que les re- UtK^x ^^^Uru\(H\raines attnluiasstnU aux Vénitiens le mérite de x^iW J\Hm^«H»» U reuiMun^fV eu *:Uvifta iUm» Juan dWutricbe. La )^v. d^iK'^ rexaltatiiUi de U ji>te que lui causa cette nouvelle, ^Wr<a i ^W Aw*^i* MiouriiA # |M^ «'m iMM^^rruI J^êiêmmês^ tandis quv" le thMvi et jaKmv IHuI^h^ Il du : /; ii r«narv« mi^ mmis il m f^ ♦'w^*#. Il m \\\\ (vwut pas tf actvpr^' la couronne d*At ï^nH» 1*1 \\i> M#HH<\Mn«'. qtit» Uw avaw»nt i\Bfef^* les chrétiens de iHv> \\H\Ui^. Cii^ mUW (wvMm^v$ (Ur«^t «&tribuês entre les
TRIOMPHES BT GOlfSiQïïElfGES. 75
vainqueurs; le pape obtint cinquante-sept galères et quatre galiotes; don Juan, cinquante-sept galères et huit galiotes; Venise, quarante-trois galères et six galiotes; dix-huit galères furent partagées entre la Savoie (i) et les chevaliers de Malte. La chrétienté sentit encore pour un moment son unité , qu'elle sanctifia par des miracles; elle attribua la victoire à la Vierge ^ dont le rosaire , par ordre de Pie V, était récité à cette heure par tous les fidèles. Ce pape éternisa, par une fête annuelle , la mémoire de ce fait et de cette dévotion ^ en ajoutant aux litanies : A^xilium christianorum.
A Rome on célébra, en Thonneur de Marc-Antoine Colonna, iedernier triomphe moderne, avec une pompe k l'antique: il entra à cheval par une brèche ouverte près de la porte Capène, au milieu des prisonniers turcs, des magistrats romains et de la magnificence des arts. Venise, à cette occasion, célébra des fêtes splendides : tout le portique, à Rialto, où se trouvaient les marchands de draps, fut orné d'étoffes bleues et routes ; chaque boutique, d'armes et de dépouillas, parmi lesquelles on avait exposées de belles peintures de Jean BelÛno, du Titien, de Porde- Done, de Giorgione, du Tintoret; puis on voyait des arcs, des bannières, des festons, des torches, des candélabres, des lanternes [% A Saints-Jean-et-Paul, on édifia la somptueuse chapelle du Rosaire, les prisons furent ouvertes aux débiteurs, et l'on prodigua l'argent aux pauvres, les subsides aux combattants qui survivaient. De solennelles funérailles honorèrent les victinaes^dont Paruta prononça Péloge, et Joseph Zarlino, père de la musique moderne, consacra leur souvenir par ses chansons fameuses. Puis, « afin de témoigner quelque gratitude envers Jesus-Chrit béni , et comme démonstration contre ceux qui sont les ennemis de sa sainte foi, » il fut décidé que les juifs seraient expulsés.
L'Europe semblait donc déposer le deuil qu'elle avait pris k la chute de Constantin^ple; néanmoins cette grande victoire
(1) André Provana, dit monseigneur de Leiny, y servait avec trois galères piemontaises, sur Tune desqueUes il ue resta que douze personnes vivantes. François de Savoie fiit mortellement blessé dans le combat.
(2) Sansoyino, yenetla^ c'ittà nobUissima et singoîare^ liv. X. François Zane, pour la bataille de Lépante , fit une épigramme , dont le premier distique se compose de mots commençaut par la lettre T {Thrax trux tnrca trahit tantos terme tumuitus) ; le second, de mots dont la première lettre est un F ; la troisième, de mots commençant par un P.