‹ Histoire des Italiens, trChapitre 4 sur 176 · CHARLES-QUINT A TUNIS · texte numérisé non relu

CHARLES-QUINT A TUNIS

Barberousse avait prudemment fortifié Tunis et le port de la Goulette, qiie protégeaient dix-huit galères avec cent bouches à feu, vingt mille cavaliers maures et une infanterie innombra-

1535 ble; néanmoins les impériaux assaillirent ce port et s'emparèrent de Tarsenal et des navires. Barberousse, contraint de s'éloigner avec cinquante mille hommes, voulait d'abord égorger dix mille chrétiens qui se trouvaient à la Goulette. En effet, il eijt à se repentir d'avoir été humain une fois, car les captifs tournèrent contré lui les canons de la citadelle. Dès lots, pris entre deux feux, il s'enfuit en déroute à Bone, tandis que les impériaux entraient à Tunis, où ils tuèrent trente mille personnes et firent dix mille esclaves.

^530 Charles-Quint revenait de l'expédition de Tunis, chargé dé

gloire et de dettes, quand il apprit que les Français avaient en-

rinsubordination des troupes d'alors : « Ils ne voulaient pas (les soldats italiens) aller mourir de faim en Hongrie. Le marquis del Vasto , voulant connaître l'opinion des fantassins italiens , leur demanda , accompagné de leurs capitaines, ^uels étaient les soldats qui voulaient rester en Hongrie et ceux qui désiraient retourner en Italie. Un jeune fantassin nu-pieds fut le premier qui répondit : jftalie, Italie! aller, aller! Le désir de revoir la patrie, la solde mal payée, le manque de vivres, la crainte de mourir en Hongrie, la mauvaise nature des ultramontains, opposée à celle des Italiens, furent la cause priacipalé que tous les Italiens se mirent à crier, avec un grand bruit : Italie, Italie! aller, aller! Alors ils partirent malgré l'empereur, le marquis del Vasto et leurs chefs, que les arquebuses effrayèrent plus d'une fois ; ils tuèrent même trois de leurs capitaines, qu'ils remplacèrent par trois autres, sous la conduite desquels ils se rendirent auprès de l'empereur, faisant en un jour six lieues ou soixante milles. Arrivés à la Chiusa, ils se mirent à brûler, tuer, saccager, égorger les prêtres et violer les femmes, parce qu'ils ne trouvèrent pas de vivres et qu'on voulait les amuser. Dans un lieu appelé la Trévisane, indignés qu'on eût tué quelquesuns de leurs chefs et gentilshommes, ils incendièrent et firent tout le mal qu'ils purent;* aussi je crains bien que la haine et les anciennes inimitiés des ultramontains et des Italiens ne soient renouvelées. A Vilach, à travers des chemins affreux, se présenta devant le capitaine Ponte un agent de l'empereur envoyé en toute hâte pour l'arrêter à ce passage au moyen de bonnes paroles ou par force ; mais rien ne put le retenir, ni les promesses d'argent , ni la force jpar conséquent. Ils brûlèrent le village par où ils devaient passer, et, pendant trois jours, jusqu'à leur arrivée à la Ghiusa, ils vécurent de racines. Une fois sur le territoire italien, et voyant l'abondance des vivres qu'on leur avait préparés, outre qu'ils étaient compris, ils commencèrent à crier: Marc, Marc! Italia^ ïialia ! Ils disaient que , alors même que chacun d'eux croirait gagner un empire, ils ne retourneraient pas dans ces contrées , où l'argent et les vivres leur manquaient; car, lorsqu'ils demandaient du pain ou du vin, tous leur répondaient : NicJu furt, etc. »

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