MIGUEL-ANGE
inégales^ afin comprimer sur les membres les différentes destinées, ni révéler d'une manière plus sentie la vigoureuse expression méditative.
Comme Phidias s'était inspiré d'Homère et des traditions poétiques de son ftge^ Michel- Ange s'inspira de la Bible et de la Dkine Comédie pour ennoblir la nature humaine. Mais Dante^ après avoir assombri l'âme par les angoisses de Tenfer, la récrée pur le sourire étemel et Finefiable douceur du ciel. Michel-Ange subordonne l'éthéré et le surhumain aux expédients matériels da dessin; il recherche le nu et Fanatomie^ sans souci de la convenance et de la modestie, sans se rappeler que^ dans l'art oommedansla morale^ ce proverbe est toujours vrai : Il ne foui ^trop observer sous la peau. Ceux qui blâmeotPaul IV (1) d'a«
(1) Ces nudités parurent à Gcognara un effet de V innocente simplicité du seiàème siède ; mais elles scandalisaient alors, et non-seulement les personnes humbki, comme le prouve, sans parler d*autres témoignages, un manuscrit de la Migliabechiana, cl. XXX, 274, dans lequel on lit : «Le 19 mars 1549, on a «déooaYert à Sainte-Marie del Fiore les indécentes et sales figures en marbre de «Bacâo Bandinello, qui sont Adam et Eve. Toute la WUeTa grandement bUmc > de cela, et le duc également, pour avoir souffert une pareille chose dans une « cathédrale devant Fautel , et là où Ton met le saint sacrement. — Dans le « nétne mois, on a découvert à Saint-Esprit une Piété envoyée à cette église par «un Florentin, et Ton disait qu*elle était Tœuvre de l'inventeur des ordures, «célèbre par Tart, non par la dévotion, Michel-Ange Bonaruotto. Tous les « pôotres et sculpteurs imitent ces caprices luthériens, et dans les églises on ne «peiat ou Ton ne cisèle que des figures capables de détruire la foi et la dévo- «tioD; mais j'espère que Dieu enverra un jour des saints pour renverser de pa- «leilles idolâtries.»
Une lettre deTArétin, moitié sérieuse, moitié bouffonne, est citée par Gaye; (^ diffère un peu de celles qu'on a publiées :
«Mesure , ea voyant l'esquisse entière de tout votre Jugement dernier^ j'ai achevé de connaître l'illustre grâce de Raphaël dans l'agréable beauté de Tinmention. Cependant, comme baptisé , j'ai honte de la licence , interdite à l'esprit, que vous avez prise d'exprimer les idées dans lesquelles se résout la fin oàaspii-e chaque sens de notre très-véridique croyance. Ce Michel-Ange, d'une 'BiHmunée merveilleuse ; ce Michel-Ange, remarqué pour sa prudence ; ce Michel-ânge admirable, aurait- il donc voulu montrer autant d'impiété irréligieuse ^< de perfection de peinture? Est-il possible que vous , qui , pour être divin , dédiignez la société des hommes , vous ayez fait cela dans le plus magnifique ^ple de Dieu, sur le premier autel de Jésus, dans la plus grande chapelle du i&onde, où les grands cardinaux de l'Église , où les prêtres vénérables , où le ^iciire du Christ, confessent, contemplent et adorent, avec les cérémonies ca- ^liques, avec les ordres sacrés, avec les oraisons divines, son sang et sa chair? ^ ce n'était chose coupable d'établir une comparaison, je me vanterais d'être ^^eux dans le traité de la Nannoy en mettant ma sage |U'écaution au-dessus
BUT. DES ITÀt.. — T. TIU.
114 MICH£L-Â]IGS.
voir fait couvrir par Daniel de Volterra les nudités de la cbapdie Sixtine devraient se rappeler que TArétin, VArétin, disonsnous, désapprouva ces indécences, dont i^abus, de la part d'an si beau génie ^ démontre combien les idées païennes frétaient incarnées dans l'art.
On prétend que Raphaël puis^ dans les travaux de Michel-Ange sa dernière manière,qui se recommande par Tampleur.Mais^ tandis que Michel-Ange disait : a Tout ce que Raphaël sait depmniun^ c'est moi qui le lui ai enseigné, celui-ci, sans se tenir oCTeosé de
de YOtre indiscrète conscience ; car, dans une matière impudique et laicifSi non*seulement j'emploie des paroles discrètes et réservées , mais je m'eipoM dans un langage irrépréhensible et chaste. Mais vous, dans un sujet de à hak hiftoire , vous montrez les anges et les saints , ceux-ci vos aucune hmmètels terrestre, ceux-là privés de tout ornement céleste. Vojf^ii les gentils dans ktf sculpture : lorsqu'ils représentent, non pas Diane vètîie, mais Vénus dam m nudité, ils la font couvrant de sa main les parties qui ne se découvrent py; A celui qui cependant est chrétien, parce qu'il estime plus Tari que la foi| tieet pour spectacle royal aussi bien Tabsence du décorum dans les martyri et lo vierges, que le geste de Venlevé par les membres génitaux, dont la prostitntîflo elle-uiéme détournerait les yeux pour ne pas le voir. Votre faire aurait cotcran dans un bain voluptueux» non dans un chœur suprême; il serait doocmoiiii î regretter que vous n'eussiez point de croyance que d'en montrer une qui nuit à ceUe des autres. Mais, jusqu'ici, l'excellence de merveilles si téméraires ne rote pas iuipuuie» puisque kur miracle même est la mort de votre louange. Bivîva doue MMi i^ciat en faisant de flammes de feu les vergognes des damnés, et cdla des bienheureux de rayous de soleil ; ou bien imitez la modestie florentine, «pu ensevelit sous quelques feuilles dorées les nudités de son beau colosse, leqacl pourtant v»t pos4» dans une place publique, et non dans un lieu sacré... Utki comme nos Ames uut plus besoin du sentiment de la dévotion que de la vivscile du dessin, que Dieu inspire la sainteté de Paul, comme il inspira la béatitude de Grégoire, qui préféra déparer Rome des superbes statues antiques que de ^ ver» à cause de leur perfectiou , du respect des fidèles les humbles imifei det saîiiti.., »
2>alv«tor Rota condamne aussi les nudités de la chapelle Sixtine :
ppfvH pur dùtimguert^ t pemtart Ck€ Oîpimgefn im ekUta : im quamto a me S€mk%t uua stufa itnêsto rosfro oilore...
Mhmitmf O, tihtt ml Cifi pvrgtmdo offtrH il êotntmo iPesior» t «v i j«<Of Hc,
Tu dr^ab Oioingtier et »oo|^r. |ar ma M, Que cVutH une e^lkaie oà la peignais. Fdv moi, Su %«)4iti iMi auDH, je Ci«iè» MHT une écnve... Il (liiUià ikMc <iu*;iu\ beu\ va le pteUHtf A^rc Kr «ttciiAce au ckl oOhî w» v<nax« ltuèM.^)«<» uu<li.és »e décvu^rvot aux yeux 7
MIOUEL-AIIGI. 115
oagération^dâ ce langage^ se disait heureux d'être né au teoips e Midiel-ADge. Raphaël refrène son propre génie, se façonne ff le modèle des divers maîtres^ et conserve de sa grâce prii6ve, alors même qu'il s'aventure dans le genre vigoureux et éètral; MicheKAnge^ au contraire , bouleverse les notions du «u, et rend les limites de Tart incertaines^ arbitraires^ convenmnelles. Raphaël , avec le secret des sympathies , exprime caractère^ le pathétique plus que le beau ; par des inventions li satisfont le jugement et touchent le cœur^ on peut dire en nié qu'il transmet la vie^ le sentiment^ le parler visible. m, qui recherchent les secrets de Tart et les difflcultés maielles s'arrêtent étonnés devant les œuvres de Michel- Ange; lis ceux qui veulent que le beau ait toujours une mesure connneà la raison -kiâment cette imagination sans règle ^ ce gran- )6e excessif, cette vigueur prodiguée aux saints comme aux mons, ces groupes d'apparat où l'habileté se mcNitre avec ositation, qui commandent l'admiration, mais n'éveillent point sentiment.
Dans la main de Michel- Ange tout prend des proportions gi- Qtesques. Les conceptions sont toujours originales, les formes udloses^ la manière large ; les plans offrent de la magnifia Doe et les accessoires de la variété, Tune et l'autre associées A profondeur et à la simplicité. Dans le Mc^e je n'admire nt ce bras, et je ne censure point cette barbe ni ces mousta- 81 dé portefaix, ni ce costume qui n'est pas historique; j'oue même quMl devait figurer parmi tant d'autres statues, et sui^ plan tout autre que celui où il se trouve : mais trouvera-t-on Ds l'antiquité quelque chose que l'on puisse comparer à cet air ilancolique et vénérable, à cette majesté indéfinissable que niste a imprimée sur le visage du grand législateur ? Seulement i àme, tout action , ne supportait pas les freins de l'art , et s-difiicilement ceux de la matière. Ainsi s'explique la nature ses travaux, si éloignés de toute tradition d'école^ toujours prelnts d'une puissante personnalité , et dont la force consle le caractère inévitable. Sur des édifices bizarrement commués, il dispose des statues dans des positions tourmentées^ lime des volontés puissantes enchaînées par une force suieure, et condamnées à une tristesse étemelle ou à uneméation voisine du désespoir; ses couleurs même ont des tons si ^sques, ses contours sont si tranchés^ qu'on les dirait destinés ecdvoir le relief du marbre.
il6 MICHEL-ANGE.
Il prétendait subjuguer la matière à son gré, donner un corps au sentiment^ contraindre les statues^ que cela fût possible ou non, à exprimer des conceptions généreuses; il en commença donc plusieurs sans les finir, et son ;ciseau frappait sur d'antres des coups si vigoureux que le marbre lui manquait quelque* fois. Ses nus, couchés sur les tombes des Médicis, devaient être des allégories nées de son imagination surexcitée pour exprimer toute autre chose que la gloire des Médids. A la statue de Laurent, fils de Pierre , le plus inepte et le plus misérable de cette race, il donna le nom de Pensiero, parce qu'elle n'était pour lui que le moyen de produire une idée ^ au service de la* quelle il mit Tanatomie. Il rêvait toujours une forme indépendante qui n'eût d'importance que par elle-même et pour elle^néme^ qui imposât la surprise par ses combinaiaant hardies; mais, à force de rechercher l'effet sans égard pour la convenance, il devint la cause que le goût se corrompit, et, par l'abus de l'abstraction, il émoussa le sentiment du beau. Néanmoins il injuste de reprocher à l'initiateur les écarts de ses imitateurs*
Dans l'architecture môme, il ressuscita le style colossal et Va nité d'ordre; mais, comme le mode antique n^était plus en port avec les idées et les besoins de l'époque, il lui en substiUu un conventionnel. ;La sacristie de Saint-Laurent, chapelle fo néraire des Médicis, majestueuse dans les masses, pèche par licences et la maigreur. Dans la bibliothèque Laurentienne, il trouvait gêné par trop de convenances ; il couronna le pala Farnèse de Rome, dessiné par Sangallo, de la plus belle cor che après celle de Gronaca à Florence. Chargé par Pie IV d^é ger une église sur les thermes de Dioclétien, il sut tirer parti d anciens murs avec un respect que n^eurent pas envers lui architectes qui vinrent ensuite. 11 reconstruisit le Gapitole sur pente opposée à l'ancien, avec une balustrade toute composée morceaux anciens, le Marc-Aurèle équestre, et deux ailes de lais s'allongèrent sur les côtés de l'esplanade. Il commença le lais du Sénateur, qui fut ensuite achevé, avec des changeme malheureux, par deila Porta et Rainaldi. Là il inventa le chaj teau ionique avec la volute en dehors, par ce désir d'originali qui le poussait à d'inutiles innovations dans les ornements et ^ disposition; il fit de môme dans la porte Pia, mélange blâmable -^^^ classique et de nouveau, qui entraîna ses imitateurs dans A^ écarts si bizarres.
La basilique de Saint-Pierre, au Vatican, malgré ses défait t4
LA BASILIQUE DU VATICAN. il7
reste lechef-d'œuvre des arts, dont elle offre Vhistoîre depuis l'é* poqueoù Proba, au quatrième siècle^ y érigeait un petit temple à son mari Anicius, jusqu'à Tenerani. Élevée au temps de Ck)n>» tantin sur le modèle de Saint-Jean de Latran et de Saint-Paul, elle eut à l'entrée un atrium disposé sur quatt^ rangs. Cinq nefs s'ouvraient à Tintérieur ; les murs étaient en briques^ le pa?é en marbres divers par la forme^ la grandeur et la couleur^ les fe* nètresen vitraux coloriés^ à châssis de bronze; les battants de la porte principale , enlevés à quelque temple^ comme beaucoup d'autre parties, étaient aussi en bronze. Plus tard elle fut modifiée : on y ajouta des autels^ des monuments de forme et de destination diverses, des oratoires^ des sacristies, des ch»peiles^ une l»bliotfaèque^ des monastères, des mausolées^ dif- %ents de stjle^ ffdon les progrès de Tart. U en fut de même des peintures et des mosaïques, à Tintérieur comme sur la fa- Çàôe, au sommet de laquelle s'élevait une croix de marbre^ le Christ assis au (ned, ayant la Vierge à sa droite^ saint Pierre à sa gauche, plus bas Grégoire IX à genoux, et aux côtés les quatre animaux symboliques.
Nicolas y se proposa de réédifler cette basilique de telle sorte que, surpassant les monuments élevés par les maîtres du monde, ^lle représentât la grandeur catholique. Il voulait encore faire <lu palais du Vatican une résidence assez spacieuse pour contenir tous les cardinaux, qui entoureraient le pape comme un concile permanent. On y aurait trouvé tous les bureaux de la curie, une vaste enceinte pour le conclave, un immense théâtre pour le couronnement, de somptueux appartements pour les princes. La colline, toute parsemée d'édifices , aurait communiqué avec Incité au moyen de Jongs portiques garnis de boutiques; des i^ns, des fontaines, des chapelles, une bibliothèque, auraient <^(Qplété l'ensemble. La mort de ce pape fit abandonner ce projet, dont Nicolas Rossellini avait fourni le plan; celui de l'élise, de Léon-Baptiste Alberti, ne nous est connu que par '^ description de Bonanni.
Lorsqu'il fut question d'assigner une place au mausolée de "^^les II, Michel-Ange proposa d'achever la tribune projetée par I^osselini en tôte de Tancienne basilique, en disant que 100,000 ^us pourraient y suffire. Deux cent milieu s'il Ufaut^ répondit ^ules U; et Pon se mit à discuter la question. Gomme toute <^hose en enfante une autre, ce pape, à qui rien ne paraissait ^^op grand, sentit naître le désir d'occupé dignement les grands
U9 LA BÀMUOnB DU TATIGAIC.
uriïnioê en rAconstniisant Saint-Pierre. Bramante remporta m mn isi)fi(;urrento; mais soa dcHsins sont perdus^ à Pexceptkm d oelui que lia|>hal)l recueillit^ et qui a été publié par SerUc Devant, il plaçait un [iéristyle à triples colonnes; dansTint^ rieur, une croix latine se terminant en trois demi-cercles, d^oi Twil se serait porté vers la coupole, pour laquelle il se propo sait d'élever, sur les voûtes gigantesques du temple de laPliX; la rotonde du Panthéon.
On ne |Mmt donc*, contester à Bramante le mérite d'nne fl» gniilque ])ensde, bien qu'on ne Tait point réalisée : cette vaM |iarralte , avec barmonio des lignes et des parties , aurait lui tïtraltre Haint*Piorre plus grand que la réalité, tandis que Ifl eontraire arrive aujourd'hui. Les travaux commencés^ lesioooD* véntents do la précipitation se révélèrent bientôt par des â» vnnaeii, et lea renforts que Michel-Ange dut ^jouter aux pili» tr0H atti^rèrent Téconomie de Tédifice. Après la mort de Julai D et de Hramante , après la mort do Sangallo, qui avait résomi lea plans du tous les édifices de l'ancienne Home dans un dastf) dont rexiV,ution serait devenue interminable; après la mortdi fMre Jooonde et do Haphaôl» auxquels Léon X avait confié sic* eesaivumeut ce travail, Ualdassar Peruzii en fut chargé* Cf ileniier dessina une croix grecque terminée par quatre hémi* c^yelea» aunnoniéa do quatre clochers; on y entrait par quitK poriM» de manière qu on aurait aperçu de tous côtés Tautc plaré au rentre et miiui la ixiupole. Ce plan était beau et bar inonieux; uiais« pour rexécutor^ il aurait fallu plus de couraf et d ardeur que n*mi avail Penuii, plus propre à disposer à |ietit« palais et des façades êlèganteju
Paul lU. en 1^46. confia la direction des travaiu àMicbfl Aufte. qui» à «cùstanleMloufc ans^ se prépara à couvrir Sét ^lelTe^ Shi A|Mi et |Uu$ cncure son caractère ne lui permettaia IM» ik m^^iter» comme le$ autres, à s^^ pcrpclueT dans son emp^ ^^ «^teniùMmt ce ir^VAiK II rt^fusa le traiteiuent de 6(H> sequU Vi\ nvnlèlc tn^« ot^uplupic de SciikaIIo a\âii coùu^ MU écal il m fayer le mciu nui e«i quiuae jiHirs. i5 ecus« après a%'^ 9m)^>nu^ le« ikHaiU di9^p<H)dieu\ au (voât île la majesté, àif9 gti^K^mt, de la ùcililCs U préféra la cn>;\ frecqiie, roriutbieai au «iMa«i2& %\Mtttue au dcsbivst , a^cc un ^ul ordre et la pi l^n^awilc Hmte (v^sHt^W^ l^ pajv ^auti^nsa à chamrer ce (|Sx\>«i4rmU nwMs mais alicivr ie pl^n ; akv^ ^ ictt\ncux de$ cal«i< tpi trMttUjibam ém wscjiwaïKw par ke vaefn^ ht «eul moy^
LA EASIUQUE DU YÀTIGÀK. 119
efficace^ il fil marcher de frmit toutes les parties de rédifice. Dk quatre bras de la croix, la vue devait atteindre la coupole, qni étnt la partie principale ; le stylobate grandiose sur lequel 3 éleva tout Tédifice indique ce qu'aurait été la façade, si les ardiitectes qui vinrent après lui ne l'eussent gâtée.
Il était occupé de ces travaux, lorsqu'il mourut à quatre-vingtdix ans. Ses funérailles, que Ton célébra dans Téglise de Saint- Laurent^ furent présidées par les peintres Vasari et Bronzino^ par les sculpteurs Ammanato et Cellini; Benoît Varchi prononça son oraison funèbre ; plusieurs composèrent des poésies, et d'autres itoit des inscriptions. A ces obsèques assistèrent environ quatre-îingts peintres ou sculpteurs, dont un grand nombre avait orné le catafalque de peintures historiques en clair-obscur et de statues diverses : on y voyait la Renommée, l'Éternité, la Haine, la Disproportion, la Pitié; tous les fleuves du monde, qui venaient s'affliger avec l'Arno; tous les peintres depuis Qtfiabue, qui allaient au-devant de l'ombre de Michel-Ange; plusieurs faits de la vie du grand artiste, et surtout les honneurs que les princes lui avaient rendus; enfin, différentes inventions et allégories, excusables dans des décorations funèbres (1).
Michel-Ange fut certainement un des caractères les plus nobles et les plus élevés. Bien qu'il eût de grandes obligations auxMédicis, il détesta leur tyrannie; il défendit Florence assiégée, mais partit pour Venise avant qu'elle eût succombé. Bevenu ensuite, et Clément VII lui ayant pardonné, il travailla pour ceux qui avaient asservi sa patrie ; mais il écrivit ces mots sur la statue de la Nuit : // est bon qu'elle dorme, pour ne pas wirle$mauxettoppmbre (2). Il refusa de faire le plan de la forteresse, et celui-là ne mérite point de comprendre le sentiïïmi de la dignité, qui dira : Peu importe, puisqu'un autre le fit.
Un profond sentiment moral et religieux se révèle dans ses
(i) Ces décorations tont décrites par Vasari dans une lettre, du 14 juillet 1^4, au duc Gosmt.
(2) Grato nCè U sonno., e pi& Cesur M sasso
M entre che U danno e la vergogna dura; Non veder, non senitr m'è gran venturai Pero non mi dchtar ; deh^ parla bauo.
Dormir m'est doux, et plus d*étre de pierre, hélas I Tant que règne le mal et que la honte dure ; N'entendre ni ne Yoir m'est heureuse aventure. Ne m'éTeille donc pas, de grâce, et parle bas.
ISO GAAAGT&RE DE MIGHEL-ANGE.
lettf es à Vasari, qui lui racontait les fêtes par lesquelles il avait célébré la naissance d'un de ses petits-neveux : a Je o'ahne pas a cotte pompe, lui disait-il^ parce que rbomme ne doit pas rirs tf quand le monde entier pleure ; il me semble que Léonard « aurait bien fait de ne pas témoigner pour la naissance d'un ce onfimt cotte allégresse qu'il faut réserver pour la mort de (( quiconque a bien vécu. » Austère dans sa conduite, frugal et par suite incorruptible^ il aima ceux qui Tentouraient, et la mort d'un serviteur fidèle le désola comme s'il eût perdu un fils. Il écrivit à Vasari : a Vous savez qu'Urbin est mort, oe en qooi (( Dieu m'a fait une grande gràce^ mais à mon grave donunaga et à ma douleur infinie. La grftce a été que, lorsqu'il ma rendait la vie douce en vivant lui-même, il m'a enseigné par sa mort à ne pas mourir avec regret^ mais avec désir de la mort. Je l'ai gardé vingt-six ans, et je l'ai trouvé très-fidèla et dévoué; maintenant que je l'avais fait riche, et que j'esp^ pérais qu'U serait l'appui et le repos de ma vieillesae , il m'est enlevéi et il ne me reste d'autre espérance que de le revoir dans le paradis. Dieu m'en a lait voir le présage dans la tièaheureuae mort qu'il a faite ; car il regrettait bien moins de mourir que de me laisser dans ce monde d'angoisses, bien que la plus grande partie de moi-même s'en soit allée avec loij et qu^il ne me reste qu'une désolation infinie. • Il aima Victoire Colonna d'un amour chaste et profond, et, quand elle mourut, il ressentit toute la poésie de la douleur, s Je me souviens de lui avoir entendu dirô qull regrettait se» lemeiU, lorsqu'il alla lui dire adieu à son lit de mort, de ni pas lui avoir donné »ur le front ou sur la joue le baiser qui déposa sur sa main {i\ « Il ne répondait pas à ses rivaux, ec Uisiruit ; Q^ttml m Mi$ timir0 ie$ jpms ie peu iê wiériie, o» m 9f wkéfimff eerve irnmpke. La conviction qu'il avait de soi mérite ressemblait à de rarrogance> et pourtant il tombait quel quefokii dans une sérieuse défiance de lui-aiêaie ; il ne des^nai alor» que de» sHJet» de la Divine GMnédie, implorait la misés rieij^e êterudUt) {%\ et se croyait au-desaoas de l'art, alors qui !«« honneur» lui ét^ûent prodigUésL
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