ANDRÉ DEL SARTO
de publier tant d'inventions ingénieuses et capitales. Mais il faut répéter sans cesse aux artistes ignorants de nos jours que les trois grandes célébrités d'alors avaient un tel savoir que ces hommes de génie seraient devenus immortels alors même que leur main n'eût touché ni le pinceau ni le ciseau. L^ntelligence ' donneàTarf sa dernière forme et la grandeur. iU8-i5so André Vanucchi del Sarto se classe parmi les grands maîtres moins à cause de son propre génie, que d'un travail persévérant et d'une imitation harmonieuse. Ce peintre reproduisit le sentiment religieux et la méditation de Léonard dans sa Vierge de saint François^ et dans celle au Sacy que Raphaël n^aurait pas finie plus délicatement, ni Michel- Ange dessinée avec plus de largeur. V Histoire de saint Jean-Baptiste, qu'il exécuta dans le Scal&Oy est un dessin pur et facile : il y a de la simplicité dans la disposition des figures, de l'assurance dans les poses; les anges et les enfants ont un charme délicieux, la lumière et les ombres offrent une merveilleuse opposition. En 1510, il commença dans la cour de TAnnonciade la Vie de saint Philippe Benizsi. Il est toujours souriant et gracieux, d'une dignité simple, mais il incline vers la monotonie et la négligente facir lité. S'il mérita le nom d'André sans fautes j la poésie des grandes conceptions lui manqua^ et il ne sut pas grouper avec vigueur. Appelé en France , il reçut du roi de ce pays de l'argent pour aller acheter des tableaux en Italie; mais il en di^sa^ entraîné qu^il fut par sa passion pour Lucrèce del Fede. Avili par cette bassesse, il vécut dans la retraite; il eut à soufTrk des derniers désastres de sa patrie, et mourut à quarante-deux ans, abandonné môme par Lucrèce. Lorsque, pour soutenir le siège de 1529, on démolissait les faubourgs de Florence, on n'osa p(Hnt mettre le marteau sur un mur de Saint-Salvi, où André avait peint la Gène.
André del Sarto eut pour aides et amis Franciabigio çt Puligo; mais le plus distingué fut Jacques Garducci dit PontormOf qui, après avoir vu les gravures d'Albert Durer, inclina vers sa manière, puis vers celle de Michel-Ange. Variant donc toujours sans caractère propre, il imitait celui des autres à s'y méprendre. De Bronzino, son élève, on vante V Adultère et le Sacrifice d'Abraham. Ses visages sont gracieux, et ses compositions charmantes; mais sa peinture, outre son peu de relief et de variété, déplaît par une couleur jaunâtre.
La Déposition de croix à la Trinité des Monts, un des trois
FSIimiES FIBiLES A l'aRT ANCIEN. 429
iBeilleiirs tableaax de Rome, et le Massacre des Innocents à la gderie de Fl<»ence^ sont l'œuvre remarquable de Daniel Rieondli de VoUerra^ élève indépendant de Michel-Ange. L'intime sentiment religieux ^ puisé dans la vénération pour . imo-imi Bmxuurola^ fut sauvé par frère Barthélémy de la Porta des inventions voluptueuses, alors recherchées; par la tranquille ipM qu'il répandit sur ses figures, ce peintre mérita d'être ihoé dans la tribune de Florence. Le gonfalonier , Pierre So- Mni, le chargea de faire un tableau pour la salle du grand conseil^ oà devaient être placés tous les saints protecteurs de Rerence, et ceux à Tanniversaire desquels elle avait remporté desTictoîrea. Bien qu'il excellât dans les coloris et les draperies, il était raillé par les imitateurs de Michel-Ange comme Ignorant Fanatomie et impropre aux travaux à grandes dimen- Bûos; il répondît triomphalement à ce reproche par son colossal lÉtt Marc et le saint Sébastien nu; mais, vers les derniers temps, U mode et les statues antiques Tentraînèrent dans des lignes et des tantes crues (1).
A Part chrétien restèrent fidèles ^e graveur Baldini, dévoué
à Savonarola, artiste toujours châtié; Jean- Antoine Soglioni,
qui, dans les visages des saints^ exprimait a un reflet de la
gioiie du dely » et de Tenfer dans ceux des méchants ; Laurent
de Gredi, pur^ ingénu, tout suave mélancolie ; Ridolfo de Ghir-
imdajO; qui respire la piété dans sa Vierge de Saint-Pierre à
Hstoie^ et dans les Deux miracles de saint Zanobi à la galerie
pendnducale. Il affectionna beaucoup un certain Michel^ dit pour
cda Michel de Ridolfo, qui travailla avec lui dans plusieurs
^ises de Florence. Leurs ateliers prenaient souvent Taspect
d'oratoires; après avoir déposé le pinceau, tantôt ils récitaient
des passages de Dante, tantôt ils chantaient quelque cantilène
eas'aceompagnant du luth, ou bien ils s'entretenaient sur la
n»rl;tout au contraire, Tatelier de Cellini ou de Peruzzi n'éta-
(l) ^ èpîtaplie sent Tâge païen, qui ne vise qu*aux formes et au coloris :
Apelle nel rolore e '1 Buonarroto Imitai ncl disegno ; e la natara Viosi, dando Tigor 'n ogni figura E carne ed ossa e pelle e spirti e inoto^
^œ de frère Angélique disait au contraire :
Hon mihi sit laudi quod eram veluî aùer AptUes^ Sed quod luera tuU omnia, Christû, dabam,
HIW. DES ITAL. — T. Vill. 9