BEMBO
donner avx Muses les montagnes pour habiter les rivages, en inventant les églogues des pécheurs, encore plus artificiellei, bien qu'il dût être inspiré par les rives de la Mergellina^ les ploi belles que dore le soleil.
Litalien cultivé renaissait donc ; mais on y revenait avec k réflexion^ avec Fétude, avec l'imitation^ et non avec la naïveté primitive; en conséquence, il fut maniéré^ prétentieux^ au liea d'être analytique et dégagé comme il sort de la bouche de quiconque parle bien. La langue étant considérée comme une ctétiF tion des gens de lettres, il en résultait qu'ils pouvaient lui imposer des règles à leur gré; de là sortirent des grammaires (1), des discussions et des subtilités sur la nature et l'usage d'un idiome qui^ deux siècles auparavant^ avait été employé avec un mérite signalé. Boccace^ souvent à cause de ce qu'il faut le moinf imiter chez lui, fut pris pour règle^ et l'on préféra les phrases singulières^ les élégantes constructions.
1470-1M7 Pierre Bembo^ noble Vénitien, qui fut appelé le seigneur de la langue^ se mit encore plus en frais de subtilité que Boccaee. Il avait quarante portefeuilles^ et passait de Fun à l'autze sei écrits à mesure qu'il les corrigeait ; on nous répète a qu'il est une preuve qu'on peut écrire correctement sans être né sur iei rives de l'Âmo; y> mm, outre qu'on sait que son père^ hooune de lettres distingué et magistrat actif, l'amena avec lui à Florence à l'âge de huit ans, Uembo ne descend jamais de son trépied pour s'exprimer dans un langage naturel^ langage qui constitue le mérite de celui qui se sert de la langue natale; ses letM mêmes^ tissues de phrases d'emprunt^ sont gâtées par des périodes sans fin et de fréquents latinismes^ outre qu'elles manquent toujours de vigueur. Ses Règles grammaticales fuient réimprimées quatorze fois, mais elles trouvèrent beaucoup de contradicteurs. Gastelvetro, Caro, Sannazaro et les académiciens de Florenœ les critiquèrent, et démontrèrent que l'auteur luimême ne les respectait pas; en effet, elles ne reposent sur aucun fondement rationnel, et ne s'étendent pas aux pidncipes généraux.
Catherine Cornaro, après avoir renoncé au royaume de Chypre en laveur de la république vénitienne, se retira à Asolo, château
(1) I.a première, que je liaclie, est de Frani^ois Fortiiiiio, Règles grammaû^ cales de la langue vulgaire (AiicAne, 1510); mais on prétend qu'il profita du travail de lieinbo ayant le m^nie titre, et qui parut en 1525, après la pubticicatiou (1521) des Vulgari eleganze de Nicolai LiburDto.