‹ Histoire des Italiens, trChapitre 6 sur 176 · LE MONTFERRAT ET LE MÉMONT · texte numérisé non relu

LE MONTFERRAT ET LE MÉMONT

maison de Savoie; bien plus, au moyen des femmes qu'ils marièrent dans cette famille, les rois français purent se mêler beaucoup de ses intérêts et lui faire sentir leur influence (1).

Les rois de France, dès qu'ils possédèrent Gènes et le Milanais, agirent à leur guise dans cet État, placé au milieu de leurs possessions; ils le traversaient continuellement avec leurs armées, sans même en demande? la permission , d'autant plus qu'il était gouverné par des princes faibles. Dans le Montferrat, Guillaume IX, qui, à l'âge de sept ans, succéda à Boniface V en 1493, changea de système selon ses tuteurs, mais sans jouer lui-même aucun rôle. A la mort de Boniface, son fils, il ne restait de la maison des Paléologues que Jean-George, son oncle, abbé de Lucedio, et Marguerite, mariée à Frédéric Gonzague de Mantoue. Jean- George, après avoir déposé l'habit religieux, lui succéda en 1533 en épousant Julie d'Anjou, fille d'Isabelle qui avait été reine de Naples; mais il mourut bientôt, empoisonné, dit -on, par le duc de Mantoue,qui, d'avance, avait acheté de Charles-Quint l'investiture de cet État. Malgré cette acquisition, il lui fut disputé par Charles III, duc de Savoie, par François, marquis de Saluées, et par beaucoup d'autres qui faisaient valoir des droits sur des pays particuliers. Alors commencèrent ces luttes au milieu desquelles, pour des mariages ou des stipulations de princes, on trafique des populations comme d'un patrimoine.

Charles III le Bon héritait, à l'âge de dix-huit ans, de la seigneurie de Savoie, qui comprenait toute la rive droite du lac de Genève, et de la principauté du Piémont, qu'il trouvait en grande partie engagée pour des apanages à trois veuves et à divers princes; il dominait en outre sur le marquisat de Saluées, encore distinct et soumis par l'hommage à la France. Charles, d'un caractère faible, vécut dans l'obscurité : il souffrit que les Suisses s'emparassent de plusieurs de ses forteresses; que le Piémont fift parcouru et rançonné par ceux qui se disputaient la Lombardie; que Genève renonçât à son obéissance pour s'allier avec Fribourg, et s'affranchît même pour toujours de son autorité en embrassant la réforme; enfin il se trouva malheureusement entraîné dans les guerres de ses voisins.

(1) Vers la fin de 1300, les paysans du Valais, de la Tarantaise, du Yercellais et surtout du Canavais, se soulevèrent contre les nobles^ les vallées de Brozzo et de Pont formèrent une vaste conspiration, ravagèrent les domaines, démolirent les châteaux , attentèrent à l'honneur des châtelains , de leurs femmes et de leurs filles, et le mouvement dura presque un siècle.

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