‹ Histoire des Italiens, trChapitre 7 sur 176 · CHARLES TII DE SAVOIE · texte numérisé non relu

CHARLES TII DE SAVOIE

Afin d'acquérir le Montferrat, Charles devait caresser les deux arbitres de TEurope. Mais, bien qu'il fût l'oncle de François !•', il ie redoutait comme voisin ; il préféra donc Gharles-Quint, épousa i52t-9i Béatrix de Portugal, belle-sœur préférée de cet empereur, dont il reçut en don le comté d'Asti et le marquisat de Ceva.

Dès ce moment, se faisant l'instrument de Charles-Quint, il fut la cause principale de ses succès en Italie. Mais l'ingratitude paya ses services; en effet, après avoir tenu longlemps.dans l'attente les divers prétendants au Montferrat, l'empereur Toccupa comme fief vacant, et finit par l'adjuger au marquis de Mantoue, qui, moyennant 30,000 ducats, avait gagné un de ses conseil- ***• 1ers. Le duc de Savoie se plaignit qu'on l'avait trompé, mais alors que Charles-Quint était devenu assez fort pour ne plus redouter son inimitié.

François !•% voyant qu'il favorisait les impériaux, occupa ses Etats, se fortifia dans Turin et autres lieux, et ses troupes saccagèrent Rivoli (1), Grugliasco, Carignan, Chieri, Savigliano. Lorsque Tempereur, à son retour de l'expédition contre Tunis, apprit que les Français avaient envahi le Piémont, il se déchaîna en invectives, renouvela son cartel à François 1", et jurait qu'il le réduirait à la condition du plus pauvre gentilhomme de France. Mais prudent, même dans sa colère, il l'endort par des négociations, tandis qu'il rassemble en Lombardie des Allemands, des Espagnols, des Italiens, avec lesquels il recouvre une grande partie du territoire piémontais. Il se propose même d'envahir la France, dont il parlage déjà les grandes seigneuries entre les siens, et dit à Paul Jove : Trempe dans V encre ta plume d'or, car je vais ie fournir ample matière d'écrire. Les astrologues prédisaient que Leyva était destiné à faire la conquête de la France, et ce fut à lui, malgré l'avis contraire des plus sages, que Ton confia l'armée. L'empereur ayant demandé à un prisonnier français (la Roche-du-Maine) combien il y avait de journées des frontières jusqu'à Paris : Douze, lui répondit-il, mais des journées de bataille.

(t) Une chronique contemporaine de Rivoli raconté qu'un grand nombre d'hawtants se renfermèrent dans le clocher ; mais les Français ayant mis le feu à ^J plie de bois qui se trouvait à quelques pas, la fumée les aurait étouffés s'ils n étaient pas descendus par les cordes des cloches. Malheureusement, ces cordes " ^^riTant pas jusqu'à terre, ils devaient sauter et se faisaient des blessures. Une "^^ se laissa glisser de celte manière, portant un enfant sur le bras et en te- ^^^ un autre par les langes avec les dents.

iO GHABLES III DE SAVOIE.

En effet, Pexpédition trouvait en Provence les campagnes désertes, la guerre de bandes implacables, et même la peste; Tempereur fut donc obligé de se retirer honteusement, à travers les féroces vengeances des paysans, et Leyva en ccMiçut une telle douleur qu'il mourut bientôt.

Le comte Guido Rangone de Modène, qui s'était mis à la tête de tous les partisans des Français en Italie, alors réunis à la Mirandole, essaya, suivi d'un bon nombre d'entre eux, de s'emparer de Gênes; mais cette ville ne le seconda point. Se retirant alors, ilprit Chieri, Carmagnole, Gherasco, Bricherasio, d'autres villes même, et contraignit Jean-Jacques de Médicis à lever le siège de Turin. Charles III, entre un roi qui était son neveu , et l'empereur, son allié, restait dépouillé de ses domaines, puisque la France dominait depuis Moncalieri jusqu'aux Alpes; l'empereur, sous prétexte de sécurité, mettait des garnisons à Asti, à Fossano, à Verceil (1).

L'empereur éprouvait des revers dans les Pays-Bas , soulevés contre sa tyramiie, parce qu'il voulait leur arracher, avec la liberté religieuse, les franchises communales. Soliman, à la sollicitation de François P% envahissait la Hongrie , ravageait les côtes du royaume de Naples et menaçait la Toscane; Sienne, entraînée par les Français, se soulevait. Le nouveau pontife, 1538 Paul III, conseilla d'organiser une Ugue, et fixa même, dans ce but, un congrès à Nice de Provence, vers laquelle il se dirigea avec grande solennité. Dans son passage à Parme , une que-" relie s'éleva pour savoir qui toucherait sa mule, et le maître des écuries périt dans la lutte ; le pape et les siens se réfugièrent dans la cathédrale. A Nice, ce pape voulait qu'on lui remît le château, auquel prétendaient François P»^ et Charles-Quint; le duc de Savoie refusa de le céder à personne, et n'accueillit pas

(1) Mathieu Dandolo , qui se rendait en France comme ambassadeur de la seigneurie vénitienne, visitait le duc de Savoie à Verceil, la seule ville qui lui restait. « Je ne sais s'il peut véritablement s'appeler, non pas duc , mais seigneur de Verceil, puisque cette ville, où il habite, est gardée par les Espagnols ; leur surveillance est même si rigoureuse qu'ils ont refusé l'enti'ée aux serviteurs chargés de conduire mes montures ; on les^Ja fait loger dehors, mesure, à ce qu'il paraît, à laquelle sont soumis tous les étrangers. » (Rapports des am* hassadeurs vénitiens, série l*"*, vol. II, p. Q'2.)

Ce Ciiarles disait à Muzio : a J'ai deux grands maîtres de maison, Tempereur et le roi, qui gouvernent mon duché, mais sans me rendre compte de leur gestion. » (AverlUsements moraux,)

TRÉYE DE inCK. 14

méntè lé pontife dans Ift ville. D'autre part^ les deux l'ois ne con^ sentirent pas à s'aboucher, parce que Fun exigeait, CfDmme pré- ^iminaire) la possession de Milan, et que l'autre repoussait cette demandé. Le pape, qui se vantait d'être un habile n^'igociatenr, propioga lèà conditions séparément ; mais il ne put obte nir qu\ine *« i^^ trêve fioar dix ans, chdcun d'eux conservant ce qu'il possédait, c'eèt-à-dirë que le Piémont et la Savoie restaient à d'aiotres qu^à leurs prifaces.

Charles III se plaignait à son beau-frère, Gharles-Quint, que lei armées impériales avaient maltraité le Piémont, malg:ré l'aident prodigué par lui afin de l'empêcher. Fossano dépensa 30,000 écus; d'autres villes furent saccagées ou durent se nicheter dû pillage; en six mois, le dommage ne fut pas au-dessous de 3 à 4;000 écus par jour, sans compter les maisons brûlées, les valeurs dispersées. L'empereui' envoyait un gentilhomme pour recueillir des informations, et prolester qu'il avait à cœur les intérêts des sujets de son beau-frère autant que ceux de ses p ropres sujets; mais le marquis de Pescaire écrivait en même temps qu'il ïvait besoin de nourrir les troupes, et campait dans le Piémont, où il les laissait vivre à discrétion. Turin et Chieri les repoussé* rentpar la force ; mais, comme la solde impériale ne venait jamais, il fallait y suppléer par crainte de pire. A leur départ, les impériaux enunenèrent avec eux un grand nombre de jeunes filles (1).

Les avides Allemands furent remplacés par les généreux Français. Le chevaleresque Gaston de Foix, ayant pris Kuse, renvoya la garnison en chemise, bien qu'on fût au mois de novembre; le connétable de Montmorency, auquel se rendit le château d'Avigliana, fit pendre le capitaine Orzo, Sicilien, qui l'avait défendu bravement. C'est ainsi que les peuples souffraient des querelles des rois.

Charles-Quint, accourant pour dompter les Flamands soulevés, traversa la France, et, contraint par le danger plutôt que séduit par les courtoisies, il promit à Frânçbis l^"" d'investir un ^e ses fils du Milanais; mais, lorsqu'il eut soumis les insurgés, 1^ ïïe tint aucun compte de sa parole, et assigna le Milanais à fo^ propre fils Philippe. Une nouvelle guerre paraissait donc Imminente ; François I*'', jaloux de la gloire que s'attribuait Charles-Quint comme vainqueur des Turcs, excitait Soliman

(v CiBRABlb, Origine des institutions de Savoie, p. 136.

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