DICTIONNAIRE DE LA CRUSCA
seiila de donner à leurs réunions un but certain , sans en exclure la gaieté ordinaire; dès lors ils formèrent une académie folls nommèrent par plaisanterie de la Crusea (son). Ils prirent pour emblème le blutoir, pour trône de Tarchiconsul trois ineiiles^ pour sièges des hottes à pain renversées^ et dont le dosder était une pelle à grain ; chacun adopta des noms en rapport i?ec ces symboles^ tels que V Enfariné , le Pétriy VEnsacqué, le irf»-Pain»Bis. Grazzini voulut conserver son surnom primitif de JSca(Gardon)y parce qu^on saupoudre de farine ce petit poisson MT le faire frire. Ils continuèrent de la sorte à mettre au jour le bizarres badinages , jusqu'au moment où ils entreprirent le WMmnaire de la Crusea^ effroi des pédants, risée des gens frirdes, qui n'en veulent pas connaître le but et l'utilité.
Ke» que persuadés que le langage d'une nation est un diaeete élevé à la dignité de langue écrite, et qu'en Italie le florentin mérite cet honneur, les académiciens ne se contentèrent |N8 (comme ceux de France firent dans la suite à l'égard du panâen) de donner tous les mots de l'idiome toscan, mais ils les ipgpoyèrent d'exemples. Les philologues, qui se querellaient alors lor la valeur des termes latins, ne pouvaient décider qu'au moyen d'exemples écrits. L'éclaircissement des classiques était l'objet fan grand nombre d'ouvrages, et beaucoup d'académies s'en occupaient, surtout celle de Florence; cette manie porta les Cruseanti à vouloir justifier par des textes chaque mot et ses diffàrentes significations, dans la pensée qu'ils donneraient du IK»ds aux termes adoptés, et qu'ils éclairciraient le sens des auteurs (1).
Mais, conmie les auteurs ne contiennent que la moindre partie de la langue, les cruscanti mirent à contribution des écrits où
apotioD, chacun trouvait dessous quatre vers qui faisaient son éloge ou sa ntire.
Où peut lire Fliistoire de l'académie de la Crusea dans la préface du premier vàmt des Procèt'Verbaux de cette académie, publiée en 1S19.
(1) n est curieux de voir les Cruscanti lutter contre leur propre conviction, ^'ib sacrifient au préjugé universel et scolastique. Le Florentin Magalotti , un nombre de TÂcadémie , avoue lui-même que le défaut principal de ce dictionuire est de s'appuyer sur Fautorité des classiques. « Le vocabulaire de la >iiica a cela de particulier, relativement à ceux de France , d'Angleterre et lïipagne, que, tandis que ceux-ci sont un guide sûr pour leurs langues respec- Tes, le nôtre nous induit en erreur huit fois sur dix, et cela parce que nous 3 sommes pas assez hardis pour approuver connue bon , ainsi que le font les itres peuples, ce qui est parlé dans Tusage habituel, et non autre chose, »
10S BIGTIÛNlfÀI&E DE U GBUSCA.
abondent d'ordinaire les termes d'un usage familier^ comi livres de recettes , les brouillons^ mains-courantes et auti piers domestiques. On fit plus, et quelquesruna entreprire compositions dans le but précis d'y insérer des mots do exemples manquaient; de ce nombre furent la tiera et la ] de Buonai*otti. N'aurait-on pas eu plus tôt fait de dresser k logue des mots eux-mêmes, tels que le peuple les prono Nous le croyons, et nous croirons toujours que c'est une tâche réservée à quelque Toscan, désireux d'offrir, non ( vocabulaire volumineux à la portée d'un petit nombre, m livre usuel accessible à tous. Cependant, tel qu'il est, ce di naire a le mérite, très^important pour l'époque, d'expliqu classiques.
Dans ce travail, les académiciens se trompèrent souvent; firent pas toujours usage de textes corrects, bien que la c tion des textes fût aussi l'objet de leurs travaux, et n'enrej rent pas non plus tous les mots mêmes de ces auteurs; ili nèrent pour usuel ce qui était suranné, pour commun ce rapportait à un lieu ou à un temps particulier; enfin, ils rent des erreurs et des mots estropiés dans le but d'expliqi auteurs. Une grammaire et la critique, alors dans Tenfanci manquaient surtout. De là, des erreurs véritables qui, ai par eux-mêmes dans la préface, ont été corrigées en partit les éditions successives ; néanmoins il en est resté assez donner ample et facile matière à ceux qui ont voulu les si, ou suppléer aux omissions.
Les notes pleines de sens et de finesse que Tassoni Alei fit sur le dictionnaire à peine sorti de la presse sont un< féconde à consulter ; le trait même est plus aiguisé qu'on n' pu l'attendre d'un académicien. Benoît Fioretti, de Pîstoic d'un mot composé de trois idiomes, s'intitula Udeno ^ c'est-à-dire homme de personne si ce n'est de Dieu), ajou notes fort sages en marge d'un exemplaire qui, acheté à prix, fut utile pour les éditions postérieures. Ce diction quoi qu'il en soit, restera comme un beau monument histo quant à nous, qui blâmons les railleries dont il a été l'objet ne l'abandonnerons que lorsqu'on nous en aura fourni un leur.
Mais, pour atteindre ce but, il faut des conditions qui t pas littéraires. Du reste, pour résoudre les questions d'ut gue, il faut l'employer à des œuvres utiles et grandes;
MONSEiaSIÇii M Lk CASA. 199
ip Alt (Second en écrivains qui parurent rajeunir le quator^ëme fjàde en l'embellissant. La vivacité bizarre, le désordre, l'esprit nligieux survivaient encore dans les auteurs les moins spigôés, et les productions se multipliaient avec la fécondité propre aux jeimes gens à peine entrés dans le monde; mais tout était altéré pK rédueation^ et peu à peu la culture se substituait à Torigina- Sté, la grâce à la vigueur. La prose, qui ne s'abandonnait plus m hasard et au sentiment^ prenait de Tordre et se dépouillait de 1 affectation latine pour revêtir une forme pleine de charme et (Pél^ance.
Monseigneur Jean de la Casa de M ugello, qui se distingue 1505-50 entre tous par t 'harmonie de la période artificielle, écrit comme il convient pour donner des préceptes de savoir-vivre. Ses harangues sont des modèles d'éloquence emphatique; mais » dans ee langage abondant et poli, il est impossible de reconnaître le moyen de persuader et d'émouvoir. Ajoutez à cela la mobilité des opinions^ poussée à tel point que, dans un de ses discours^ t porte ^x nues ce même Charles-Quint^ après Favoir repré^ sente dans deux autres comme le fléau de TItalie et la ruine de toute liberté (i). Dans l'un, il va jusqu'à confondre la justice avec
(1) « Je ne saurais bien affirmer, Prince sérénissime (ie doge), quels sont les llv nombreux de ceux qui ne connaiss^t pas la puissance et la cupidité de l'npereur, ou de ceux qui, la connaissant et la réputant grande et effrayante» »'îtoirdisMnt, ou, comme de petits enfants éveillés la nuit dans robscurité^ HÎNif 4iB terreur, 4e taisent par excès de crainte, sans appeler au secours, comme àrôipareur, dès qu'ils soiiffleraient mot ou feraient uq mouvement, était prêt iles engloutir...
«Qi)e signiÇept tfmt de veiUes, tant de dépenses, tant de travaui;, tant d*ef- IMi de la pan do l'empereur? quel (sn est le but ou le terme? C'est pour ^ssii^ Mr rUi^ie el l'univers» étendre 9a puissance et sa domination, la porter m ^dtt oonfini aetuejs du monde, comme l'indiquent les mots tracés sur sa kumière...
tlt «oyons eertaios qu'iwcune pepsée, aucun acte, aucun pas, aucupe pm'ole, ilim«^ à» l'empereur ne vise à autre chose ; qu'il ne fait riea, b^ songe à ÀCi qui ne tead^ à enlever, ou, comme quelques-uns le pensent, à reprendre ^ Ëtits, kt tenitoires et les villes des princes voisins ou éloignés , pour les doiBir ou le» rendre à l'empire. C'est à cela qu'il met tous ses plaisirs, toutes (ti jouissances^ oe sont là ses chasses, ses faucons, ses bals, ses parfums, ses ^i&ours, ses appétits charnels, ses délices...
«Voici donc , Prince sérénissime , les faits miséricordieux et mapianimes de ^'^piraur, ces faits si glorifiés par ceux de son parti : tuer les rois avant qu'ils *ùttt nîi, avant même qu'ils soient conçus ou engendrés, avant qu'ils puissent l'être, et quand les villes a£0igées se jettent dans ses bras, accourent à lui pour