MORALISTES
insipides^ une pauvr(^ imagination^ des caractères pâles, sans au cun mouvraient dramatique
a Les critiques disent que, n'ayant pas de style, je ne deva ^ a pas entreprendre cette tâche. Je leur réponds qu^ils disent vm a que je n'ai pas de style, en effet, que je ne le reconnais q^ a trop ; c^est pourquoi je ne fais pas profession de prosateur^ C'est ainsi qu'il s'exprime ; en effet, la vulgarité de son style c d'autant moins tolérable qu'il l'entremêle de phrases classiques( -^ a Les critiques disent que mes Nouvelles ne sont pas bonnéteai € Je ne nie pas qu'iLn'y en ait quelques-unes qui non-seulem«E a ne sont pas honnêtes, mais je dis, et, sans hésiter, je confe-s a qu'elles sont très-déshonnétes... Mais je n'avoue pas qu^ « doive en être blâmé; il faut blâmer ceux qui commettent < « erreurs, et non celui qui les écrit. » Et, vraiment, ce qui s^c lève le dégoût, c'est de le voir, lui évêque et âgé de soixante— c ans, exposer avec bonhomie des ordures, que les protestant» i manquèrent pas de relever. Néanmoins le marquis Louis Sci zague lui confia lléducation de sa nièce Lucrèce; monseignci aima son élève, mais d'un amour platonique, et la célébra dm un grand nombre de vers et un poëme de onze chants!
Les moralistes, outre qu'ils manquent tous d'originalité, rebor tent par le plus grand des défauts, celui d'être ennuyeux. Lei Baigonnewenfs, de Mgr Plorimont ; la Véritable beauté, de Joseph Betuzzi ; les Souvenirx, de Mgr SohadeCastiglione; les Portraitt dcjemines fllusfres d* Italie, de Trissino, sont presque toujours des dissertations en style de rhétorique, étayées d érudition et dépoui*vues d'actualité. Iknoit Varchi, prolixe, sans vigueur gâté même par «les digressions historiques, remplit ses Zeçt;r^ de futilités aristotéliques; cep^îndant elles avaient plusieuf* éditions parmi les étrangers, qui les lisaient comme une d^ meilleures productions en ce genre. Mathias Doria fit la Viecmi^ et avait prépare V /fier d'unepa' faite république , mahlinipre^ sion en fut sus|K;ndue; pui.s on la brûla, parée qu'on reconnu qu'elle contenait des principes immoraux et des idées pantbéis* tiques.
Speron Speroni, qui fit des harangues eicéroniennes, est re^ garde eonmie hainionieux et gra\e; ses dialogues, hititules k Guevara, le M arc' Antoine et i'tiarloye aes prince», plusieun
(t) NafNone, dans les Piémontais illtutrft^ t le coara^ de lover IlianDom' que cottriiioQ ait Mt périodci, la rapidité de la uarratioii et sa naïfe siipplidté
MORALISTES. Wt
fôiâ fiÂpriméè, sont très-médiocres et de doctrines générales; c'est tout au plus si Ton peut lire ses Conseils à ma fille.
Lé Siennois Alexandre Piccolornini^ dans les InstUulions de iùuie la vie de l'homme né noble et dans une vite libr**^ fit beau- Gdli[)(l^(npH!iûté à l'auteur précédent. Professeur à Padoue, il écrivit des livres de philosophie, dans lesquels il considère Aristote comme a son prince^ son guide et quelque chose de plus <ia'un homme ; » cependant il ose s'en écarter^ et, selon la coutome, il distingue la vérité philosophique de la vérité théologique.
François Piccolomini^ de la même ville, dans le Cornes poliik%*pro recta ordinis ratione propugnaior^ examine la morale privée (de moribus) et la sociale (de repub/ica), en considérant comme un devoir des magistrats de répandre la vertu dans la dié et l'État.
D'autres ouvrages sur ]^ morale et l'éducation ne sont plus 60tre les mains, maisdans les bibliothèques; le Galafeode mons^eur de la Casa» livre à principes flexibles plus querigoui^Dx, que la courtoisie confond avec la morale^ est le seul qui ûit survécu; il dessina les mœurs d'alors, grossières encore par quelque côté, tandis qu'elles inclinaient déjà vers la susi^eptibi- Uté et l'afTéterie espagnoles; il insiste beaucoup sur la manière de raconter les événements et les nouvelles, ce qui constituait ''ÎQgrédieot principal de la conversation de l'époque. Dans les t^evoirs en/fe am'S (Pétat différent , il réduit la servilité en pré- ^ptes : l'inférieur ne doit jamais offenser son patron ; qu'il souf- Ve volcmtiers jusqu'à des impertinences. Malheureusement cela ^€86 voit que trop; mais la véritable civilisation d*un pays dist^ttralt lorsque les principes moraux s'évaporent en vaines céré- ^^nooie8> et les devoirs en actes de bienséance, qui n'ont de valeur qu'autant qu'ils sont dictés par te cœur.
Mais l'aimlyse de l'homme et des affections intimes, mais la l^ision des détails, mais la profonde réflexion de Pascal ou Wnaîv^ mensualité de Montaigne manquent toujours aux moralistes italiens^ qui n'offrent que des modèles généraux et des abs* tïactions. Le plus grand témoignage de ce faux système se trouve *ii l'allégorie qui précède le poëme de TorqnatoTasso, comme teStléfàms de ce poème révèlent Tabsurdilé de la méthode. Ce Torqu'alo, Varchi, Musio et beaucoup d'autres ont examiné quelques points particuliers de conduite, surtout de l'honneur et ^ la science dievaleresque, laquelle commençait à s'introduire