‹ Histoire des Italiens, trChapitre 77 sur 176 · FO£T£S SATIRIQUES · texte numérisé non relu

FO£T£S SATIRIQUES

ronique^ latin italianisé, la langae pédantesque y italien latinué introduit par Fidenzio Glottocrisio, c^est-à-dire le VicentinCa mille Scrofa^ qui ne dissimule pas ses goûts pédérastes. 1544 Théophile Folengo, né à Cipada^ près du lac de Mantoue^pril

d'abord Thabit de bénédictin; puis, entraîné par Tamonr, ii jeta le froc^ s'affranchit de toute pudeur^ et se mit à courir k monde. Alors qu^il aurait pu^ au moyen de poésies séric^ises^ se faire saluer comme un rival de Virgile, il composa dans ce latin bâtard, nonnseulement des épigrammes et des églogoei, mais des poèmes entiers^ célébrant des orgies^ des baloordises et une voracité épique : inépuisable bouffonnerie, soutenue par un sentiment exquis de l'harmonie (1). Rabelais le cite souvent et le copie plus souvent encore, mais en pounoivant un but bon ou mauvais^ tandis que Folengo s'amuse toujours à des frivolités. Touché de repentir, il reprit l'habit de moine, et, pour racheter ses erreurs et ses obscénités^ il cornposa en octaves la Vie du Christ, avec différents drames sacrés. D'autres attaquèrent avec indignation les vices de cette époque. La satire était déjà mise à la mode par les beôni (buveurs) et par les chants carnavalesques. Le tercet fut appliqué à cette poésie par Antoine Vinciguerra^ secrétaire de la république, daos les six satires contre les péchés capitaux qui infestaient l'Église et Fltalie ; bien qu'elles fussent dures et grossières, tout le monde les savait par cœur. Celles de TArioste ressemblent plutôt à des épîtres ; timides, individuelles, c'est à peine et rarement qu'elles touchent à la question sociale; ce sont les traits d'un aimable littérateur qui, désireux de vivre bien, d'avoir un meilleur vêtement, plus de liberté artistique, n'éprouve contre les disgrâces aucune fureur, mais de l'impatience; toujours spirituel, parfois violent, mais sans amertume, il part toujours de lui-même comme Horace, et se dépeint comme un épicurien qui aime les paisibles jouissances. Tout feu, au contraire, el rempli d'invectives bilieuses, le banni Alamanni passe en revu* les gouvernements de TEurope, qu'il traite sans égard. Gabriel Siméon et Pierre iNelle se font également remarquer pai

(1) Mais, avant lui, Jean-George Ariont; d'Asti avait publié Opéra jocund métro macheronico materno et gallico composita, avec des louanges pour Ch* les VIII et Louis XII. Dans ses comédies, il retraça trop au vif la dépravati<3 des nobles et du clergé; il fut donc obligé de se rétracter, et le Sainl-Offi* brûla ses livres.

POETES BUCOLIOUES, DIDACTIQUES. 245

leur excessive acrimonie; Bentivoglio, mieux inspiré^ fait un mélange de la raillerie et du sérieux; Lasca célèbre la folie, et se déchaîne contre l'ennui de penser.

Le libertinage des moines, la pompeuse existence des clercs et des prélats fournissent ample matière aux auteurs satiriques. Jean Mauro est en extase devant ce doux moyen de gagner le paradis les bras croisés: il fait l'histoire du mensonge qui, ne en Grèce, passe en Sicile, à Naples, enfin à Rome, où personne encore ne l'a détrôné, et qui est toujours le moyen le plus facile pour arriver aux honneurs après avoir vendu des châtaignes rôties dans la rue. François Molza déclare heureux l'excommunié, parce qu'il n'a plus rien à démêler avec Home.

On cultiva avec la même ardeur un genre diamétralement opposé, le pastoral, mais encore sans vérité. Les poètes avaient sons les yeux une nature riche de toutes les beautés ; ils pouvaient étudier la vie rustique, si diverse depuis les chalets des Alpes jusqu'aux vallées de Sonnino , depuis les pâturages de la Sicile, séparés par des haies de figuier d'Inde, jusqu'à ceux de Borne, parsemés de ruines grandioses ; mais non, il fallait, pour s'inspirer, aller à la cour de Ptolémée ou d'Auguste, et souffler dans les chalumeaux de Théocrite et de Tityre.

L'amour des descriptions fit cultiver encore un autre genre de b décadence grecque, le didactique. Louis Alamanni et Jean Rncellaï chaptèrent la Culture des champs et la Manière d* élever h abeilles, mais non pas comme quelqu'un qui se passionne pour la nature et les simples occupations pastorales, témoignage de bon cœur; la fastidieuse monotonie du premier et la prosaïque langueur de l'autre n'ont pas empêché les pédants de nous les offrir comme des modèles du vers libre.

Érasme de Valvasone, du Frioul, écrivit sur la Chasse^ outre ^k%gil%def poème sur la chute des anges, qui n'excite aucun mtérêt, parce que de tout autres passions que les nôtres se rencontrent dans les êtres parfaits comme Dieu, ou horribles comme ^ démons (1) ; mais Milton lui emprunta quelque chose, et sui^

i^) DI salnitro e di solfo oscura polve

Chiade altri in ferro cavo, e poi la tocca Dietro col foco, e in foco la ri8ol?e, Onde Iragoroso suon subito scocca, Scocca e lampeggia, ed una palla volve. Al cui scontro ogni duro ardu e trabocca : Crudel saetta che imitar s'attenta L*armc che il sommo Dio dal ciel avvenla.

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tout la malheureuse idée du canon, employé par les démoni pour combattre PÉterneJ .

Bernardin 13aldi, d'Urbin, versé dans la connaissance des langues et des mathématiques^ était l'un des talents les plus universels; chargé de diriger les constructions d'Urbin,îl bâtit dins cette ville Sainte-Claire, qui fut attribuée à Bramante^ il entrer prit d'écrire l'histoire de Quastalla^ dont il était abbé ordinaire) traduisit beaucoup d'ouvrages grecs, essaya d'introduire de nouvelles mesures de vers, et composa des églogues sur la pêche^ outre lepoômc de la Nautique^ diffus et souvent prosaïqtie; il fli encore des sonnets sur Home, bien que la contemplation de cette cité, « superbe môme jusque dans ses ruines,» ne fasse naître en lui que des idées de morale commune.

Un grand nombre de femmes se firent de la réputation dans les belles-lettres et le savoir, Cassandre Fidèle, tout enthousiasme, science et piét^'î, appliquée dès Penfance à des études élevées tout en conservant la grâce et Tingénuité, ne porta jamais de pa^ rures en or ou de pierres précieuses; jamais elle ne parut on pttblic qu'avec un modeste vêtement blanc et la tête voilée. Admirée de toute Tltalie, elle était vénérée des Vénitiens, qui s'émefveillaient de son érudition classique et théologiqiie> et qu'elle ravissait par sa musique et ses vers, improvisés avec un chafilic plein de vigueur. Lorsque Isabelle d'Aragon voulut Tattirer^ Napics par des promesses magnifiques, le sénat ne souffrit pa* fjuo la république fui privée de ses ornements, Jean Bellini fut chargé de faire son portrait alors qu'elle n'avait pas accomplirai seizième année, c'est-à-dire à cet âge où, pour saisir avec venté une physionomie presque enfantine, et pourtant déjà vagueroeot inspirée, il fallait un pinceau dont la délicatesse naturelle fftteo harmonie avec lo sujet.

Le sénat romain décréta le titre de citoyenne, honneur notH veau pour une femme, et le surnom d'Unique à Tarquinie, fill<* (lu fils ahié du poOXn François IVlolza. Le Tasse lui dédia son di^ logue de l'Amour, et François Patrizzi le tome troisième de 8e« Discussions péripatéUciennes, en rapf)elant la plus docte parff^'^ toutes Ihs plus illustres matrones qui sont ^furent et seront dan' ravenir,

La Padonane Gaspara Htampa fit des vers pour Collalto, gueï ricr qui prit eu drgoiil ses plaintes rimros. Véronique Gambari' (1(5 Hrescia, l'amie, dans sa jeunesse, de liembo, puisiafenim^ pendant neuf ans, de Gilbert de Correggio, passa le reste de ^-

riJLLiE d'ajiagona. 247

vie dans on veuvage chaste et studieux. Victoire, flUe du grand cooDétabie Fabrice Colonna, fiancée à quatre aiis eu marquis Alphonse de Pescaire qui avait le même âge, parvint à uiie plus grande renommée; à dix- sept ans, ils se marièrent, mais à trentecinq, Alphonse périt à la bataille de Pavie, et, pour ealmer sa douleur^ Victoire chanta ses vertus, puis se jeta dans une dévotion fervente. Aimée de Michei-Ange, louée comme chose divine par Bernard Tasso, par Rota, Gostanzo, Mintumo^ Filocalo, Musofilo^ Galéas de Tarsia, dont elle était la muse inspiratrice, aucun nuage ne vint altérer la pureté de son caractère (i).

Tullied'Aragona, iille d'un cardinal, belle, instruite, entourée de rélite des hommes de lettres et des galants, après avoir riva-

(1) EUe disait d'èUe-méme :

Ud 8o1 dardo pungente il petto offesc

si ch*ei riserba la piaga immortale

Per scherîHo contro ogni amoroso impaccio . A mot le faci speose o?e le acresc,

L'arco spezxè nciravventar d'un strale,

Sciolse ogni nodo alPannodar d'un laccio.

En 15SS, on imprima Un Temple à ta divine princesse Jetutne ttAraffonn,

'^BiiM poète, époQse d^Ascagtie Golouua. Laure Battiferri, fille naturelle d'uti

Ittbitant dX'rbin et femme du sculpteur Ammanato, fit des poésies, la plupart

SKrées, et fut grandement louée par Bernard Tasse, Anuihal Caro et Benoit

Varchi. La Bergamasque Isotta Brembati composa des poésies qui lui valureiii

'^ grand renom ; elle savait le latin, le fran<^ais, et put traiter en espagnol, datis

lé sénat de Milan, des affaires persminelles. Lucie Bertani de Bologne joignait â

1& beauté et à la vertu le talent de poëte, et s'employa beaucoup pour réconci-

^ GasteWetro ayec Garo. La Padouanc Julie Rigolini écrivit en faveur de TA-

rétia,qiii Ten récompensa par des éloges; parmi les nombreux écrivains qui

^ vantèrent, Scardeont dit quVlle composa des rimes et des nouvelles à la ma-

Jucre de Boccace, insigni argumenta^ artificio mirabili , eventu varia et exita

^txpectato, Krsilia Cortèse du Mont, nièce du cardinal Grégoire Cortese et

fcnmie d*uii neVèu de Jules III, fut très-louée pour ses vers, mais plus encot*

pour M mâkâ teHUs, qui surent la défendre, pendant sou veuvage, contre tous

la prétendants, attirés par son mérite ou peut-être par les seigneuries dont

"avait dotéfe le pape Jules. Sœur Laurence Stroui , dominicaine de Florence ,

^vit cent quatre cbants latins, souvent imprimés et mis en musique, et que

l'on chantait dans les églises. On peut y ajouter Isabelle d'Esté, Argentine Pal-

wvicino, Blanche et Lucrèce Rangone, Françoise Trivulcc, Marie de Cardona,

PorziaMalvezzi, Angiola Sirène, (Maudic de la Rovtire, Laure Terrarine , les

l^iKMses Sylvie Baudinelli et Claire Matriauî, elc. Voir (îhiesa, Teafro dei/e

«wie lelterale; LOVISR BeraAMJ, RaccoUa dcUc /liu illuslri rimatrici d' ogni

Wo/o;LÉOPOLD FiiUlîI, Le dotllic /clUrcfC,

248 TULLIE I)*ARAGONA. SPECTACLES.

lise avec les courtisanes renotnmées de Bologne, de Rome, de Ferrare et de Venise, finit par se retirer à Florence où sa vie fut plus régulière, et publia beaucoup de poésies lyriques. Révoltée des vilenies et des impiétés de Boccace, elle disait : «Il faut s'étonner que même les voleurs et les traîtres, qui se font encore appeler chrétiens, aient pti jamais entendre ce nom sanslîrireie signe de la croix et se boucher les oreilles comme à la chose h plus horrible et la plus criminelle que puissent ou!r les oreillei humaines. j> Elle déplorait les autres productions éhontées de ses contemporains, c^est-à-dire les Morgant, les reines Ancroja, les amours de Roland, les Buovi d'Anthona, les Leandra^ les Mambrian, PArioste, lesquels contiennent « des choses lascives, déshonnétes et indignes au point que non-seulement des religieuses, des demoiselles, des femmes mariées ou veuves, mai* encore des filles publiques ne sauraient les avoir chez elles. > Dès lors, instruite par son propre exemple « de quel grand dommage est pour les jeunes âmes la discussion, et plus encore la lecture des choses lascives et vilaines, » elle écrivit le Guérin dit le Pauvret y dans Fintention « de louer Dieu seul, et avec la conviction d'avoir procuré au monde un livre fait pour lui être agréable à tous égards. » Malheureusement, on ne peut dopoer d'éloges qu'à sa bonne volonté. Et certainement, Timpudeur qui domine dans les compositions d'alors, ne cause pas moins de scandale que de stupeur : les chants carnavalesques, qu'on répétait dans les mascarades; les capitoli, oh monseigneur de la Casa trouve de nombreux imitateurs ; les satires, les nouvelles et les comédies, tout porte le môme cachet de souillure.

Les mystères du moyen âge (4), loin d'être oubliés, furent m Ame continués fort tard. En 1.S85, on vit à Home quelques princes japonais, probablement supposés, qui se donnaient pour de nouveaux œnvertis et des admirateurs de la religion chrétienne. A leur retour, passant par Venise, la république voulut leur donner le spectacle d'une de ses processions grandioses, dans laquelle les grandes confréries représentèrent quelques mystères. Celle de Saint-Marc donna le miracle arrivé en 4242, lors- ([uc (un pécheur l'attesta au doge) une bande de démons soufflait une horrible tempête sur la ville, si saint Marc, saint George

(1) A Parine, en l'iH, on donna dans la cathédrale une représcnUtion (le5 trois roi» Mage», et, en 1481, ThiMoire d'Abraham et d^Isaac, probablement celle de Feo Belcari. Vk'IXAVA, ad anitum,..

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