‹ Histoire des Italiens, trChapitre 78 sur 176 · SPECTACLES · texte numérisé non relu

SPECTACLES

l saint Nicolas ne Tavaient pas détournée. L'école de la Miséri- 5rde représenta Venise entourée par les vertus, avec des cosimes et des parures qui coûtaient plus de 500,000 ducats; Té- )Ie de la Charité, la décollation de saint Jean-Baptiste et les ois enfents dans la fournaise ; la confrérie de Saint- Jean, les 'angélistes, ^abondance, les quatre saisons. Plus riche que les lires, celle de Saint-Roch était précédée de quatre démons; lis on voyait sur différents théâtres le péché d'Adam , le saifice d'Abraham , diverses scènes de Moïse, une Samaritaine li arrosait les spectateurs avec son petit seau d'argent, et beau- »up d'autres faits des deux Testaments; enfin venaient des algories et le jugement dernier. La confrérie de Saint-Théodore ait précédée par un individu qui répandait de l'eau de rose ^ec un arrosoir; puis suivaient le jugement de Salomon, la sijfUe qui montre à Auguste Jésus venant de naître, le baptême ô Constantin, les béatitudes du paradis, les tortures de Tenfer; Q ne saurait dire quelle était la quantité de prêtres, de membres e la confrérie, d'anges, d^ornements d'argent. Une procession îmblable eut lieu en 1598, à l'occasion de la paix conclue entre [enrilV et Philippe IT (1). Rome même avait des spectacles qui assemblaient plus aux mystères qu'aux drames modernes, comme bistoire de Constantin représentée, pendant le carnaval de 1484, ans le palais pontifical.

Hais là encore on revenait au classique, et, dans quelques ours, surtout à Ferrare, on jouait des pièces anciennes ; Pom- K)nius Lsetus fit représenter devant Sixte IV des comédies de *lauteet de Térence, puis à Ferrare, en 1486, les Ménechmes Induits en italien. Aucune fête n'avait lieu sans des représentaions scéniques; pour n'en citer qu'une, lorsque Lucrèce Borgia 'Pousa le duc de Ferrare, elle arriva dans cette ville accompagnée de quatre cent vingt-six chevaux, deux cent trente-quatre nulets et sept cent cinquante-trois personnes. On peut lire dans ftttin Sanuto les détails de cette entrée d'une magnificence 'nouîe(2), avec les jeux de funambules, les joutes et les bals; 'Uous suffira de dire que cent dix acteurs jouèrent cinq cgméfe de Plante, avec intermède de moresques, c'est-à-dire de

(1) SjLKsOYINO, Venetia città nobilissima et singolare, avec les additions de

(2) Ou bien dans les lettres d'Isabelle d'Esté à son mari, François Gonzague, dans les Archives hisloriquM,

250 THKATKBS.

danses pyrrhiques et de pantomimes de faits mythologiques, outre une musique de Tromboncino. A Venise, le il février ioU, od représenta VAsinana de Piaule en tercets (i).

Dans cette ville^ au commencement du quinzième siècle, ilie forma pour les représentations beaucoup de compagnies^ ditai de la Calza, parce que leur devise consistait dans la couleur dd l'une de leurs chausses* Chacune se distinguait par des nonn particuliers^ les Enflammés, les Paons^ les Sempiternels, lei Courtois, les Fleuris, les Éthérés^ etc., avec prieur, syndic^ secrétaire, notaire, chapelain et messager (2). Les statuts^ approU' vés par les Dix, étaient jurés solennellement : ils imposaient une bienveillance fraternelle, avec défense de se quereller et de divulguer les décisions de la compagnie; il était enjoint de fêter l'union conjugale de chaque compagnon, de lui faire des dons en se mariant, d^accompagner sa dépouille mortelle et déporter son deuil. Ces compagnies prenaient à leur service d'habiles artistes pour diriger leurs fêtes, et le Titien eut un traitement des Sempiternels ; l'une déciles chargea Palladio de (Construire un théâtre dans le vestibule corinthien du monastère de la Charité, et Frédéric Zuccaro dut lui faire dix scènes pour représenter YAntigone^ tragédie du comte Dalmont de Vicence^ Ce théâtre, qui était en bois, brûla peu de temps après, et le même Palladio, sur l'invitation de TAcadéniie olympique, en construisit un à Vicence; modelé sur ceux des anciens, il aune forme demiovale, peu favorable k ^acoustique et moins encore à la portée visuelle. La scène offre en raccourci sept rues, avec des temples, des palais, des arcs de triomphe en relief; mais ces édifices, sans parler de leur style moderne, nécessairement trop petits, gênent le coup d'œih et l'on ne tarda point à reconnaître l'inconvénient des décorations fixes, qui ne peuvent servir qu'à une seule pièce.

Vincent Scamozzi modela aussi sur l'antique le théâtre de 6a-

(1) Biographie^ universelle, traduction vénitienne, à Plante.

(2) Campi écrit que Fran<jois Aiïaitati , riche et noble crémonais, fut (1« ^ compagnie de la Calza, « laquelle étale parfois taut de splendeur, que les prince* de l'Europe se tenaient pour honorés d'y être reçus ou invités. »

La représenlation des comédies se donnait au milieu de magnifiques drfor»» comme le prouve une lettre de Vasari à Octave de Médicis, à propos des grand*^ peintures qu'il lit quîuid VÀtalnnlc de l'Aréliii fui jouée parles Sempiten»eU * Venise. I^s intermèdes pour le mariaf^e du grand-duc François avec Jean»*' d'Autriche, (|u'il décjit également, sont encore plus grandioses.

THEATRES. ^i

bioûetta, mais plus rigoureusement que Palladio ; il lui donna ta forme semi-circulaire, et rendit la scène visible pour tous les spectateurs. Ranuccio Farnèse^ premier du nom, fit un vaste théâtre déûslaPilolta de Parme, sur les dessins de Jean-Baptiste A leolti; il fut ensuite disposé pour recevoir dix mille spectateurs^ et de manière à pouvoir y conduire de leau pour, les naumachies. Les théâtres se multiplièrent ensuite, et l'on remplaça les gradins par des loges; au temps du cardinal Bibiéna^ ils avaient déjà la forme actuelle.

Dans une représentation à la cour d'Urbii), dont Baldassare CasiigUoni nous a laissé une description , la scène figurait une rue écartée entre les dernières maisons et les remparts de la ville; ces remparts étaient peints sur le devant de la rampe , et le parterre figurait le fossé. Au-dessus des gradins où les spectateurs se trouvaient assis, régnait une corniche en reiielV, qui portait écrit en lettres blanches, sur fond d'azur, ce distique deCastiglioni faisant allusion au duc Guid^Ubaldo :

Bellafwis, Uulosque domi exerce bat et ipse Cœsar; magni etenim u traque cura animi,

1)08 bouquets, des guirlandes de fleurs et de feuillage étaient suspendus au plafond de la salle, autour de laquelle deux rangfe de candélabres, ass^z grands pour supporter chacun cent torches, représentaient les lettres Drlicice populi. Sur la scène se déployait une belle ville, partie en relief, avec un temple octo- 8606 en stuc, historié très-délicatement; il y avait des fenêtres imitant Talbàtre, des architraves et des corniches d'or et d'outre- Dier, des pierreries fausses, des statues, des colonnes et des basï^liefs, travail que tous les artistes d'Urbin n'auraient pas exécuté en quatre mois. Une musique sortait de lieux cachés pour égayer, outre la Calandre de liibiéna, une comédie jouée par <^es enfants. Les intermèdes furent surtout admirables: dans le premier, Jason, arrîié à Tantique, s'avançait en dansant, puis il saisissait deux taureaux ignivomes, et les soumelliiit au joug; alors on voyait sortir des sillons, où il avait semé ic. dents du ^agon, des hommes armés qui se mettaient à danser une moresque, jusqu'à ce qu'ils se fussent exterminés les uns les au- ^ï'es. Dans le second; Vénus apparaissait sur un char traîné par dfelix colombes, que montaient des Amours; d'autres Amours, caractérisés par des symboles, formaient des danses variées, et

Page 1